XUI LES DEUX FRÈRES ET LA SŒUR
|L y avait une fois un roi de France qui avait un fils, lequel n'aimait rien tntant que la chasse.
Un jour qu'il était à la chasse, le jeune prince vit une paysanne qu'il trouva si belle, qu^ en devint amoureux sur le champ et voulait l'épouser. Son père fit tout ce qu'il put pour l'en déttxirner ; mais ce fut en vain.
H se maria donc à la belle paysanne, qui se nommait Marguerite, et l'emmena avec hii i Paris, au palais de son père. Une sœur qu'elle avait, et qui se nommait Jeanne, y vint aussi avec elle ; mais Jeanne était jalouse de Marguerite, en la voyant mariée au fils du roi de France, pendant qu'elle restait fille (et il faut dire aussi qu'elle n'était pas belle du tout), et elle ne cherchait que l'occasion de lui faire du mal et de la perdre.
Six mois après le mariage, la guerre fut déclarée au roi de France par un autre roi, et le prince i fut obligé de partir à la tête des armées, son père ' étant trop vieux pour les commander. Il regretta.
vivement de quitter si tôt sa jeune femme, qu'il aimait plus que jamais et qu'il laissait enceinte.
Jeanne gagna la sage-femme de sa sœur, à force d'argent, et obtint d'elle que, aussitôt la princesse accouchée, elle substituerait un petit chien à l'enfant nouveau-né.
Quand son temps fut venu, la princesse donna le jour à un fils, un enfant superbe ; mais la sagefemme traîtresse le jeta aussitôt par la fenêtre et présenta à la mère un petit chien, qu'elle avait eu soin de se procurer à l'avance (i)»^
— Dieu ! que me montrez-vous là ? s'écria Marguerite à cette vue.
— Héks ! madame, c'est la volonté de Dieu, et le mieux est d'accepter sans murawrer ce qu'il nous envoie, répondit la diablesse.
— Et que dira mon mari, grand Dieu ? Il faudra ne lui rien dire de ceci avant son retour de la guerre.
Et voilà la pauvre mère bien désolée. Quant à Jeanne et à la sage-femme, elles ne perdirent pas de temps pour écrire au prince, âf l'armée, et lui dire que sa femme était accouchée d'un petit chien. Le prince se contenta de dire :
(i) Cette substitution de petits chiens ou petits chats & des enfants nouveau-nés, faite par des mar&tres ou des traîtres, «n Tabsence du mari qui est & la guerre, est très-fréquente dans les traditions populaires. . •>*'
— Puisque c'est la volonté de Dieu !
Puis il écrivit à sa femme, pour la rassurer et la consoler.
L'enfant, que la sage-femme avait jeté par la fenêtre, aussitôt après sa naissance, était tombé sur un buisson de roses et n'avait éprouvé d'autre mal que quelques légères écorchures. Un ermite, en passant près du palais, au point du jour, entencfit des gémissements. Il s'approcha et fut étonné de trouver un petit enfant qui venait de naître.
— Pauvre créature du bon Dieu I s'écria-t-il. Si je n'étais venu à passer, tu allais mourir U, sans baptême.
Et il l'emporta dans un pli de sa robe, le fit baptiser et le mit en nourrice dans' le voisinage.
Qjaand la guerre fut terminée, le prince revînt à la maison. Il embrassa sa femme bien tendrement, et ne lui parla jamais du malheur qui lui était arrivé.
Mais la guerre se ralluma peu de temps après, et il lui fallut partir encore. Il laissait, comme la première fois, sa femme enceinte. Quand son temps fut arrivé, elle donna le jour à un second fils, aussi beau que le premier. La sage-femme lui substitua encore un petit chien, et ce second enfant fut jeté par la fenêtre, comme le premier, et les deux couleuvres, Jeanne et la sage-femme, écrivirent encore au prince que sa femme avait,
DÇ ;,A BASSE-BRETAGNE 277
pour la seconde fois, donné le jour à un petit chien.
La douleur du prince fut grande à cette nouvelle ; mais, comme la première fois, il se contenta de dire :
— Puisque c'est la volonté de Dieu !
Et il écrivit encore à sa fenune, pour la rassurer et la consoler. Mais sa lettre fut interceptée par Jeanne et la sage-femme.
Le second enfant avait été recueilli par le même ermite, qui passait tous les matins sous les fenêtres du château.
— Ah I s'écria-t-il, indigné, voilà donc les mœurs des habitants des palais I
Et il emporta la petite créature dans un pli ae son manteau, la fit baptiser et la mit en nourrice, comme l'autre.
Lorsque la guerre fut terminée, le prince revint à Paris, et il revit sa femme avec la même joie que la première fois ; mais, quelques mois après, il lui fallut la quitter pour la troisième fois, car la guerre s'était rallumée, et il la laissait encore enceinte.
Elle donna le jour à un troisième enfant, une fille, cette fois. La sage-femme la jeta par la fenêtre, comme les autres, et montra à la mère une. petite chatte, en lui assurant que c'était là le fruit qu'elle avait porté. Pour le coup, la pauvre
femme se crut maudite de Dieu, et sa douleur était extrême.
Le même ermite recueillit encore ren£mt et la fit baptiser, lui servit de parrain et lui donna pour marraine la sainte Vierge. Elle fut nommée Marie.
Cependant la sage-femme et Jeanne, ces deux couleuvres de l'enfer, écrivirent au prince, qui était toujours à l'armée, et lui marquèrent que sa femme menait mauvaise vie, et qu'après avoir eu deux petits chiens, elle venait encore de donner le jour à une chatte, tout cela par la vertu de l'esprit malin, qui avait tout empire sur elle.
— C'en est trop, à la fin I s'écria le prince, furieux.
