‹ Légende du Juif-errantChapitre 6 sur 22 · MOLIÈRE · texte numérisé non relu

MOLIÈRE

Le: lendemais matin, le tambour battait dans toutes les rues de la ville et toutes les cloches sonpaient pour avertir le peuple qu'il y avait assemblée. Des groupes se formèrent bientôt en tamalte arx abords de la salle où se tenait le sénat. Les renforts venus de la Gueldre, de la Hollande, du Brabant et du pays de Liége, se mélatent. partout aux habitants. Knipperdoling avait appelé de tous les pays voisins des hommes propres à soutenir l'œuvre qu'il entreprenait ; il avait fait luire à leurs yeux l'espoir d'en partager les profits. Rothmann avait ainsi beaucoup de partisans. Les femmes du peuple, qu'il fattait habilement , le défendaient sartout avec ardeur. |

—R past, dit une vendeuse d'écrevisses, que nous allons comme la marchandise, nous reculoss

— Et on nous taillera bien d’autres easaques,

dit une couturière , si nous souffrons qu'on nous ôte le digne messire Rothmann.

— C'est le seul qui nous dise la vérité, s’écria une jeune bohémienne. |

— Nous devons démonter, intervint un tisserand, les trames qu'on ourdit contre lui.

— Si notre nouveau sénat ne veut pas de sa reli- .gion, dit la marchande d’écrevisses, c'est qu'on médite de nous mener de travers.

— L'excellent messire Rothmann est pour le peuple, reprit vivement la jolie bohémienne.

— Il est dans le vrai fil, ajouta la couturière.

— Pardon, mes bonnes gens, ajouta un fripier, il a le tort de ne vouloir que du neuf. Tout ce qui est ancien, 1l le rejette. Dans l’ancien il y a du bon.

— Et du propre! dit le tisserand. Ce n'est toujours pas votre vieux Busch, qui a disputé l’autre jour contre lui.

— Un brave militaire, s’écria un boucher.

— Et même un poète, dit le tisserand. Il a fait la chanson des moines. Cela n'empêche pas qu’en théo- Jogie il n’ait embrouillé ses bobines.

— D'ailleurs, ajouta le fripier, le luthéranisme que prêche Busch n'est pas de l’ancien. On aurait mieux fait d'écouter le révérend Henri Mumpert, ce dominicain que nous envoyait le prince-évêque.

— Ah! vous êtes papiste, cria la bohémienne, hors d'ici!

Et le groupe, entraîné par. l'ardente jeune fille,

se jeta sur le fripier, lequel s’escrima à démontrer qu'il tenait pour messire Rothmann. Cette déclaration sincère le maintint dans son droit de présence.

— L'évêque, en tout cas, dit la couturière, avait bien mal pris sa mesure. Quand nous tenons la liberté de conscience, 1l nous adresse un prêcheur papiste.

— Mais n'est-il pas papiste aussi? riposta le tisserand. Vous avez beau dire, j'aime encore mieux le révérend dominicain qu’on n’a pas laissé parler, que le gros Fabricius.

— Dame! répondit la bohémienne, c’est un docteur luthérien. On l'avait demandé au landgrave de Hesse, qui nous a donné ce qu'il avait de mieux.

— Et pour débuter, il a traité de cyclope et de pourceau notre ami Bruno le forgeron, qui voulait se prendre de bec avec lui. Il est vrai, dit le fripier, que le forgeron l’a un peu étrillé. Aussi, le pauvre diable est en prison.

— Îl n'y sera pas long-temps, dit la bohémienne.

— Le digne messire Rothmann s'est refusé à raisonner avec ce Fabricius. Il n’y a, poursuivit la couturière, que le prédicateur Norden qui ait un peu relevé le dé.

— Un bel apôtre, que ton Norden! s'écria la femme aux écrevisses.

— C'est un ami de messire Rothmann, dit le boucher , et un ministre du pur Évangile.

— Ami de ce que vous voudrez et ministre de ce

46 LE SÉNAT DE MUNSTER. | qui vous plaira, c’est un rien du tout, reprit la marchande. Si nous l’avions un peu plus éreinté, il ne précherait plus; et ce ne serait pas une grande perte.

— Qu'est-ce qu'il vous a donc fait? dit le tisserand. |

— ]l paraît que vous ne. sortez pas tous les jours “de votre trou, si vous ne le savez pas, mon bon homme. Mais pourtant vous auriez été des nôtres, vous qui aimez aussi l'ancien. Figurez-vons que ce grossier, ce manant, prèchant l’autre jour sur les, saints, nous a soutenu effrontément que la vie et passion de notre bonne sainte Catherine n'était qu'un conte. En entendant traiter de la sorte notre chère patronne, nous grommelions. Il avait l'air de ne pas le remarquer, et il continuait. Mais quand il est descendu de sa guérite, il a vu de quai il retournait pour lui. Soixante-dix Catherines, et j'étais du nombre, sont tombées sur sa laide carcasse, et à coups de sabots nous l'avons assommé aux neufdixièmes peudant un bon quart d'heure. Mais il est comme les chats, il a la vie dure.

