LES SEIZE REINES DE MUNSTER
En fait de bonnes choses, trop n'est pas assez.
Vieux proverbe troyen.
— On ne m'empêchera toujours pas de dire (poursuivait Gritte Modersohn dans une causerie animée qui se tenait chez Rachel) que la petite Hilla Phey s'est livrée bien légèrement.
— Elle s’est jetée d'elle-même dans le filet ajouta Catherine Cruse. |
— Si c'est ainsi que finissent les reines, dit Élisabeth Dreyers, c'est peu engageant.
— Ce n’est pas sa qualité de reine qui l’a perdue, répliqua Rachel, mais son imagination. Elle s’est figurée que l'esprit la poussait.
— Elle a été avec présomption, dit à son tour Sara, la jeune sœur de Rachel. Et puis, il est probable qu’on l’a un peu entraînée. C'eût été si décisif, si elle avait fait le coup.
— Mais mourir ainsi, fit Catherine, mourir sans pouvoir se relourner, sans être préparée , sans avoir le temps de se reconnaitre !
— Et d'un seul coup, dit Élisabeth, d'un coup aussi net qu'un coup de rasoir! Où est- elle à présent ?
— Avec Mathys et les autres, répondit Rachel.
— C'est égal, reprit Catherine, mourir comme une chienne, sans confession, sans eau bénite : Dieu nous garde de pareille mort !
— Elle est toujours papiste, dit tout bas Sara à Marguerite, en la poussant du coude.
— Mais, s’écria celle-ci, ne nous confessons-nous pas à Dieu tous les jours ?
— Oui, répliqua la jeune marchande d'écrevisses, vous vous confessez aux voûtes du temple, où vous avez l'air de chercher des péchés qui sont ailleurs. Il est possible que les murs et les voûtes aient, comme on dit, des oreilles; mais ils n’ont ni langue ni voix pour nous absoudre et nous dire une bonne parole. C'est joyeux, tant qu’on se porte bien. Quand on est mort, je voudrais en savoir des nouvelles.
— À votre langage, il paraîtrait, dit Élisabeth Dreyers avec une certaine sévérité, que vous n'êtes plus des nôtres. |
— Certainement que si, que j'en suis, puisque j'ai reçu votre second baptême. Mais on ne m'empèchera pas de dire, à mon tour, qu'il se fait ici bien des sottises.
— C'est le Père qui nous dirige.
— Eh bien! par exemple, je n’aime pas à entendre toujours parler du Père seul. J'étais accoutumée
au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Pourquoi supprime-t-on cela? Est-ce qu'on bannit aussi la sainte Trinité ?
— Mais, cria Marguerite, puisque nous nous réformons et que pour cela il fant retourner aux anciens jours.
— Nous reculons, je le sais bien. Si on veut que nous redevenions juifs, qu'on le dise du moins. Les bonnes gens sauront à quoi s’en tenir.
— Ah! dit Rachel en souriant, ne tombez pas sur les juifs.
— Je ne les blâme point, riposta Catherine; ils sont moins bêtes que nous. Ils ne changent pas leur religion tous les matins.
La jeune Sara voyait les mauvaises passions du fanatisme se développer sur les figures d’Élisabeth et de Marguerite. Elle se hâta de dire :
— Laissons ces matières, puisque chacun ici est libre dans ses opinions ; ét revenons à notre pauvre amie Hilla Phey, victime de sa vaine confiance. Le prophète assure qu'elle eût triomphé, si elle eût rapporté davantage sa démarche bardie à la gloire du Très-Haut , et si elle eût plus songé à la cause des saints qu'à son propre orgueil. Pour moi, une telle entreprise ne m'eût pas effrayée. Mais je n'aurais eu jamais la témérilé de m'y lancer seule. Que n’emmenait-elle pour sa sauvegarde le père Isaac, qu'on a toujours vu rentrer sain et sauf des plus périlleuses rencontres ? Si j'avais une mis-
280 | LES SEIZE REINES sion comme la sienne, je ne prendrais pas d'autre mesure. oo
— Knipperdoling et les têtes avisées l'ont toujours fait, dit Marguerite, et l’idée est bonne.
:: — Elle n'a pas sauvé Mathys, dit froidement Catherine. |
— À celui-là, répliqua Rachel, son jour était venu. | |
— Le Juif, reprit la marchande d’écrevisses , lui avait pourtant promis qu'il le ramènerait.
— Non pas, s'écria Sara: mais qu'il faudrait le
renverser pour arriver au voyant. Ce sont ses paroles formelles : et c'est ce qui eut lieu. Les prophéties d’Isaac n’ont jamais été ambiguës.
— Ï1 faut donc croire, dit Marguerite, qu'il nous disait vrai l’autre jour, lorsque, nous voyant réunies comme à présent, il prétendait, avec son sérieux ordinaire, qu'il y avait des reines parmi nous.
— [l'est si peu permis d'en douter, répliqua Rachel, en s’approchant de l’étroite fenêtre, que voici quelque chose qui va assurément appuyer la prédiction. |
Les quatre autres jeunes femmes coururent à la verrière, et virent comme Rachel les cent gardes de la chambre du roi, s’avançant deux à deux et faisant escorte au dais des reines. La tête de la colonne s’arrêtait à la porte , devant laquelle le dais se posa. Un moment après, on vit entrer Klopriss , tenant un parchemin sur lequel s’épanouissait le sceau royal.
DE MUNSTER. 281 Il demanda Rachel; la bohémienne se leva, rouge d'émotion. |
— J'ai ordre, dit Klopriss, de vous saluer reine et de vous conduire au palais avec les honneurs dus à ce rang. Rothmann vous attend, la couronne à la main.
Rachel salua d’un air digne, pendant que sa jeune jeune sœur jetait sur ses épaules un manteau et sur sa tête un voile.
Avant de quitter ses amies, elle léur promit de ne les pas oublier et dit à Catherine :
— Vous voyez qu'ici aucune opinion n'est repoussée
— Excepté la bonne, pensa Catherine.
— Je né suis pas anabaptiste et me voilà reine. Un jour vous le serez aussi.
— Moi, reine! dit en reculant la marchande d’écrevisses..…… |
Et, toute hors d’elle-même, elle suivit de loin, avec les autres, le cortége de Rachel.
Elles virent le couronnement et le mariage de leur amie, célébrés avec une pompe très-brillante , mais très-rapide, par Bernard Rothmann. Après quoi elles furent admises au festin des noces, et rentrèrent chez elles, envahies par les ambitieux désirs que font germer la représentation et le luxe dans les jeunes cœurs faibles.
Ainsi la reine Hilla, à peine refroidie, était remplacée et mise en complet oubli.
