SUPERSTITIONS, HISTOIRES DE REVENANTS, SABBATS DE CHATS
\E donne les petits récits qui suivent sous la forme de veillée. C'est dans ce cadre, en effet, que je les ai entendus, et je me suis efforcé de les reproduire fidèlement, sans amplifications, embellissements ni commentaires. Bien qu'ils me fussent restés assez présents à la mémoire, je me les suis fait répéter, plus tard, pour raviver mes souvenirs.
La scène se passe au manoir paternel de Keranbom, en Plouaret, vers 1836. J'étais enfant alors.
€t j'aimais beaucoup, comme aujounThoi du reste» les histoires de revenants et les contes merveilleux.
On est au mois de décembre ; le temps est froid et la terre couverte de neige. Aptts le rq>as du soir terminé, après la vie du saint du jour lue en breton, et les prières récitées en comnmn, à haute voix, toute la nudsonnée — mattitSt eor . fants, serviteurs et journaliers — est léunk en cercle autour d*un grand feu, qui pédlle et flamboie gdment dans la vaste cheminée de la. adsine. On parle d'abord du temps qu'il fidt, des travaux de la saison, des semailles en retard, de. chevaux, de bœu& ; puis, iasensiblement etcomme par une pente naturelle, la convenatioii Cft • arrive aux histoires de revenants, au ooottS' merveilleux et aux superstitions cooranies dmpa3rs, et chacun conte son histoire et j^aoe 100 mot. .. »
— La nuit de Noël approche, dit Vifi Sth^'ll charretier; s*il continue de £ûre œ irin[jm:
ne fera pas beau aller à la messe de miaph^, y .
— D'autant plus qu'il n'y aura pas de lune, répondit Jolory, un âis domôdqiifli*
— On raconte bien des histoires sur la nuit de Noël, dit le vieux TÙùG^fmÊ* nalier. ;. ^'l
— Oui ; aussi, cette nuit4i, repiit Jolerjf
animal ne dort, excepté le crapaud et l'homme, selon un proverbe connu :
Nox, ann Nideltc na gousk hen Met ann iousec ha mah ann den.
et on assure que, pendant la messe de minuit, les feux du purgatoire s'éteignent, et que les pauvres âmes qui y expient des péchés commis sur la terre éprouvent quelque soulagement.
— J'ai entendu conter encore, dit le domestique Fanch ar Moal, que, cette même nuit, les animaux parlent la langue de l'homme et s'entretiennent entre eux de leurs petites affaires, tout comme nous autres. Ils se racontent leurs travaux, leurs peines, leurs plaisirs, leurs projets, leurs voyages et leurs aventures. Et si cela est ainsi, moi je pense que les animaux peuvent bien avoir été des hommes, un jour, et que Dieu en punition de leurs fautes, les aura changés en bêtes plus ou moins intelligentes, plus ou moins malheureuses, selon leur degré de culpabilité. Et si cela est vrai, en parlant la langue de l'homme la nuit de la Nativité de Notre-Seigneur, les animaux ne feraient que recouvrer pour un moment un bien qu'ils auraient perdu et dont ils ont peutêtre conservé quelque souvenir. C'est pour cela
33^ LÉGENDES CHRÉTIBNNBS
que je n'aime pas à voir maltraiter les «ni»
maux (i).
— Je ne sais, dit le vieux Talec, si jamus les animaux ont été des hommes, et ]e n*ai pas grande confiance en ce que vient de nous dire Jolory là-dessus; mais ce que je crois davantage, c'est qu'ils parlent en effet la langue delliomme, durant la nuit, ou du moins une partie de la nuit de Noël, et voici ce que )'ai entendu raconter à ae sujet.
A Kerandouff, en Plouaret, on était une nuit — précisément une nuit de Noâ — réunis autour du feu, comme nous le sonmies ici, et l'on parlait de choses et d'autres, en attendant l'heure d'aller à la messe de minuit. Quoiqu'un oyvnt dit aussi que les animaux parlaient, cetti^ nuîHlàt la langue de l'homme, Ervoanic Hélaxy, llnoé* dule et le vantard, qui se trouvait lâ| se n^ à rire et à se moquer de celui qui avait parlé 4e 1a sorte, prétendant que tout cda n'était que songes, histoires-de bonnes femmes et de mères, qui ne méritaient pas qu'on y fli aUfa * tion. « Au reste, ajouta-t-il, Men que je a*|de aucun doute à ce sujet, je veux aller m* CMibui cr, cette nuit même, dans l'étable aux bceiibp et yOs
(i) J*ai entendu réellement émettre ceCM termes, par un paysan breton com]
parlent, je les entendrai bien et vous en donnerai des nouvelles demain matin. »
Et il fit comme il dit. Il se rendit à Tétable aux bœufs vers les onze heures, et se cacha dans leur râtelier, afin de mieux entendre s'ils parlaient. Les bœufs continuèrent de ruminer gravement, sans paraître faire attention à lui. Il commençait à s'impatienter et se félicitait déjà d'avoir raison de persister dans son incrédulité à l'endroit de cette sotte histoire, comme de tant d'autres, quand, à minuit juste, le grand bœuf roux parla ainsi :
— Notre Seigneur vient de naître, mes enfants, le Dieu miséricordieux et tout-puissant, et il n'est pas né dans un palais ni dans la maison d'un riche de la terre ; il est venu au monde, comme le dernier des malheureux, dans une crèche, entre un bœuf et un âne ! Gloire au Seigneur !
Et tous les bœufs répétèrent en chœur :
— Gloire au Seigneur I
Ervoanic Hélary dressait les oreilles et ne revenait pas de son étonnement.
Puis le bœuf noir demanda au bœuf roux :
— Que ferons -nous demain, mon frère ?
— Demain, nous irons porter en terre, au cimetière de la paroisse, le corps d'Ervoanic Hélary, du pauvre Ervoanic, l'indiscret et l'incrédule, qui €st ici, caché dans notre râtelier.
— Nous porterons en terre le corps d'firvotnic Hélary, l'indiscret et l'incrédule, qui est id caché dans notre râtelier, répâèrent en chœur tons les bœufs. *
Ervoanic ne ridt plus, je vous prie de te crc»»^ et il aurait voulu être à cent lieues de là.
Craignant que les bœu& ne voulussent te tuer sur place, pour ne pas mettre en dé£uit teur funèhce prédiction, il sauta à bas du râteUer, cyù il se tenait blotti, et se sauva à toutes jambes.
Les bœufs le laissèrent partir. Pftte, effiné» mourant de peur, il courut se coucher dans soafit... et n'en sortit que pour aller au dmetière de sa paroisse, traîné par les boeu& qui lui avateat prédit sa mort.
— J'ai entendu conter encore, dit Jokxty, ^iie» la nuit de Noël, au moment de l'étevation, à k messe de minuit, quand l'offidant montre %sxl fidèles l'Hosde consacrée. Peau des puits et dct fontaines se change en vin,
— Moi aussi, je l'ai entendu dire, dh Fandi ar Moal, et Laou Troadec m'a même affirmé q^à Guergarellou, il était allé se placer pits-dn pots à minuit, au moment où l'on entrait à la et que dès qu'il entendit le tintement de la annonçant l'élévation, vite il tira un seend'-ctA et se mit à boire à même le sceau ; et cTétai^ assurait-il, du vin délicieux et comme il n*eft:ivaih;
jamais bu. Mais il avait à peine aspiré deux ou trois gorgées que la cloche cessa de sonner, et dès lors il ne buvait plus que de l'eau.
— On assure, dit quelqu'un, que le Carie ann Ankou (le petit chariot de la mort) a été entendu, la semaine dernière, dans le village du Kerouez, la nuit même où est mort le bonhomme Kerboriou.