— Et vous vous vantez d’une pareille équipée!

— Tiens! pourquoi pas? c'est public. Il s’est plaint au sénat. Requête dans les formes Le sénat a répondu qu’il fallait pardonner un peu de vivacité au beau sexe. |

— [l'est galant, notre sénat, dit le boucher.

— C'est l'autre sénat, s'il vous plaît, qui a rendu

cette sentence, ce n’est pas votre sénat de marchands de beurre que vous venez d'élire.

En cet instant deux charretiers arrivèrent essoufflés dans le petit cercle.

— Vous.ne connaissez pas encore le grand évéaement, dit.le plus jeune au boucher , qui paraissait être son ami ou san bourgeois. Eh bien! l’abbesse de Nising, la fière femme, si serrée dans son papisme… |

— Qu'a-t-elle fait ?

— Vous vous rappelez qu'il y a quelques jours on l’a forcée à recevoir des prédicateurs évangéliques à la table de ses chapelains…

— C'est vrai; elle a dû trouver cela rude.

— Qui, mais la chose a mitonné; les évangéliques ont éclairé les pauvres religieuses. Elles ont ouvert les yeux ; elles se sont mises en pleine révole , et les voilà qui désertent le couvent.

— Bon! nous allons mettre La main dessus. Mais il nous faut aussila maison des récollets.

— Le sénat les à priés de la donner pour y étabhr nne école. Ils an ont déjà cédé la moitié.

— Voilà qui va bien, dit le boucher. Si les autres villes nous sacondent, nous arriverons vite. Nos amis sont à Warendorp.et à Coesfeld.

— Warendorp est à nous, dit le tisserand.

— Et Coesfeld, qui ne wa pas au galop, répliqua le second charretier., entrera aussi dans l’ornière.

Un amtre incident vit alors apporter une nou-

velle diversion aux idées. Des femmes circulaient parmi les groupes, quêtant pour les ministres du pur Évangile, et s'évertuant à exciter la munificence des assistants, en leur représentant, avec toute l’onction luthérienne, que les dits ministres avaient des femmes et des enfants à nourrir. Ceux qui étaient peu en humeur de donner prirent une mine sgrondeuse et se mirent à hurler contre le sénat.

— L'assemblée devrait être ouverte?

— Où est le président?

— Ïl pèse sans doute son beurre!

— À bas le sénat! qu'on ouvre les portes!

— À bas les papistes! et les luthériens ! et Fabricius !

— Vive Rothmann!

— Vive Knipperdoling !

Tels étaient les cris confus de la multitude. Knipperdoling venait de paraître, séparé de son cher Mathys, qui était à Coesfeld. Ni l’un ni l’autre n'avait encore atteint les grandeurs que leur prêtait Isaac, mais ils y marchaient. Knipperdoling entra dans Ja salle du sénat, dont les portes s’ouvrirent aussitôt.

Il se fit un silence, quand le président du sénat, qui était en effet un marchand de beurre, ôta son grand chapeau pour annoncer que la séance était ouverte.

La foule s'était ruée dans la salle; — mais une centaine seulement des personnages du dehors avait pu y pénétrer. Les trois quarts de la place

étaient occupés par des bourgeois entrés en faveur, comme cela se pratique.

— Citoyens, dit le président, nous sommes. devenus un peuple libre; soyons dignes de l’être. Il faut pour cela tenir balance égale entre tous nos vrais intérêts et ne pas changer tous les jours de poids et de règle. On nous mène d'innovations en innovations...

— À bas le papiste! cria la foule. Il sent le fro-

mage. |

— Laissez parler, dit en se levant un autre sénateur, qui était un gros charcutier; on nous prêche des choses qui n’ont ni queue, ni tête.

— À bas le luthérien! interrompit la foule. Il met des rats dans ses saucisses.

Un troisième sénateur se leva; c’était un maître cordonnier. |

— Si la dignité du sénat n’est pas plus respectée, dit-il, on fera évacuer le bas de la salle.

— À bas l'esclave! dit l’un des charretiers; c’est lui qui chaussait les chanoines.

—Ïl pue la poix et mange du fil gros, ajouta le

tisserand.

— Si vous ne vous taisez pas, s’écria alors la

jeune bohémienne, nous ne saurons pas ce qu'on.

veut de nous.

— Rachel a raison, direntles autres femmes.Écoutons les anciens. | Le marchand de beurre se releva à ce bourdon-

nement, qui lui promettait quelques moments de bienveillance. : | |

— Citoyens, reprit-il, nous voulons tous le pur Évangile; or, vous n'ignorez pas qu'un homme dont, les premiers, nous avons révéré l'amplitude et l'éloquence, nous prêche maintenant qu'il ne faut plus baptiser les enfants; que le baptême des enfants est une abomination devant Dieu; que le baptême qui nous à été donné est nul, .….

