‹ Légendes canadiennesChapitre 8 sur 11 · PUISSANCE DE L' " AVE MARIA · texte numérisé non relu

PUISSANCE DE L' " AVE MARIA

Il existe clans la Beauce une forêt qui fut autrefois le théâtre de crimes innombrables. Cette forêt, large de dix lieues environ, longe sur une distance de cent à cent cinquante lieues la frontière qui sépare les Etats-Unis de la province de Québec. Par son sombre aspect elle ressemble beaucoup à la célèbre Forêt Noire de l'Allemagne.

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Dans la partie la plus obscure de cette immense solitude et au milieu d'une touffe épaisse de sapins s'élève une grande croix, dont le pied porte l'inscription suivante :

" En souvenir d'un grand pêcheur à qui Dieu a beaucoup pardonné. "

Ces paroles sont pour nous un profond mystère, mais elles résument cependant toute la vie de l'homme qui a élevé ce monument sacré en l'honneur du divin Crucifié. Il n'y a pas longtemps que cette croix montre aux voleurs et aux brigands de cette forêt redoutable la voie qu'ils doivent suivre pour aller au ciel : voie de larmes, de souffrances et de persécutions. C'est en 1820 que le signe de notre rédemption se dressa triomphalement et pour la première fois dans cet horrible et obscur repaire du brigandage. Et voici dans quelle circonstance ; le fait que nous allons raconter est historique :

Une vertueuse veuve, possédant une brillante fortune, vivait modestement dans une ville des plus populeuses du Canada. Elle n'avait qu'un enfant, et celui-ci vint au monde quelques

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jours après la mort de son père. La veuve, restée seule avec son cher enfant, porta ses regards vers le Ciel en conjurant la divine Providence de la conduire dans le sentier de la vertu, et trouva dans la prière la consolation aux maux qui étaient venus fondre sur elle au moment où l'avenir lui promettait la plus grande somme de bonheur. Elle ne négligea rien pour donner une éducation chrétienne à son fils et rendre sa vie conforme aux enseignements de la religion catholique. A l'exemple de la mère de saint Louis, roi de France, elle aurait mieux aimé voir son enfant mort à ses pieds que de !ui voir commettre un seul péché mortel. Le jeune Gaston — c'est le nom cle l'enfant — répondit d'abord aux nobles espérances que sa mère mettait en lui. Au collège, il devint le modèle des étudiants. Pendant les vacances, sa conduite faisait l'admiration de toutes les personnes qui le fréquentaient.

Partout on parlait de Gaston comme d'un jeune homme doué des plus précieuses qualités du cœur et de l'esprit. La mère était heureuse. Mais son bonheur fut de courte durée ; car Gaston, qui aimait passionnément la lecture des romans immoraux, comme on en rencontre

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si souvent de nos jours, se perdit entièrement. Sa mère eut bean lui faire de sages remontrances sur la lecture de semblables livres et sur les mauvaises compagnies qu'il hantait, tout fut inutile. Plus Gaston avançait en âge, plus il s'enfonçait dans la fange du crime. Après avoir été un phare lumineux par ses vertus, il devint la triste personnification de la débauche, de l'ivrognerie et de l'impiété. Quand il passait dans la rue, on le montrait du doigt et les enfants le fuyaient comme un pestiféré.

La malheureuse veuve éprouva tant de chagrin de la conduite de son fils dénaturé, qu'elle tomba malade et mourut quelques semaines plus tard. Avant de rendre le dernier soupir, la moribonde appela Gaston à son chevet et lui fit promettre, après lui . avoir mis sous les yeux toute l'horreur de sa situation et le triste avenir qui s'ouvrait devant lui, de ne jamais oublier la sainte Vierge dans ses prières et de dire tous les jours à son intention un Ave Maria. Gaston — nous le disons à sa louange — tint sa promesse ; jamais il n'omit la récitation de la Salutation angélique.

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La mort de sa mère le retint quelques jours chez lui. Mais les salutaires réflexions que lui inspira ce tragique événement ne laissèrent

Gaston au chevet de sa mère.

