‹ Légende des sièclesChapitre 64 sur 277 · LE GÉANT, AUX DIEUX · texte numérisé non relu

LE GÉANT, AUX DIEUX

Dont est faite la terre auguste et dont sont faits 35

Les grands monts, ces muets et sacrés portefaix,

Vu que des plus vieux rocs j'ai passé les vieillesses,

Et que je n'ai pas moi toutes vos gentillesses,

Etant une montagne à forme humaine, au fond

Du gouffre, où l'ombre avec les pierres me confond, 4o

Vu que j'ai l'air d'un bloc, d'une tour, d'un décembre,

Et que je fus taillé dans l'énormité sombre,

Je passe pour stupide. On rit de moi, vraiment,

Et l'on croit qu'on peut tout me l'aire impunément.

Soit. Essayez. Tàtez mon humeur endurante. 45

Combien de dards avait le serpent Stryx? Quarante.

Combien de pieds avait l'hydre Phluse ? Trois cents.

J'ai broyé Stryx et Phluse entre mes poings puissants.

Osez donc ! Ah ! je sens la colère hagarde

Battre de l'aile autour de mon front. Prenez garde ! 5o

Laissez-moi dans mon trou plein d'ombre et de parfums.

Que les olympiens ne soient pas importuns,

Car il se pourrait bien qu'on vît de quelle sorte

On les chasse, et comment, pour leur fermer sa porte,

Un ténébreux s'y prend avec les radieux, 55

Si vous venez ici m'ennuyer, tas de dieux !

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