Et il écrivit pour donner l'ordre de renfermer sa femme dans une basse-fosse, avec du pain et de l'eau pour toute nourriture, jusqu'à son retour.
QjLiand la guerre fut terminée, le prince revint à la maison, et sa belle-sœur et la sage-femme lui dirent tant de mal de la princesse, qu'il refusa de l'aller voir dans sa prison. Il ordonna même de l'y laisser mourir de faim, et se maria à Jeanne.
Personne ne parlait plus à la cour de la pauvre princesse, et tout le monde la croyait morte. Mais le vieux roi, qui avait le cœur bon et qui soupçonnait quelque noire trahison, chargea une femme de faire parvenir d la prisotmière quelque
nourriture par un trou qu'il fit pratiquer dans le mur de la prison.
Cependant, Termite élevait et instruisait de son mieux les trois enfants. Comme il ne vivait que d'aumônes, il allait tous les jours mendier pour eux de porte en porte ; mais le monde jasa bientôt sur son compte. On se demandait si ces enfants n'étaient pas ses propres enfants à lui, et autres choses semblables, et la charité s'attiédissait sensiblement, et le pauvre ermite s'en revenait tous les jours avec sa besace moins lourde. Enfin, il se vit un jour obligé de se séparer de ses enfants. Il les aimait comme s'il eût été leur vrai père ; aussi, son cœur en fut-il navré de douleur. En leur faisant ses adieux, il dit à Marie :
— Tenez, mon enfant, voici une baguette blanche que je vous donne et qui vous sera utile plus d'une fois. Gardez-la précieusement, et ne vous en dessaisissez jamais. Quand vous direz : « Par la vertu de ma baguette blanche et la protection de ma marraine, je désire telle ou telle chose I » aussitôt votre souhait s'accompHra, quel qu'il puisse être, à la condition pourtant que vous ne demandiez rien de mal.
Marie prit la baguette blanche des mains de l'ermite, et les trois enfants partirent, les larmes aux yeux. Ils prirent la première route qui s'offiît â eux et marchèrent à la grâce de Dieu.
La nuit les surprit dans un grand bois. Les voilà bien embarrassés, car ils ne voyaient aucune habitation, aucune hutte de sabotier ou de durbonnier. Us avaient grand 'peur des loups. Un des deux garçons monta sur un arbre, et il aperçut une lumière au loin.
— Il faut nous diriger sur cette lumière»
dit-il.
— Et si c'est une caverne de brigands ? dit Marie.
— Allons toujours, à la grâce de Dieu, car â nous restons ici, nous serons mangés par les loups.
Ils marchèrent donc vers la lumière, et arrivèrent à une hutte faite de branchages et d'herbes sèches. Ils regardèrent par une fente de la porte et virent une petite vieille femme qui mêlait de la bouillie dans un bassin sur le feu. Ils n'osûent pas entrer. Enfin, après avoir héâté quelque temps, ils poussèrent la porte, qui céda £ralement.
— Bonsoir, grand'mère, dit l'aîné du seuil de la hutte.
— Bonsoir, mes enfants, répondit la vieille.
— Auriez-vous la bonté de nous donner l'hospitalité pour la nuit ?
— Je n'ai rien à vous donner à manger, mes pauvres enfants, qu'un peu de bouillie d'avoine
D$ LA BASSB-BRETAGNB 2SI
qne je prépaie pooi: mon souper, et il y en a si pen 1 Je n'ai aussi qu'un seul liu
— - Si vous vouliez nous loger quand même»
noiaa passerions k nuit sur la pierre du foyer.
-* Ennrev alots, mes pauvres enfamts» car j'ai jntié de vous.
Les enfimts entrèrent et racontèrent leur histoire à la vieille. Celle-ci les écouta avec intérêt, puis die leur dit :.
— Vous êtes bien jeunes, mes pauvres enfmts, pour être ainsi seuls par les chemins ; mais, si tous voulez rester ici avec moi, je partagerai avec vous le peu que je possède.
Lesjenfimts acceptèrent.
Le lendemain matin, l'aîné, qui s'appelait Ftndi (l'autre avait nom Allain), dit à Marie :
«• Écoute, sœur, tu n'as encore £ait aucnn mage de la baguette blanche de notre père Terimte ; si tu demandais deux fusils, un pour Âllain et l'autre pour moi, nous irions chasser tous les îours dans le bois, pendant que toi tu resterais à la maison avec la vieille, pour l'aider à nous; préparer à manger le gibier que nous prendrions*
— Tu as ma foi raison, frère, répondit Marie» et je vais suivre ton conseil.
Et prenant à la main sa baguette, elle dit :
— Par la vertu de ma baguette blanche et la
LtfOEHSIS CBKiTtBMKBin
prouction de nu murène, je dMie a«|h-:dMH(o
bons fiinla de dune pour ma deux fite^' '. >;i?;t|t
Et ausntât deux beaas fnnli de i lu— m ■Bpji.it
frères. Us aUèrent i la dtufc, et ifea RtkMDHtnj
scnr, chargés de g^tner. ' 'v^uiil
Le lendeouio, îli partûeu cooor di bdMbô
heure; nuis, la vieille leur dit tapêimt m r r «• «3
— Ne vous avcDBirez pu trop kàa ^atm-iéia h(às, mes enâum, et n vous vnyei bd AMéHi gaides-vom bien d'y entrer. - .>' — .
n y avait quinie jours que les deux frères chassaient dans le boit ei revenaieni, chaque soir, chatoies de gibier ; ils a ppia visionnaient la cabane de la Tidlle, qui en était fort contente.
Enfin, on jour, Ui ne rentrèrent pas à leur heure ordinaire. Il y avait longtemps que te soleil était couché, et ils n'arrivaient pas, et leur sœur et la vieille axoA en étaient inquiètes.