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bientôt aucune trace, et un mois s'était à peineécoulé depuis cette lugubre époque, que Gaston se livra de nouveau au plaisir et à la débauche avec une ardeur indescriptible. Il était immensément riche ; aussi il redevint immensément dépravé. Il roula de crime en crime et finit par le pénitencier, où il passa cinq années confondu avec tout ce que la société renferme de plus vil et de plus honteux. Ce terrible châtiment n'opéra en lui aucun changement. En sortant, Gaston courut à Québec presser la main de ses compagnons de désordre et continua, comme par le passé, de se vautrer dans tous les excès.

Trois ans après sa sortie du pénitencier, Gaston avait complètement dissipé la fortune presque fabuleuse que lui avait léguée sa bonne et tendre mère. Lorsque son intendant lui apprit cette nouvelle, l'enfant prodigue resta comme foudroyé. IL lui semblait qu'il avait mal compris, il lui fit répéter ce qu'il venait de dire. L'intendant lui annonça de nouveau que toutes ses richesses étaient disparues. Gaston ne put proférer une seule parole. Ce n'était pas la perte de ses biens qui le torturait le plus, mais c'était plutôt la pensée d'être

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obligé de renoncer à ses plaisirs — il était radicalement méchant — et de voir ses amis, ses prétendus amis l'abandonner,parce qu'il n'avait plus le sou pour les maintenir dans la débauche.

Peu à peu le vide se fit autour de lui, et bientôt il fut plongé dans le plus complet isolement. Un soir, son concierge vint lui signifier l'ordre de quitter immédiatement sa chambre, parce qu'il devait deux mois de loyer et que son ameublement couvrait à peine la somme due. Gaston répondit avec un aplomb et une fermeté qui étonnèrent le concierge : "Demain à cette heure-ci, je serai loin de Québec." Le concierge se retira à cette réponse, et le lendemain Gaston avait quitté la vieille capitale du Canada.

Huit jours plus tard> nous retrouvons Gaston au milieu de la Forêt de la Beauce. C'était par un jour d'été, et le soleil, qui arrivait au terme de sa course, allait disparaître bientôt derrière les sapins dont la cime s'élevait jusqu'à la nue.

Le jeune homme cheminait d'un pas tranquille, mais ferme ; il paraissait cependant aussi sombre que le bois qui l'environnait. Après

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avoir marché pendant plus d'une heure dans» cette ténébreuse retraite, il s'arrêta sur un

Gaston récitant Y Ave Maria.

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tertre assez élevé et entouré d'arbres touffus. Gaston sortit alors une corde qu'il tenait cachée sous son habit et en fixa une des extrémités à une forte branche, tout en ayant eu le soin de faire un nœud coulant à l'autre bout, qui s'arrêtait à une dizaine de pieds du sol. Il avait pris la résolution de se suicider. Le malheureux ! il n'avait de la force que pour le crime. En face de la misère, il perdait courage, et plutôt que de lutter vaillamment contre les adversités de cette vie de larmes, il avait recours au suicide, le plus grand acte de lâcheté que l'homme puisse commettre.

Gaston se préparait à grimper dans l'arbre où la corde fatale était attachée, pour se lancer ensuite dans le vide, lorsque la pensée lui vint de réciter Y Ave Maria qu'il avait promis à sa mère mourante. " Je l'ai promis, se dit-il, et je ne veux pas manquer à ma promesse à la dernière heure de ma vie." Et il se jeta à genoux au pied de l'arbre. Les mains jointes et le regard tourné vers le ciel, Gaston récita avec une certaine dévotion la Salutation angélique. Lorsqu'il eut prononcé ces mots : " Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort," il éclata en sanglots.

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Marie avait touché ce cœur plus dur que la pierre, et Gaston était converti. Il reste plusieurs heures en prière pour demander pardon à Dieu de toutes les iniquités dont il s'était rendu coupable, et quand il se releva, l'idée du suicide s'était évanouie, et l'espérance, appuyée sur la foi, avait remplacé le désespoir. Gaston courut aussitôt s'enfermer dans un célèbre monastère de la France et mourut quelques années plus tard dans cet asile du bonheur, après avoir donné l'exemple de toutes les vertus les plus sublimes et les plus héroïques.

C'est en mémoire de sa conversion que Gaston fît élever dans la Forêt de la Beauce la croix dont nous avons parlé au commencement de ce récit.

Gaston était perdu, mais il fut sauvé par la puissance de V Ave Maria.

Les montagnes de la province de Velletri.