— C'est vrai, et c'est singulier, grommelait l'assistance. |

— Ainsi, poursuivit le président, nous devrions tous nous faire rebaptiser.…. |

— En voilà une bonne! cria le boucher.

— Et ceux qui, n'ayant reçu que le baptôme des enfants, se trouvent mariés, peuvent rompre leur mariage , attendu qu'il est nul...

Des murmures confus éclatèrent de toutes parts en sens divers.

— Il l'a prêché; il a fait plus, il a imprimé cette doctrine. H dit encore que la femme dait appeler son mari monseigneur |

Les femmes poussèrent des huées. Les hommes applaudirent.

— ]l veut aussi que nous cessions de célébrer le dimanche; mais que nous fêtions le samedi.

— Ah ! nous redeviendrions juifs! hurla la marchande d'écrevisses. A bas l’orateur !

— Mais, cria vivement Rachel, le samedi est d'in-

stitution divine. Au sabbat, ce sont les hommes qui ont substitué le dimanche. |

— La petite a raison, dirent les autres femmes.

Elles admiraïent dans Rachel un oracle.

. Deux autres voyantes, qui prophétisaient et faisaient de la théologie, Gritte Modersohn et Hilla Phey (1), furent consultées ; elles décidèrent comme Rachel.

—- Ïl établit ensuite , reprit le président, que nul n’est tenu d’obéir aux magistrats.

— Bon! très-bon ! vive Rothmann! exclamèrent en nombre les assistants.

— Mais si on n’obéit plus aux magistrats, dit un sénateur , tout devient désordre et nous ne sommes plus un peuple.

— Bien répondu! crièrent doucement quelques bourgeois, dont la raison n'avait pas encore naufragé complétement ; et d’une voix peu assurée ils se hasardèrent à crier :

— À bas les tapageurs!

En ce moment, la tête d’une immense cohue, qui bousculait tout devant elle, pénétra dans la salle. C'étaient les forgerons et les armuriers. Leur chef, sans autre forme, sinon qu'il descendit de son épaule et posa à terre son grand marteau, car ils étaient tous armés de leurs outils, braqua ses yeux sur les yeux du président et lui dit d'une voix rude :

(1) Gritte, abréviation de Marguerite; Hilla , abréviation de Ludæilla. h.

— Vous allez nous rendre notre compagnon, qui n'a pas fait de mal.

Et il frappa le sol de son arme pesante.

Le président troublé ne répondant pas, un autre sénateur prit la parole :

— Vous voyez, citoyens, dit-il, l’effet de cet axiome qu'on n’est pas tenu d'obéir aux magistrats. C'est déjà la révolte.

— Mais, cria un charpentier , n ‘êtes-vous pas révoltés aussi ?.…

— Le forgeron qu'on réclame, poursuivit le sénateur, est un séditieux. Il a maltraité Fabricius, l’'envoyé du landgrave, notre allié. Il corrompt la parole de Dieu. Il a mérité d’être puni; il le sera.

— Il ne le sera pas, ripostèrent les forgerons avec quelques jurements. Fabricius a eu ce qu'il méritait. Vous allez nous rendre notre compagnon.

— Vous interrompez la séance, dit alors le président, qui commençait à reprendre ses esprits. On décidera votre affaire demain.

— Point de demain, répondit le chef des forgerons, d’un ton résolu. Une fois, deux fois ; vous allez nous le rendre; ou bien, ajouta-t-il avec un geste violent, nous le reprendrons nous-mêmes.

— Faites attention, sénateurs, insinua doucement Hermann Tilbeck, l’un des consuls ou échevins de la ville, que ces gens ont tout ce qu'il faut pour ouvrir les portes. Prévenez un événement qui

compromettrait l'autorité.

Le président du sénat comprit. Il se baissa sur le bureau, écrivit un ordre , et le donnant à l’orateur des forgerons :

— Par égard pour une utile corporation comme la vôtre, dit-il, nous voulons bien pardonner les emportements de votre compagnon. Voici la levée de son écrou. Allez, citoyens paisibles, le mettre en liberté, et recommandez-lui la circonspection et le calme.

Les forgerons poussèrent en l'honneur du sénat des hourras qui firent trembler la salle, et sortirent avec fraças.

Peu d'’instants après, dans un vaste cabaret, ils régalaient leur camarade en liberté, et l'engageaient à préparer de nouveaux sermons.

Le sénat débarrassé se reprit comme il put; et, voulant poursuivre son instruction contre Rothmaonn, le président récapitula ce qu’il avait dit et ajouta :

— De plus, l'homme qui nous trouble veut bouleverser ici la propriété et les droits acquis. Il exige que lout soit en commun parmi nous, comme au temps des apôtres.