— Hélas 1 dit la vieille, ]e sais bieti ce qui leur est arrivé : ils seront entrés dans le chdtctu, malgré tnes recommandations.
Haiie ne fit qoe pleurer toute la nuit. Le lendemain matin, voyant que ses frères n'éuieut pas encore rentrés, elle dit :
— Je veux aller les chercher au chiteau.
— Hélas I ma pauvre enfant, lui répondit la vieille, cda n'est pas aussi facile que vous le
croyez ; mais, comme vous avez été bomie et charitable pour moi, je ne vous abandonnerai pas dans la peine et le chagrin. Écoutez bien ce que je vais vous dire, et si vous m'obéissez de tout point, vous pourrez sauver vos frères, et même d'autres avec eux. Beaucoup sont déjà allés dans ce château, des princes, des ducs et des comtes, des gens de toute condition, et, depuis trois mille ans que je suis ici, je n'en ai vu personne revenir.
-!- Jésus mon Dieu I s'écria Marie.
— Ne tremblez pas ainsi, mon enfant, reprit la vieille, car avec mon aide vous pourrez en revenir, vous, si vous suivez mes conseils de point en point. Dans ce château habite une princesse belle comme le jour. Tous les jours, elle va se baigner dans une fontaine qui est dans le jardin du château, sous un laurier. Elle reste une heure entière dans l'eau, et, pendant ce temps, la porte est grande ouverte, et chacun peut y entrer. Mais quand la princesse sort de la fontaine, la porte se referme aussitôt d'elle-même, et personne ne peut plus sortir, et tous ceux qui sont entrés sont retenus là, enchantés sous différentes formes. Il faut qu'à midi juste vous soyez à la porte du château. Aussitôt que la porte s'ouvrira, vous entrerez dans la cour. D'abord vous ne verrez personne. Allez vite dans le jardin, et ne vous arrêtez pas à admirer les belles choses que vous ver-
rez partout par là. Gourez à la fontaine, qui est sous un buisson de laurier. Vous y verrez la princesse se baignant, son corps sous l'eau et ses beaux cheveux d'or flottant au-dessus. Saisissez promptement une poignée de ses cheveux ; enroulez-la autour de votre main, et secouez fortement la princesse. Elle jettera les hauts cris et pleurera, et vous priera de la lâcher ; mais ne Técoûtez pas. Alors elle aura recours à la menace ; ne vous effrayez pas, et ne lâchez prise que lorsqu'elle aura promis de vous rendre vos frères, sains et saufs. N'ayez pas peur non plus des chiens que vous verrez attachés dans la cour» quand vous entrerez. Voilà ce qu'il vous faudra faire exactement avant d'avoir vos deux frères et de sauver avec eux une infinité d'autres qui, comme eux, sont retenus sous des charmes dans ce maudit château. Si vous ne* suivez pas de point en point mes instructions, vos frères sont perdus à tout jamais, et vous-même le serez avec eux.
Marie écouta attentivement les recommandations de la vieille, puis elle se mit en route.
Elle arriva au château ; elle y entra à l'heure de midi, et pénétra jusqu'au jardin, sans se laisser eiïrayer par une foule de chiens de toute dimen» sion et de toute couleur, qui se mirent à aboyer après elle, quand elle traversa la cour. Elle alla droit à la fontaine et vit la princesse qui s'y bai-
gnait, ses beaux cheveux d*or flottant sur Teaa. Elle saisit une poignée de ses cheveux, Tenroula autour de sa main droite et secoua fortement la princesse. Celle-ci cria, supplia, puis menaça, mais le tout en vain, car la jeune fille ne lâchait pas prise et disait :
— Rendez-moi mes frères I rendez-moi mes frères I
Elle finit par promettre de les rendre, et Marie lâcha prise alors. La princesse sortit de la fontaine, s'habilla et dit à Marie :
— Mille bénédictions soient sur vous, car vous m'avez délivrée, moi et une foule d'autres qui, depuis tant d'années, étions retenus ici enchantés par un magicien. Tout à l'heure, quand vous arriverez dans la cour où vous avez vu tant de chiens enchaînés quand vous êtes entrée, au lieu de chiens, vous verrez autant de princes, de ducs, de seigneurs et de gens de toute condition, ^ui étaient venus ici pour me délivrer, et que le magiden a changés en chiens. Ils s'empresseront autour de vous, pour vous remercier de les avoir délivrés, puis ils partiront dans toutes les directions, pour se rendre à leur pays, car à partir de ce moment, le magicien aura perdu tout pouvoir sur eux. Qpand ils seront tous partis, nous monterons tous les quatre, vos deux frères et nous deux, dans le char du magicien, qui vole
paitiro»,
Marie fit tout comme lui avait recommandé bt princesse, et quand les autres furent tous ps ils montèrent tous les quatre sur le char du n: cien et s'envolèrent ausâ.
Chemin faisant, la princesse révéla 1 ses trois compagnons le secret de leur naissance et h trahison dont ils étaient victimes.
En passant au-dessus d'une grande pkine, elle dit i Marie :
— Voici la plaine où voire père passe la rev son armée ; demandez que, par la vertu de votre'' baguette blanche, il s'y élève instantanément i château plus beau que celui du roi, et moi, p mon pouvoir, \e ferai que la toiture en strit ton constellée d'étoiles brillantes.
t toujours sa baguette bUsd^
baguette blanche et iaprii
qu'il s'élève sur le dlaia^
.hâteau plus beau que celiâ
Marie, qui a
avec elle, dit :
-Par la ver
tection de ma
dans cette plai
Et aussitôt un château magnilique s'éleva enchantement sur la plaine, et alors la qui était aussi magicienne, en sema la toiiuM d'étoiles aussi belles et aussi brillantes que qui brillent au firmament, par une belle nuit
— Que signifie ceci? s'écria le roi à cette vue, et qui donc a été assez hardi pour élever un pareil château en face du mien, sans ma permission ?