LE SOUVFNEZ-VOUS

Lorsque nous avions l'honneur de servir

comme zouave dans l'armée pontificale, il nous

a été donné de connaître une classe d'individus

LE SOUVENEZ-VOUS

qui ont, de tout temps, fait la terreur d'une grande partie de l'Italie, surtout de l'ancien royaume de Naples. Ces monstres à figure humaine sont désignés sous le nom pompeux de brigands ; et ils méritent bien ce qualificatif, ces voleurs et ces assassins. Il n'y a pas un seul crime qui ne leur soit connu. Leur histoire fait frémir de crainte et d'horreur et paraît même invraisemblable ; mais les faits nombreux que nous avons recueillis à Rome sur leur compte, ne nous permettent pas de douter un seul instant de l'authenticité des terribles tragédies dont ils ont été les sinistres héros.

Au mois de juin 1868, la compagnie de zouaves dont nous faisions partie — le 3e dépôt commandé par le capitaine de Kermoal — fut envoyée en garnison à Velletri, patrie d'Auguste, ville importante des anciens Volsques et située à trente-six milles environ au sud de la Ville-Eternelle. Cette région était devenue alors le rendez-vous des brigands. Les nombreuses chaînes de montagnes qui entourent cette province comme d'une ceinture, offrent un refuge assuré à ces êtres dépravés. Plusieurs fois les soldats du Saint-Père furent lancés à

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la poursuite des brigands ; mais ils revenaient bien souvent de la chasse la besace complètement vide. Le gibier avait disparu à l'approche du chasseur et s'était envolé dans une forêt inconnue. Comment veut-on qu'il en soit autrement ? Les brigands n'ont pas d'habitation fixe ; leur vie est tout à fait nomade. Un jour, ils s'installent dans une grottte profonde ; le lendemain, ils transportent leurs pénates dans un autre repaire situé à plusieurs milles de distance.

Ils connaissent parfaitement toutes les montagnes et les collines ; crevasses, grottes, cavités souterraines, défilés, tout leur est familier ; ils peuvent donner la topographie des rochers aussi facilement qu'un enfant récite son catéchisme de première communion. Il est plus difficile de mettre la main sur les brigands que d'abattre un orignal au milieu de nos vastes forêts. Vous croyez les saisir : vous n'êtes plus qu'à quelques arpents des fuyards, vous les voyez courir devant vous, et, tout à coup, il n'y a plus rien. Les brigands ont disparu comme par enchantement. On dirait qu'ils possèdent une vraie baguette de fée. Vous fouillez toutes les sinuosités, tous

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les coiDS et toutes les fissures des rochers sur lesquels ils glissaient, pour ainsi dire, il n'y a qu'un instant, et vous ne trouvez aucune trace de leur passage, aucun vestige, aucun indice qui puisse vous guider dans vos recherches. La montagne s'est entr'ouverte sur leurs pas pour les cacher dans ses entrailles, et toute empreinte s'est évanouie comme au passage des Israélites sur la Mer Rouge.

Dans le cas où nous parviendrions à connaître la retraite des brigands, nous n'en serions pas plus avancés ; car, dès que le soldat commencerait à descendre dans leur antre ténébreux, les brigands prendraient la fuite par une autre issue secrète, qui est quelquefois placée sur le flanc opposé de la montagne, et iraient se nicher dans un autre édifice pierreux dont l'existence est ignorée du commun des mortels. Pour couper la retraite des brigands dans ce cas-là, ii n'y aurait qu'un moyen : ce serait de cerner la montagne qu'ils occupent, et, une fois le cercle fo rme Pet r plusieurs compagnies de soldats, de gravir lentement la colline en rétrécissant la circonférence. Mais l'exécution d'une pareille entreprise offre encore peu de garantie de succès. En effet, supposons qu'on

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vienne vous dire que les brigands sont campés sur telle montagne et qu'on les a vus à l'instant même. Aussitôt un bataillon se met en marche et se prépare à emporter la montagne

Le gendarme prend l'halit, l'examine, le tourne...

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d'assaut. Arrivés au lieu désigné, les militaires, ne trouvent plus que des ronces et des épines, et voici pourquoi : les brigands, du haut de leur place forte, ont vu s'opérer le mouvement militaire, ou bien encore, un ami fidèle vivant au milieu même des habitants de la campagne, est allé donner l'éveil aux montagnards ; et ceux-ci ont levé le pied légèrement et ont couru se cacher sur une autre montagne.