— Je l'ai entendu dire aussi, reprit Jolory. Je n'ai jamais vu Carie ann Ankou, bien que j'en aie souvent entendu parler. Il ressemble assez, assurent ceux qui l'ont vu, à nos petites charrettes de cultivateurs ; il est recouvert d'un linceul blanc, attelé de deux chevaux blancs et conduit par la Mort en personne, tenant en main sa grande faux, qui brille au clair de la lune, et même dans l'obscurité. L'essieu grince et crie toujours, comme celui d'une charrette qu'on ne graisse point. Il passe souvent, invisible, par les chemins ; d'autres fois aussi, on le voit, mais toujours on entend crier l'essieu. Ma mère m'a affirmé l'avoir entendu, maintes fois, passer devant notre maison, au carrefour du Kerouez.
Une nuit que mon père était rentré fort tard, revenant de je ne sais quel pardon (mon père, comme vous le savez, était sonneur) (ménétrier), et ayant bu de nombreuses chopines de cidre, selon son habitude, ma mère dit, pendant qu'il mangeait sa soupe, avant de se coucher :
Jj6 LÉ6BMDBS CBSAtIBKHBS
— Voik encore Carie aim Anbm qui ptan I Qjidqu'un va mourir dans la panrine, pogr dr I
Mon père, qui n'avût peoi de lioi, tamat quand il avait bu, se lève aujstdt en jiumnt et en
— Ciirrn:imit<4itfou/ToiuieiTe de Brest I ilyfl assez longtemps que j'en entends parier, et je voudrais bien le voir, au Tnnîfn iin^ ibis dttos *"* vie : où est-il î
Et le voili sorti, nu-tëte, {ùedi nos, et de coorir dans la directioii dn Vieux-Marché eo criant :
— Holàl hé I camarade, attendez donc on pea ; n'allez pas û vite : je voudrais tnen tous voir et
Mais soudain il s'arrêta, ses jambes fiâilitctt, il eut peur et s'en retourna tout penaud, a'w/aat rien vu, et il se coucha tranquillement et a!«B
parla plus.
— Eh Inen 1 mcn, dit lUou, j'ai vu Carie ami AtUiou, et bien vu, et je puis vous eu parler.
— Contez-aons cela, Riou, lui dit-oo de tous cdtés.
— C'était du temps qoej'iitaisdomestiqueiKcravennou, chez le grand Worvan. Le bonhomme L'Aheliec, que quelques-uns de vous ont connu, y i^taic malade, et il allait s'afBûblrssaot ei baissant tous les jours. Un matin, que je iti'iîuis levé avant le jour pour soigner les chevaus (c'était, je
crois, dans le mois de janvier), je fus bien étonné àe voir une charrette attelée de deux petits chevaux blancs entrer dans la cour. « Qui est-ce, et que peut-il venir chercher ici avec sa charrette, avant le jour? » me demandai-je. Et je cherchais à reconnaître le charretier et ses chevaux ; mais ce fut en vain. La charrette était recouverte d'un drap blanc, et le conducteur s'enveloppait d'une sorte de manteau également blanc et tenait une faux sur son épaule gauche. Je ne pus voir sa figure. Tout cela me paraissait étrange. La charrette continuait d'avancer, tranquillement, vers la porte de la maison. Quand elle passa près de moi, à deux ou trois pas, je dis en m'adressant au charretier inconnu :
— Bonjour, camarade! Vous êtes bien matinal : il ne fait pas encore jour.
Pas de réponse. La charrette avançait toujours, et, en un clin d'œil, charrette, chevaux et charretier disparurent et entrèrent dans la maison par le trou du chat. Je me dis alors :
— C'est Carie ann Ankou, qui vient chercher le bonhomme L'Ahellec !
Et j'allai à l'écurie réveiller mon camarade Menou et lui faire part de ce que je venais de voir.
— Le bonhomme L'Ahellec n'ira plus loin, me répondit Menou, et je ne serais même pas étonné qu'il fût déjà trépassé,
3)8 LÉGENDES CBliTIlHing
Et en effet, ce matin-U même, as fclnt da jour, le bonhomme L'Ahellec motmit, tpctt une longue et douloureuse maladie.
— Beaucoup de persomies, dit Jcdny, priwadeot avoir vu ou enundu Carie aim AiOkk, «t croient que, toujours, il anoonçait sAtancot vat mort prochaine U ob on lerojait oo TantepAA.
Certains oiseaux ausâ sont répatéi nicsMgen de mauvaises oouvelles, et va hibon piaulant ■nr la clieminée ou le tdt d'une maison, un ooibeui passant, la nuit, devant une GEnèDe en )ettnt son cri lugubre, sont, nous assure-t-on, l'indice ceiw tain qu'un cercu^ ne tardera pas i KXtir de cette maison. Mais quel est celid de noàs qd^ heureusement, n'a pu, maintes fins et xné r^ son, accuser ces oracles de mensonge}
Laouic Miliiec, le garçon vachn.^t noir vn les lavandières de nuit laviiiit leurs linceuls aa clair de la lune, sut l'^rang du moulin de Poi Meur, et le bruit de leurs battoirs retcntissat dans la vallée comme des coups de canon.
— Malheur au voyageur attarda, dit Fanch a Moal, qui, se reiulant à leurs prières, les aide 1, tordre leur linge, car, s'il u'a pas k précaution* de tourner dans le mfeiic sens qu'elles, elles \wL tordent les bras, puis lout le corps, et le lendemain matin, on le trouve mort au bord du douet* Cest es qui arriva au malheureux Gabic Cloai
à Poni-ar-Goascan, une nuit du mois de novembre qu'il s'était attardé à boire, au bourg de Plouaret.
Jannic Bihan, le petit pâtre, avait entendu, dans le Prat-bra^ (le grand pré) de Keranbom, celui qui va partout criant d'une voix lamentable et effrayante : Ma momm I ma tnomm /. . . (Ma mère ! ma mère!.,..) et qu'on ne voit jamais; et son sang s'était glacé dans ses veines, ses cheveux s'étaient dressés sur sa tête, et ce n'est qu'à grand'peine qu'il avait pu revenir à la maison, où Û était arrivé tout essoufflé, tout pâle et ne pou- -vant parler.
— Malheureux! lui dit Jeannette Kérival, qui filait sur son rouet, au bas de la cuisine, et ne perdait pas un mot de ce qui se disait près du feu, il fallait réciter aussitôt un De profundts, et lu aurais délivré une pauvre âme en peine, car c'était sans doute l'âme de quelque pauvre jeune homme qui se sera perdu, malgré les conseils et les bons avis de sa mère, pour avoir trop aimé la danse, le jeu ou le cabaret ; et maintenant il est condamné à errer sur la terre des vivants, en jetant cette plainte lamentable, qui effraie tous ceux qui l'entendent, jusqu'à ce qu'il rencontre quelqu'un qui, au lieu de prendre la fuite, comme toi, récite un De profundis à son intention, et sur le lieu même.
340 LÉGENDES CHRÂTIENNJ^
— Cest, dit Fanch ar Moal, ^conuoe cditii qui s'en va continuellement à travers les campagnes en disant : Sed libéra nos a malo I On a b&ui xe^ garder de tous cotés, l'on ne voit Tien ; l'on -entend seulement une voix triste et plaintive qâ -dit sans cesse : Seà Itbera nos a nuûol sià Ubtra nos c maîoL,. Je Tai entendue très-bien, oçte vcnx» l'an dernier, 4me nuit que je passais tard par le hois du Kerouez, et j'eus grand peur, ma le» 1
— Il fallait tout boimement répondre : AmmJ dit Gaod al Laouénan, et tu aurais ausn délivré une pauvre âme en peine. Songe donc couxijùm facilement tu aurais pu délivrer cette Ame» rien qu'en disant : Amm / Si la pauvre âme ne rencontre que des peureux et des poltrons coQune toi, elle souffidra longtemps encore dans k <£» du purgatoire I
— C'est bien facile â vous de dire, ceU^ic^ . Gaod, reprit Fanch ar Moal, assise comme vous l'êtes là, tranquillement, à votre rouet. Mais si vous aviez été à ma place, si vous avies entendo cette voix, conune elle ^tait triste et JbuaentsU^ vous n'auriez pas été plus brave que iiio^,ft«oas auriez aussi gardé le silence.