Il survint, quelques jours après, un accident qui eût pu avoir des suites graves. Le roi couchait dans un pavillon , élevé au milieu des jardins de son palais. Sa chambre ne recevait de lumière que par de hautes lucarnes grillées; elle était sur toutes ses faces entourée, pour sûreté, de galeries où veillaient les satellites chargés de protéger la paix de son sommeil. Ce jour-là, à propos d'une petite fête, Jean, de bonne humeur, avait fait distribuer du vin à ses gardes. Tous. ces hommes s'endormirent, à l'exception des quatre sentinelles qui veillaient au dehors. Un peu après minuit, on ne sait si ce fut par quelque imprudence ou par quelque fait exprès, le feu prit au pavillon, sur trois points différents. Les gardes, éveillés en sursaut, se jetèrent dehors ; et lorsqu'ils eurent repris leurs sens, personne parmi eux n’osa rentrer pour sauver le roi, dont la chambre était entourée de flammes, que le vent poussait en tourbillons. Leurs cris appelèrent du secours avec tant de tumulte, que toute la ville fut bientôt debout. Ce bruit tira le roi du sommeil profond où il se trouvait plongé. Il vit, par toutes les lucarnes extérieures, sa chambre éclairée; les flammes de l'incendie faisaient éclater les vitres et pénétraient par là le long des voûtes. Il entrouvrit une porte et ne vit que des fleuves de feu qui cernaient sa retraite. Personne ne venait à son appel désespéré; et il comprenait que, dans quelques minutes, 1l allait - mourir là. D'épais sillons de fumée se jetaient par
les lucarnes dans la chambre fatale, comprimaient sa respiration et lui amenaient rapidement l’asphyxie, lorsqu'il vit entrer brusquement un homme leste, qui l'enveloppa d’un. manteau mouillé, le prit sur ses épaules, l’emporta à travers les débris enflammés et le déposa à vingt pas du pavillon, qui s’écroulait en ce moment avec fracas.
Il secoua son enveloppe, se trouva assis sur un tertre de gazon, ne distingua plus, à la place du pavillon, qu'un effroyable brasier qui éclairait toute la ville, et vit devant lui son sauveur, —-le juif Isaac.
Surpris de ne remarquer à sa peau, à ses cheveux, à ses vêtements, aucune trace de brûlure :
— Vous seul, lui dit-il, pouviez entrer dans cette mer de feu. Mais je vous dois la vie. Toute faveur que vous pourrez souhäiter vous est accordée.
Cependant, continua-t-il, en se recueillant, je n'étais pas seul là. Dans la chambre voisine reposait la reine Nettie.…
Le Juif, pour toute réponse, étendit la main sur le lieu du désastre, lui faisant remarquer, par ce signe muet , que la chambre même n'existait plus.
Les secours arrivaient de toutes parts; on éteignait les flammes; on dispersait les décombres. Les bourgeois accouraient par toutes les allées, trèsagités, — car une rumeur s’élait répandue que le roi avait péri dans le feu. Tous le virent debout,
ayant. repris son calme, et s'appuyant sur le Juif, auprès de qui se pressèrent bientôt Knipperdoling, Rothmann, Kiliau et plusieurs autres qui venaient le féliciter. Son salut fut considéré comme un autre miracle. È
On découvrit alors, sous les débris du pavillon, le corps calciné de Nettie.
— Ainsi devait périr, dit tout bas un bourgeois, l'infidèle fiancée du pauvre Henri.
— N'eût-elle pas été plus heureuse avec le forgeron ? disait un autre.
Jean compléta son oraison funèbre :
— Encore une reine à remplacer, dit-il au Juif.
Et il rentra avec sa société dans les grands appartements du palais.
Le roi étant sauvé, on ne rechercha pas la cause du sinistre (c'est un terme de notre temps). D'ailleurs, ce qui venait d'arriver servait Jean, car le peuple disait que la protection du Père était bien évidemment sur lui.
Ce ne fut que le surlendemain qu’on amena sous le dais la femme élue pour hériter de la quatrième couronne , bien étonnée de se voir appelée si vite, mais sacrifiant, comme tant d’autres, ce qui pouvait lui rester de bonnes convictions aux séductions de la vanité, et bannissant de son cœur les tristes pressentiments. C'était Catherine Cruse, que l'on a vue marchande d'écrevisses. Son père lui avait donné du relief. Il en prit à son tour de son élévation et fit
obtenir un poste à la cour à son ami Mathias, dont il a‘oubliait pas les services, lors de l'embuscade des confédérés. Le choix du roi avait été déterminé par la protection de Rothmann et du Juif, par certaines grâces qu'on ne pouvait refuser à Catherine et qui étaient vives et franches, enfin par un talent que: l'on croyait capable de distraire Jean; elle dansait très-singulièrement, disait-on, les danses populaires.
Après qu'elle fut couronnée, le Juif se présenta devant le trône et rappela à Jean la promesse qu'il lui avait faite d'accorder la première faveur qui lui serait agréable. Le monarque ne chercha pas à éluder sa parole ; il la renouvela plus vivement encore.
— Sire, dit alors Isaac, je ne sollicite rien pour moi; je n'ai ni ambition , ni désir, sinon un souhait que le Père seul peut satisfaire. Je ne demande rien non plus pour ceux qui sont, ainsi que moi, sous le regard de Votre Majesté. L'esprit, en ces choses, la guidera. C'est pour vous même que jé réclame une faveur.
Jean releva la tête avec attention.
— Vous avez rétabli le trône de Salomon, reprit le Juif, vous devez faire quelques pas dans son éclat. Quatre reines autour de vous manifestent que vous êtes appelé à régner sur l’orient et l'occident, le septentrion et le midi. Il en faut à votre palais douze autres. Elles représenteront au monde les douze tribus d'Israël, dont vous devenez le chef, et qui bientôt peut-être, si je ne m'abuse, reconnat-
tront en vous le Messie qu’elles attendent et se rassembleront sous votre sceptre.
Cette idée nouvelle, cette pensée bizarre, être le Messie attendu, frappa très-vivement Jean de Leyde. |
— Si je l'étais, dit-il? Si les prophéties étaient pour moi ? Si je devais en effet régner sur le monde? : Qui sait si, parmi les Juifs nombreux qui habitent la Hollande, quelque descendant de David ne s'est pas allié à ma famille ? si ce n’est pas son sang qui coule dans mes veines ?
Il disait ces choses en lui-même.
À travers le sourire qui plissait ses lèvres, il répondit au père Isaac qu'il se rendait à son avis, mais que ce n'était pas là une faveur et qu'il ne se croyait pas quitte envers lui.
Il fat donc décidé qu'il y aurait seize reines à Munster. Rothmann s’en réjouit, Knipperdoling approuva, Kibbenbroch se frotta les mains; car il aimait la table, et jamais noce à la cour ne pouvait se célébrer sans festin nuptial.
Beaucoup d'autres applaudirent, sentant que désormais ils pouvaient prendre autant de femmes qu'il leur semblerait bon ou qu'il leur serait possible d'en entretenir. C'étaient les mœurs des sectateurs de Mahomet chez un peuple qui gardait toutefois le nom de communauté de Christ.
Un pasteur du comté de Bentheim, Bernard Krechting, que Rothmann avait attiré, depuis quel-
que temps déjà, dans le bataillon de ses seconds, était surtout un des ardents propagateurs de la polygamie, et lui-même, dit-on, eut six femmes lorsqu'il en vit seize au roi. Car Jean se hâta de compléter ce nombre.
La cinquième reine fut Élisabeth Dreyers ; la sixième Christine de Reecke, qui avait jeté le voile; Marguerite Modersohn ne vit venir son tour que la onzième. Nous ne nommerons pas les autres, qui formeraient ici une nomenclature inutile, puisque plusieurs n’ont fait autre chose que porter la couronne.
