Cf. Notice du Tilan, p
4. Le fragment 207, qui figure dans le manuscrit !^o, a été collé : il est heureusement écrit sur iin papier très mince, ce qui permet de lire très nettement par transparence les notes prises par V. Hugo sur le verso ; voir ces notes, plus bas, p. Gi-63.
L'hypothèse que les livres fulguraux enseignaient la recelte de la foudre, l'assimilation de la Sibylle Amalthée et de la nymphe étrusque Bigoïs, l'origine Syriaque du nom d'Ostase, le sens de Chenille donné au nom de Campé, la geôlière des enfers, sont d(s indications qui relèvent, semblc-l-il, d'une manière d'érudition, particulière aux romantiques, à la fois rare et hasardeuse. Il est impossible de ne pas songer à Paul de Saint- Victor, le commensal du poète à la date même où Victor Hugo composait à Paris les poèmes d'Entre Géants et Dieux.
Telles sont les conclusions qu'on peut tirer de l'examen des notes conscr^ées dans les papiers de V. Hugo. Ces notes nous renseignent suffisamment sur la date et la nature de son inspiration mythologiques, mais elles ne nous donnent que des indications incomplètes sur les sources de son érudition. Nous avons indiqué, dans le détail de notre commentaire, ce que le poète devait à ses dictionnaires. 11 y a puisé souvent et l'on peut constater qu'il y a dans les poèmes d'Entre Géants et Dieux beaucoup plus d'exactitude et de précision qu'on ne l'aurait supposé au premier abord.
Mais cependant, il faut compter aussi avec le caprice du poète qui n'hésite pas à enrichir la mythologie de légendes imaginaires et de personnages nouveaux. Thrix dans la Fin de Satan. Stulcas, Pallantyre dans Le Satyre sont de pure invention. Ici le serpent Stryx, l'hvdre Phluse, Phtos, Scrops, Jax, Star, Talémon sont autant d'appellations fantaisistes ; d'autres noms sont des à peu près : Mégatlas pour Mégatas, Ecmonide pour Acmonide, Ephlops pour Ilélops ; d'autres encore, qui existent, comme Coebes ou comme Darse, n'ont jamais désigné des personnages mythologiques. Ces libertés sont parfaitement conscientes chez V. llngo, surtout en i8-j\. C'est à une date voisine qu'il répondait à Hélène Vacarcsco à propos d'une critique qu'elle lui faisait sur l'appellation de boyard de Tarvis : « J'ai bien le droit d'appeler ces gens-là comme bon me semble, puisqu'ils ne vivront que par moi. « A plus forte raison ce droit devait-il lui sembler justifié quand il s'agissait de personnages purement légendaires ; poète, n'était- il pas autorisé à surajouter sa fantaisie à celle des poètes antiques* ?
De tous ces éléments, de l'introduction de la métaphysique hugolienne dans la fable antique pour renouveler le sens des mvlhes, de
I. Ce dessein arrêté de fantait-ie se manifeste nettement dans la correction des épreuves. Nous le voyons altérer des formes exactes sur son manuscrit : il change de propos délibéré Bronte en Drontc, Ostase en Ortase, puis en Otase, Othryi en Ephlops.
5/i ENTRE GEANTS ET DIEUX.
la fantaisie qui transpose, bouleverse ou crée de toutes pièces des légendes et des noms, et qui assemble à dessein et pour le plaisir d'étonner les divinités les plus bélérogènos dans un pandémoniutn fantastique, est née la plus étrange des mythologies, bigarrée, cosmopolite et quelque peu déconcertante. Cette mythologie n'a plus que de lointains rapports avec la tradition classique; elle en néglige les lignes harmonieuses et le symbolisme simple, mais en revanche elle s'assortit par ses procédés de généralisation et d'agrandissement à l'ensemble de l'inspiration de la Légende des Siècles et elle sert facilement d'accessoire à la philosophie panthéiste et insurrectionnelle du poète de l'exil.
iblioghaphif:.
Ouvrages de mythologie possédés par V. Hugo dans sa bibliothèque d'Hautcville-llouse :
Abbé Banier : La Mylholorjie et les jables expliquées par l'histoire, Paris, Briasson, i']li^, 8 vol. in-12.