Aces mots, tous ceux de l'assemblée qui ne possédaient rien trépignèrent; leurs cris de Vive Rothmann! ne furent pas moins éclatants que les hourras des forgerons. Mais les notables bourgeois et les honnêtes artisans se trouvaient là en majorité. Le sénat se vit soutenu. Le président, s’armant donc de fermeté, lut contre Rothmann et quelques-

uns de ses adhérents une sentence d’exil. Elle fat écoutée en silence. Mais des grondements sourds se firent entendre bientôt. Tilbeck, le consul, prit la parole: .

— La peine est sévère, dit-il. L'excellent messire Rothmann a été mal compris. Ce partage des biens qui étonne notre avarice, il ne l'établit que comme conseil ; il ne le pose pas comme précepte.

— Sa doctrine est formelle, répliqua un riche sénateur ; la voici imprimée.

— Ï a pu s'être trompé et mériter une réprimande. Mais, ajouta Tilbeck en élevant la voix, nous serions des ingrats de consentir pour cela à son exil.

— À bas la sentence! cria la foule en s’agitant.

Knipperdoling alors tira son épée. Tous ses partisans l’imitèrent. Le but de ce mouvement convenu était, d’une part, d'intimider le sénat; de l’autre, d'imposer au peuple. Mais le peuple criait :

— À bas le sénat!

Et quelques mains lestes s'étant emparées de l'arrêt le déchiraient en pièces; après quoi il fut foulé aux pieds.

Le sénat, s’effrayant d’une telle scène, se prit de peur, leva le siége en désordre, se réfugia dans la salle du conseil et, sous l’effroi que ce tumulte faisait croître, s'y barricada. Cette panique donna à la foule des idées qu'elle n'avait peut-être pas préméditées. Elle se renforça de la faiblesse des séna-

teurs, se rua contre les portes de leur refage et les assiégea. C'est ainsi que le chien court bravement après le chat qui se sauve. Les pauvres magistrats un moment ne furent défendus que par les câtholiques qu'ils opprimaient, et à la tête desquels se trouvait Herman Ramers. Knipperdoling vint assez vite à son aide; car il ne voulait pas encore abattre le sénat. Mais, malgré leurs efforts, la foule turbulente eût pu commettre quelques excès, si une sorte de géant n’eût paru tout à coup, traversant la place et accourant sur. son grand cheval; c'était Bernard Buxtorf. Il mit vivement pied à terré, courut à Knipperdoling, et se campant à côté de lui il cria :

— Hors d'ici les oppresseurs! Le sénat est sous notre sauvegarde.

Sa voix puissante et la conscience qu'on avait de sa force inouïe, qui le rendait l’homme le plus redouté de Munster, calma à sur-le-champ l'effervescence.

Et quand on l'eût instruit en peu de mots de ce

qui se passait :

— Compagnons, reprit-il , c'est donc ainsi que vous risquez tout! Sachez que nous avons besoin de notre sénat, et que ceux qui l'insulteront sans ma permission passeront par mes mains. J'arrive d'Amsterdam ; tout va bien; la grande ville fraternise avec nous; elle demande que nous lui députions quelques-uns de nos apôtres. |

— Moyen de nous débarrasser de ceux qui nous gènent, dit tout bas Knipperdoling.

— Elle va nous envoyer des ambassadeurs et des troupes ; et c'est dans ce moment que nous nous mangeons nous-mêmes !... À bas les oppresseurs !

— Vive le géant ! cria la foule.

— Notre cause est gagnée, reprit Buxtorf, et je vous annonce , peuple de Munster, une grande nouvelle. On a vu le Juif-Errant.— Vous savez qu'il ne passe jamais sans présager quelque heureuse révolution. On l'a vu à Utrecht; il se dirigeait vers nos. contrées. Le présage est pour nous.

— On a vu le Juif-Errant ! dirent les femmes.

— Si on a vu le Juif-Errant, ajouta le tripier, c'est un fier signe. La chose ira toute seule. |

Mille conversations bourdonnantes et animées. s entamèrent sur un si curieux sujet. Bernard Buxtorf et Knipperdoling profitèrent de la diversion pour rassurer les sénateurs, qui rentrèrent alors en: séance.

On leur fit comprendre que, vu les manifestations populaires, il était prudent de supprimer la sentence d'exil.

— Mais, ajouta Knipperdoling, si vous voulez. pourtant faire peser un peu votre puissance sur. Rothmana, vous avez un autre moyen de le punir : Ôtez-lui sa chaire.

— Nous ne demandons en effet que son silence ,. dit un sénateur.

— Faites donc ainsi, dit Bernard Buxtorf; et nous saurons maintenir votre arrêt.

— À la bonne heure ! répondit avec une certaine dignité le président du sénat; car nous ne pouvons faire grâce. Mais si on ne bannit pas Rothmann, ne pourrait-on exiler un peu Rollins et quelques autres ?

— Nous nous chargeons, sous peu de jours, de vous en délivrer.

— Soit ! je me fie à votre promesse.