On ne sait trop jusqu'à quel point elles pouvaient désirer les succès de leur royal époux ; il annonçait solennellement que, lorsqu'il aurait soumis toute la terre, il prendrait, comme Salomon, trois cents femmes. C'était réduire pour toutes à peu de chose leur part d'influence.
Mais toutes ces reines n'étaient pas sur le pied d’une égalité parfaite. L'une d'elles au moins, Divarre, avait des priviléges; elle occupait tellement la première place, à cause de son âge plus mûr, de sa sagesse reconnue dans le sens de la secte, de sa qualité de veuve du prophète Énoch, que plusieurs historiens ont cru qu'elle seule était proprement reine. Elle avait sa maïson particulière, ses officiers à elle; son royal époux lui avait même donné une livrée spéciale et une garde d'honneur.
Hors ces distinctions, toutes les autres portaient,
comme elle, le titre de reine et en recevaient les honneurs. Seulement aucune d'elles n'avait, comme Divarre, une maison montée, et toutes vivaient ensemble. Elles mangeaient toutes avec le roi et paraissaient à table en grande toilette. Elles trônaient avec lui dans les séances publiques, mais ordinairement une à la fois et par tours irréguliers, selon le bon plaisir du monarque. Il avait une manière de faire connaître chaque jour son choix; car chaque jour il donnait audience. Une tablette, placée dans le salon de réunion, portait les noms des seize reines, écrits l'un au-dessous de l’autre et numérotés. Une aiguille d'or pendait à côté, à un cordon de soie. Le roi désignait la dame du jour, en piquant l'aiguille dans son numéro.
Jean s'était constitué le grand-juge deson royaume. On lui avait dressé un trône au milieu de la place principale, qu’on appelait la Montagne de Sion. « Il s’y rendait trois fois la semaine, précédé de ses licteurs, environné de ses gardes et de ses principaux officiers. Tillbéck, un bâton blanc à la main, conduisait le cortége. Le roi, sur un beau cheval et la couronne en tête, marchait entre deux enfants, dont l'un portait son épée et l’autre sa Bible. Knipperdoling et Rothmann le suivaient immédiatement. Le bourreau en chef (dignité que Knipperdoling avait abdiquée) fermait la marche avec ses quatre suppléants. Le roï mettait pied à terre auprès du trône (où l’attendait celle de ses femmes qu'il avait dési-
DE MUNSTER. 289 gnée) ; il s’asseyait; ses officiers se rangeaient autour de lui. Alors, prenant son sceptre, il faisait signe à un huissier d'appeler les causes (4). Les plaideurs s’approchaient; les avocats parlaient, et le roi jugeait. La plupart des procès étaient des que+ relles de ménage, souvent fort scandaleuses. »
Le retour de Jean à son palais était accompagné de la même pompe. Lorsqu'il allait au sermon, sa marche était plus somptueuse encore : les seize reines l’escortaient alors en grande parure. Après le sermon, d'ordinaire on dansait, talent auquel Jean avait des prétentions ; et Catherine Cruse surtout le divertissait énormément, ainsi qu'on l'avait prévu.
Jean, devenu plus que jamais le nouveau Salomon, depuis qu'il avait seize reines, attira encore devant lui les mariages. Comme roi du nouveau temple , il voulait exercer une sorte de pontificat. Comme roi de la cité, il faisait battre monnaie. Comme roi du monde, il rédigeait des lois adressées à tous les hommes. Comme Messie, il cherchait enfin à produire des conversions au profit de ses doctrines.
(1) M. Baston, Histoire de Jean de Leyde.
20d LÉ JUIF iSAÂT.
A vaincre sans béril on triomphe sans gloire. P. CORNEILLE,
Uñ mois s'était pâssé dans cét état dé choses. Le siége, comme Îl était déjà arrivé, ressemblait plus à an blocus qu'à un siége, Varié toütefois de petites attaques, de ptites Sôrlies sans gränds effets, là justice roÿâle allant son train, de nouveaux m4riages se célébrant tous les jours , le fanatisme croiésant, et la confiance du peuple dans le nouveau Salomoi grandissant d'heure en heure.
Le nombre des combattants s’affaiblissait des deat parts dans de convenablés proportions. Parmi les confédérés, plusieurs se lassaient et se retiraiént : parmi les assiégés, quelques-uns se prenaient de peur et trouvaient moyen de s'échapper; de sorte que les forces des deux partis se balançaient toujours dans le même nombre inégal, les assiégeants devant être plus nombreux que les citadins, à qui leurs remparts et leurs tours valaient des bataillons. Au reste, ils n’avaient pas quatre mille combattants, et
LY SUIF ISAAC. 391 fs devaient iMäintéhir toutés les hdits ting cénts hommes de garde hüx Muraillés ét au% portes. Is n’en étaiént p4b Moïns venus tous au point dé croire qu'on ne pouvait prendre léür vilté, parcé qu’ils vôÿyaient dans leur rôi le protégé ét l'élu du Très- Haut. Cette persuasion, qui loin de s'affäibli s'en ratinait toujours de plus en plus, lés rendaît invincibles. Aussi, hors les temps du service militairé, ils ne vivaiénñt pas moins tranduillés chez êux que s'ils eussént jüui d’unëé pleine paix èt Hi téüt ville n'édt pas été éiilourée d'einemis. |
Le roi donnait l'exemple de cette sécurité. Chaduë jour, éprèë tes soins du gouvérnemetit et là distribution de la justice, qui était marquée souvent d'exécutions cäpitales, il y avait dans l4 éviréé jéyeuses réuniôns à la coùr. On y chantait, où dansait fréquérmént ; on faisaît succéder les jeux À la müsidie, et aük jeux Îes caüseriés animées.
Un sôir qu’on avait décoché béaucouÿ de quolibets contre l'Église romaine , contre lè Prince-Évéque el contrè ses alliés, sañs mêmè épargtier le bon ami des anabaptistes, le landgrave de Hesté, Tiltbeck vint à répétér que tôtte cétté guerre ne ténait pourtañt qu'à un séul homme.
— Si, en effet, la tentative d'Hilla âvait réussi, dit aussitôt Rothmann, toute l'Alletnégne aujourd'hui sérait à nous.
— Il est certain, ajouta Kiliau, que les princes
confédérés ne sont 1à que pour lui.
. — Et qu'ils aimeraient mieux s'en retourner à leurs affaires , poursuivit Divarre.
— D'autant plus, dit à son tour Knipperdoling, que partout leurs affaires vont fort mal.
— L'Allemagne entière est en fermentation , re prit Rothmann.
— On veut partout de notre liberté, fit Kibben -
broch.
— Fâcheux, cria Buxtorf, que la petite Hilla ait eu ce croc en jambes. Plus fâcheux, que ce François de Waldeck ne veuille pas venir en plaine avec moi. Je le lui ai offert pourtant.
— Mais il semblerait, dit alors Bernard Krechting , que cette femme qui a échoué soit la seule ici qui puisse tenter une grande entreprise.
— Il y en a d’autres, dit vivement Élisabeth Dreyers, élève de Rothmann, devenue reine.
