‹ Légendes chrétiennes de la Basse-BretagneChapitre 29 sur 34 · L.E PETIT AGNEAU BLANC · texte numérisé non relu

L.E PETIT AGNEAU BLANC

U y avait une fob, il y aont tm jcwr, C'est le commescement de tong Um cdÙM.

|L y avait une fois un roi qui i 21

avait deux jeunes filles d i jolie, et l'autre ne Tétait pas. La , se nommait Marguerite, conseillait à. i se remarier, et l'autre, qui avait nom Lo dissuadait, si bien que le vieux roi ) qu'il devait faire. Il se remaria pourtant.

La nouvelle reine, qui n'était id bonne, aimait Louise, qui ^ coi colère et méchante, et elle s latt ] rite, qui était jolie, douce et l compagnait partout la rdne, qui loi vent de belles robes et de riches ] pauvre Marguerite, mal vêtue, p nilles, était envoyée, tous les heure, garder les moutons, sur avec un morceau de pain noir» do et parfois une crêpe moiâe p4

Le vieux roi faisait en tout la volonté de la reine et n'osait lui résister en rien (i).

La pauvre Marguerite ne se plaignait jamais, et, tout le long du jour, on l'entendait qui chantait, sur la lande, ses prières et quelques cantiques pieux qu'elle savait. Elle avait dans son troupeau un petit agneau blanc qu'elle affectionnait particulièrement, et elle lui parlait comme s'il la comprenait, et, au printemps, elle l'ornait de fleurs, et l'agneau la suivait partout.

Un jour qu'elle chantait et jouait comme d'habitude avec son seul ami, un seigneur qui chassait dans les environs entendit sa voix fraîche et claire, et s'arrêta pour l'écouter, puis il se dirigea vers elle et lui dit :

— Bonjour, jeune bergère ; vous avez le cœur gai, à ce qu'il paraît.

— Le temps est beau, monseigneur, et j'ai du plaisir, aujourd'hui, à garder mes moutons sur la lande.

Le seigneur causa avec elle quelque temps, et il fut si enchanté de sa conversation et la trouva aussi si jolie, qu'il lui demanda si elle voulait se marier avec lui.

(i) Dans les contes similaires, c'est ordinairement une marâtre qui favorise sa fille, laide et méchante, au détriment de la fille de son second mari, jolie, bonne et douce de caractère. Il y a sans doute altération du thème primitif de la part de la conteuse.

266 LÉIGENDES CHEÉTIENNBS

— Bxcusez-moi, répoodit-^e» monMgnBOf; je ne suis qu'une pauvre fille, une bergèn guidant 9ÇS moutons sur la lande, et je ae .possigte rien ; voyez comme je sws mise I

— Oh 1 cela ne fait rien, car il ne manque pts d'argent chez moi pour vous acheter de beam habits et tout ce qui pourra vous £dre pUlair*

•— Grand merd, monseigneur, mais je ne veux pas me marier. Ce qui me plaft et me convient» c'est d'être bergère avec mes moutonSy $m la lande.

Là-dessus, le seigneur s'en alla.

Un instant après, Marguerite vit s'avancer vers elle une dame si richement vjhne et |i belle, qu'elle éclairait comme le soleil dit Itcwi Dieu, et le petit agneau blanc alla lécher pieds.

La belle dame parla de la sorte à gère :

— Bonjour, Marguerite, ma chère en et aimée de Dieu. r

— Bonjour, madame, répondit étonnée. ...

— Votre marâtre, mon en£mt, pi de la peine, fera mettre à mort votxe blanc ; mais laissez-la faire : moi dommagerai.

— Jésus ! répondit Margua

mourir mon cher petit agneau blanc, qui n'a jamais fait de mal à personne !

Et le petit agneau se frottait contre la belle dame en bêlant : bééé ! bééé !

— Q.uand la chère bête sera morte, reprit la dame, demandez qu'on vous donne sa tête et ses quatre pieds. Je reviendrai vous voir et vous dirai l'usage que vous devrez en faire.