Et il appela son premier général et lui dit :
— Allez vite saisir le maître de ce château, et amenez-le devant moi.
Il était bien en colère, le roi.
Le général partit, accompagné de cinq cents soldats. Qiiand ils furent à cinquante pas du château, ils mirent leurs fusils en joue, pour tirer dessus. La princesse en voyant cela, dit à Marie :
— Dites à présent : « Par la vertu de ma baguette blanche et la protection de ma marraine^ qu'ils restent tous immobiles, dans cette position, à l'exception de deux d'entre eux, qui pourront en aller avertir le roi. »
Marie prononça les paroles, et aussitôt les soldats, avec leurs capitaines et le général lui-même, restèrent immobiles, comme des stames de pierre, chacun dans la posture où il se trouvait au moment où les paroles furent prononcées. Deux seulement conservèrent la liberté de leurs mouvements et coururent avertir le roi de ce qui se passait.
— Que signifie ceci ? dit le roi en colère ; vous moquez-vous de moi ? Il faut que j'aille voir moi-même.
Mais, au moment où il sortait de son palais^ la princesse dit à Marie :
— Dites à présent : « Par la vertu de ma baguette blanche et la protection de ma marraine, que la mer entoure de tous côtés le palais du roi et l'y retienne prisonnier. »
Marie prononça les paroles, et quand le roi voulut sortir, il recula de frayeur en voyant la mer au seuil de son palais. Il voulut fuir par une porte de derrière ; mais, là encore, il trouva la mer, qui l'arrêta court. Sa frayeur était extrême.
La princesse dit encore à Marie :
— Dites à présent : « Par la vertu de ma baguette blanche et la protection de ma marraine, que la mer se retire, afin que le roi puisse venir jusqu'à nous. »
Et Marie prononça les paroles, et la mer se retira aussitôt. Alors le roi se dirigea vers le château merveilleux.
En passant près de ses soldats, qui étaient toujours immobiles comme des statues, le fuâl i l'épaule, il leur cria :
— Tirez donc, imbéciles I
Mais les soldats restaient toujours immobiles, et pas un coup ne partait.
La princesse, Marie et ses deux frères s'avancèrent au devant du roi, en riant de le voir tant en colère.
— Vous avez là de bien mauvais soldats, sire, lui dit la princesse. Mais comme ils sont immobiles sous les armes I Commandez-leur donc de tirer ; il y a assez longtemps qu'ils visent, il me semble I
Et le roi, furieux, commanda : Feu 1... feul... Mais rien ne bougea.
— Comment I vos soldats ne vous obéissent donc pas,^re ? reprit la princesse ; je parie qu'ils préfèrent être commandés par cette jeune fille, à qui ils obéiront certainement.
Et elle fit signe à Marie, qui dit :
— Par la vertu de ma baguette blanche et la protection de ma marraine, que ces soldats puissent tirer et recouvrent la liberté de leurs mouvements.
Et aussitôt tous les fiisils partirent à la fois, et les soldats recouvrèrent la liberté de leurs mouvements.
Le roi n'en revenait pas de son étonnement ; mais toute sa colère était tombée à la vue de la princesse et de Marie. Il se sentait attiré vers cette dernière surtout ; son cœur battait plus fort, et il lui semblait que son sang parlait. Il en devint amoureux fou et voulait l'épouser sur le champ.
— Quand vous connaîtrez la vérité, sire, lui dit la princesse, vous changerez de langage.
290 LÉGSMDBS CBXÉTlBNlIBtf
Demain, nous irons tous les quatre rom visite dans votre palds, et je vous dini éè» èbfCH ses qui vous étonneront.
Le roi ne pouvait se décider à s'tsi aflot; il 9é sentait attiré vers Marie et ses frères par q Bc i q i Me puissance secrète et qu'il ne s'ezpHqittdt pis; H partit pourtant, mais i regret.
Le lendemain, les habitants du nonvetn' Château vinrent lui rendre visite dans ton -pdab; comme ils le lui avaient promis; et comiiie 11 parlait toujours de se marier à Marie, la prialânt lui dit : ■ . .
— Ah I sire, si vous saviez I... Vont ouicitf à votre fille I...
— Comment I ma fille?...
— Oui, votre fille. Regardez-la b ai ces deux jeunes princes, ses firères. Eb 1 les trois sont vos enfants. Voici les <
que votre femme mit au monde d'abordelle lui montra les deux jeunes princes, — la chatte dont elle accoucha enstdte, -^ lui montrait Marie.
— Serait<e possible?
— Oui, je vous le dis, voilà vos Et le vieux roi les embrassa, en
et de bonheur.
— Oh I ma pauvre femme ! 8
— Votre femme, que vous cro;
longtemps, vit encore, reprit la princesse. Allons tous ensemble la voir dans la prison où vous l'avez fait enfermer.
Et ils se rendirent ensemble à la prison, et y trouvèrent la reine vivante et en bonne santé. Alors ils tombèrent dans les bras les uns des autres et pleurèrent de joie de se trouver réunis. — A chacun suivant ses œuvres ! s'écria alors le roi.
Et il donna Tordre d'écarteler entre quatre chevaux la sage-femme et Jeanne, la sœur de la reine et qui était aussi devenue sa femme.
L'ordre fut exécuté sur le champ.
La reine Jeanne mourut presque aussitôt sortie de sa prison, et le roi épousa alors la princesse]]du château enchanté, et il y eut un grand festin.