— On en cite une, intervint alors le roi Jean; celle-là s'est vantée au moins de ne pas laisser sa tête à l'ennemi et de nous revenir.
— C'est la sœur de Rachel, dit là-dessus Gritte Modersohn. |
— Un cœur vaillant, ajouta Antoine Cruse, une tête prudente , qui compte pour peu sa propre force et ne se fie pas à elle seule. |
— Mais on dit néanmoins, reprit le roi, qu’elle s'appuie sur la chair et non sur l'esprit; car elle veut pour sauvegarde un homme, le Juif Isaac.
— Sire, reprit vivement Rachel, ma sœur n'ou-
blie pas que le Père seul est le maître et que lui seul conduit toutes choses. Mais, dans une démarche que le Père n’a pas commandée formellement à un cœur élu, qu'il n'a pas révélée expressément par un de ses organes très-saints, elle croit qu'il y aurait orgueil téméraire, audacieuse présomption et vanité dangereuse à tenter le Père sans précaution. Elle a remarqué que le Juif Isaac est protégé du Très-Haut à des signes très-évidents; il n’élude, en effet, aucun péril, et il n'est pas même effleuré où tous les autres périssent. |
— ]l est vrai, répondit le roi. Si tel est le raisonnement de votre sœur, elle est humble et sage. Quel est le nom de cette jeune fille?
‘— Sara, la servante de votre majesté.
— À-t-elle de la grâce ?
— Beaucoup, riposta Catherine Cruse, voyant que Rachel hésitait à louer les avantages extérieurs de sa sœur. |
— Cette fille, marmotta Krechting, peut réussir.
— Avant de l’examiner, il conviendrait, dit le roi, de savoir du Juif s'il lui plairait de courir une nouvelle chance.
— Il est dans les jardins avec Klopriss, dit Kihbenbroch.
Et sur un signe du roi, il l’alla appeler.
Lorsqu'on eut exposé au Juif l'affaire en question, il répondit, sans s’émouvoir autrement, qu'à toute heure il était prêt pour de telles excursions.
— J'aime à suivre les faits héroïques, dit-il, et le courage est beau. Un cœur qui a du courage agrandit son être. Un homme se double, s'il lutte contre deux ; contre quatre il mérite d’être admiré ; contre dix il est au-dessus de sà nature; contre yne armée, contre mille, comme Samson, il est un prodige. Mais il y a aussi merveilleux spectacle à voir une jeune fille, qui est la faiblesse, lutter contre un homme puissant, contre un souverain, contre pn çhef d'armée dans son camp. De grand cœur j’accompagnerai Sara.
— Quoi! sans peur? dit Knipperdoling , toujours atrigué par ce personnage. Mais ils vous ont tenu dans leurs mains; ils vous ont assis devant leurs drossards ; ils vous reconnaîtront. Vous avez échappé à leur potence ; ils la relèyeront pour yous. Votre présence nous est trop utile.
— Je reviendrai parmi vous, réponght le Juif gyes l'assurance la plus calme.
… — Il est impossible, murmura Knipperdaling entre ses dents, que cet homme ne sait pas ce que je redoute. |
— Au moins, dit le roi, que cette sépyrité sprprenait aussi, vous prendrez quelque déguisement.
— Un habit militaire, ajouta Rothmann, veus vous ferez passer pour un transfuge.
— À quai bon? Je ne puis dégniser mes traits. Ils pe les auront pas oubliés, s'ils doivent me reconnaître.
— Il vous plaît de vous exposer : c’est votre affaire ; mais pour la sûreté de la jeune fille ?
+ — Bon, si je me laissais prendre avec elle.
— Comment donc pensez-vous la conduire ?
— Je ne la conduirai pas, je la guiderai; et c'est seulement lorsqu'elle sera prise sur un point, que je me ferai prendre sur un autre pour aller à son aide.
— Cet homme, dit Klopriss à demi-voix, est un grand magicien, qui a des ressources à toute aventure, comme le populaire en est persuadé. Et croyezvous, ajouta-t-il tout haut, que la jeune fille puisse répssir ?
— Le Père le sait. Je ne le sais pas. |
— Du moins, poursuivit Jean, espérez-vaus la ramener parmi nous? |
— Îe l'espère fermement, ef je crois que j'ep répondrais.
— Que vingt-quatre de nos gardes gaillent chercher Sara, sous yofre commandement, Klopriss, dit le roi en se levant. Bernard Krechting vous accompagnera. Vous amèngrez devant nogs cette jenne fille aveg toute déférence.
Klopriss et Kreçhting saluèrent et sortirent.
— Cet homme est le Juif-Errant! dit encore à part ni Knippergoling, en dévorant Isaac de son regard ardent.
— Personne, spus prine de mort, reprit le roi, ne permettra à sa langue de laisser échapper un mot hors d'ici, sur le sujet qui pons occupe. Nous
ne déciderons rien de la jeune fille sans avoir consulté le Père; la mission que recevra celle-là sera dictée par l'esprit du Très-Haut.
Il se fit de tous côtés des chuchotements sur Sara et son mystérieux guide. Bientôt on entendit les trompeltes qui annonçaient le retour du cortége. Un moment après, on vit entrer Sara, parée avec goût, mais avec simplicité. Elle marcha droit au monarque, le regard baissé, se mit vivement à genoux devant lui, et dit d’une voix douce et assurée: SC
— Votre Majesté a fait appeler sa servante. Que la main qui tient le sceptre s’étende sur elle et la protége. Que son esprit, éclairé par le Très-Haut guide la faiblesse. Quels que soient les ordres de Votre Majesté, sa servante est prête à les entendre, et pour elle entendre c’est obéir. |
Jean parut flatté de ces formes orientales. 11 toucha Sara de son sceptre en lui disant :
— Relevez-vous, jeune fille.
— L'hysope ne s'élève pas devant le palmier royal, dit-elle, l’humble ver de terre ne se dresse pas devant l’élu du Très-Haut. Souffrez que la servante de Votre Majesté, honorée de son regard, demeure à ses pieds jusqu'à ce qu'elle ait reçu sa mission. | |
— On dit, reprit le roi, que votre cœur est grand et que vous êtes poussée par l'Esprit à vous dévouer pour la cause des saints.
— La servante de Votre Majesté ‘est confuse de la gloire qui l’'environne. Dans sa vive ardeur pour le jeune règne que le Père nous a donné, et qui doit faire revivre les splendeurs de Salomon, votre servante, Sire, a peut-être cédé à un élan de vaine confiance. Rien de grand ne peut venir que: du Père ; rien de certain ne peut être inspiré que par l'Esprit. L'humble fille qui ose ouvrir la bouche devant Votre Majésté n’est qu’un.faible instrument qui craint, à présent qu’elle voit votre éclat, d’avoir trop présumé d'elle-même. Elle se borne donc à offrir tout son être pour aller où il plaira à Votre Majesté de l'envoyer, et pour exécuter fidèlement ce qu'elle lui prescrira. Car pour elle entendre c'est obéir. Seulement, se défiant de sa propre sagesse, elle souhaiterait que son expérience, qui n’est pas née encore, fût dirigée par le vieillard dont la sainte communauté de Munster a éprouvé l'attachement. Il est protégé par les anges du Père.