— Job Guenveur^ reprit .Joloiyi wSêj, umk avoir vu le diable kuHOièmean Ptf wJ.jftT 0% :paS"
(i) Le Pavé-dirr, ou pavé d'i
sant au triple galop, au plus fort d'un orage. Il montait à rebours un cheval noir, qui faisait feu et flamme de ses quatre pieds, des yeux et deSr naseaux, et se dirigeait vers le Vieux-Marché^ pour y happer sans doute Tâme de quelque grand pécheur à l'agonie.
— Moi, dit Jannic Bihan, une nuit que je?
cherchais une vache égarée dans le bois de châtaigniers, j'ai vu une chandelle allumée près de la fontaine de Keranborn, et, tout auprès, une bellefée en robe blanche, assise au bord de l'eau, et qui peignait ses cheveux avec un peigne d'ivoire.
— Et le lutin de Keranborn, ne l'as-tu pas aussi vu ? lui demanda Fanch ar Moal.
— Non, je ne l'ai pas encore vu, mais on m'a dît qu'il loge sur le grenier de la grande grange,, et je me garderai bien d'y aller voir.
— Depuis longtemps on ne l'a pas vu, dit Jo»» lory; autrefois, il se montrait plus souvent; dureste, les lutins sont généralement inoffensifs et rendent de grands services, dans les fermes, soi^ gnent les chevaux et les bœufs, et ne les laissent manquer de rien la nuit. Mais il ne faut pas leur jouer de mauvais tours, par exemple. A Rune-Riou, il y avait — et il n'y a pas encore longtemps de-
romaine, encore très-reconnaissable, entre le bourg de Plouvenez- Mbëdec et celui du Vieux-Marché, près de Plouaret.
cela — un lutin qui avait pris en affection le charretier et la cuisinière, Yves Troadec et Guyona Marzinn, et leur rendait toutes sortes de services. Il avait soin des chevaux, des bœufs et des vaches, renou vêlait souvent leur litière et le foin, dans les râteliers, les étrillait, les lavait et les tenait propres et luisants. Aussi, Tattelage de Yves Troadec était-il le plus beau et le meilleur de toute la paroisse, et les vaches donnaient toujours du lait et du beurre en abondance, et Guyona et lui avaient les bonnes grâces de leurs maîtres, et cela à bon marché, car le lutin faisait presque toute leur besogne. Mais Guyona qui était alors jeune et d'humeur folâtre, s'avisa un jour de jouer au bon lutin un tour qui lui coûta cher, et, à Troadec aussi. Tous les soirs, l'hiver, quand tout le monde était couché, dans la maison, le lutin venait s'asseoir au coin du foyer, sur un galet rond et poli qui servait d'escabeau pour se chauffer, et Guyona avait soin de déposer pour lui, sur la pierre calcinée de l'âtre, une bonne crêpe de sarrasin ou un peu de bouillie frite au beurre, dans une écuelle, et de son lit elle pouvait contempler son serviteur, avec son chapeau à larges bords, et pas plus grand qu'un corrandon (nain), qui mangeait avec délices le petit souper préparé par sa gentille amie la cuisinière, puis se chauffait tranquillement, en écoutant les chants du grillon.
Je ne sais quel démon inspira à Guyona l'idée malencontreuse de chauffer, un soir, le galet au feu, puis de le remettre à sa place accoutumée, comme si de rien n'était. A son heure ordinaire, le lutin vint et s'assit dessus ; mais il s'enfuit aussitôt en poussant des cris terribles et en renversant dans la cuisine les marmites, les chaudrons, les pots, les écuelles et toute la vaisselle. A partir de •ce jour, on ne revit pas le bon lutin, et les chevaux et les bœufs maigrirent à vue d'œil, et les vaches ne donnèrent presque plus de lait, et le peu qu'elles en donnaient tournait et aigrissait, presque aussitôt. Guyona perdit sa gaîté habituelle, et elle avait la main si malheureuse, la pauvre fille, que tous les jours elle cassait une marmite, un plat, une écuelle ou quelque autre objet. Enfin, ses maîtres étaient si mécontents d'elle et d'Yves Troadec aussi, qu'ils les congédièrent. Ils étaient déjà fiancés et ils se marièrent ; mais, le guignon ne cessa pas de les poursuivre, et vous savez comme ils sont malheureux aujourd'hui, chargés d'enfants et réduits à mendier de porte en porte !
Pipi Gourion, le tisserand, écoutait attentivement tout ce que l'on disait, debout sous le manteau de la cheminée, et gardait le silence. Jolory l'apostropha soudain en ces termes :
— Tu ne dis rien, toi, Pipi Gourion ; tu dois
savoir pourtant de belles histoires de revenants et de fantômes. Conte-nous aussi quelque chose.
— J'ai ctc longtemps, dit Pipi Gourion, sans croire aux histoires de revenants et d'apparitions de toute sorte que j'entendais aux veillées d'hiver, et je raillais impitoyablement ceux qui y croyaient, et je traitais leurs récits de contes de bonnes femmes et d'absurdes rêveries, bons tout au plus à faire peur aux enfants et aux jeunes filles. Aujourd'hui, il n'en est plus de même. Je n'ai peur d'aucun être vivant sur la terre, animal ou homme, pourvu qu'il n'ait qu'un baptême sur sa tête (i) (c'était un géant pour la taille et un hercule pour la force, que Pipi Gourion) ; mais quand il s'agit d'esprits, de fantômes, d'apparitions et de choses surnaturelles, je ne suis plus si fier. Voici à quelle occasion je me suis converti sur ce point, si vous êtes curieux de le savoir.
Dans ma jeunesse, j'étais passionné pour le jea de cartes, et presque toutes les nuits, l'hiver, nous nous réunissions cinq ou six, tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre, et là nous risquions follement et perdions le plus souvent le peu d'argent dont nous pouvions disposer et que nous avions eu tant de mal à gagner. En vain mon père
(i) Expression bretonne : Mar na eus tienut eur wtdefjant wat he benn.
et ma mère firent-ils tous leurs efforts pour me détourner de ces dangereuses réunions : je ne les écoutais pas ; mais Dieu voulut aussi s'en mêler... Une nuit que je revenais, seul, vers les trois ou quatre heures du matin, de Roz-an-c'hogo, où nous avions passé la nuit à jouer chez Robert ar Manac'h, arrivé à Pottt-ar-c'hastel (le Pont-du- Œâteau), je m'aperçus avec surprise que j'étais suivi d'un barbet noir. Je ne connaissais pas ce chien et ne l'avais jamais vu jusqu'alors. Cependant, il se tenait si près de moi, que je le caresaaî, en lui passant la main sur le dos. Des étincelles en jaillirent. Cela m 'étonna. Je voulus diasser l'animal; mais quand je le menaçai de mon bâton, il ouvrit une énorme gueule garnie de deux rangées de dents aiguës et rouges commedès dous sortant d'une fournaise, puis il faisait entendre un grognement comme je n'en avais jamais entendu faire à aucun animal au monde. Ma foi ! j'eus peur, moi qui me vantais de n'avoir peur de rien. Je montai l'escalier taillé dans le roc vif et qui conduit aux ruines du vieux d^teau, sur la motte féodale. Le chien me suivait toujours. En passant devant la vieille chapelle en raines de Notre-Dame-de-Bon-Secours, qui est sur ht hauteur, je fis le signe de la croix. Le chien grogna d'une façon étrange et devint menaçant. J'avais grand'peur et ne savais où me cacher. Je
346 LliGBNDES CBttTIBHMES
poussai la porte de la dupdle ; elle céd*, reusement, et j'entrai. ïfais, au mi le monstre fit entendre un cri si effrayant ijne U terre en trembla, et qu'il me sembla que la àtltpelle allait s'écrouler et m'écraseï sous ses dânii. Je me blottis au coin de l'auMl, plus mon qt* vif, et ce ne fut que quand il fit grand jour ^ae j'osai n^;;^;ner ma maison. Je me cbuchai et tc^ tai toute la journée au lit avec la fiiTie.