Explication liistoriquc des fables où Ton découvre leur oritrine et leur conformité dans l'histoire ancienne. Paris, ly^a, 3 vol. in-12.
Métamorphoses d'Ocide traduites en français avec dos remarques et des explications historiques. Paris, 17/12, 3 vol. in-: 2.
Méthode pour apprendre facilement la fable lu-roîque ou Histoire des Dieux par Monsieur D... Paris, chez la veuve Marbre Cramoisy, 1792, I vol. in-12.
Chompri'; : Dictionnaire abrégé de la fable, 7'' édition. Paris, 1762, Desaint et Saillant, i vol. in-i6.
Paul de Saint-Victor : Hommes et Dieux. Paris, Lévy, 1867, I vol. in-8.
PRÉFACE DES BURGRAVES (i843)
A. — Notes de Victor Hugo.
(^Classées dans le manuscrit 4o, Jragmenl 212, sous la rubrique : le Titan ; mais se rapportant de toute évidence à la Préface des Burjraves).
Titan, fils d'Oiiranus (le ciel) et de Ghé (la terre)
l('s CYclopcs, les centimanes ou hécatoncliires
Celo, la femme-baleine, Hadès (les ténèbres intérieures)
et les trois mille Océanides^.
f ranus-roi.
Saturne-roi.
Jupiter-roi.
Combats des Dieux et des Titans dans la Thessalie bouleversée par des tremblements de terre ; où il j a eu des géants, il reste des fantômes.
(Sur vieux papier à filljrane Boude t d'environ i83o, et parmi des notes diverses, des adresses, des heures de rendez-vous.')
B. TkXTE de la PRÉFACE'.
Au temps dTschyle, la Thessalie était un lieu sinistre. Il y avait eu là autrefois des géants : il y avait là maintenant
I. 11 est quesl'on de Ceto et des trois mille occanides dans Banier, op. cit., I, 196-197.
■j. Nous avons mis en italique les passages de la préface, issus des notes •du fragment au.
des fantômes. Le voyageur qui se hasardait au delà de Delphes et qui franchissait les forêts vertigineuses du Mont Gnémis, croyait voir partout, la nuit venue, s'ouvrir et flamboyer l'œil des cyclopes ensevelis dans les marais du Sperchius. Les trois mille océanides éplorées lui apparaissaient en foule dans les nuées au-dessus du Pinde; dans les cent vallées de l'Œta il retrouvait l'empreinte profonde et les coudes horribles des cent bras des hécatonchires tombés jadis sur ces rochers ; il contemplait avec une stupeur religieuse la trace des ongles crispés d'Encelade sur le flanc du Pélion. Il n'apercevait pas à rhorizon l'immense Prométhée couché, comme une montagne sur une montagne, sur des sommets entourés de tempêtes, car les dieux avaient rendu Prométhée invisible ; mais, à travers les branchages des vieux chênes, les gémissements du colosse arrivaient jusqu'à lui, passant ; et il entendait par intervalles le monstrueux vautour essuyer son bec d'airain aux granits sonores du mont Othrys. Par moments, un grondement de tonnerre sortait du mont Olympe, et dans ces instanls-là le voyageur épouvanté voyait se soulever au nord, dans les déchirures des monts Gambuniens, la tête difforme du géant Iladès, dieu des ténèbres intérieures ; à l'orient, au delà du mont Ossa, il entendait mugir Céto, la femme-baleine; et à l'occident, par-dessus le mont Gallidrome', à travers la mer des Alcyons, un vent lointain, venu de la Sicile, lui apportait l'aboiement vivant et terrible du gouffre Scylla. Les géologues ne voient aujourd'hui dans la Thessalie bouleversée que la secousse d'un tremblement de terre et le passage des eaux diluviennes; mais, pour Eschyle et ses contemporains, ces plaines ravagées, ces forêts déra-
I. CaUidrome. Le Gallidrome est une des cimes de l'OEta. Tous les noms de montagne, employés par V. Hugo dans sa préface des Burgraves, sont exacts et appartiennent réellement a des montagnes de- Thessalie.