Et le chef du premier corps de l'État, ayant pris les avis de ses collègues, déclara qu’en raison de l’attachement que le bon peuple de Munster témoignait pour messire Rothmann, on voulait bien excuser à demi les excès de sa parole, dans l'espoir qu'il rentrerait au giron du pur Évangile; mais que, pour juste châtiment deses témérités, on lui interdisait toutefois les chaires de la ville.

Quelques vieilles femmes firent des huées, en menaçant les sénateurs de leurs quenouilles, de leurs ciseaux et de leurs aiguilles à tricoter. Mais la masse s'occupant de l'apparition du Juif-Errrant, on se moqua d'elles. L'assemblée se dispersa pour dîner; les dignes magistrats regagnèrent leur logis, dans une sécurité qu'ils avaient crue un moment trèsexposée. |

Quand Bernard Buxtorf et Knipperdoling se retrouvèrent seuls :

— Eh bien ! dit le second, les vraies nouvelles ?

— Les vraies nouvelles sont qu’en effet nous avons dans Amsterdam quelques amis qui demandent des apôtres de la doctrine de Rothmann. Nous leur enverrons nos exaltés.

— Et Jean de Leyde ?

. — Isaac, que j'ai rencontré, m'a solennellement promis sa prochaine arrivée. Le Juif se dirigeait sur- Harlem.

— Il nous ramènera Divarre. |

— Parmi les mille récits qu'on fait de nous par le monde, on contait à Amsterdam que Knipperdoling était devenu ici chef de justice, et que Mathys allait être roi. Je lui ai annoncé ces nouvelles.

— Il a dû en être charmé, car il ne rêve que le rétablissement du règne de Salomon. C'est un vieil enfant d'Israël qui, je pense, est au moins sorcier. IL échappe merveilleusement à tous périls et ne recule devant aucune terreur. Mais ces bruits de grandeurs pour nous sont bons à répandre. Îls nous préparent la voie.

Il n’y à pas de créature plus méritante sur la terre qu’un auditeur patient.

Tuéon. HOOK, Sayings and Doings.

La députation de Munster à ses bons voisins de Coesféld avait pour but d'amener cette ville dans la ligue qui s'était organisée contre l'Évêque. Mais la raison n'avait pas déserté Coesfeld. Quand Jean de Wyck et Mathys, les chefs des représentants de la nouvelle république, eurent exposé leur mission, le sénat de Coesfeld leur répondit, par l'organe de son président, qu'il voyait dans leur projet une intention louable et bonne; qu'il était glorieux en effet d’affranchir les hommes, qu'il y avait certainement des abus à réformer, des torts à redresser, de grandes améliorations à conquérir dans la condition des masses populaires. — Mais, ajouta l’orateur sensé, votre conduite est répréhensible sous tous les rapports. Les excès ne produisent que des excès. Vous ne deviez pas vous livrer, comme il a été fait, aux violences désordonnées. Vous avez aboli le culte catholique. De quel droit et pour quel chef?

Vous avez secoué le joug du Prince. Pour quelle raison ? Vous avez détruit et pillé les saints lieux. Dans quel but? Croyez-vous, par ces démarches que rien n’excuse, faire naître la confiance? Vous vous tromperiez. Jamais une révolution commencée de la sorte, n’est parvenue à heureuse fin. Nous sommes vos frères. Nous ne romprons point le pacte de notre union; mais tant que vous écouterez la voix des folles passions, nous vous plaindrons sans vous suivre. Rétablissez le culte catholique; reconnaissez franchement l'autorité du Prince-Évéque, qui est encore prêt à pardonner; chassez de chez vous Rothmann, votre mauvais génie ; et vous nous verrez travailler avec vous à établir les vraies réformes.

Ce discours ne plut guère aux députés de Munster. -

Jean de Wyck répondit ironiquement qu'il remerciait les bons sénateurs des avis qu'ils voulaient bien donner; qu'il s’en souviendrait en temps et lieu; mais que le peuple qu'il représentait se croyait assez fort pour ne pas reculer, et qu'à défaut des bonnes gens de Coesfeld, il aurait d’autres soutiens.

Mathys, plus maître de lui-même, prit alors la parole. |

— Puisque vous reconnaissez, dit-il, que le besoin de certaines réformes est réel, vous ne repous- . serez pas au moins la lumière que l'Esprit nous donae et que nous vous cpportons. Vous permettrez

à nos prédicateurs de se faire entendre au milieu de ce peuple. .

— Si vos orateurs sont de l’école de Rothmann, nous aimons mieux qu'ils cherchent d’autres auditeurs. | — C'est-à-dire, s’écria Jean de Wyck, que vous bäillonnez la parole. Étes-vous des tyrans ou des administrateurs ?

— Nous ne pensons pas être des tyrans; mais nous croyons devoir prévenir le mal. Notre ville est en paix, et nos concitoyens ne se plaignent pas de nous. |

— Les prédicateurs que nous avons amenés, reprit Mathys, sont de pieux docteurs qui nous ont été envoyés par le landgrave de Hesse et les autres . princes. Ils se bornent à prêcher le pur Évangile.