C'est ce qui arrivait ordinairement. Nous avons plusieurs fois fait la chasse aux brigands pendant que nous étions à Velletri, et presque toujours nos démarches sont restées infructueuses. Si, dans une de nos patrouilles, nous avons réussi à capturer cinq de ces monstres, c'est que nous les avons surpris au milieu de leurs orgies ou qu'ils ont été trahis par leurs compagnons ruraux. Nous appelons de ce nom les paysans que la crainte d'être immolés à la fureur des brigands rend muets, quand on veut avoir des informations sur les faits et gestes de ces bandits. La plupart des paysans et des bergers d'Italie, résidant au pied des montagnes, sont de petits brigands, qui font cause commune avec les grands.

Les brigands de la province de Velletri

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étaient d'une impudence et d'une hardiesse vraiment étonnantes. Os venaient souvent dans les villes prendre le café, le soir, dans les hôtels les plus fréquentés, et ils échappaient souvent aux recherches les plus actives de la gendarmerie. Et pourtant la gendarmerie pontificale jouissaitd'une excellente réputation d'habileté, de zèle et de fidélité. C'était le plus beau corps de police que nous ayons jamais vu. La ville de Velletri a eu plusieurs fois la visite des brigands ; en voici une preuve entre mille :

Un soir, nous étions de patrouille en compagnie de MM. Charles Trudelle et Napoléon Courteau, zouaves canadiens, et d'un zouave français dont nous avons oublié le nom. Cette patrouille était commandée, comme toutes les autres du reste, par un gendarme. En parcourant la plus grande rue de la ville, le Corso, s'il vous plaît — chaque ville des états de l'Eglise a son Corso — nous passons devant le Café du Soleil. Notre commandant ralentit le pas et jette un regard scrutateur sur la foule des buveurs qui encombrent le café, dont la porte est toute grande ouverte.

Nous remarquons alors que le gendarme est

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vivement excité ; mais tout de même nous continuons notre promenade militaire. Quelques arpents plus loin, nous nous arrêtons et nous faisons volte-face. Notre chef pro tempore nous recommande de marcher piano, piano, en arrivant au Café. Un grand nombre de buveurs ont déjà déserté le restaurant ; il reste cependant encore cinq ou six joyeux convives assis à une table placée dans un coin assez obscur. Le gendarme s'arrête en face de la porte et nous donne l'ordre de faire halte et de fixer le sabre-baïonnette au bout de notre carabine. Cette halte et le dernier commandement donné à voix basse nous intriguent excessivement. Nous ne voyons rien qui puisse nécessiter une charge à la baïonnette, et pourtant notre commandant a des raisons pour nous faire placer sur la défensive, tout prêts à recevoir l'attaque. Obéissons donc sans murmurer ; c'est la discipline qui le veut, et c'est pour la bonne cause qu'il nous faut obéir.

L'énigme s'explique bientôt ; car le gendarme nous donne le commandement de porter armes et d'entrer dans le Café. Vous pouvez vous figurer facilement la surprise et la binette des habitués du café en voyant arriver cinq

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militaires armés jusqu'aux dents. L'un des convives, entre autres, nous paraît mal à Taise, et c'est vers lui que nous nous dirigeons. Le gendarme lui frappe sur l'épaule en lui disant: '* Vous êtes mon prisonnier. " Pour quelle

Nous le conduisons à la prison.

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raison, réplique l'homme interpellé par le gendarme ? Pour toute réponse, ce dernier lui ordonne d'ôter son habit — une blouse de drap noir. Le buveur obéit sur-le-champ, mais en faisant une grimace. Le gendarme prend l'habit, l'examine, le tourne, le retourne, et l'approche d'un bec de gaz. Une lettre apparaît entre la doublure et le dessus. En un clin d'œil, la doublure est enlevée d'un coup de sabre, et la lettre tombe aux pieds d'un zouave, qui la ramasse et la remet au gendarme. Notre commandant est satisfait de ses investigations ; il sait ce qu'il voulait savoir. Habillez-vous, dit-il au buveur, et suivez-nous à la prison. Le convive se fâche, frappe la table du poing, casse les verres et se met en état de résister à la patrouille, en se servant d'une chaise comme d'un bouclier. Le commandant reste impassible ; les zouaves ne sont nullement effrayés des menaces de cet énergumène ; ils attendent l'ordre d'agir. " Zouaves, commande le gendarme, en avant." Nous avançons et nous pointons la baïonnette vers la poitrine du forcéné. Sa résistance n'est pas de longue durée ; car, se voyant menacé d'une mort certaine, il demande grâce pour la

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vie et, devenu aussi doux que l'agneau, il promet de nous suivre. Nous le conduisons à la prison entre quatre baïonnettes.