— J'ai dit que j'étais prêt, répéta gravement Isaac. °
La jeune fille tourna légèrement son regard vers le Juif et le remercia par une inclination de tête.
— Votre mission, je le répète, dit le roi, vient de l'Esprit; la sagesse des saints brille dans votre humble requête. Suivez-moi.
Il entra dans la salle voisine. Krechting releva Sara, lui prit la main et la conduisit sur les pas du monarque ; Rothmann, Kaipperdoling et le Juif en-
trèrent seuls après eux. Rothmann ferma la porte, et tirant aussitôt de sa cagoule une seconde çherpise préparée :
— Nous aurons plus de chance cette fois, : je l’espère, dit-il; Sara, plus sage et moins exaltée que la vive Hilla, ne sera pas cette fois la yictime.
La jeune fille repaussa l'odieux moyen que lui présentait Rothmann.
— Sauf l'approbation de Sa Majesté, dit-elle, ce qu'on propose là ne me semble pas benreux. C'est tenter les anges du Père que de porter avec soi des témoignages pareils.
Le roi applaudissant d’un signe de tête , Bernard Krechting sortit de sa pache un poignard dans sa gaine. |
— Pour moi, dit-il, je puis vons offrir nne misérirorde de Damas.
— C'est lg mieux, dit Knipperdaling. Nons vivons en des temps où tout le monde a le drait d'être armé.
Le Juif, voyant Sara hésitér devant cet autre ‘ procédé, prit le paignard des mains de Krechting , le tira du fourrean, l'examina une seconde, puis le remettant au prédicant :
— La pointe gst imprégnée de poison , dit-il.
— Je ne pensais pas qu'on pñt s’en apercevoir, reprit Krechting émerveillé.
— C'est enpore, dit Sarg, np de ces indices par lésquels en est trabi. L'armg que vaici me spfñra ;
et le Père, s'il en est besoin, nous en fournira d'autres. |
En même temps qu'elle disait ges mots, elle ôtait de sa chevelure noire une broche d'or, longue de sept pouces, à laquelle son voile était attaché. Cette broche, qui pouvait ayair dans son étendue une ligna d'épaisseur et qui se terminait par deux houles grosses comme des noisettes, renfermait nn stylet très-effilé. |
— C'est là du moins, dit le roi, une arme qui na sara pas saupcapnée. L'esprit de sagesse à toute rencontre éclate en vous, jeune fille. Si le Père n'a pas condamné l’'antechrist à tomber devant vatre gignillon, vous ne périrez pas à l'œuvre. Allez dope, et que le sage vieillard qui yous guide yous rende à la sainte cité. Elle ypns apprête des hanneurs.
— Partons à l'instant, dit Sara. |
Jean rentra an spin de sa cour assemblée gt Ini présenta l'hérpine, en demandant nn jeûne panr elle; car il voyait en elle la nouvelle Jygith, plus clairement que dans l’ambitjeuse Hilla. Quaique la puit fût déjà avancée, les hérants du rai pahlièrept le jeûne aussitôt, à tous les carrefours, pendant que Kaipperdoling cpngdpisait Sara et le Jnif à la porte de Saint-Gilles, qu'il leur faisait ouvrir.
Isaac et la jeune fille s'avancèrent saps bruit dans la campagne, ne se permettant pas même les entretiens à voix basse. [|s franchjrent la première ligne des confédérés sans être aperçus. I] lepr fallait pas-
ser ensuite entre deux camps voisins , dont la ligne de séparation était gardée comme un défilé. Le temps était si couvert qu’ils ne furent pas vus d'abord par les sentinelles. Mais comme ils finissaient de traverser le passage, le froissement de quelques broussailles les trahit un peu. Un vieux porteur de mousquet, placé en vedette à vingt pas du sentier qu'ils suivaient, crut apercevoir deux ombres; il’ cria :
— Qui vive !
— Placez-vous devant moi, dit tout bas le Juif à Sara.
Comme il ne répondait pas au cri de la sentinelle, la balle du mousquet vint glisser sur son dos. Mais il ‘n’en fut pas autrement atteint.
Et quelques secondes après, entendant des cavaliers qui couraient sur ses traces, il saisit dans ses bras la jeune fille et s'enfuit si vivement hors dés chemins, que les poursuivants durent renoncer à l’atteindre. |
— Nous sommes maintenant en sûreté, dit-il au bout d'un quart d'heure, èn déposant à terre son léger fardeau. N'avez-vous pas eu peur ?
— Avec vous, que puis-je craindre ? répondit la jeune fille. |
— Me croyez-vous donc aussi un homme extraordinaire ?
— Je vous crois le Juif-Errant.
— S'il était vrai, ne savez-vous pas ce qu'on dit
dans la ville de cet infortuné, qu'il porte la mort où il passe et la donne à qui le voit ?
— Je ne crois point ces choses.
Le Juif se tut un moment. Sans doute qu’à la lumière du jour on eût vu sur ses lèvres un de ces amefs sourires qui les ondulaient quelquefois et qui n'étaient pas explicables. Il reprit ensuite :
— Ne croyez pas non plus que je sois ce que vous dites. Si vous en aviez la ferme conviction, je devrais vous quitter et vous fuir; car il est dans la destinée du condamné de Jérusalem de ne pouvoir demeurer une heure avec ceux qui le connaissent certainement. Je suis à la vérité un enfant d'Israël, frappé d'une fatalité — qui ne me permet plus de dire l’histoire de ma vie. Vous la saurez pourtant, car le charme qui me lie sera levé, je l'espère, si notre cause triomphe, si le règne de Salomon se rétablit entièrement, si le nom du Christ tombe. Ce qui se passe me permet d'ÿ compter. Mais nous voici hors des lignes qui bloquent la nouvelle Sion. Les périls ne sont plus si présents; l'espace est devant nous pour les éviter. La campagne est grande, comme vous voyez, et les bois qui la parsèment nous offrent partout des refuges. Je vois d'ici, de mon regard plus exercé que le vôtre, une masure où vous pourrez prendre avant le jour un peu de repos. Vous en avez besoin. Là nous dresserons les plans qu'il convient de suivre.
Il conduisit Sara par un chemin droit à une ca-
302 LE JUIF YSÀAt. .
Hähé äbäñdôhnéé. Un rèste de litièré témbignäit qu'on y avait slationné. Mais persohñe ñe l'Habitat. Sara, très-fatiguée par sés émotions ét pat deux hèbres dé marche pénible, & jeta sur LA paille, où éllé né tardä pas à s'endornir proféndéteiit.
Elle de s'éveiil qu’au jour ét vit dévaäni élle débout le vieux Juif, qui päraissäit, comme toujours, inpasblé, alerté, ekempt de fatigue.
— Réemarquez , Sara, lui dit-il, qué nous avôts frarichi tout le territdire occupé pat tés camps. 11 eût été imprudent de vous faire préndre, aû sürtir de la cité de Siou. Uni transfugè donné inévitablement des soupçons, et les défiances l'entourent. I né faut pas, si c'est posbible, que l'on säché qui vous êtes.
— Mais où le saur4 probablenent, répondit Sard. N'y a-t-il pas à la coùr du Prince-Évêque des réfugiés dé Munster qui me connäissent et qué je né pourrai éviter ?