Alors la belle dame se retira, et Marguerite se mit à presser son petit agneau blanc sur son cœur et à le baiser, en versant des larmes.

Le vieux roi survint en ce moment et lui dit :

— Hélas ! mon enfant, il vous faudra vous séparer de cet ami si cher, car demain il sera mis à mort.

— Jésus, mon père, que me dites-vous là ? C'est mon seul compagnon et mon seul ami sur la terre, et vous voulez me l'enlever !

— Je ne puis plus résister aux obsessions de la reine, qui me demande sans cesse de le faire mettre à mort ; tantôt elle me disait encore : « Comme cet agneau doit être tendre et serait bon à la broche! Nous avons, après - demain, un grand dîner, et nous le mangerons rôti. »

— Mon père, vous êtes le maître, et vous en disposerez comme il vous plaira ; mais, si vous le faites mettre à mort, je vous demande en grâce de me donner sa tête et ses quatre pieds.

— Je demanderai à la reine, mon enfiant, si elle consent à vous accorder votre demande.

Le vieux roi retourna au palais, et un domestique qui l'accompagnait passa une corde au cou de Tagneau et l'emmena.

— £h bien ! demanda la reine au roi, que vous a répondu votre fille ?

— Elle n'a pas dit grand'chose, répondit le roi ; elle demande seulement qu'on lui donne la tête et les quatre pieds de son agneau, qu'elle regrette beaucoup.

— Q.u'on les lui donne, si cela peut lui £adre plaisir.

L'agneau fut tué sur le champ, et le lendemain matin, quand Marguerite se rendit à la lande avec ses moutons, selon son habitude, elle emporta dans son tablier sa tête et ses quatre pieds.

La belle dame revint la voir ce jour-là, et lui dit :

— Eh bien ! mon enfant, avez-vous pu obtenir la tête et les quatre pieds de votre agneau ?

— Oui, madame, les voilà.

Et elle les lui montra.

Alors la dame les prit et planta la tête au milieu de la lande et un pied à chaque coin. Et aussitôt, une fontaine d'eau claire et limpide jaillit à l'endroit où était la tête , et à la place où

ient les pieds poussèrent deux pommiers et IX poiriers couverts de fruits superbes.

La dame avait disparu, sans rien dire.

Marguerite, émerveillée de ce qu'elle voyait, Lilut d'abord goûter de l'eau de la fontaine ; et 2 y puisa avec une belle tasse d'argent, qui était icliée à la margelle avec une chaîne d'argent, but.

— Dieu, comme cette eau est délicieuse ! s' écria- Ile aussitôt.

Et elle en puisa une seconde tasse, but encore

trouva cette fois à l'eau un goût de vin, de vin

icieux. Elle alla alors visiter les pommiers et

poiriers. Les branches étaient trop hautes un

1 pour qu'elle pût en cueillir les fruits ; mais îs s'abaissèrent d'elles-mêmes à sa portée, et

2 cueillit pommes et poires, en mangea et les uva délicieuses.

Désormais, quand elle en éprouvait le besoin, î mangeait à discrétion du fruit de ses arbres, isait de l'eau ou du vin à sa fontaine, et elle it heureuse, trouvait le temps court et chantait istamment.

5on père vint la visiter un jour, et fut bien nné de voir la fontaine et les quatre arbres 1 verts de beaux fruits.

— Que signifie tout ceci, ma fille ? demanda-

— C'est la tète et les pieds de monpedt «gnean blanc, que j*ai plantés en terre, mon père. Venei voir mes belles poires, mes belles pommes et ma belle fontaine.

Et elle conduisit son père jusqu'aux arbres. Le vieux roi voulut cueillir des pommes et des poires ; mais les branches s'élevaient d'elles-mêmes quand il essayait de les atteindre, et il ■ £dlut que Mai^ guérite lui cueillit une pomme et une pdre de chaque arbre.

Ils allèrent alors à la fontaine, et Marguerite y puisa avec la tasse d'argent, et la présentant an vieillard, elle lui dit :

— Buvez, mon père.

Le roi but et trouva l'eau déUdeuse. - >'.