Je ne dis rien de ced i personne; mds }e n'étais pas corrigé. Je continuai de fréquenter Ici réunions où l'on jouait ; mais désoniuûs, qatad. je revenais de nuit de Roi-an-cliogo, je ne ^at' sais plus par le chemin du vieux chfttean, i taaâag d'êire accompagné de deux ou trcris camarade»; j'aimais mieux £iire un long détour par Eob-
-— Ce chien noir, lUt Fandb ar Uoal, étaifpoiir
sAr le diable. Souvent il se dcguise ainsi sous la, forme d'un barbet nmr ou d'un chat noir, qui suit les gens, la nuit. Mais, à tu avais eu sur toi aoj peu d'eau bénite dans une burette, tu eu qu'à lui en jeter quelques gouttes, et tu l'auraijt. vu faire de drôles de grimaces et disparaître saoB: terre. Il est prudent d'aval loujours sur soi una petite burette d'eau bénite, quand on voyage I*
— Une autre nuit, reprit Gouriou, nous avions
fait la partie à Penanhoat, près de la chapelle de Saint-Maudès, et je m'en retournais seul, vers trois heures du matin. Il me fallait passer par le chemin creux du Melehonnec, qui, comme vous le savez, jouitd'une assez mauvaise réputation, et qu'on dit fort mal hanté.
Ordinairement, quand la nuit est avancée, les journaliers et les artisans qui reviennent de leur journée aiment mieux faire un détour que de s'engager dans ce chemin. J'y entrai sans hésiter. La nuit était sans lune et sans étoiles, et il faisait noir comme dans un four. Vous savez que le chemin est encaissé des deux côtés par de hauts talus surplombant à pic et garnis de ronces, d'épines et de branchages d'arbres qui s'entrecroisent d'un côté à l'autre. De plus, il est si étroit, qu'une charrette peut y passer tout juste. Je trébuchais à tout moment contre des cailloux, et je jurais comme un Turc. Soudain, j'entendis un vacarme de diable, comme feraient une douzaine de lourdes charrettes pleines de ferrailles et lancées à grande vitesse sur un pavé inégal et cahoteux; et des cris effrayants, des lamentations, des pleurs et des malédictions, des grincements de dents se mêlaient à tout ce bruit. Puis je vis s'avancer sur moi (j'en frémis encore d'épouvante et d'horreur, quand j'y pense) quelque chose, comme une maison, ou plutôt une grande armoire de fer à
343 LÉGENDES CHRÉTIEHNES.
œnt compartiments, dont les battants et les tinnrfts'ouvraient et se refermaient avec âracas. Et cette^ machine de l'enfer remplissait le chraûn, et des. tourbillons de flamme et de fumée sortaient dechaque compartiment. Impossible de grimper suele talus ou de se ranger à droite ou à gaudhe. Je? me crus perdu. Je fis le signe de la croix- et recommandai mon âme à Dieu. La machine, ou; plutôt le monstre, passa si près de moi» qu^ je me sentis rôtir et tombai, la Êice contreterre, pendant qu'il continuait sa route. Et j'assistai là à un spectacle que je n'oubEe^ rai jamais de ma: vie, et quand je vivndt cent ans. Dans chacun des compartiments» qnL étaient autant de fournaises remplies de fiammoft dévorantes, je vis pêle-mêle des hommes et dcft. femmes tout nus, qui se tordaient dans des sou^ firances inouïes et tendaient vers moi dcsoaaiiis sof^ pliantes et demandaient qu'on leur jetât qaebiiKat gouttes d'eau bénite ou un chapdet.. Hââsl.Jft n'avais sur moi ni eau bénite ni chytkl» «t quand j'en aurais eu, la force m'aundt. aMoqn^ pour faire ce qu'ils demandaient. Des- .dkbkit hideux les maintenaient et les secooiîettk daa» ht feu avec des fourches de fer. ■ • .1,! j-
Dans une de ces fournaises aandieçtes»: -^i «m même reconnaître un de mes amîa^ GoîBmik Manac'h, qui était mort il y avait
mois. C'était aussi un intrépide joueur et de plus un buveur incorrigible, et qu'on était plus sûr de trouver au cabaret qu'à l'église, les dimanches et jours de fête. Et le pauvre garçon, qui m'avait reconnu, me cria : « Change de vie, Pipi Gouriou, et prie pour moi ! »
Comme je vous l'ai déjà dit, j'étais tombé sans connaissance, la face contre terre, et, au point du jour, Cadiou le tailleur, en allant en journée à Keravennou, trébucha et tomba en heurtant contre moi ; et ayant approché sa lanterne de ma figure, il me reconnut et dit : « C'est cet ivrogne de Pipi Gouriou I Quelle ventrée il a !.. . » Puis il me rangea contre le talus et continua sa route.
Une charrette passa tôt après. Il faisait déjà grand jour. Le charretier me reconnut, et, me croyant aussi ivre mort, il me mit sur sa charrette et me déposa chez moi. J'en fis une maladie, et je restai huit jours sur mon lit, avec une fièvre de cheval, délirant presque continuellement et croyant toujours voir l'infernale machine et entendre les cris des suppliciés.
Dès que je pus sortir, j'allai immédiatement trouver le curé de Plouaret, et je lui commandai une messe pour Guilherm Manac'h. Et depuis, on ne m'a jamais vu toucher aux cartes ni entendu me moquer de ceux qui, aux veillées d'hi-
j;0 LÉGENDES CH^ATIENNES
ver, conteat des histoires de revenants, de tortàmes et d'apparitions- surnaturelles.
— C'était oKffi arhtlku que vous avie* ym, Hpi Gouriou, lui dit Jol<xy; on les voit souvent parla.
Ce récit de Gouriou avait impressionné l'auditoire.
— Puisque nous en sonunes sur le cha[nt»det revenants, dit la servante Marie Hulo, vcûd -oe que m'a conté non amie Marianna Lagadec ell»-
C'était du temps qu'dle Était servante i Eerouazle ; il y a de cela environ dis ans.
Un dimanche que c'étùt son tour d'aller ft Ik messe du matin, au bourg de Plouaret, elle 4» réveillée par le chant du coq,
Dans beaucoup de fermes, comi savez, il n'y a ni montre ni horloge, dinairement le chant du coq qui régla le îevery f) le soleil qui donne le* heures pendant le j Mids souvent le soleil ne paraîi pas, et le a coq se trompe aussi paifins, surtout p l'Avent, où tous les coqs a0olem, dit-on, beaucoup d'incertitude et d'erreurs au sujet. ^ l'heure exacte. 11 y avait bien une horloge Kerouazle ; mais, voyant qu'il iaisaît dair, t vaincue qu'elle était en retard, Marianna ni pas à la consulter. Kerouazle, vous le snttiM
bien à une lieue du bourg de Plouaret, et l'hiver, il faut en partir avant le jour, pour n'être pas en retard à la première messe. Marianna s'habilla donc à la hâte, trempa son doigt dans le bénitier, fit le signe de la croix et partit. Elle crut aussi inutile de s'informer si le domestique dont c'était le tour d'aller à la messe matinale, afin de rester ensuite à la maison pour soigner les bestiaux, était parti. Il: faisait un clair de lune magnifique, un temps sec et froid, et elle hâtait le pas, courait parfois et se disait : « La messe sera sûrement près de finir quand j'arriverai ; j'aurai honte à entrer si tard dans Téglise... tout le monde me remarquera. »
Elle ne rencontrait personne sur sa route, ce qui la confirmait encore dans sa pensée qu'elle était en retard. Elle avait dépassé Lanwika et Rosanc'hlan ; elle arrivait au bourg de Plouaret, et elle n'avait encore vu personne. Dans son trouble et sa préoccupation, elle ne remarquait pas que toutes les portes étaient fermées sur la route et dans le bourg. Quand elle entra dans le cimetière seulement (i), elle vit du monde; elle en vit même beaucoup, et tous, hommes et femmes, entraient pêle-mêle dans l'église, ce qui fit penser à Marianna : « Je me suis tant hâtée, que je ne serai
(i) Le cimetière était alors autour de l'église.
guère en retard, ou il y en aura bien d'autres avec moi. »
Elle ne remarqua pas encore qu'elle n'avait entendu aucune cloche sonner, et que tout ce monde ne semblait pas venir de plus loin que le cimetière.