— Âlôrs né cachez rien. Seulement, qe l'on né devine pâs que vous venez de là villé; ét si vôtré coragé né s’est pas ébranlé, allez de ve pas, sahs héSiter, par un chémin où je vais vous iméttré, à à résidencè d'iburg, üù déïneure eñ ce tnomént le Prince-Évéqué ävec sà cour. Vous l'approcherez 1ibreméent, vôus vous jètteréz à sés genouk, vous hii direz que Vôus avez fui la cité rebelle, que vous venez vivre sous sà loi. Si vous le trouviez seul, … l'Esprit vous inspirera. Si vous l’abordez entouré, faites effort pour séduire son attention, ou par des
LE JUIF ISAÂCG. 308 rétits qhi l'iftéressent ; où pat des répuhSés qui 1 rassurent. Vous Connaissez tous 1E8 ché de W cottmunauté de Munster, vous sävez tout te qu'ôf \ fait. Sans trahir imprüudemthetit nos ämiïs, contér-lui les choses singulièrés, étcilez sa curiosité, obtene qu'it vous rapbellé plus d'üné fois atipfès de lui, inspire#-lüi des espérances, des idées, dés illusions. Signalez la souplesse de votre eëprit. L'octäsioh vous viendra.
Là jeune fille avait laissé parler le Juif. Lôrsqu'il eut fini, elle lui dematida tristetent :
— Ainsi, vous mé léisseriez aller seule ?
— Je me suis dévoué à Vous soutenir, À vous guider, à vous protéger surtout, répondit lé Jüif. Personne jusqu'ici n'â pu nous voir ensemble. Si vous pensez que maintenant je vous doive accoipagner, vous ne m'avez pas compris. Oh Vous arrêtera à cause de moi, et vous perdret beaucoup 4 n'avoir pas votre démarche fibre. Tôut fe nionde mè reconnaît vite; où m'à vu dans tous 16s coups dé main ; On sodpéonhera dé moi dueldue piégé; üh ne verra en Vous qu'un instrument que je dirigé: vous aurez manqué le but que vous vous êtes fproposé. J'äi promis de vous ramener à là cour dé Sion: si Vous avez confance en moi, comme vous lave dit, croyez que je tiendrai ma promesse. Soumettes-vous donc au plan que je Vous trace. Je lai combiné avant de partir. Allez sans peur: Soyez a$surée que je ne serai jamais loin de vous, que je
vous surveillerai sans relâche, qu’au moindre danger que vous courrez, vous me verrez au près de vous. Je puis, moi, ce qui vous est impossible, me cacber le jour dans les bois même de la résidence, puis tout voir et tout connaître la nuit.
— Je me rends, dit Sara en ranimant son tourage; je vous répondrai comme au roi Jean : Entendre, c'est obéir. ‘
— Fort bien, répliqua le Juif; allons donc.
Et il marcha une demi-heure avec la jeune fille. Puis arrivant à un carrefour, où l'aspect d'une grande croix le fit tressaillir et pâlir, il se remit un moment; après quoi, 1l indiqua à sa compagne le chemin qu'elle devait suivre pour arriver à [burg. Lorsqu'il se fut assuré qu'elle l'avait bien compris, il lui fit cette dernière recommandation :
— Sur toutes choses, Sara, ne fondez aucun espoir dans les expédients qu'avait imaginés Hilla Phey. Ne songez pas un instant, devant le Prince- Évêque, à spéculer sur des faiblesses qui sont rares. Ces hommes de l’Église sont plus vertueux qu’on ne vous le dit. Il est bon de les accuser pour les . perdre dans l'esprit du vulgaire ; mais il est insensé
de croire à des calomnies qui sont presque toujours sans fondement. Laissons-les circuler dans la foule grossière, n’en soyons pas la dupe. Allez donc au but par la voie la. plus simple, l’occasion. Seulement épiez-la.
Sara , pleine d’ardeur, remercia le Juif, et, con-
fiante en ses paroles, elle se lança dans la route qui lui était tracée.
Elle n’avait pas fait cent pas, qu’elle se retourna, émue d'un grand craquement qui frappait ses oreilles. C'était la haute croix que le père Isaac venait d’abattre.
— Toujours la même fareur contre le signe des chrétiens! dit-elle en tombant dans une sorte de rêverie. |
Et bientôt les deux compagnons se perdirent de vue, le Juif s'étant jeté dans un bois où il disparut.
La jeune fille marcha vivement, si bien pénétrée des renseignements que le vieillard lui avait donnés, qu'elle n'eut besoin de demander son chemin à personne ; ce qui fit que nulle part dans sa route on ne la soupçonna étrangère au pays.
Elle chemina tant et si vaillamment, comme disent les vieux récits, qu ‘elle parvint à la résidence d'Iburg.
En y arrivant, elle s’arrêta dans une métairie de bonne apparence. Là elle conquit sur-le-champ l’affection des filles du logis, en se disant Égyptienne sans demeure, venant d’un pays où notre Seigneur et sa sainte mère avaient séjourné, en récompense de quoi les femmes de cette terre privilégiée avaient le don de voir l'avenir. Elle lut dans la main de ses hôtes leur destinée, et leur prédit de si heureuses fortunes, que pour beaucoup on n’eût pas voulu
qu'elle eût pris gîte ailleurs.
Plusieurs bonnes femmes et simples filles d'Iburg vinrent le soir même consulter Sara, dont le merveilleux privilége fat exalté en peu d'instants. An seul aspect du visage, de la démarche et des manières, elle connaissait si bien le naturel des gens, qu'elle les surprenait tous. Puis elle lisait si babilement, dans les lignes de la main gauche, combien on devait vivre d'années, quelle fortune on pouvait attendre, quels mariages on ferait, quels enfants on aufait et en quel nombre, de quelles. maladies on se trouvait menacé, par quels dangers et par quelle mort on devait passer, que tous 2 écoutaient avec grande foi.
Le lendemain matin, on savait déjà au palais ( du Prince-Évêque qu'une jeune étrangère avait couché dans la résidence, qu'elle était bohémienne, qu ‘elle ne dissimuljait pas son séjour parmi les rebelles. On se défait un peu de ces femmes. Ce fut Ramers que François de Waldeck chargea d'aller informer sur celle-là. Il vint donc à à la métairie :. Sara le reconnut aussitôt. Comme elle n 'avait que seize ans ; et que jamais le transfuge ne l'avait aperçue dans les tumultes, il se calma en la voyant. Elle-même, d’un grand ton de candeur, courut à lui, et prenant sa man :
— Que Dieu soit béni, dit-elle, puisqu'il m’envoie en vous un protecteur ! J'ai quitté comme vous la malheureuse cité de Munster, il y a quelques nuits, efrayée par le crime d'Hilla Phey et par la
crainte que dans le sac de la ville on ne châtie un si grand forfait sur les pauvres jeunes filles qui ont cannu l'infortunée. J'ai été poussée encore par l’horreur des excès où les mœurs publiques sont tombées. Depuis que la polygamie est au nombre des premières lois dans la communauté de Munster, nulle jeune fille n’est autre chose qu’une proie que le premier venu peut ravir, s’il a la moindre part de pouvoir. On a enlevé ma sœur Rachel pour le roi Jean. Les cent gardes de sa chambre ont été envoyés pour cela. À la vérité, vous l'avez vue liée, messire, avec lès voyantes et s’agitant dans les moyvements de la réforine; ce que je n'ai pu comprendre, puisqu'elle n’est pas chrétienne. Pour mpi qui, sans communication avec l'esprit et sans intelligence des choses politiques , me borne à dire honnêtement la bonne aventure et à deviner de mon mieux les pronostics qui nous sont offerts dans les lignes de la main, j'ai eu peur ; je me suis enfuie; et, ne voulant pas vivre dans un état de transes continuelles, je viens ici demander au souverain de protéger une enfant — qui n’a jamais rien fait contre lui, — et de m'assigner une ville ou tout autre lieu de ses États où je puisse vivre en paix, — fidèle et soumise. Vous serez mon appui, messire, — car Sa Sérénité doit faire cas en vous de l’homme dévoué qui a sauvé sa vie.
