‹ Légendes, curiosités et traditions de la Champagne et de la BrieChapitre 11 sur 20 · IM · texte numérisé non relu

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prédit. Sdth enveloppa pieusement les membres d'Adam dans les vêlements de peaa de bêtes que le Seigneur avait donnÀ à nos premiers parents en les exilant du paradis. Il porta sur ses épaules le mort chéri jusqu'au sommet du Golgolha, et le disposa dans une fosse après lui avoir mis dans la bouche les graines que l'arciiatige lui avait données (1). Quelque temps après, on vit sortir trois rameaux, dont l'un était de cèdre, Vautre de cyprès, et le troisième de i)iii. Les trois branches grossi! lit et s'élevèrent avec une force prodigieuse, lançant à droite et à gauche des rameaux nombreux. Ce fut un de ces rameaux que Dieu mit entre les mains de Moïse pour opérer les miracies sur ia terre de Pharaon, pour fane sortir l'eau des rochers et guérir ceux que les serpents tuaient dans !e désert. Ce rejeton de l'arbre de vie avait la puissance dont lut douée la croix du Christ, c'était l'image de la croix à venir. Bientôt, en grossissant l'une près de l'autre, ces trois branches, qui sortaient de la bouche d'Adam sur le Golgotha, ûnirent par se touchei;, par se presser, par s'in corporer, par se confondre enûn en un seul tronc. On dit mâme que David vint s'asseoir sous cet arbre merveilleux pour y pleurer ses péchés (2).

(î) Viia Christi, imprimé à Troycs, chez Jean Lecoq, 1517. — Légende dorée, Invention <lo la saint*" Croix. — Verrières de Saiot-Marliu-ès-Vigoes et de Saïai-PaiiUlcoQ à Troyes. L'archange donna i Sêtli unê branche et non des grainea de Tarbra de vie, dans quelques légendes snlvies par les peintres-Terriers de Champagne.

(2) La vertu de la Croix est telle qu'une simple allusion frite A ce signe, même dans TAncien TeslamenCt a sanvé de la mort le jeune baac, a racheté de la rnlne tout on peuple dont les maisons étalent marquées de ce signe, a guéri des morsures

venimeuses ceux qui regardaient le serpent attaché à un pieu

ayant In forme d'un T, a rappelé l'Ame dans le corps du flls de cette pauvre veuve qui avait Juiiiié du pain au prophète.... Didrou, IcotioyraphM chrélienm, pa^. 377. — Verrière de Sainte

Madeleine.

Au temps de Salomon, c'était le plus bel aiiire de tous tes plus beaux du mont Liban. Il avait surpassé ceux des forêts du roi Hiram, comme un roi élevé domine la foule prosternée à ses pieds. Aussi, lorsque le fils de David éleva son palais, appelé la forêt du Liban, c'est à ce rejeton puissant de l'arbre de vie, qui n'avait cessé de croître depuis quatre mille ans, qu'il songea pour en faire le support principal sur lequel de* vait reposer le monument entier. Il le fit donc couper par le faîle, au milieu de l'édifice, pour lui donner la voûte à porter; mais le grand roi fit dinutiles efforts. La colonne refusa de se laisser faire et fut d'abord trop longue, puis trop courte, lorsque les ouvriers l'eurent coupée. Sui pris de œtte résis» tance, Salomon fit baisser de nouveau tout le monumeiît; mais la colonne, grandissant tout à coup, jaillit au-dessus du palais et le creva comme une flèche qui passe au travers d'une toile, comme un oiseau captif qui recouvre la liberté. Salomon irrité, lui qui destinait ce bois à la place d'honneur dafis le plus beau monument qu'on eût jamais élevé, ordonna de le porter sur les deux rives du torrent de Cédrou, pour qu'il servît de pont et fût foulé par les pieds impurs des passants et des bêtes de somme (1).

Cependant le palais fut achevé, et, non moins que le temple, porta aux extrémités du monde la gloire de Salomon. La reine de Saba accourut du fond de l'Arabie pour voir le grand roi dont parlait l'univers. Elle lui apportait les plus riches présents, produits par la nature ou fabriqués par l'homme, des diamants, des parfums et des étoffes du plus haut prix. Salomon accueillit la reine avec toutes sortes de distîncttons,

(t) Légendê dorét, InTWtiOD de la safiite Croii. — Fito Chriiiû - Sermo de InneiUionê ionetœ Cntds «t de Exaltations, par J. Uérolt, fol. SI et 35, Narambary, 1481. — Varriéra da Sainl-MartiD-ès-Vigoas.