Elle entra dans l'église par le porche. La messe commençait. L'église était pleine, comme un jour de grande fête, ce qui l'étonna un peu. Elle se plaça, selon son habitude, au bas de la nef, jeta un regard autour d'elle et ne reconnut personne. Mais ce qui l'étonna le plus, c'est le silence absolu qui régnait autour d'elle : pas de bruit de sabots ferrés sur les dalles de pierre, ni de ces toux si communes, l'hiver, dans les églises. Quelque extraordinaire que fût tout cela, elle s'en préoccupa peu, et, toute à sa prière, son esprit ne s'y arrêta pas. Quand vint le moment de communier, comme elle s'était confessée la veille et avait eu l'absolution, elle se présenta à la table sainte et reçut le saint Viatique. Mais elle fut seule à communier, ce qui lui parut bien extraordinaire.
Quand la messe fut terminée, l'officiant se tourna vers les assistants et parla de la sorte, debout sur les marches de l'autel :
« Je vais, à présent, mes frères et sœurs chrétiens, me rendre à Rozanc'hlan, pour porter le saint Viatique à Marharit Riwal, qui est à l'agonie.
J*invite à m'accompagner ceux d'entre vous qui vont dans cette direction, et que cela ne détournerait pas trop de leur chemin. »
C'était précisément sur la route de Marianna : aussi voulut-elle suivre le prêtre jusqu'au seuil de la malade, qu'elle connaissait bien, et qui habitait au bord de la route une pauvre chaumière isolée et tombant en ruines.
Le prêtre sortit de l'église, portant la sainte Eucharistie, et précédé d'un enfant de chœur qui agitait une clochette. Dans le cimetière, ceux qui ne devaient pas aller plus loin s'agenouillèrent sur le passage du bon Dieu. Une vingtaine de personnes, hommes et femmes, franchirent l'enceinte et se dirigèrent vers Rozanc'hlan. Marianna était de ce nombre. Et là encore, elle fut étonnée de ne reconnaître personne.
Il lui sembla pourtant, un moment, reconnaître Périnaïc Congar : c'étaient sa taille, sa démarche, sa manière de s'habiller, et jusqu'au mouchoir bleu à fleurs qu'elle lui avait vu acheter à la foire de Bré. Elle ne put voir sa figure. Mais sa pauvre amie dormait en terre bénite, sous le grand marronnier du cimetière de Plouaret, depuis plus d'un an déjà : ce ne pouvait donc être elle.
Arrivé à la porte de Marharit Riwal, le prêtre entra dans la chaumière, et quelques-uns de ceux ^ui l'avaient suivi jusque-là entrèrent avec lui : II 23
LÉaSMDBS CHldTISMNIS
les autres attendireot, d genoux, i la pon rianna, qui avait encore asMi Icnn i ftire, o sa route vers Kerouaile. Tout en marchant, aeuk» dans le tilence, elle fiUsaît à part iti cm e^ flexions : . ..
« Cest singulier t ]'ù entendu la mené; fd.
accompagné le prtoe jusqu'au seuil de la nuiKn de Marharit Riwal, où j'ai dit dnq PaUr et dnq. Aw pour la pauvre femme, et il ne &it pu eocOra jour t Car, ou )e me trompe fort, ou H nt Ut que daii de lune, et depuis Rozanc'hlan, jsJi'ai rencontré Imc qui vive... C'est bitm singBlfar I v
Q^iant i tout ce qu'elle avait vu d'ei naire, depuis son dÉjMrt de Kerouaile, i l'4| dans le dmetière, sur la route de f oii elle avait cru reconnaître son amie I Congai, morte et enterrée depuis tut an ei ||b% elle n'y songeait pas, tant elle était Irâi de MDt) ver à tout cela lien de sumatureL . . . ; ,it-.
Au moment eb elle entrût danj la. <Qh i4k Kerouazle, les coqs chantaient, le jour a fait de poindre, et le domestique lann Kerbn partait pour la première messe, au bourg t Flouaret. Il fiit bien étonné de t qui rentrait i cette heure, et il lui demanda ;
— D'où veoez-voua donc, Marianna?
— Et d'où leviendrais-je, ai ce n'est de la me* e?
— Comment ! de la messe matinale ? Voici l'heure d'y aller seulement, et j'y vais.
•— Ah bien oui I vous pouvez rester à la maison, car vous n'aurez plus de messe matinale pour aujourd'hui. Vous vous êtes oublié dans votre lit, où vous vous trouviez sans doute mieux que sur la route du bourg, par ce temps froid. Malheur à vous, si le maître le sait, car vous savez qu'il n'aime pas à voir ses domestiques manquer la messe I Pour ce qui me regarde, vous pouvez vous rassurer : je n'en dirai rien à personne.
Et elle ' rentra, sans s'arrêter davantage, et Kerbrat, de son côté, continua sa route vers le bourg de Plouaret.
Quand Marianna parut devant ses mdtres, ce fut de nouvelles questions ; mais elle répondit sans hésitation et avec une assurance qui en imposa à tous.
— Je vous le répète, dit-elle, j'ai été au bourg, â la messe du matin, que j'ai entendue d'un bout à l'autre, et j'en arrive.
— Mais voyez donc ^'horloge : il n'est pas encore trop tard pour partir et arriver à temps.
— La preuve que je dis la vérité, c'est que, au sortir de la messe, j'ai accompagné le prêtre qui l'a dite jusqu'à la porte de Marharit Riwal, qui est à l'agonie et vient d'être extrémisée.
LÉGENDES CBEfiTIBNNBS
Personne n'avait setdement entendu dinque Marharit Riwal ffit malade.
Marianna était une serrante inépiocltablc sons jous les rappom ; àus^ sa maîtresse a^tuitta-telle pas davantage et pensa qu'elle avait 4té trompée par le chant du coq et k clair de la lune. La pauvre fille était tris~pcinëe des soupçotu qoe pouvait fure naître son aventure et se den si elle n'avait pas rêvé; mais, avec la n volonté du monde, elle ne pouvait se o qu'elle n'était pas allée au bom^ de f  la chaumière de Maiiiarit Riwal, et qu^dk n'avait pas entendn la messe. Et pnls, d'dlcÉ||, aa l'avait vue rentrer ; on lui avait poil^' H tfe avait répondu: ce ne pouvait donc pu ta^.oa rêve. Elle en perdait la tète et en ttât n pleurait.
Q)iand arriva i son tour li venant de la messe du matin, il apporta la noo* velle de la mort de Marliarit Wwal. Elle était dècédée au point du jour, un instant après avoir reçu le sacrement de l'extrème-onction, ce qui concordait parfidtement avec le récit de Marianna. Tous les soupçons tombèrent alors, et personne ne douta plus que, trompée par le ciair de lune et le diant du coq, elle éiaii partie de la maison, beaucoup trop tôt, et avait réellement assisté à une messe, mais une messe dite par tm
prêtre mort et devant des assistants tous également morts, exœpté elle seule.
Et tout s'expliqua ainsi aisément pour Marianna elle-même, et le silence absolu qui régnait dans l'église pendant la messe, et pourquoi elle ne reconnut personne dans cette foule, bien qu'elle fût de la paroisse et y connût presque tout le monde. D'ailleurs, on citait de nombreux exemples de cas semblables.
Alors seulement, comme cela arrive souvent, quand le danger est passé, elle eut peur, en réfléchissant à tout ce que son aventure avait de mystérieux et de surnaturel, et elle craignit que ce ne fût un avertissement du ciel lui annonçant sa mort prochaine. Mais la vieille Katel Merrien lui ayant assuré que, par sa seule présence à cette messe de morts, elle avait délivré du purgatoire toutes ces pauvres âmes condamnées à venir, chaque nuit, entendre la messe dans l'église de leur paroisse, jusqu'à ce qu'un chrétien vivant et en état de grâce y eût assisté et communié, cette pensée la rassura.