— Îl n'est pas dit, répliqua Ramers, que le projet d'Hilla eût réussi. Mais comment avez-vous franchi
sans être arrêtée les lignes du blocus et les camps des confédérés ?
— C'était la nuit; à travers.l’obscurité j'ai surmonté la peur, j'ai marché avec prudence et personne ne m'a vue. | |
— Qui vous a indiqué les chemins pour venir jusqu'ici ?
— Un vieillard.
— Et vous vous rendrez volontiers où le Prince vous enverra? |
— Sans faire aucune objection. Toute retraite m'est indifférente jusqu’à la fin de la guerre, pourvu que la protection promise par le Prince me soit ac-
* cordée.
— On ne vous la refusera certainement pas. Mais vous avez dû, par votre sœur et par ses amies, comme par les relations nombreuses que vous donne votre profession de bohémienne, savoir plusieurs détails de ce qui se fait à Munster...
— Je sais en effet beaucoup de folies, à mon sens du moins, car je n’en comprends pas bien peutêtre la portée. |
— Consentiriez-vous à dire franchement ce que vous en pouvez connaître devant Sa Sérénité ?
— Je.me soumettrai toujours aux moindres ordres qu'il plaîra à Sa Sérénité de me transmettre. Mais l’aspect d’un si grand Prince, si bon et si cruellement offensé, m'intimidera. Je craindrai toujours qu’irrité contre la ville de Munster, où se couvent
tant de trahisons, il ne me confonde avec ma sœur, que je ne crois pourtant pas capable d’une perfidie, et avec ses autres ennemis. Sa Sérénité ne peut voir qu'avec défiance une transfuge comme moi; il vaudrait mieux, je pense, qu'elle chargeât un homme sûr, vous, par exemple, messire, de recueillir les renseignements que je puis donner. Avec vous, je parlerai sans crainte. J'ai l'expérience de votre bonté; comme moi vous connaissez tous ceux qui agissent dans la ville ; vos lumières redresseront les jugements incertains que je puis porter.
Ramers se sentit si complétement rassuré par un tel langage, que, dans le rapport qu'il alla faire de son examen à François de Waldeck, il donna au Prince un vif désir de voir la jeune Sara et de l'entretenir. Elle se trouva donc au bout d'une heure introduite à la cour, protégée par les plus favorables préventions. Elle y déploya encore une habileté qe, malgré son jeune âge, on pourrait dire éprouvée. Dès qu’elle vit, en son siége de prince, le sérénissime Évêque, elle se jeta à genoux devant lui; et sur les instances gracieuses qu'il lui fit de se relever, elle le supplia de permettre qu'elle restât devant son souverain dans la seule posture qui lui convint.
— Nous vous accordons notre appui formel, dit le Prince; nous espérons que vous banuirez ici tout effroi; nous vous assignons pour demeure, quant à présent, la résidence même d'Iburg, car nous avons
à vous demander quelques renseignements que vous pourrez nous donner, s’il en est de vous ce que nous a dit notre féal Ramers.
— Entendre, c’est obéir, répondit Sara, qui probäblement affectionnait cette phrase. Votre Sérénité, poursuivit-elle, voit à ses pieds son humble servante, soumise et dévouée.
François de Waldeck descendit de son trône, et par ce mouvement obligea Sara à se lever. Il l’emmena dans les jardins, et, pendant près de deux heures, il s’informa d'elle, avec beaucoup de détails, de tous les faits récents qui s'étaient accomplis à Munster. Elle lui apprit sur le roi Jean, sur les seize reines, sur les personnages de la cour, sur les formes dé la justice anabaptiste, sur les mariages, une foule de circonstances qui satisfirent sa curiosité. Mis parfaitement au courant par une sorte de gazette qui ne lui cachait rien , qui n’excusait ou n’aggravait aucune action, qui se montrait indifférente à tous les agents de la communauté de Christ le Prince était charmé. Sara déployait une si grande naïveté, où plutôt une si haute diplomatie, qu'elle ne disait rien de trop en aucun point, ne devançant pas les questions, ne s'écartant pas de leur cercle, ne cherchant à faire briller ni son esprit ni son zèle.
Plusieurs fois déjà elle avait répondu aux inter rogations du Prince, relativement au Jüif Isaac: elle n'avait atténué ni le prestige qui entourait cet horme , ni l’opitilon où s’arrêtaient plusieurs, en le
voyant échapper si évidemment à tout péril, qu'il pouvait bien être le Juif-Errant. François de Waldeck, qui n'avait pas cessé de se sentir très-intrigué par ce personnage, demanda à Sara quel jugement elle-même portait de lui.
— Je le crois en possession d’un charme trèspuissant, répondit-elle.
— Vous ne voyez pas en lui l’homme maudit qui repoussa le Christ?
— Non, seigneur, car il me semble qu'il le nie.
— Et que fait-il maintenant?
— je l'ignore, seigneur.
— N'a-t-il pas contribué pour beaucoup à l’érection de la royauté.
— Pour beaucoup, il est vrai.
— Quel était là son intérêt?
— De rétablir, disait-il, le règne d’un nouveau Salomon. |
— Et c'est lui, dit-on de plus, qui a décidé Jeah à épouser seize reines.
— On dit vrai.
— Sans doute qu’il s'occupe encore de quelque projet non moins extravagant. Cet homme, s’il n’est pas le Juif-Errant, est le mauvais génie de Munster. J'ai toujours été frappé de le voir, lui étranger à à cetie malheureuse ville, ne la pas quitter d'un jour.
— Oh! il j'a quittée plus d'une fois, sire. C’est lui qui est allé chercher Jean à Leyde, qui l'a conduit à Osnabruck, qui a déterminé Divarre à venir
d'Harlem rejoindre Mathys. 11 a fait d'autres excursions.
— Mais 1l n’en fait plus depuis le blocus?
— Pardon, sire; en ce moment il n’est pas à Munster: |
— Îl en est sorti ?
— Oui, sire.
— Et depuis quand?
— Depuis plusieurs jours déjà.
— Et personne n'a pu le surprendre et nous l'amener! Les princes voisins, qui refusent de venir à notre aide en nous reprochant que la discipline est mal observée chez nous, ne se trompent donc pas!
