I06 LÉGENDES CHRÉTIENNES
Quand tous les convives furent assis à table et qu'on commença à être échaufifé par le vin, on donna Tordre d^amener Tanimal sauvage dans la salle du festin, afin qu'on pût rezaminer de près.
Une nourrice qui se trouvait dans le château, avec un enfant de deux ou trois mois, entra aussi par curiosité dans la salle, avec son enfant sur le bras.
L'enfant considéra bien attentivement le monstre €t lui dit très-distinctement :
— « Relève-toi, Jean Guèrin ; ta paix est faite avec Dieu ! »
Aussitôt le bon ermite se leva sur ses deux pieds, et les assistants, saisis de trouble, le regardèrent avec étonnement.
Le bon ermite se jeta alors à genoux aux pieds du comte et lui parla de la sorte :
— a Je suis Jean Guérin, le méchant, pire que ne fut jamais barbare ni t)n:an ; j'ai déshonoré votre fille chérie, et ensuite je l'ai tuée.
« J'ai caché son corps sous une pierre, afin
que personne ne pût le retrouver. Disposez de moi comme il vous plaira ; je suis prêt à souârir tous les tourments. »
Le comte répondit sans arrogance et avec douceur :
— « Puisque Dieu t'a pardonné, ami, moi je tepardonne aussi. »
Alors le bon comte fit apporter des habits et le traita comme un homme rentré en grâce, après avoir £ût longue et dure pénitence.
Deux ou trois ans plus tard, le comte, inspiré de Dieu, désira aller visiter la montagne de Montserrat.
Et a pria Jean Guérin de l'accompagner, afin qu'il lui indiquât l'endroit où il avait caché le corps de sa fille.
Jean Guérin accompagna le comte avec plaisir et le conduisit à l'endroit où il avait enterré le corps de sa fille, après lui avoir ôté la vie.
A peine eurent-ils commencé de fouir la terre, qu'ils trouvèrent la jeune fille, pleine de vie et de santé, et rouge comme un bouton de rose.
On remarquait à son cou charmant, à l'endroit