Néanmoins, dès le lendemain matin, elle alla commander une messe au curé de Plouaret à l'intention de son amie Marie Congar, qu'elle avait cru avoir reconnue parmi les morts.
Marianna Lagadec vit encore ; elle est mariée et mère de famille aujourd'hui, et habite au village
358 LÉGENDES CHRÉTISNKSS
de Keraudren, non loin de Kerouaile. Çdid et vous qui serait tenté de mettre en doute k «in* cité de ce que je yiexa de raconter peut la .coq^ sulter, et il s'entendra confirmer tout ce que jM dit.
Au moment où Marie Hnlo terminail «qû récit, un chat fit entendre des ndaulemeots étranges au bas de la cuiân^.
— Mettez dehors ce vilain animal, dit i|lielqu*un.
— C'est tout juste ce qu'il demande, dit loiy, afin de courir au sabbat des cHats. Je qu'il va se rendre tout droit au carrefour ds! Keranbom et de Guemaham, où tous ks du quartier tiennent leur sabbat. Plnsiems sonnes affirment l'avoir vu, Job Guenvwr»!
exemple, et louenn Ar Falc'her, et il né beau passer par là, paratt-il, les nidts ait leurs réunions. Mfîr.rb-
— A propos de sabbats de chats, dit Pipi linii rîou, voici une histoire curieuse et^dootlo/gli» rantis l'exactitude. ' ■ .< •.lîijià\
On n'a jamds bien su comment « Kerdluz, le meunier du moulin lie entre Plouaret et Lanvellec Tout à c'est qu'un matin, on le trouva martdaat:
la figure toute lacérée et sanglautie, hors de la tête. On pensa qu'il «ndt^éli
DE LA basse-bretâgne 359
maltraité, un dimanche soir, au bourg de Lativellec, par des gens de Plounailliau, car il était assez querelleur de sa nature. Il se serait traîné jusqu'à son lit et y serait mort de ses blessures. Mais comment aurait-il pu aller jusqu'à chez lui avec les yeux hors de la tête? Moi, j'en sais plus long là-dessus, et voici comment les choses se 5ont passées :
Malo Kerdluz avait remplacé au moulin de Kervégan le vieux louenn Ar Bleiz. louenn Ar Bleiz, vous le savez bien, avait mauvaise réputation dans le pays, et passait pour être un peu sorcier. Quelques-uns prétendaient même qu'il se changeait à volonté en loup ou en chat, et assistait, sous cette dernière forme, au sabbat de chats qui se tenait sur la lande de Kervégan. Le propriétaire du moulin, sur les avis et les plaintes qui lui ar-^ rivaient de tous côtés, finit par congédier louenn, quoiqu'à regret, car il le craignait et redoutait sa vengeance. Et en effet, louenn quitta le moulin tn jurant qu'il se vengerait. Malo Kerdluz prit sa place ; mais il ne tarda pas à éprouver toutes sortes de désagréments et de dommages. Tout allait chaque jour de mal en pis dans son moulin. Les clients se plaignaient que leur grain était mal moulu, la farine mélangée de gravier, et enfin qu'il prélevait un droit excessif sur leurs sacs; ei les plaintes n'amenant aucun bon résultat» qsl
360 LÉGENDES CHItÉTISNMES
finissait par porter son grain à un autre waaaÊigu. Et pourtant Malo était un excellait "*fû*ikr cl un par£ût honnête homme, de l'avis de tout le monde et malgré le dicton connu :
jtr meUner, lâir mr hhni A «^0 iri0M|«f in J» «mhI, Ha mar mmvtht iroiÊgit mai, A va kreugtt inh ^trmi(t).
Q}ie signifiait donc tout cela ? Le pauvre Ms)q en perdait la tète. La nuit, quand il était concli^ un vacarme épouvantable se Êdsait entendre, dqjl le moulin ; on auntit dit que tout était xenqi» déplacé, bouleversé, brisé, broyé» et pourtniv quand venait le jour, on pouvait voir que |n|t était en place et intact. D'autres fins» kv^Mt tombait d'elle-même, l'eau cessait de .ooiikr sur la roue, et la meule s'arrêtait tout ooiii1j^lî^9 sortait prédpitamment, en jurant, et ne- 5 personne. Il relevait la vanne et Vt
(x) Le mennier, voleur de finiiie, *— ptf 11 sera ; — s'il n'est bien pendn de la toite, — ptr \ crochera* . < • . i-. '
Voir dans l'excellent recneil de L. Stnvl^ ^ tmmm. Jfejc BreiX'Iiiel, Proveries et Heiam ii U &»
H. Champion, — plnsieus «otrot dietOM nUlli^éteM sien.
soin ; mais, â peine était-il rentré, qu'elle retombait^ «t la roue s'arrêtait encore. Enfin, le pauvre homme ne savait à quel saint se vouer, et il s'adonna à la boisson et négligea tout à fait son moulin, lui si rangé et si laborieux jusque-là. Il soupçonnait bien louenn Ar Bleiz de n'être pas étranger à ce qui se passait ; mais comment se soustraire à son influence? 11 alla enfin â Louargat, au pied du Ménez-Bré, consulter Tugdual Mêlo, qui avait une grande réputation de sorder dans tout le pays, grâce à un Agrippa qu'il possédait. L'Agrippa, d'après le rapport de plusieurs personnes, qui avaient eu recours à la sdeuce de Mêlo, était attaché à une poutre par une forte chaîne de fer, et, quand on le consul tsût, il se démenait et se débattait comme un diable qu'on aspergerait d'eau bénite, et il fallait lui livrer un terrible combat et prononcer certaines formules magiques pour le dompter et en obtenir les réponses voulues.
Tugdual Mêlo consulta son Agrippa, qui lui répondit, après un long et bruyant combat, que le moulin de Kervégan avait été ensorcelé par louenn Ar Bleiz, et que, pour détruire le charme, il fallait lever la seconde meule, celle qui est inunobile, quand le moulin moud, et l'on trouverait dessous un morceau de la clavicule d'un sorcier qui avait habité, il y avait plus de
36a LiGBNDES CHRÉTIBNNBS
■ III II I — ^^^^^w^^^W
cinq centsans, sur la montagne de Blé. On devait prendre ce fragment d'os, le brûkr et en ]ctcr les cendres au vent» Idn, bien lotn da moidiii*
Malo suivit de point en p(nm les idstnielioai du sorcier, et, à partir de ce moment» tout aBa m peu mieux au moulin de Kervégan.
Mais les choses ne devaient pas en retterU* Un soir que je levenais assez tard de Lanvellae à Plouaret, je rencontrai Malo, armé de aa lirillii carabine et revenant de guetter un loitp qsl avak enlevé plusieurs brebis dans les fermes des rons. Nous fîmes route ensemble ; oiaia nous entrâmes dans un cabaret, an boni dt la route, où nous nous attardâmes à bofae da ddn^ et, au départ, nous étions joliment émna» Iid0 surtout. La nuit était sombre. GonmK non cendions la c6te par le chemin creoB qiâ à l'étang de Kervégan, nous entfudfiaei a carme efioyable sur nos tètes, et vteia daa !■» mières qui se déplaçaient, passant d*im Tautre, montant sur les arbres et poursuivre de branche en branche* NcM| arrêtâmes. .• f. "Ui
— Cest un sabbat de diables» (Otliria^
— C'est tout au plus un sabbat de pondis-je.
— Eh Men I reprit Mab» diabha-ov n'importe ; ma caralnne est chaigée^ et J
bien voir si le plomb s*aplatira sur la peau de ces fils de Penfer.
Et il ajusta et tira. Alors ce furent des cris épouvantables et tels que je n'en ai jamais entendus de ma vie. C'était comme des imprécations et des menaces de vengeance.
— Il paraît que le coup a porté, dit Malo ; allons voir.