Quand tout le monde était assis à table, on vit entrer dans la salle une petite vieille femme, toute courbée sur son bâton. Marie reconnut aussitôt la vieille femme du bois, qui l'avait recueillie avec ses frères et conseillée, et elle se leva et alla la recevoir. Mais, dès qu'elle lui eut touché 1a main, la vieille devint une jeune femme très-belle, et elle parla ainsi à Marie :
— Je suis la sainte Vierge, votre marraine :
c'est moi qui vous ai conseillée et protégée dans le danger. Ne m'oubliez pas; vivez sagement;
292 LÉGENDES CHRÉTIBHMBS
soyez charitable envers les pauvres, et reverrons encore ailleurs.
Puis elle disparut.
(ConUpar QUberim Dof^ftmm C iJ wti, PlMont, 1869.)
Ce conte a été altéré par llntrodactioa de tien, car il devait être, à rorigine, coàtgUmmÊOt pdM^ tt h sainte Vierge était tout simi^emeat une fée» nMOOMilMbii^ da reste, à sa baguette magique.
Je ne Tai compris dans la catégorie desIi(fMd»dMilHMMii^dMi que le précédent et les deux suivants, que cobbm ewf il e de b manière dont les £iUes paternes ont élé MVWtt. par le peuple.
l'oiseau bleu.
IL y avût une fois un roi qui n'avait qu'un en£mt, une 1 la plus belle princesse qu'il de voir sous l'œil du soleil.
Dans un royaume voisin, il y ai veuve aussi, et qui n'avait
fant, une fille, mais laide et disgracieuse au possible. On l'appelait la princesse de Saint-Turuban. Le favori du roi dit un jour à son maître qu'il devrait se remarier.
— Non, répondit-il; c'est bien assez d'une fois.
— Je connais pourtant une persoime qui vous conviendrait parfaitement, reprit le favori.
— Vraiment? Qui donc? demanda le roi, intrigué.
— La princesse de Saint-Turuban.
— Je n'en ai jamais entendu parler. Où demeure-t-elle, cette princesse-là ?
— Dans un royaume qui touche au vôtre, du côté du levant.
— Non, je ne veux pas me remarier.
Pourtant, le roi rêva plus d'une fois de la
princesse de Saint-Turuban, et, à quelques jours de là, il dit à son favori :
— J'ai pensé à ce que vous m'avez dit l'autre jour, et je ne serais pas fâché de voir la princesse de Saint-Turuban.
— Je vous conduirai, quand vous voudrez, jusqu'à elle, sire.
— Eh bien 1 nous partirons demain matin.
Le lendemain matin, de bonne heure, ils se
mirent donc en roule, montés sur deux superbes chevaux, et, après plusieurs jours de marche, ils
arrivèrent devant le palais de la princesse de Saint- Turuban. Quelle merveille que ce palais I Le roi n'avait jamais rien vu qui pût lui être comparé. La princesse les accueillit on ne peut mieux, et ils passèrent plusieurs jours avec elle. La princesse était fort belle, et le roi en devint amoureux fou dès qu'il la vit. Il lui fit sa déclaration et ne fut pas repoussé. Bref, on prit jour pour célébrer le mariage, à un mois de là.
Les deux filles des nouveaux époux, celle du roi, qui était si belle et qui s'appelait Marie, et celle de la princesse de Saint-Turuban, qui n'était pas belle et qui se nommait Jeanne, étaient aussi de la noce, comme de juste. Après le repas, il y eut des danses, et tous les jeunes et beaux cavaliers s'empressaient autour de Marie, et voulaient danser avec elle. Jeanne, au contraire, bien que couverte d'or et de diamants, était délaissée, et personne ne se souciait d'elle, ce qui faisait qu'elle était fort dépitée et de mauvaise humeur. Voyant cela, un jeune page alla l'inviter à danser avec lui, par pure politesse.
— Moi danser avec vous, un page, un domestique!... lui dit-elle d'un ton de dédain et de mépris.
Après cela, personne ne s'adressa plus à elle, et elle resta seule, dans un coin, pleurant de colère et méditant de se venger.
Les noces terminées, le roi revint dans son royaume avec la princesse de Saint-Turuban, et il fut convenu que les deux princesses seraient traitées en tout absolument de la même manière. Le roi trouva bon qu'on leur confiât à tour de rôle Tadministration de la dépense de la table, et qu'elles apprissent même à faire la cuisine, cela pouvant leur être utile plus tard. Ce fut Marie qui commença, pendant un mois. Comme elle était douce et polie, et bien élevée, elle était obéie et aimée de tout le monde. Elle recevait avec plaisir et reconnaissance les avis et les conseils de la cuisinière, qui lui apprit le secret de sos meilleures sauces et le reste, et jamais le roi et la reine n'avaient été plus contents de la manière dont leur table était servie et la dépense du palais administrée.
Qjiiand le mois fut écoulé, ce fut le tour de Jeanne de descendre à la cuisine. Tout changea alors. Elle repoussait et insultait la cuisinière, ainsi •que tout autre qui voulait lui donner quelque bon conseil, et n'en faisait jamais qu'à sa tête. Aussi, tout allait-il on ne peut plus mal.
Jamais les repas n'étaient prêts à l'heure ; les rôts étaient le plus souvent brûlés, les sauces ou trop épicées, ou trop douces, et les dépenses avaient doublé. Le roi était mécontent.
Voyant cela, la reine songea aux moyens de se
LÉGBMDSS CHKtiTIKNNBS
débarrasser de Marie et de U perdre. Bfc itlli
jour au roi : ...-■.
— Puisque votre fille est A bonne méa^jhv et à hatnie i administrer une maîam, H&tt'Ce^ voyer quelque tempi administrer moa piWi et mes gens, [mis ma fille ira aussi, t son tom.'
