LE LOQUET
Ayant fini sa lecture , il ploya avec soin ces feuilles à
tira une espèce de petit loquet. « Approchez, me dit- ;
il ; voici des cheveux de Léocadie. Elle portait ceci à :
son cou ; et ce que vous voyez au revers est de la pro- | À
pre main de Joseph.
On lisait cet acrostiche au bas d’une miniature de 1
Léocadie :
tre Dieu qu’à Cythère on adore cn tes yeux fixa son séjour ; ©rnés de cils, mouillés encore, c'est là que repose l'amour.
>h ! qui peut égaler les charmes Ge ces yeux qu'amour embellit !
ris devant eux rend les armes tt va se cacher de dépit.
« Eh bien, me dit-il ensuite avec un air calme et un
ton solennel, vous avez entendu. Rappelez-vous de %
votre promesse |! »
Je m'éloignai rapidement de cet individu.
. GEORGE DE BOUCHERVILLE Lo)
MONSIEUR DESNOTES.
Monsieur Desnotes était un ci-devant notaire, frais, |
gaillard , jovial , que son économie (assistée d’une cer-
taine adresse) avait placé dans un état d’aisance qui lui permettait de vivre sans souci de l'avenir. Il pou-
vait avoir à peu près quarante-cinq ans. Sa maison était ouverte à tous ses amis ; sa bibliothèque était soignée cl
réal, et actuellement avocat au barreau d’Aylmer.
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M sa cave l'était encore mieux. Son orgueil consistait à ait ceci à M de la pro-
faire goûter ses vins à un cercle choisi, mais peu nombreux, de connaissances, et à montrer à ses clients les, rangées de livres qui s'étalaientsur ses tablettes : aussi s'était-il acquis la réputation d'un bon garçon et de savant, réputation qu'il devait plus à s=. cartes géographiques et à ses bouquins qu'à son érudition; ou, pour mieux dire , il était plus érudit que savant. Du reste, il parlait gaîment à tout le monde, donnait plus de
1 conseils que d'argent, coutume que suivent bien des
gens qui ne valent pas M. Desnotes; et cependant il n'était pas avare, il n’était qu'économe. M. Desnotes avait des habitudes régulières. Il n’aimait pas à par-
1 ler politique, parce qu'il prétendait un peu à la philo-
Ime et un 4 sophie. Il disait que la politique est un vaste champ où
des aveugles combattent; où les uns frappent à gauche,
® les autres à droite, et le plus grand nombre à vide ; où 4 chacun crie sur des choses qu'il ne voit pas ; où chacun ‘ © prétend voir beaucoup; où l'un veut aller au nord,