Marguerite remplit une seconde fim la tasse, 'tt la lui présentant encore :

— Buvez, à présent, un peu de vin,

— Du vin, ma fille! où donc?

— Du vin de ma fontdne, mon père ; et voyez.

Le roi but la tasse tout d'un t seconde et une troisième, si bien qu'U ivre et s'en retourna au palais en ti chantant.

Quand la reine le vit revenir dans

— Où avez-vous été vous soi lui demanda-t-elle d'un ton aigre.

— J'ai été voir ma fille Marguerite, sur la grande lande.

— Oui, et vous lui avez porté du vin, et vous vous êtes enivrés ensemble.

— Non, vraiment, je ne lui ai pas porté de vin, et ce que j'ai bu a été puisé à une fontaine, une fontaine de vin qui est dans la grande lande ; il faut que vous voyez cela et que vous en buviez vous-même.

— Que dites-vous là ? Vous vous moquez de moi ; mais je vais à l'instant voir votre fille sur la lande, où je la trouverai sans doute dans un bel état.

Et la reine courut aussitôt à la grande lande. Mais quand elle vit la fontaine et les quatre arbres couverts de beaux fruits, elle resta un moment immobile et la bouche ouverte d'étonnement. Elle crut que Marguerite était sorcière, si bien qu'elle eut peur et lui parla avec douceur:

— Jésus ! mon enfant, les belles choses 1 et comme vous devez vous trouver bien ici !

— Oui, vraiment, ma mère ; venez goûter mes fruits.

Et elle la conduisit aussi jusqu'aux arbres, et comme les branches s'élevaient encore d'ellesmêmes quand la reine voulait les atteindre, Marguerite lui cueillit des pommes et des poires,

qu'elle trouva délicieuses. Puis elles allèrent à la fontaine, et la reine s'y eni\Ta aussi, et s'en retourna au palais en dansant et en chantant, tout comme le roi.

Le seigneur chasseur, qui songeait toujours à la jolie bergère qu'il avait rencontrée sur la grande lande avec ses moutons, revint aussi lui rendre visite, et fut tout émerveillé à la vue du changement qui s'était opéré dans ces lieux. Il mangea aussi une pomme et une poire, but de l'eau et du vin de la fontaine, et s'enisTa. Il fit alors la cour à Marguerite, et lui fit tant de belles promesse de serments d'amour, qu'elle finit par lui promettre de le prendre pour mari.

Les noces furent célébrées dans le château du nouveau mari, qui était un riche seigneur, et il y eut de grands festins et de belles fêtes.

Le roi et la reine y assistèrent avec Louise, qui n'était pas encore mariée, et qui enrageait de voir le bonheur de Marguerite. On servit sur la table des pommes, des poires, de l'eau et du vin de la grande lande, où Marguerite gardait ses moutons, et tout le monde en faisait l'éloge. Quelqu'un dts convives dit alors à la nouvelle mariée :

— Vous serez mieux dans ce beau château, madame, que sur la grande lande avec vos moutons.

— Je me trouvais très-bien avec mes moutons,

sur la grande lande, répondit-elle, et je regretterai ma belle fontaine avec mes ponmiiers et mes poiriers aux fruits si délicieux; je voudrais les voir ici, dans le jardin du château.

En se levant de table, la société alla se promener dans le jardin, et grand fut Tétonnement de chacun d'y voir la fontaine de la grande lande, avec les deux pommiers et les deux poiriers, un à chaque coin du jardin, et toujours chargés de fuits ; et près de la fontaine se tenait une belle dame vêtue tout en blanc et brillante comme le soleil du bon Dieu. Et la belle dame monta au del devant toute la société, en souriant à Marguerite et en lui disant :

— Au revoir, au ciel, dans le palais de la sainte Trinité.

Tout le monde vit clairement, alors, que cette belle dame était la sainte Vierge elle-même (i).

(Conté par Anna Levrien^ servante, de la commune de Pratf 1872.)

(z) Il me semble que la sainte Vieige de ce conte devait être originairement une fée.

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