Et ayant grimpé sur le talus, nous vîmes, au pied d'un arbre, un énorme chat noir qui se débattait dans les convulsions de l'agonie, en roulant des yeux menaçants et brillants comme braise, et nous crûmes l'entendre dire ; « Malheur à toi, Malo Kerdluz, malheur à toi, car je serai vengé ! »
Malo acheva le matou à coups de crosse de fusil, le mit dans sa carnassière, et nous continuâmes notre route.
Quand nous arrivâmes au moulin, la femme de Malo lui fit quelques reproches de rentrer si tard et ivre, ou peu s'en fallait.
— Allons, Jeanne, dit Malo, ne grondez pas ainsi ; voyez le beau gibier que je vous rapporte.
Et, tirant le chat de sa carnassière, il le lui présenta.
— Un chat !... J'aurais mieux aimé un lièvre, dit Jeanne, avec une moue.
— Un chat ! reprit Malo ; mais c'est le diable
lui-même que ce matou noir. Si vous l'aviez entendu, au moment de mourir I... Cest peut-être aussi louenn Bleiz, qui se change à volonté en différentes sortes d'animaux, assure-t-on. Dans tous les cas, apporte-nous à chacun une bcmne écuellée de cidre.
Et il jeta le chat mort dans un coin.
Au même moment, le chat du moulin, un grand matou tigré, sauta d'un bond sur la table, en poussant un miaulement effirayant. Son dos se voûta, sa queue se raidit, son poil se hérissa, et ses yeux lancèrent des flammes. La meunière prît son balai pour le chasser ; mais il sauta sur le bahut de chêne et dit :
— Marw ê Raoul I —Raoul est mort / Tu as tué Raoul, notre roi ; malheur à toi, Malo Kerdluz !
Et aussitôt il disparut, et on ne le revit pas de deux jours.
Nous étions étoimés et effrayés d'avoir compris ses menaces, comme si un homme avait parlé.
Je partis, après avoir vidé mon écuelle, un peu impressionné de tout ce que j'avais vu et entendu, et n'en augurant rien de bon pour Malo.
Quinze jours plus tard, passant par Kervégan, j'entrai au moulin, et j'appris que le pauvre Malo était mort et enterré. Voici ce que me raconta sa femme :
Ausitôt après mon départ, Malo était monté à son cabinet, près de la meule, et s'était couché. Tôt après, une véritable armée de chats monta à Tassaut du moulin, avec un vacarme épouvantable. Le gros de l'armée se tenait sur le toit ; plusieurs avaient pénétré dans l'intérieur, par une lucarne restée ouverte, et même par la cheminée. C'était effrayant les cris qu'ils faisaient entendre. Ce n'étaient certainement pas des cris ni des miaulement de chats. Tout à coup, Malo poussa un cri aigu et appela au secours. Jeanne, qui couchait en bas, avec ses enfants, se leva et monta. Qjuel horrible spectacle s'offrit à ses yeux, la pauvre femme ! Elle trouva son mari tout sanglant, la figure lacérée et les yeux arrachés de leurs orbites ! Il mourut dans la journée, au milieu de souffrances atroces, délirant et répétant sans cesse : « Le chat noir !... louenn Ar Bleiz !... »
Le vacarme avait cessé ; tous les chats étaient partis, et le matou noir tué par Malo avait aussi disparu.
QjLiand on enleva le corps de Malo de son lit, pour le mettre dans sa bière, le chat du moulin, qui avait disparu depuis deux jours, se trouvait là. Et quand la bière fut clouée, il sauta dessus, fit entendre un affreux miaulement, comme un cri de joie féroce, puis sortit par la fenêtre. Et pendant tout le trajet du moulin au bourg de Lan-
vellec, il suivait la charrette sur laquelle était placé le cercueil, de buisson en buisson, d'arbre en arbre, et répondait aux chants funèbres par des miaulements et des gambades ironiques. Et quand on descendit le pauvre Malo dans le trou de terre, il était encore dans le vieil if du dmenère, ricanant et grimaçant au-dessus de la fosse. Tout le monde le remarqua bien ; mais personne ne soupçonnait la vérité, et Ton pensa même généralement que le chat regrettait tant son mattre, qu^ l'avait suivi jusqu'à sa dernière demeure.
La cérémonie terminée, il disparut, et on ne le revit plus au moulin de Kervégan.
Voilà ce que la pauvre Jeatme me conta en pleurant. Et ne vous semble-t-il pas évident que Malo Kerdluz avait été tué par son chat, aidé des autres chats du quartier, pour venger la mort de leur roi Raoul ? Pour moi, je n'en puis douter, après ce récit et tout ce que je vis et entendis, la nuit où Malo tua d'un coup de fusil le vilain matou noir que vous savez; près de l'étang de Kervégan.
— Votre histoire est efirayante, Pipi Gouriou, dit la cuisinière, et j'aurais voulu ne l'avoir point entendue, car désormais je ne pourrai plus voir un chat sans songer à la mort tragique de Malo Kerdluz.
La veillée se termina par le gîveix suivant, que chanta Jeannette Kérival, tout en tournant soa rouet :
LES DANSEURS PtWIS (1).
HRÉTIENS, répandez des larmes et déplore* avec moi un grand malheur causé par nos péchés : Dieu punit tôt ou tard les pécheurs.
Et vous surtout, folle jeunesse, que cet exemple vous profite ; menez une vie plus dévole et moins désordonnée, et évitez avec soin la danse.
Combien ne voit-on pas de jeunes gens (tous les jours vous pouvez vous en assurer) qui recherchent partout la danse et y dépensent follement jusqu'à leur dernier denier ?
Ah I qu'ils feraient mieux de les employer à soulager leurs pères et leurs mères, restés dans leurs pauvres chaumières, et qui y meurent peutêtre de faim !
(1) Cette pièce est traduite littéralement d*un gwer^^ en couplets de quatre vers de huit syllabes, imprimé sur feuille tolante, chez Lédan, à Morlaix. J'ai conservé dans ma traduction la séparation des couplets.
368 LÉOEKDBI .CHSÉTIENHSS
Vous trouverez id, jeunesse aveugk «t pR^ somptueuse, folle de danses et de pkUis, un iffr rible exemple des cbitimeats riservés aux danseurs.
Fuyez donc la danse et les coupaUei Ouït ; fréquentez les oESces divins ; nvei dans U aaSaie de Dieu, et ne né^igez pas les sacrements.
Folles jeunes filles qm ne travùUe* qa'àfbfR et à orner voscorps, quand vous legudem voife miroir, songez qu'un prédpice est denitre.
La danse, dirétiens, je vous le dis en vUlfc est cause que plusiean de nos frtrea ■oaSiitt sous nos [ôeds des tourments inot^ privéi dta
Approchez- tous, joines et vieux, appnxtal'M réfléchissez bien aux pdnes, aux tourmantl K i
l'affliction si grande
Qui ont frappé ces malheureux, au nombre de treote-deux, dans le mois d'août dernier, le jour de l'Assomption.
Le curé, bon et gradeux, plein d'humilité et de dévoûment, devait aller, sans délai, porter le bon Dieu â u
Il lui fallait traverser tu
les danses, en portant le Roi des saints, Jésus- Christ, notre Sauveur,
Les gens misérables et impies ne voulurent pas interrompre leurs danses pour entendre dire que le curé allait passer, portant le Saint-Sacrement*
Alors des spectateurs leur parlèrent de la sorte : « Cessez de danser, jeunes insensés, et adorez votre Dieu » .
Dans leur aveuglement, ils frappèrent ceux qui leur parlaient si sagement, ceux qui leur conseillaient d'interrompre leurs danses et de se prosterner devant le Dieu crucifié.
Us crachèrent même à la figure du prêtre qui portait le Saint-Sacrement et l'accablèrent d'injures, devant Jésus qui était présent.
Ici notre Père tout-puissant nous donne clairement à entendre que c'est lui qui commande et qui est le maître de tout ce qui existe sur la terre et dans le ciel.
