‹ Légende des sièclesChapitre 6 sur 277 · I. Cf. Cabanes, La Chronique médicale, i" mars 192a · texte numérisé non relu

I. Cf. Cabanes, La Chronique médicale, i" mars 192a

a. C'est le ib avril 1S60 qu'il a tiré de sa boîte le manuscrit des Misérables, écrits presque dans leur totalité en i8i8 : jusqu'au premier janvier 1861, il n'a fait ni correction, ni addition.

3. Voir au Musée Victor Hugo les diverses photographies de V. Hugod.- 1861 à 1870, et en particulier lu tableau de Cbilllart, ainsi que la photographie de Nadar reproduite dans le Livre d'or de V. Hugo par E. Blcmont, p. 39.

XII INTRODUCTION

effaré de celle lempêle, tout échevelé de cet ouragan, savezvous ce que j'ai trouvé à Jersey? Une chose sainte, sublime, inattendue, la paix... J'avais lutté contre l'asservissement d'un peuple par un homme, tout ce combat convulsif tremblait encore en moi de la tête aux pieds ; j'étais indigné, éperdu et haletant. Eh bien. Jersey m'a calmé. J'ai trouvé, je le répète, la paix, le repos, un apaisement sévère et profond dans celle douce nature de vos campagnes, dans ce salut affectueux de vos laboureurs, dans ces vallées, dans ces solitudes, dans ces nuits qui, sur la mer, semblent plus largement étoilées, dans cet océan éternellement ému, qui semble palpiter directement sous l'haleine de Dieu. Et c'est ainsi que, tout en gardant la colère sacrée contre le crime, j'ai senti l'immensité mêler à celte colère son élargissement serein, et ce qui grondait en moi s'est pacifié'. »

Inutile de dire combien, à la date où il se reporte, V. Hugo était éloigné de cet état d'âme que ne reflètent évidemment ni les Châtiments, ni l'Histoire d'un Crime, ni même Dieu et La fm de Satan. Mais cette pacification de l'âme de l'exilé esl maintenant réelle.

Toutefois ce n'est pas à la seule nature qu'il en est redevable. Elle esl la résultante d'éléments très divers, au premier rang desquels il faut compter la guérison progressive de son immense blessure d'amour-propre ; si la plaie se cicatrise, c'est que de multiples circonstances s'y prêtent.

La première et la plus importante fut la retentissante réunion du Banquet des Misérables. Le 16 septembre 1862, les éditeurs Lacroix et Verbœckhoven, pour célébrer la publication du roman, réunirent autour de V. Hugo, qui revenait d'un voyage aux bords du Rhin, un grand nombre de journalistes et d'écrivains. Assis entre deux des personnages les plus considérables de la Belgique, M. Fontainas, bourgmestre de Bruxelles, et M. Verwoort, président de la Chambre des Représentants, Victor Hugo reçut, dans les toasts prononcés à la fin du repas, le plus glorieux des tributs d'hommage qu'il ait pu souhaiter : il fut loué magnifiquement par les

I. Réponse de V. Hugo au toast du banquet Garibaldi, à Jersey, le 18 juin 18C0 : Actes et Paroles, Pendant l'Exil, 18G0, I.

INTRODUCTION. xii

politiques, par les directeurs de journaux , par les romanciers ' .

Ce lut Théodore de Banville (jui parla le dernier, au nom des poètes, au nom de ces Parnassiens, dont V. Hugo était le chef élu, et dont ils ne parlaient jamais qu'en disant « le père, qui est là-bas dans l'ile ». Lorsque, levé pour répondre, V. Hugo déclara : « Mon émotion est inexprimable», ce ne fut pas une vainc formule oratoire. La fièvre de sa gloire le secouait : enlin ! il se retrouvait dans l'atmosphère d'admiration et de vénération qui lui manquait depuis si longtemps. Devant tous ces littérateurs, ses humbles confrères, devant tous ces magnats de la presse parisienne, il savourait la joie d'apparaître grandi par l'absence et par l'épreuve ; il vivait cette minute dans la lumière de l'apothéose que lui créait l'exil, et il croyait sentir se fixer sur sa personne et sur sa pensée l'attention frémissante du globe entier. Dès ce jour, il a foi en l'omnipotence de sa parole : confiance aveugle et démesurée, sans doute; mais jamais il n'entrevit la vanité de sa grandiloquence, et Guernesey lui devint un Sinaï, d'où il ne cessa plus de prodiguer aux gouvernements et aux peuples ses conseils et ses prophéties.

Aux Genevois, il adresse un réquisitoire étincelant et passionné contre la peine de mort-, aux Italiens^ des encouragements et aux Portugais* des félicitations pour l'abolition de cette même peine; à l'armée russe % il intime l'ordre d'épargner la Pologne ; aux Mexicains ^ en guerre avec Napoléon III il prêche la résistance à outrance : « Combattez, luttez, soyez terribles ! » et il les assure de sa toute-puissante sympathie; à Juarez, devenu président de la république du Mexique, il dicte ses devoirs de républicain et il

I. Il y avait plus d'une soixantaine d'invités de marque. On trouvera tous les discours prononcés et les noms des principaux invites dans Gustave Frédéric, Souvenir da banquet offert d l ictor Hu<jo, Bruxelles, Lacroix, Verbœckhoven et C'«, 1862, 63 p. in- 12.

a. Cf. Actes et Paroles. Pendant l'Exil, 1862, V, Genève et la peine de mort.

3. Lettre du samedi 4 février i8G5. Cf. aussi sur le même sujet la lettre du 12 février i865 à M. Lilly, philanthrope anglais. Pendant l'Exil, notes pour l'année i865.

II. Cf. Ibid., 1867, VI, La peine de mort abolie en Portugal.

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