François de Waldeck soupira, puis il reprit :
— Pourtant, si cet homme a un charme, ou s'il est le condamné du Golgotha…
Il s'arrêta un moment et pria. Ramers d'informer dans les camps sur le passage du Juif, espérant encore qu'il aurait pu être arrêté à quelque poste, et souhaitant plus vivement que jamais de pouvoir l'interroger une heure. |
Ramers s’éloigna; la seconde Judith se trouva seule avec l'Holopherne de Munster, dans une allée solitaire où personne ne les voyait. Mais elle comprit bien. que le moment n'était pas venu; son arrivée était trop récente ; sa présence trop surveillée ; elle se trompait si peu, que, trois minutes après, Ramers, ayant transmis les ordres du Prince, revint auprès de lui, accompagné d'Évrard de Moring,
qu'il avait rencontré en observation sans doute dans un bosquet voisin.
Les affaires pressantes ayant appelé alors le Prince au conseil, Sara s’en retourna chez ses. hôtes, trèssatisfaite, ne songeant qu'à inspirer la sécurité, à étudier les lieux et les habitudes, à préparer l’occasion.
Huit jours se passèrent néanmoins sans qu'on la rappelât à la cour. Pendant ce temps-là , on n’entendait parler de tous côtés que de croix abattues dans les environs ; et personne ne découvrait la trace des profanateurs. Sara comprit que c'était un signal du Juif, qui lui annonçait ainsi sa présence permanente autour d'elle.
Le huitième jour, comme elle se rendait à une demi-lieue d'Iburg, demandée par. une femme qui voulait savoir quelque chose de ce qu’elle appelait sa destinée, Sara, parvenue à l'angle d’un bois qui bordait le chemin, en vit sortir tout à coup Isaac, qui lui dit :
— Hâtez-vous, car dans dèux heures le Prince vous demandera, et l’occasion que vous guettez pourra aujourd'hui vous ouvrir les bras. Je serai près de vous, s’il y a péril.
Ces mots vivement pronôncés, le Juif rentra dans . le bois, sans laisser à Sara étonnée le temps de répondre un mot. La jeune fille s'était arrêtée quelques secondes. Elle reprit sa marche d’un pas plusrapide; et, préoccupée des paroles qu’ellé venait d’enten-
dre, elle tira de ses cheveux la broche d’or qui parait sa tête, dévissa l’une des deux boules, sortit de sa gaîne d'or le léger stylet qui s’y trouvait enclos, l’adapta à un manche d'ébène qui lui servait de sifflet, et cacha le tout dans sa ceinture.
Elle arriva bientôt dans la maison qui l’attendait, consulta avec calme les mains qui lui furent présentées, en expliqua les lignes, dévoilà les bonnes fortunes qu'elle y savait lire, et s’en revint à la résidence , où peu d'instants après Ramers virit en effet la prier de se rendre auprès du Prince.
— On vient de me donner, par une lettre lancée de la ville au bout d'une flèche, un avis que vous pourrez sans doute éclairer de vos lumières, dit le Prince. Une jeune femme, dont on n’indiqüe ni le signalement ni le nom, est sortie de la ville pour renouveler l'abominable tentative d'Hilla Phey. On nous prévient de nods tenir sur nos gardes. Soupgonneriez-vous quelqu’une des reines ou de leurs amies d’un tel fanatisme?
— Non, sire, quoique je les sache toutes insensées. Mais, si on ne là norme pas, je crois qu'on veut, par un aveu aussi vague, troubler le repos de Votre Sérénité; et, si or la niommait, ce ne serait pas encore un suffisant témoignage; car on peut exercer ainsi des actes de vengeance contre les trahsfuges. Moi-même, qui suis en ce moment devatit Vatre Sérénité, ofi pourtait m'accuser , pour me nuire, d’un projet aussi noir.
— C'est vous, en effet, qu'on semble désigner, dit le Prince. Mais, quoique votre demande d’habiter où il nous plaira m'ait fait juger qu'en effet on ne cherchait par là qu'à vous perdre, car cette lettre n'est pas signée, j'ai voulu pourtant étudier le trouble de votre visage. Votre contenante m'a confirmé dans l'opinion que j'ai conçue de vous. Ne parlons dont plus de cette tévélation malicieuse. Aussi bien, ce n'est pas vivre que vivre dans les trahses ; et il sera de notre vie ce qu’il plaira à Dieu. Mäintenant je crois pouvoir vous consulter sur autre chose, puisque , si jeune, vous avez la sagesse des vieillards.
Sur ce point de la conversation , François de Wal-
deck, comme la première fois, emmena Sara dans les jardins et chargea Raämers d’une mission au camp le plus voisin, afin de demeurer seul avec la jeune fille. | — Cette guerre me lasse, reprit-il; pour en obtenir le terme, je suis prêt à beaucoup de sacrifices. Une pensée m'est donc venue: c’est d'acheter les chefs les plus influents. Excepté Jean de Leyde, Knipperdoling et Rothmann , auxqüels je ne puis jamais faire grâce (ils ont fait tout le mal), je suis prêt à donner aux autres, s'ils me remettent Mtnster, leur pardon sans réserve, avec de grandes richesses. Vous devez connaître ces homimes. Quels sant ceux que l'argent peut corrompre? Le vieux Juif?
— Rien ne peut toucher celui-là.
— Norden”? | |
— Îl'est sans pouvoir.
— Tillbeck”?
— C'est une machine.
— Kibbenbroch ?
— On l'achèterait aisément, ainsi que Klopris, Kiliau, Buxtorf, Antoine Cruse , quoique sa fille soit reine, et Krechting, en dépit de son farouche maintien. Mais tous ces hommes devraient êtré entamés par des moyens différents. Je n’en connais aucun autre qu'on puisse corrompre dans ceux qui peuvent quelque chose.
Le Prince et la jeune fille marchaïient dans une allée couverte; Sara exposait les voies diverses qui pouvaient conduire aux cœurs des hommes qu’elle venait de nommer. Comme si elle eût craint qu’on ne saisit ses paroles, elle s'exprimait avec mystère et jetait à droite et à gauche ses regards inquiets. N'’apercevant personne, dans un lieu fermé de * chaque côté par d’épaisses charmilles, elle crut le moment venu, tira de sa ceinture le stylet effilé, le cacha dans sa main, et, laissant tomber son bras droit pour lui donner l'élan convenable, elle roidissait ses nerfs et touchait à la seconde où elle devait ‘frapper, lorsque tout à coup un homme s’élança d’un bond du bosquet où il était caché, saisit d’une main puissante le bras de la jeune fille et lui ôta son poignard. |
C'était Évrard de Moring.
Son action imprévue avait effrayé François de
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Waldeck, qui ne comprenait rien encore à ce qu'il voyait. Mais, aussi prompt qu'Évrard, un autre homme bondit presque en même temps sur lui, le désarma à son tour, et N maître du stylet, en frappa au cœur le Prince-Évèque. Il renversa ensuite en se retournant Évrard de Moring, saisit dans ses bras la jeune fille et s'enfuit avec son fardeau.
Il avait disparu dans les taillis, avant que les gardes appelés par Évrard fussent arrivés au secours de leur maître.
A la plus habile!