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et, après lui avoir fait admirer les merveilles de Jérus.dem et da Temple, il la conduisit hors de la ville pour lui moi tn r la beauté des campagnes environnantes. Déjà crois&aieut alors dans le jardin de Gelhsémani les oliviers qui devaient plus lard être témoins de l'agonie de Jésus et de la trahison de Judas. En quittant ce lieu, où ia reine de Saba éprouvait un sentiment confus de ce qui devait arriver un jour, oa passa le torrent de Cédron pour rentrer dans Jérusalem. Mais subitemeot inspirée de Dieu, la reine refiiss de marcher sur le pont fait avec la colonne mystérieuse. Elle se jeta à genoux sur ia rive, et s'écria : • 0 bois divin, tu causeras la ruine de Jérosaiem et le salut du monde!...* A cfô paroles, Salomon, qui avait tout &it pour la gloire de Jérusalem, fut enflammé de colère et ordonna d enfouir ce bois maudit dans les plus profondes entrailles de la terre, afin qu'il y pourrit honteusement, en démenti de Tétrange oracle prononcé par la reine de Saba. L'arbre fut donc enterré, mais Dieu veillait sur lui (1).

Longtemps après Salomon fut creusée la piscine probalique. Cette piscine était entourée de deux galeries où venaient s'étendro les aveugles, les malades, les paralytiques et les botteux, qui attendaient leur goérisoo. Les eaux de la pisdne avaient réellement une grande vertu, et elles devaient cette merveilleuse propriété au bois qui avait crû sur la tombe et dans la bouche d'Adam, et qui n'avait point voulu servir de colonne au temple de Salomon. En creusant la piscine, on avait déterré la poutre, de sor(e que le bois sacré gisait au milieu de l'eau. C'était sur celte poutre qne descendaient les malados, lorsqu'ils venaient se laver jiour obtenir leur guérison. C'était sur ce bois précieux qu'ils se purgeaient df leurs immondices, que les Nathauéens lavaient les victimes destinées aux sacrifices. Mais Dieu ne permit pas que les souillures pûssent profaner un d»Jet qu'attendait

(1) Ugmidêéorét.^ Verriérw de 9aiot4tfartin et de fiaioi- PtDtaléoo.

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une destinée extraordinaire. Toutes les nuits il envoyait deux anges qui, de leurs ailes, balayaient les impuretés que les malades et les Nathanéens avaient [ni déposer sur la poutre, de sorte que le matin le bois brillait aussi pur, aussi clair que l'eau même de la piscine (1).

Les temps étaient accomplis, Dieu le Père avait envoyé son Fils sur la terre s'incarner dans le sein de la Vierge- Marie. Jésus, qui répaiidail les bienfaits sur les malheureux, qui éclairait les aveugles et instruisait les ignorants, qui confondait les hypocrites et appelait à lui les petits enfants et les humbles de cœur, Jésus, après son agonie de sang au jardin des Oliviers, fut trahi par un de ses apôtres, saisi par les Juifs et condamné à être crucifié. Les bourreaux cherch(''rent un arbre convenable pour faire une croix à ce Dieu qui s'appelait le Messie. Ils n'en trouvèrent pas de plus facile à approprier que le bois de la piscine probatique. L'ayant coupé en deux parties inégales, de la plus longue moitié, ils firent le montant de la croix, et, avec la plus petite, la traverse où furent attachés les bras. Jésus porta sur ses épaules meurtries, le long de la voie douloureuse, ce bois qui avait poussé dans le tombeau d'Adam, ce bois tiré de l'arbre de vie et qui allait servir d*iD8trument de mort è un Dieu. Le Christ y fut attaché et y rendit Tcsprit, après avoir prié pour ses meurtriers, et en 8*écriaDt que tout était coDSommé. Le contact du corps divin communiqua une vertu nouvelle à cet arbre merveilleux et d^è rl dtalt de prévoir que sa destinée n'était pas finie même après la mort du Christ.

Joseph d*Ârimathie et Nieodème ensevelirent le corps du Rédempteur dans un sépulcre nouvellement taillé dans le roc ; la croix fut enfbuie en terre avec celles des deux larrons, avec les clous, la couronne d'épines et récritean qui procla*

(1) Verrière de Saint-Uartio.

mait J^us roi des Juifs. En mourant, 1p Christ avait enfanté l'Eglise; mais ce grami vaisseau qui devait, à travers les écueils et les orages, porter au ciel toute l'iuiinanitë, ne fut, jusqu'à Constantin, qu'une humble nacelle de fragih^ a[)parence et que les persécutions menacrrent de faire sombrer plusieurs fois. Jésus s'était envolé au ciel se rasseoir à !a droite de Dieu le Père» mais la croix restait toujours enterrée sur le Calvaire.