Le roi, qui ne songeait pas i mol, ap fnm H fort cette idée, et Marie fut envoyée aAmâflmwrm le palais de sa marâtre. Mais celie-d tvrit écA d'avaoce à. une amie sorcière qu'elle y mh'IalHét^ et lui avait recommandé de aire ma^ -éif Mo art pour rendre la jeune Me aussi laide et ntnÉMIil qu'elle étùt jolie et gradeuse. Muric éuit si jolie, J si douce et si a&ble, qu'dle gagna et sôduiàtj sans peine ttMit le monde, et la sorcitre elle-mênK J ne put ré^ster au charme. En effet, quand eUê: pénétra, la nuit, dans sa chambre, te main une lumière et de l'autre ua liquide qu'elle? avait préparé pour mettre à esdcution l'ordre la Tdne, elle fut n frappée de la beauté, de douceur et de la bonté répandues sur tous 1er traits de la jeime fille, qui dormait d'un somtoeâj si paisible, qu'au lieu de lui &ire du mal, comni^ c'était d'abord son intention, c'est le contcaîi^ qu'elle fit. Après l'avoir admirée quelque en silence, eUe dît :
— Elle est bienbellel Ehtnen I jeveuKqn'd| soit beaucoup plus belle encore, et qu'A
parole qu'elle prononcera, un diamant lui tombe de la bouche.
Puis elle s'en alla.
Q^and Marie se leva, le lendemain matin, chacun qui la voyait restait en admiration devant elle, tant elle était belle. De plus, elle parfumait l'air partout où elle passait, et à chaque parole qu'elle prononçait, un diamant lui tombait de la bouche. Elle enrichit ainsi tous ceux qui l'approchaient, et tous l'adoraient.
Q.uand elle eut été quelque temps ainsi dans ce palais, sa marâtre la fit revenir chez son père. Mais quel ne fut pas son désappointement, lorsqu'au lieu du monstre de laideur qu'elle s'attendait à recevoir des mains de son amie la sorcière, elle vit une merveille de beauté, qui éclairait comme le soleil, et dont la vue seule réjouissait les cœurs attristés et rendait la santé aux malades 1
Furieuse, elle écrivit de nouveau à la sorcière, pour lui reprocher de n'avoir pas obéi à son ordre. Elle lui recommanda en même temps d'employer toute sa science pour rendre beaucoup plus belle que Marie sa fille Jeanne, qu'elle chargeait de lui porter sa lettre.
Jeanne partit, en effet, pour administrer, à son tour, le palais de sa mère. Elle remit la lettre à la sorcière et lui dit, d'un ton insolent, qu'elle
298 LÉGENDES CHRÉTIBM1»B«
se gardât bien de manquer de fûve m^y^Uglijt marqué. Puis elle rassembla dans k yvodefiine tout le personnel du palais, laur poila avw hfnr teur et mépiiSi et les menaça du liltMià k moindre Êiute, ou s'ib trottvaknt à MJl p i 4 <C qu'elle ferait ou dirait. .-..,..
On avait bien envie de lire ea V^fHÊmifBÊi parler de k sorte, et à voir les êin qa*dk|;p|i^ nait ; mais on n'osait pas. . . \< ** *-=
— Nous sommes k^ d'avoir gagiiéap4^pn§^4 se disait-on ; nous serons bieamalhfla|»n^^|lle nous reste longtemps. : '.'■>'>, ■•
Elle ne trouva rien de bien d elle ne fit que gronder, grogner le monde. Elle voulait tout bou .^
La nuit venue, k sordëre p6a i ^ dans sa chambre, et, en voy: ta oreiller blanc et garni de dentdkSi ti rouge et k bouche grande ouverte, un énorme crapaud, et ne put. Vt rire.
— Elle est bien kidel se < qu'elle soit beaucoup plus laide < haleine soit puante à tuer les moi et qu'à chaque parole qu'eUe pi paud lui tombe de k bouche L».
Puis elle s'en alk.
Le lendemain matin, quand k.
cendii, ceux qui la voyaient se cachaient la face d'horreur et s'enfuyaient. Elle se mit alors à injurier et à maudire, et, à chaque mot, un crapaud lui tombait de la bouche, si bien qu'il y en eut bientôt partout dans le palais.
Personne ne pouvait supporter son haleine. Il lui fallut retourner auprès de sa mère. Quand celle-ci, qui s'attendait à revoir sa fille belle comme le jour, vit le monstre qui lui revenait, elle entra dans une telle fureur, qu'elle faillit en mourir. Elle enferma Jeanne dans une chambre, et ne la fit voir à personne.
A quelque temps de là, le roi partit pour un voyage assez lointain. La reine crut l'occasion favorable pour en finir avec Marie, qui lui était devenue plus odieuse encore depuis la dernière mésaventure de sa fille. A peine le roi fut-il sorti du palais, qu'elle chargea deux valets d'emmener avec eux Marie dans un bois voisin, de l'y mettre à mort et de lui apporter son cœur, pour qu'elle fût sûre que son ordre avait été mis à exécution. Elle paya ces deux hommes pour lui garder le secret.
Les deux valets arrachèrent la pauvre fille de son lit, au milieu de la nuit, et la traînèrent dans le bois. Mais ils furent si touchés de sa beauté, de sa douceur et de ses plaintes, qu'ils n'eurent pas le cœur de la mettre à mort. Ils la laissèrent aller
en liberté, et tuèrent un lièvre, dont ils présentèrent le cœur à la reine, comme étant celui de la fille de son mari.
Cependant, la pauvre Marie, abandonnée dans le bois, y passa la nuit, pleine de crainte et d'inquiétude, car elle entendait les loups hurler de tous côtés. Au point du jour, elle se mit en route, pour s'éloigner de sa marâtre. Après avoir marché plusieurs jours, au hasard, elle arriva à un couvent de religieuses, et y demanda l'hospitalité pour la nuit. Les religieuses, lui voyant si bonne mine, eurent pitié d'elle et l'accueillirent avec bonté, et comme elle savait faire la cuisine, elles la gardèrent comme cuisinière.