En effet, croyant la ville de Coesfeld trop peu avancée pour comprendre Rothmann, la députation de Munster ne voulait entamer ce peuple que par des ministres luthériens d’abord, sachant bien que s'ils faisaient une brèche, elle s'agrandirait ensuite aisément.

Le chef du sénat se contenta de répondre, après un moment de réflexion :

— Les chaires et les églises appartiennent au clergé. Adressez-vous au doyen de Coesfeld. S'il veut bien vous permettre de faire entendre vos orateurs, ce n’est plus notre affaire.

— Je n'aime pas les refus dissimulés, grommela

Jean de Wyck. Tous ces prêtres papistes étouffent la parole, parce qu'ils sentent qu'ils ne peuvent la combattre. J'en voudrais un qui nous laissât dire et qui sût nous répondre.

— Eh bien! dit en intervenant un paisible sénateur, je crois que notre doyen vous donnerait cette satisfaction.

— Quel homme est-ce? demanda Mathys.

— C'est un vieillard de soixante-dix ans, le plus doux des hommes, toujours joyeux, toujours de bonne humeur, simple et droit, qui se dépouille de tout pour les pauvres, qui ne possède jamais rien, qui pardonne toutes les fautes , qui console toutes les misères, qui supporte tout, qui aime tous les hommes, qui ne condamne personne et qui, dans son ministère , est un père au milieu de sa famille.

— Et ses mœurs? demanda Mathys.

— Il est pur comme un enfant. Depuis cinquante ans, toute la ville le connaît.

— C'est pour nous un homme dangereux , marmotta Jean de Wyck.

— N'est-1l pas austère? demanda encore Mathys.

— Il l'est pour lui; il ne l'est jamais pour les autres. Il prie pour Luther, pour Rothmann, pour vous {ous.

Jean de Wyck et Mathys se regardèrent en silence.

— J'y vàis, s'écria ce dernier. Ce bonhomme ne nous empêchera pas de parler au peuple. Prêche-

t-il? reprit dédaigneusement le voyant de Munster, en se retournant vers le sénateur. |

— Il prêche un peu, mais sans éclat.

— Vous verrez, dit tout bas Mathys à Jean de Wyck, que si nous parvenons à parler, ce sera ici comme là-bas. Personne ne nous répondra; et nous emporterons la place. Laissez-moi faire.

Et le meneur de Munster, qui, dans cette circonstance, comprimait son esprit de voyant ou de prophète pour ne s'occuper que de son personnage de diplomate propagateur , s’en alla chez le bon doyen, soutenu des trois ministres de Christ qu'il avait amenés. |

Le vieux curé habitait une maison pauvre et démeublée, car 1l donnait tout au premier qui avait besoin. Mathys le trouva lisant, assis dans un vieux fauteuil de cannes, et il fut frappé de cette figure douce et ouverte, que soixante-dix ans de vertus rendaient vénérable et auguste. Il exposa sa demande de faire entendre la parole évangélique dans quelqu'une des chaires de la ville.

— Volontiers, mon fils, répondit sur-le-champ le vieïlard, pourvu que vous promettiez sincèrement qu'on ne prêchera que l'Évangile, qu’on supprimera les quolibets, qui conviennent mal dans le lieu saint, et qu'on traitera décemment et gravement les questions religieuses.

— Nous nous y engageons, répondirent ensemble les trois ministres de Christ.

— Je n'ose disposer que de mon église, qui est au fait la plus grande. L'un de vous peut y prêcher demain, après la sainte messe, à laquelle j'espère que vous assisterez pour vous recueillir.

— Ce bonhomme est à nous, dit Mathys tout bas.

— Je n’ajoute qu'une condition à celles que je vous ai faites. C’est que si je trouve”à reprendre, comme je le crains, dans votre prêche, je pourrai vous répondre immédiatement, et que vous m'’écouterez comme je vous aurai entendus.

— Accepté! dirent vivement les trois orateurs.

Et après avoir remercié le bon doyen, Mathys et ses trois amis se retirèrent pleins de joie. Non-seulement ils allaient prêcher le peuple de Coesfeld, en dépit de la mauvaise grâce du sénat; mais ils trouvaient enfin ce qu'ils avaient tant souhaité : un champ-clos, c'est-à-dire un triomphe. Ils allaient lutter avec un prêtre papiste, un doyen, un homme vénéré. Comme ils allaient le rouler, l’entraîner, le convertir, et avec lui toute la ville! Et quelle gloire pour eux! Ils se hâtèrent d'annoncer à Jean de Wyck leur succès inespéré. Bientôt, on sut par toute la ville que les ministres du pur Évangile prêchaient le lendemain, 45 novembre, dans la chaire du doyen. Ce fut grande rumeur. L'église fut pleine à la messe qui précéda les prêches.