Après avoir confié notre prisonnier au geôlier, nous reprenons notre course à travers la ville. Chemin faisant, nous demandons au gendarme la cause de l'arrestation que nous venons d'opérer. "C'est, nous répondit-il, un brigand de la pire espèce que nous avqps pincé ce soir. Il fait partie de la bande qui rôde depuis quelque temps aux environs de Cori, l'ancienne Cora, la patrie de Ponce-Pilate, et il était venu en cette ville chargé de remplir une terribje mission. Comme j'ai pu m'en convaincre parla lettre qu'il tenait cachée dans la doublure de son habit, ce brigand devait voler un enfant d'un des plus riches citoyens de cette ville, l'emporter dans les montagnes et demander ensuite une forte rançon. Heureusement que je le connaissais, car c'est un ancien résidant de Velletri qui, après avoir commis les crimes les plus horribles, avait échappé à la justice en se réfugiant dans les montagnes et en se joignant quelques jours plus tard à une bande de brigands."

Deux semaines après son arrestation, notre

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brigand subit son procès et est condamné à être fusillé. Deux religieux se rendent à la cellule du condamné et offrent leurs services

Il tombe frappé de six balles.

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pour le préparer à la mort. Le malheureux pécheur refuse ; il ne veut pas entendre parler de Dieu. Les zélés religieux reviennent plusieurs fois à la charge, mais en vain ; leurs paroles de consolation sont accueillies par des jurements et des blasphèmes. Le cœur de ce brigand reste aussi dur que le roc.

La veille de l'exécution, les courageux apôtres entrent de nouveau dans le cachot du prisonnier et lui parlent avec des larmes dans la voix du sort épouvantable qui lui estr,éservé s'il meurt dans l'impénitence finale. " C'est trop tard, reprend le brigand' et je suis trop criminel pour que Dieu me pardonne. Rien ne peut m'arracher des flammes de l'enfer, que je vois déjà entr'ouvert sous mes pieds." Les religieux redoublent de courage et d'efforts. Le brigand résiste toujours en répétant : " C'est trop tard."

Minuit sonne, et toujours la même obstination de la part de ce grand criminel. La nuit s'écoule au milieu des pleurs et des prières des dignes fils de saint François. Et le prisonnier continue de hurler qu'il est damné et que rien ne peut le sauver.

Il est cinq heures du matin. Encore trois heures, et le brigand va paraître chargé d'ini.

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quités devant son souverain Juge. Les prêtres se jettent à ses pieds et le conjurent de réciter avec eux le Souvenez-vous de saint Bernard. A cette ardente supplication, le condamné porte les yeux vers la voûte de son obscur cachot, joint les mains sur sa poitrine oppressée, récite le Souvenez-vous, éclate en sanglots et tombe à genoux en criant : " Mon Dieu, pardon ! " La glace était rompue, et le brigand était converti. Il fait une confession générale, assiste au saint sacrifice de la messe, reçoit la sainte communion et, cinq minutes plus tard, tombe sur la place publique frappé de six balles.

Avant de mourir, le condamné adresse la parole à la foule, énumère tous les crimes qu'il a commis pendant sa vie et demande pardon à tous ceux qu'il a offensés. " Je meurs content, dit-il, car je meurs réconcilié avec mon Dieu, que j'ai tant outragé. Je dois ma conversion à la bonne Madone. Sur son lit de mort, mon père m'avait fait promettre de réciter le Souvenez-vous tous les jours. J'étais bien jeune alors, et je n'ai jamais manqué à ma promesse. C'est la Vierge Marie qui m'a ouvert les yeux et sauvé des flammes de l'enfer. Mes amis,,

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priez toujours Marie, et Elle vous tendra une main secourable dans les circonstances les plus pénibles. Adieu "...

Et le converti entre dans l'éternité.

Une danse du temps passé.

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