Ce couvent- là appartenait à un riche seigneur, qui venait le visiter de temps en temps. Dans une de ses visites, il remarqua Marie, et il fut si frappé de sa beauté et de son bon air, qu'il demanda qui elle était, et d'où elle venait. On lui répondit que c'était une pauvre fille abandonnée, et qu'on l'avait prise par charité dans le couvent.
De retour chez lui, le seigneur ne faisait que rêver de la jeune fille, et il retourna au couvent, quelques jours après, afin d'avoir de plus amples renseignements à son sujet. Les -religieuses ne purent lui en dire autre chose, sinon qu'elle était arrivée, un soir, à la porte du couvent, exténuée de fatigue et de faim, et que, la voyant si
jeune et si jolie, on l'avait prise, par pitié, afin qu'elle ne fût pas seule et sans protection par le monde, exposée à toutes sortes de dangers. Du reste, on était très-content d'elle ; elle était laborieuse, pieuse, et pleine de douceur et de soumission.
Le seigneur, de plus en plus intrigué, demanda qu'on la fît venir en sa présence. On la lui amena, toute timide et rougissante, et il lui demanda :
— Qui êtes-vous, mon enfant, et de quel pays ?
— Je suis la fille d'un roi, répondit-elle en baissant les yeux.
— La fille d'un roi I... Mais de quel roi donc? Et pourquoi, alors, avez-vous quitté la maison de votre père?
Elle tint ses yeux fixés à terre et ne répondit pas.
Le seigneur fut si charmé de sa beauté et de son maintien, qu'il devint amoureux fou d'elle et voulut l'épouser sur le champ. Bref, on fixa le jour du mariage, et des invitations furent envoyées de tous les côtés. On invita tout d'abord le roi et la reine, car ce seigneur était un des plus riches et des plus puissants du royaume. Ils vinrent au jour convenu, comme tout le monde, et en grand équipage.
Lorsque le père de Marie fut de retour du voyage dont il a été parlé plus haut, la reine lui
302 LÉGEMDBS CHRÉTIEM Mt9=
avait fait croire que sa fiUe s'était édiafféé^ ttië nuit, de sa chambre, sans doute poàr sttifié quelque galant, et que personne ne iMiit' ttqu'elle était devenue. Coimne il ainudt m fflle^ etqu'il était loin de soupçonner tant de chez la reine, il la pleura beaucoup, et 11 souvent à elle. Quand on lui présenti ta à la noce, il la reconnut tout de smte et s^éak-î
— Ma fille Marie !
Et il se jeta dans ses bras, V ment et pleura de joie. La reine, < son dépit et sa colère, Tembrassa aussi d'être heureuse de la retrouver ; i elle était bien contrariée. Les noces célébrées avec pompe et solennité, les jeux et les réjouissances de toute te quinze jours, et tout le monde était J n'est pourtant la reine et sa fille.
Au bout de neuf mois ou dron, le jour à un fils, un enfant Iji
en être le parrain, et il dit
son gendre, et la reine l'y acccnnp celle-ci, avant de partir, av i o autre sorcière, et l'avait bien ] diquer un mo3ren de se déâiire fille de son mari. La sorcière co puis elle lui présenta un bonnet épingle noire, en lui disant :
— Voici un bonnet trempé dans une eau de ma composition et une épingle qui feront votre affaire. Vous lui mettrez vous-même le bonnet sur la tête, puis, sous prétexte de le bien attacher, vous lui enfoncerez profondément cette épingle dans la tempe gauche, et aussitôt vous la verrez se changer en petit oiseau et s'envoler par la fenêtre, pour aller au bois.
La méchante se rendit alors, avec le roi et sa fille Jeanne, chez la jeune mère, toute heureuse de tenir sa vengeance. Elle emportait aussi une belle robe de satin bleu, pour en faire cadeau à Marie. On attendit, pour baptiser l'enfant, que la mère pût venir elle-même à l'église et assister au baptême. Enfin, le jour venu, la reine voulut habiller elle-même Marie. Elle lui fit revêtir d'abord la belle robe de satin bleu, puis elle lui posa sur la tête le bonnet donné par la sorcière, et, sous prétexte de le bien attacher, lui enfonça l'épingle noire dans la tempe gauche. Aussitôt voilà la pauvre Marie changée en un petit oiseau bleu, qui voltige par la chambre, effleure de ses ailes les joues de l'enfant, qui dormait dans son berceau, puis s'envole par la fenêtre, en faisant grik î grik ! grik ! et gagne le bois voisin.
Alors la méchante met sa fille Jeanne dans le lit de Marie, ferme les rideaux sur elle et lui dit de faire la malade, de gémir, de se plaindre et
LÉQKNDIS CHKAtIINKU
de ne tien répondre aux quenioni fAn-U
Le père et le gnuid-père vienoeut, «it tioal 4t quelque t«nps, demander ^ la □ ~ ne sont pas encore prtta pour aller ft l'égfa
— Hélas 1 leâr répondît la reine, U ] mère a été frappée subitement de gi sans doute pour s'être levée trop tdt, e ne pouira se fidre aujouid'hm.
Us s'approchent du lit et veulent mt^maàt les rideaux ; mais elle s'y oppose en dîwac <
— N'ouvrez pas les rideau):, je vous en 11 supplie; elle ne peut supporter !a lumière 4a
Et elle les éloigna du lit.
— Comme cela sent mauvais ici ! dit le
— Ne voyez-vous donc pas que c'est sa nw^ ladie ?... Allez-vous-en, et laissez-moi seule ave^ elle, dit la méchante.
Et elle les renvoya.