Le doyen avait fait disposer , dès le matin, un épais rideau qui ferma le sanctuaire quand la messe fut dite; et au milieu du plus grand silence, devant

- une assemblée compacte, le plus habile des trois ministres monta’ dans la chaire. Le doyen, placé au banc d'œuvre, se leva :

— Mes chers enfants, dit-il à ses paroissiens inquiets, j'ai cru ne pas devoir m'opposer à des communicalions qu’on désire vous faire. Si on ne vous prêche que la morale, elle est toujours bonne ; si on vous apporte la lumière, vous l’accueillerez. S'il se glissait quelques erreurs dans ce qui va vous être dit, je vous prie de ne manifester ni approbation ni blâme : je me suis réservé de répondre. Du moins, sur ce point de la réforme dont on fait tant de bruit, vous allez être éclairés.

Le vieux curé se tut; et le luthérien commença à la manière de ses collègues, en se privant du signe de la croix. Comme tous les ministres de Christ, après quelques paroles d’une onction étudiée, il ne manqua pas de vomir un peu de fiel sur l'Église, sur le clergé, sur les moines, sur le Pape. Il attaqua ensuite, en s’animant avec mesure, les sacrements, et

spécialement la confession. — Pendant les lieux .

communs qu'il débitait avec une chaleur évidemment factice, Mathys aperçut un mouvement dans l'auditoire. Tout le monde se retournait vers un homme placé en face de la chaire, et qui paraissait transporté d'’aise et d'enthousiasme. Il reconnut le personnage ; c'était le père Isaac.

— Ce vieux Juif est partout! pensa-t-il.

Mais quand l'orateur luthérien eut fini, sans ex-

citer les applaudissements qu'il attendait de l’auditoire attentif, le doyen de Coesfeld lui succéda dans la chaire.

— Mon frère, dit-il au prédicant dès qu'il le vit assis au banc d'œuvre, à la place qu'il venait de quitter, je serai court, car je veux laisser à vos collègues, sans fatiguer trop l'assistance , le temps de parler à leur tour s'ils le jugent à propos.

Il fit le signe de la croix, et il ajouta :

— Nous invoquerons, s'il vous plaît, la sainte Mère de Dieu, dont l’assistance peut être inutile à votre cause, mais non pas à la nôtre.

Il récita un Ave Maria, puis il dit :

— Vous avez attaqué l'Église, c’est-à-dire l'unité, mon frère. Quand Jésus-Christ, notre Seigneur, a dit qu'il n’y aurait qu'un pasteur et qu'un bercail; quand il a dit que celui qui n’écouterait pas l'Église serait un païen ; quand il a dit à Pierre que sur lui il fonderait son Église ; quand il lui a dit qu’il aurait à confirmer ses frères, il a fondé pourtant l'unité de l'Église et la primauté du siége de saint Pierre.

En même temps qu'il promettait d'être avec son Église, jusqu’à la consommation des siècles; — et:sa parole, qui, depuis quinze cents ans, ne s'est pas démentie, sans doute ne se démentira pas encore; -— 1l nous a prévenus de nous garder des faux christs et des faux prophètes ; il nous les a annoncés. Pauvres frères séparés, qui vous détachez de l’Église notre mère, vous venez après bien d’autres,

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après mille autres que je pourrais vous nommer. Dès le temps des apôtres, ceux qu’on appelle du triste nom d'hérétiques se sont dressés contre l'Église, comme les anges égarés s'étaient levés contrée Dieu. Saint Jean les a combattus; saint Paul a lutté cofitre eux. Aucun de ces rebelles n’a duré ; aucun, mes frères. Croyez-vous que vois durerez plus qu'eux ? |

Que Dieu, dans sa mansuétude infinie, vous touche et vous ramène |”

Frères, quelquefois, en songeant à votre œuvre, il me semble que je vois une noble et belle figure à laquelle on a mutilé le nez, le front et les yeux, déchiré les lèvres et rompu les dents. N'est-ce pas là le christianisme, arrangé comme vous lé faites ? Vous lui ôtez toutes ses grâces, convenez-eni, et vous ne lui apportez rien. Car, enfit, qu'inventezvous?... Vous niez... Si c'est là du progrès et du mouvement, je ne le comprends pas.

Et, ce que vous faites au spirituel, ÿous serez entrafnés fatalement à le reproduire au matériel. Vous supprimerez dans les églises tout ce que les arts ont créé pour élever l'âme ; car la matière même, si elle . cesse d'être brute, crie contre vous. Vous dessécherez le culte; vas temples seront des sépulcres vides, où les fidèles, comme des automates, se rangeront pour écouter des paroles mortes.

Je m'arrête ici, et c'est mon premier point : venons aux choses pratiques.

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Vous supprimez la confession. Assurément, c'est habile, car vous ne travaillez pas pour votre troupeau, vous travaillez pour vous. Et, en effet, humainement parlant, au lieu de passer la moitié de ma vie à entendre tous les jours trente confessions, si souvent tristes ; au lieu de m'épuiser à consoler des cœurs brisés, à relever des âmes pusillanimes, à faire opérer des restitutions qui ne me touchent pas. à éclairer des consciences (roublées, à instruire de pauvres ignorants, il me serait bien plus doux de me reposer dans d’affables causeries, de jouer aux dés avec des amis, de tuer le temps à table; car c'est ainsi qu'on s'exprime.