En un instant, ils se virent tous changés en des spectres ef&ayants, et durant trois mois ils conservèrent cette forme, pour nous fournir un exemple terrible.
Leurs parents allèrent, vers le soir, à la re- II 24
370 LÉGBNDBS CHRÉTIBMMBi
cherche de leurs enfimts : quand ils
le lieu de rassemblée, ils ne les reanomem ]^
Us étaient noirs comme des corbeaux^ on tiH core comme des cheminées pleines de 8idc^-:iné^ connaissables à chacun, n'étaient leosÉ habiML-. •/.
Leurs pères et leurs mères, désolés 4p^lPpir leurs en£mts dans tine aussi triste sitoatioiiyrflinmi^ dire des messes pour eux, dès le lendetnrinnnOla afin d'obtenir leur délivrance ;
Pour prier les saints et les anges çtIâ4aiMi Vierge Marie d'intercéder pour eux 9Xtj^[^.^- Dieu, afin qu'il voulût bien leur pardonmer* ■ » -
Tout le peuple en prière, à la vue de rible châtiment, accourait en foule de t
comme une procesrion; ■•)
Et le bon curé, de son côté, les aussi et priait Dieu de vouloir i d'un tel supplice. -, ',^^*,
Qpand on fut à l'élévation, — compr chrétiens, — le jour de la fête de Va écoutez bien, chrétiens, —
La terre trembla d'une maxd elle s'entrouvrit même, e vaut dans ses abîmes et se refen r ■
Tous ceux qui étaient présents et qui avaient été témoins de leur supplice se prosternèrent à terre, Tâme navrée de douleur,
Pour demander leur pardon à Dieu, pour le prier de vouloir bien se montrer miséricordieux et recevoir leurs pauvres âmes dans son paradis.
Hommes libertins et lubriques, réfléchissez à ceci, et songez au pouvoir de notre divin Mdtre sur nous tous tant que nous sommes.
Dieu punit, dans sa justice, les pécheurs obstinés : tremblez devant la justice de Dieu, et amendez-vous, chrétiens.
Enfin, jeunes gens, je vous en supplie par la mort de notre Sauveur, obéissez à notre sainte mère TÉglise, et sauvez vos âmes.
Afin que nous ayons tous le bonheur de nous revoir un jour ensemble, dans les joies étemelles, dans le palais de la sainte Trinité 1 »
Dix heures sonnèrent. C'était le moment ordinaire de clore la veillée, chacun s'en &it coudier; et plus d'un dut rêver, cette nuit, de revenant» ' et de fantômes. /
L'Agrippa dont il est question plus hâUt est Cornâins Agrippa de Kettesheim, qui naquit à Cologne en 1481, et nourot &
372 LÉGBMDES CHRÉTIBMMES
l*hôpit«l de Grenoble en tS3S, epièe «ne ih
et trètHtfddentéc U prafiemi tour & tour let . , ^
dne, U théologie, les sdeneet ooenltti et k fl^gjh^ à tUiig k Londits, à Cologne, & Ffae, k Plavie, & O en èf i ^ à tyom, à Anvers, et poblis de nombftaz oanages et taàtkt éÊamem éÊÊ^ rentes brandies des sdences. Le seul ^ ne toit .pis feovt à ftîi oubUé enjourdlmi est son tnité Ik PhilmfM mM^ qd[ Wl'a vain une grande rotation de sofder dans k ytifk. J^Mni comment son nom a pa devenir si popnkire n où je Tai rencontré tr ès s o uv e nt , snnont daai ks ments de Lannion et de Gninganç. Llionne qol Agrippa, dans nos campagnes, est re spe c té et wrt O Bi dans sa commune et anz environs, et Ton vient k loin. On se k montre an do^ d'un air d'une Ibis, dans les fioires et les pardooi, on af* *V9!<itt «i vieillard pensif, & rosil vif et intdUgent, an tekft Uti^ w^' dinairement solitaire dans k fook, et dofMl m AoMfi^ quand il passait. « Cdni-k e on Agii^ I » a» dkrfMB t l'oreille.
L'idée que nos paysans bretons te ftot de PAgi^pâ éttêi plus étranges. Je ks «i maintes firis im a umj^ à ci HfÂ'-it' voici à peu prés tont ce que f ai pu en tbir.
Le grand llèk (iOb-vnK), de Lotunytt, m fW tagne de firé, avidt, dit-on, im Apiff^, et Oft «« sulter de fi>rt loim Une p e rwiuie de PkÎMMi MMk^r qui l'avait été tronver, vers t8]€, a^e neeail et fil visite:
« L'Agrippa est une teRlbk dMM% m^ MM bien que c'est k diabk Id-mloM, et ^nt Mlb W SBita âme. U fiiut, k diaqne firis qn'oak renenla, kÉ k vaincre, avant qu'A eonsente & trevaHkr, ^m^ aux questions qu'on Ini adrssw. QpÊÊtà ] ■
l'exposai & Mèb k sn|et de ne vklie. 11m
c C'est difficile, ce que vom a» àmÊtmàm combattre ferme. Mon Agrippe, depdi fM^i
commode du tout. Mais, n'importe, vous obtiendrez ce que vous désirez. Attendez-moi là ; je vais le consulter.
« Il mit bas sa veste et entra dans un cabinet, à côté de la pièce où je me tenais. Aussitôt, j'entendis un vacarme d'enfer : des cris, des coups de bâton, des bruits de chaînes. L'Agrippa, attaché par une chaîne de fer à une poutre, bondissait sous les coups et se démenait comme un démon, et Mèlo criait, tempêtait, jurait et frappait toujours. Au bout de près d'une demi-heure de ce manège, Mèlo sortit du cabinet, couvert de sueur, haletant, et me dit :
« — Le combat a été rude ; mais, j'ai fini par avoir la réponse.
« Et il me la fit connaître, et les choses se passèrent comme il me le dit. »
Quelquefois le sorcier, pris de remords et efirayé à la pensée de l'autre monde, veut se défaire de son Agrippa. Mais cela n'est pas chose facile, car l'Agrippa et son possesseur sont liés par un pacte terrible et dont il faut remplir scrupuleusement toutes les conditions. On m'a raconté de Kaour Mengam, de Saint-Michelen-Grève, qui avait aussi un Agrippa, qu'il le jeta au feu, sur le conseil de son curé. Mais il ne brûlait pas, bien que Kaour eût pris la précaution de l'arroser d'huile et d'entasser sur lui un grand tas de bois. Il tenta l'épreuve à plusieurs reprises, et toujours en vain. Voyant cela, une nuit, il mit son Agrippa dans un bateau, sortit de la baie et, arrivé en pleine mer, il l'y précipita et s'en revint ensuite, croyant en être délivré. Mais, comme il mettait pied à terre, il l'aperçut sur le rivage, qui agitait bruyamment ses feuillets et semblait le narguer. Kaour était bien malheureux de ne pouvoir se défaire d'un tel compagnon. Enfin, un jour, ils disparurent l'un et l'autre, et l'on n'a jamais, pu savoir ce qu'ils sont devenus « »
J'ai trouvé dans les archives du département du Finistère une sentence prononcée, en 1660, par la cour royale de Qpimperlé, après procédure criminelle, contre Philippe-Emmanuel de Kerlec*h, seigneur de Q}iistim'c, dans laquelle je relève le passage suivant :
374 LÉGENDES CHRÉTIENNIS
c ...Comme Aussi requérons que les Uvret^Afrilpftti « OeulUi phihsopbU, le manuscrit indtnlé : Oivfarf c et autres escxipu et chiflies trouvés en la maitoil do Qfww H guiomarcli, paroisse de Qjierrien, où d ei u eqn i ft lldlEt àt « Qjiistinic, et mentionnés au procès-veri»! de ileifiniiii, « bruslés en nostre présence, attendu que la lectiire dt « livres et escripts est deffimdue et probibée par ke Mdnli « nous, et de plus, crainte qu'ils ne tombooieat CBbelH : a de personnes qui en pourroient mal user. »