L'époux de Marie couchûi dans une diambn; voisine, séparée de celle de sa femme par cloison seulement. Qpand il vint prendre do; nouvelles de la malade, avant de se coucher, li^ marâtre lui dit qu'elle allait un peu mieux, m^ qu'il ne pouvait encore lui parler. Puis elle M versa un verre de via, et l'invita à trinquer a elle, et le congédia aussitôt qu'il eut bu. Ce
^tait un soporifique puissant, qui le fit dormir comme un rocher toute la nuit.
Mais son valet de chambre, qui couchait dans un cabinet à côté de lui, ne dormait pas d'un sommeil aussi profond. Vers minuit, il fut réveillé par des plaintes et des gémissements. Il crut d'abord qu'ils provenaient de la malade ; cnaîs, en prêtant bien l'oreille, il entendit ceS paroles :
— Ah ! mon pauvre enfant, que ta mère est malheureuse, et que tu es à plaindre toi-même ! Ma marâtre m'a enfoncé dans la tête une épingle noire, qui lui a été donnée par une sorcière, et, par la vertu de cette épingle maudite, je suis devenue un petit oiseau bleu. Et je resterai sous cette forme jusqu'à ce que l'épingle m'ait été retirée de la tête. Mais qui s'avisera jamais de cela ? Si du moins mon mari pouvait m'entendre I M^ on lui a fait boire tm soporifique, et il dort, â présent, comme un rocher. Bien plus, après m'avoîr ainsi métamorphosée, la méchante a couché sa fille à ma place, dans mon lit, puis elle a dit que j'étais bien malade, et son intention est de me substituer sa fille, en faisant croire à mon mari que c'est la maladie qui m'a ainsi changée... Ah I que je suis malheureuse ! Je viendrai encore te visiter les deux nuits qui suivront celle-ci^ mon pauvre enfant, après quoi, si personne ne
me délivre en me retirant l'épingle de la je resterai pour toujours oiseau bleu, dan bois !...
Et des cris et des gémissements à fendre !
après quoi l'oiseau s'envola par la fenêtre.
C'était la pauvre Marie, qui venait ainsi vi son enfant dans sa chambre. La marâtre fille dormaient, et n'entendirent rien, ] que le malheureux père ; mais le valet avait entendu, et il était bien étonné, et se demai ce que signifiait tout cela. H n'osa en rien d son maître pour cette fois, de peur d'être t de rêveur. Mais, la nuit suivante, la même s se renouvela, et les plaintes et les gémissen de l'infortunée mère fiirent plus déchirants qi première nuit. Alors il se décida à tout raa à son maître.
— Puisqu'elle doit encore revenir la nuit chaîne, tout n'est pas perdu, dit celui-ci, et ; tendrai moi-même ce qui se passera, car je garderai bien de boire, cette fois, le vin qu( présentera la diablesse.
La nuit venue, avant de se coucher, il comme à l'ordinaire, demander des nouvelle sa femme.
— £llç va mieux, lui répondit la marâ mais vous ne pouvez encore la voir. J'es pourtant que pour demain tout danger sera p^
et que vous pourrez lui parler. Prenez un verre de cet excellent vin, et puis allez vous coucher tranquillement, et ne vous inquiétez de rien ; tout va bien, vous dis-je.
Et elle lui versa encore du soporifique. Mais il trouva moyen de le répandre par terre, sans qu'elle s'en aperçût, puis il lui souhaita le bonsoir et se retira dans sa chambre. Il ne se coucha pas ; il se tint sur pied, plein d'impatience et bien éveillé, cette fois. A minuit, l'oiseau bleu entra, comme les deux nuits précédentes, dans la chambre où se trouvait l'enfant dans son berceau, avec la marâtre et sa fille, qui donnaient profondément toutes les deux dans le même lit. Il recommença ses plaintes et ses lamentations de plus belle. Dès les premiers mots, l'époux de Marie reconnut la voix de sa femme, et, forçant la porte, il prit l'oiseau, lui retira l'épingle de la tête, et aussitôt sa femme se retrouva auprès de lui, sous sa forme naturelle, et aussi belle et aussi bien portante que jamais.
Ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, et pleurèrent de joie et de bonheur. Puis la mère couvrit aussi son enfant de larmes et de tendres baisers.
Cependant la marâtre et sa fille ronflaient toujours l'une à côté de l'autre ; mais un terrible réveil les attendait.
308 LÉGENDES CHRÉTIBNNBS
On envoya d'abord chercher k le bois qu'elle habitait» ptûs, quand die eut été amenée, on fit cfaait&run four à hhuiCy et la m** râtre, sa fille et leur amie la «ocdte y fiatnt jetées, toutes vives, malgré leurs cris» kaii aopplications et leurs menacés.
Marie et son époux vécurent ensuite beanv ensemble, et exempts de soiids et d 'inquiémd t^ et le vieux roi étant vedu à niounr pen ipAs^ son gendre lui succéda sur le tràoe (i^
(Conté par J,-M, Otthitr, dmfpmHtr, Jwjrflw, i^4
(i) On voit ddremeot que ce conte ett d^Bf%fM prolMblement orinule, tt ^M im HéaM» cMlitMi y mêlés par les co teurs modemes.
L'épisode final, celai de U méttaotphon di U fil oiseau, se retrouve dans on antre conte biMoa àê Mft avec cette di£Gbeace que la mètamorplMM M kit ÉM cane et qu'eUe est dne à dtt aaiss o« étÊtmn iê m^ rittin néQ, mais toi^oms an mojca d*int Ifimpti 4 la tète.
Les nuu-âtres qui venknt sobstitiier tean w I chantes, à une princesse pins liBiiiiuwiiMl sont coomunas dans les cnditiOM pnfnfcHw, sont pas tendres pour eUas*
Ce conte peut ansai êtie rap pKio d i É di M"« d'Aulnoy.