Par les froids de l'hiver, par les pluies et les frimas, par la neige et les ouragans, la nuit, arrachés à notre sommeil, le jour, aux douceurs de notre foyer, nous allons dans les lointaines campagnes porter aux mourants, que l'approche terrible de l'heure suprême désole et désespère, les consolations et la force que donnent les sacrements. Nous entrons dans des logis en deuil, dans des bouges infects, où l'odeur de la mort s’exhale partout ; nous sommes accueillis par des larmes, par des sanglots, par des regards mornes et déchirants, et il nous faut longuement dévouer notre énergie et nos forces à remettre des cœurs abîmés. Vous vous épargnez ces travaux. Humainement parlant, c'est prévoyance habile ; et vous savez bien ce que vous faites.

Vous àbolissez les jeûnes et les abstinences. Vous.

rejetez les mortifications. Vous dispensez des bonnes œuvres; et quand l’apôtre a dit que la foi sans les œuvres est une foi morte, vous dites, vous, que la foi suffit. C'est surprenant. On peut ainsi se replier sur soi-même, rire de la famille humaine qui périt, abandonner les malades sur leur grabat, les blessés avec leurs ulcères , les pauvres condamnés dans les angoisses de leur supplice, fuir les pestiférés, ne s'occuper que de sa propre joie et vivre dans la vie animale aussi largement qu'on le veut, sans charité, sans souci, sans compassion.

Vous bafouez les vœux, ces actes d'héroïsme que la religion romaine a seule inspirés, comme elle a inspiré seule, absolument seule, la chasteté, l'humilité, la charité. Vos prètres peuvent se marier, se voir entourés d’une famille qui leur sourit, oublier, au milieu de leurs petits enfants, les pauvres qui souffrent et qui pleurent, vivre sans peines, sans explation, sans pénitence, comme s'il n’y avait que cetle vie. Je ne vous demande que de prouver que vous avez raison en vous adressant aux passions et à la chair, et que la sainte Église romaine, avec sa foi ferme et soumise, avec son dévouement sans bornes, avec sa charité sans mesure, a tort de s'adresser à l'âme.

Vous nous attaquez en masse par des personnalités contre quelques-uns de nous qui se sont perdus; mais, dans l’Église, les individus sont peu de chose; ils ne sont que des hommes.

Et, de plus, quand même, par des arguments logiques, vaus prouveriez que vous raisonnez conséquemment, ce qui est impossible, il me semble qu'avec la grâce de Dieu je ne vous suivrais pourtant pas; car vous ravalez l’espèce humaine aux grossières jouissances de l'animal ; vous ne vous occupez que du corps; et, si je ne me trompe, ce sont ‘des âmes que Dieu réclame.

Le bon curé s'arrêta doucement; un frémissement d'adhésion circulait dans l'auditoire.

— Maintenant j'ai fini, reprit-il; et si un autre veut parler à son tour, j'espère que Dieu me donnera encore des paroles pour lui répondre. Quant à vous, mes fidèles paroissiens, vous jugerez lout à l'heure qui vous devez suivre. Mais je ne pense pas que vous me délaissiez, et je sais même que vous prierez encore avec moi pour ceux qui se trompent.

Après ces mots, il descendit de la chaire. Les deux autres ministres de Christ se regardèrent et ne montèrent pas après lui. Mathys cherchait Isaac, qui avait disparu. Îl le retrouva dans le cimetière, et courut sous sa conduite rejoindre Divarre; elle venait d'arriver avec le tailleur de. Leyde.

La députation s’en allait donc, quelque peu piteuse, entourant Jean de Wyck, qui disait :

— Je n'aurais pas cru ce bonhomme aussi fort...

La ville de Coesfeld demeura catholique. Mais qui sait ce qui füt advenu, si son doyen n'eût pas été un saint prêtre? Ce fait grave, que mille faits pa-

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reils appuient, nous dévoile la redoutable responsabilité qui pèse sur les pasteurs. Quelques années plus tard, la Réforme fut prêchée dans les trentetrois villages qui s’étalent au soleil du nord, entre Amersfort et Utrecht. Trente-deux curés succombèrent ; un seul, celui qui occupait le village du centre, garda sa foi et se maintint; et depuis trais siècles, au milieu de trente-deux paroisses égarées, . ce seul village est demeuré catholique. C'est Rysenburg. Un vaste phalanstère de ces anabaptistes mitigés, qu’on appelle les Frères-Moraves , est même venu s'établir dans son voisinage. Il n’a fait aucune plaie à ces cœurs que Dieu se souvient d’avoir trouvés fidèles.

NETTIE DE WYCK.

Quiconque n’a pas de caractère n'est pas nf bomme. C’est une chose.

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