L'inconnu, l'infini, ce qu'on a vu jamais
38(J. Ge vers est accompagné de cette note : (Vers écrit le a6 mars 1875. vendredi saint).
38g. Il croyait tout fini. Terreur : tout recommence 1
rêve 893. Il le voit. Et cela, gouffre où son œil pénètre .
LE TITAX. Il5
Toute cette lumière étant l'éternité.
Phtos a le tremblement effrayant qui devine.
Plus d'astres qu'il n'éclôt de fleurs dans la ravine,
Plus de soleils qu'il n'est de fourmis, plus de cieux
Et de mondes à voir que les hommes n'ont d'yeux 1 4oo
Ces blancheurs sont des lacs de rayons; ces nuées
Sont des créations sans lin continuées ;
SgC. ... étant la vérité.
4oi. ... des lacs d'aurore...
Ii03. Le vers 4o2 est suivi d'un essai de développement biffé, qui contient 37 vers :
Là flamboie un enfer, là brille un paradis.
Plus de mesure, plus de bords, plus d'horizons
Dans cet espace où vont et viennent les saisons,
Où flottent les chaos, où les siècles s'écroulent ;
Des millions d'enfers et de paradis roulent, 5
Eclairant de leurs feux lugubres ou charmants
(^Boule à jamais, ayant les siècles pour moments)
D'autres humanités sous d'autres firmaments. effaré
Phtos contemple éperdu ce
Réalité sans borne ou fatale ou propice ! lo
Phtos contemple éperdu le vrai, ce précipice:
Et médite et
Et soudain il finit par distinguer au fond le jour
De ce gouffre où l'aurore avec la nuit se fond.
Au loin dans on ne sait quelle brume éternelle,
{Immense, éblouissante, obscure une prunelle). l5
Eclatante, inouie, obscure une prunelle,
Où brillent les azurs, où les chaos sanglottent.
Des millions d'enfers et de paradis flottent
Eclairant de leurs feux lugubres ou charmants
D'autres humanités sous d'autres firmaments. 20
4oi-4o2. Cf. dans le Satyre, v. 8G-88 :
Béant, il regardait passer, comme un essaim De molles nudités, sans fin continuées. Toutes ces déités que nous nommons nuées.
Tout le développement SyS-^So rappelle, aussi bien pour l'attitude du personnage que pour l'éblouissement du spectacle, le Satvrc arrivant devant l'Olympe, au moment où sort le char du Soleil. .Mais il Y a ici un prodigieux agrandissement du thème.
Ii6 ENTRE GÉANTS ET DIEUX.
Là plus de rives, plus de bords, plus d'horizons.
Dans l'étendue, où rien ne marque les saisons,
Où luisent les azurs, où les chaos sanglotent, 4o5
Des millions d'enfers et de paradis flottent.
Éclairant de leurs feux, lugubres ou charmants.
D'autres humanités sous d'autres firmaments.
Où cela cesse-t-il? Cela n'a pas de terme.
Quel styx étreint ce ciel.»^ Aucun. Quel mur l'enferme? iio
Aucun. Globes, soleils, lunes, sphères. Forêt.
L'impossible à travers l'évident transparaît.
C'est le point fait soleil, c'est l'astre fait atome;
Tant de réalité que tout devient fantôme ;
Tout un univers spectre apparu brusquement. 4i5
Un globe est une bulle ; un siècle est un moment ;
Mondes sur mondes ; l'un par l'autre ils se limitent.
Des sphères restent là, fixes; d'autres imitent
L'évanouissement des passants inconnus.
Et s'en vont. Portant tout et par rien soutenus, 420
Des foules d'univers s'entrecroisent sans nombre ;
Point de Calpé pour l'aube et d'Ab^la pour l'ombre ;
Des astres errants vont, viennent, portent secours ;
Ténèbres, clartés, gouffre. Et puis après? Toujours.
Phtos voit l'énigme; il voit le fond, il voit la cime. 'jaS
Phlos voit l'énigme, il voit le fond, il voit la cime ; Il sent en lui l.i joie étrange de l'abîme,
médite Il contemple accablé de soleil et de cieux, Paie, ivre de l'horreur des lieux prodigieux,
Il regarde éperdu le vrai, ce précipice. a&
Réalité sans borne, ou fatale, ou propice ! 0 stupeur ! il finit par distinguer au fond...
(('1 la suite de ce 2/' vers, un Irait renvoie au vers /J.)
lio5. V. Hugo orthographie : sangloltcnt. 409. Où cela Jinil-il ?
6 12-4 16. Addition marginale, il 3. C'est le point fait étoile et l'astre
Il sent en lui la joie obscure de l'abîme;
Il subit, accablé de soleils et de cieux,
L'inexprimable horreur des lieux prodigieux.
Il regarde, éperdu, le vrai, ce précipice.
Évidence sans borne, ou fatale, ou propice ! 43o
O stupeur ! il finit par distinguer, au fond
De ce gouffre où le jour avec la nuit se fond,
A travers l'épaisseur d'une brume éternelle.
Dans on ne sait quelle ombre énorme, une prunelle !
Cependant sur le haut de l'Olympe on riait ; 435
Les Immortels, sereins sur le monde inquiet,
Resplendissaient, debout dans un brouillard de gloire ;
Tout à coup, une étrange et haute forme noire
Surgit en face d'eux, et Vénus dit : Quelqu'un î
C'était Plitos. Comme un feu hors du vase à parfum, 44o
Ou comme un flamboiement au-dessus du cratère.
Le colosse, en rampant dans l'ombre et sous la terre.
S'était fait libre, était sorti de sa prison.
Et maintenant montait, sinistre, à l'horizon.
Il avait traversé tout le dessous du monde. 445
Il avait dans les yeux l'éternité profonde.
Il se fit un silence inouï ; l'on sentit
Que ce spectre était grand, car tout devint petit ;
L'aigle ouvrit son œil fauve 011 l'Apre éclair palpite,
4î6. ... la joie immense
df]. El médite cuivré de soleils
4i8. Paie, ivre de l'horreur des lieux prodigieux
[Croyance] 43o. Réalité sans borne, 43î. De celte ombre où 433. Au loin, dans on sait quelle brume élernelle
Tranquille, éblouissante, obscure, une prunelle. 443. Le géant en rampant 448. [Que, devant le Titan, tout dovenait petit. J
Il8 ENTRE GÉANTS ET DIEUX.
Et sembla regarder du côté de la fuite ; 45o
L'Olympe fut noirci par l'ombre du géant ;
Jupiter se dressa, pâle, sur son séant ;
Le dur Vulcain cessa de battre son enclume
Qui sonna si souvent, dans sa forge qui fume,
Sur les fers des vaincus lorsqu'il les écrouait ; 455
Afin qu'on n'entendît pas même leur rouet
Les trois Grâces d'en haut firent signe aux trois Parques ;
Alors le titan, grave, altier, portant les marques
Des tonnerres sur lui tant de fois essayés,
Ayant l'immense aspect des sommets foudroyés 46o
Et la difformité sublime des décombres.
Regarda fixement les Olympiens sombres
Stupéfaits sur leur cime au fond de l'éther bleu,
Et leur cria, terrible : 0 dieux, il est un Dieu!