Constantin arriva sur le trône des empereurs romains; sur le point d'en venir aux mains avec Maxence, il priait Dieu de lui envoyer du secours. Pendant son sommeil, il vit à l'orient dans le ciel briller en traits de feu le signe de la croix, et entendit des anges, debout à ses côtés, lui adresser ces pa- ' rôles : ■ Tu vaincras par ceci. > L'empereur restait dans Tétonnement, lorsque le Christ, la nuit suivante, lui apparut avec la croix qu'il avait vue dans le ciel, et lui ordonna de faire une représentation de ce signe qui lui viendrait en aide pour rissue des combats. Le lendemain, vers midi, on entendit, à Jérusalem, comme un bruit sourd sur le Calvaire, et immédiatement après, une nappe de feu se déchira en deux bandes inégales; l'une de ces bandes se superposa en travers de l'autre, pour figurer une croix qui monta dans Tair et ^envola dans Toccident. A la mfime heure, Constantin, qui s'apprfttait à combattre Haxence, vit au ciel le météore lumineux qu'il connaissait déjà et qui avait la forme d'une croix avec ces mots écrits en lettres de feu : • Ex hoe Hgno mnctt, * En conséquence, Constantin, plein de joie et sûr de la victoire, se marqua au îroni du signe qu'il avait vu dans le ciel, transforma en croix les étendards militaires, et prit ^ sa main droite une croix d'or. Maxence fut attaqué avec impétuosité, se noya dans le fleuve et laissa la victoire à Constantin, qui proclama, 1 au par un édit, la tin des persécutions (4).

Baptisé par le pape Sylvestre, l'empereur chrétien envoya

(1) Verrière de Sainte-Madeteine.

sa mère Hélène à Jérusalem pour chercher la croix. Rien, durant près de trois siècles, si ce n'est le jour do h vision de Constantin, n'avait révélé son existence, ni le lieu où elle était enfouie. Aussitôt arrivée, Hélène fit réunir tous les juifs instruits de ];i contrée. La frayeur s'empara de ces hommes, ignorant le motif de la convocation. L'un d'eux, nommé Judas, leur dit qu'Hélène voulait apprendre de leur bouche où était h croix sur laqutli*^ le Chiist était mort, mais qu'il ne fallait pas le lui faire connaître, parce que la religion des Juifs serait anéantie. Arrivés en présence d'Hélène, les juifs ne voulurent rien révéler el se rejetèrent sur Judas, qui était un homme desprit.

— Montre-moi, lui dit l'impératrice, le lieu qu'on nomme Goigotha, pour que je puisse découvrir la croix. Voici la vie ou la mort! Choisis.

Judas se défendit de rien savoir, se retrancha derrière le grand nombre d'années écoulées depuis la mort de Jésus.

— Par le Christ, lui dit Hélène, tu périras de faim, si tu ne me dis pas la vérité. Et elle le lit jeter dans un puits desséché. Luttant 61X jours entiers contre la mort, il déclara le septième qu'il allait dire où était la croix. Retiré du puits, il monte au Calvaire et se met en pnèi es. Tout-à-coup la montagne s'agite, une fumée de parfums d'une odeur admirable s'en exhale, et Judas, émerveillé, applaudit des df nx mains en disant : En véi ité. Christ, tu es le Sauveur du monde (t).

Dans ce lieu s'élevait un temple à Vénus, bâti par l'empereur Adrien, afin que les chrétiens parussent adorer la déesse en adoianl le Christ. Hélène fit raser le temple et en ht labourer l'emplacement. Judas se mit courageusement à l'œuvre, creusa vingt pieds, et trouva trois croix qu'il fit déposer devant l'impératrice. Comme on ne pouvait distinguer celle du Christ de celles des Larrons, on les plaça au milieu de la ville en invoquant le secours de Dieu. Vers la neuvième heure, lorsqu'on portait en terre un jeune homme, Judas fit poser

(I) Verrières de Sainte-Madeleine el de ftaint-Nisier.

successivement le cercueil sur la première et sur la seconde croix. Rien ne se manifesta, mais à peine le mort eût-il touché la troisième, qu'il revint à la vie. Hélène et la foule s'age- Douillèrent devant la vraie croix, et rendirent grjlces à Dieu. Judas, touché de ce prodige, se fit baptiser, prit le nom de Quiriace» et devint évâque de iérusalem (1).

Quelques siècles après, la croix fut subjuguée et emmenée

en captivité par Cosroës, roi des Perses. De retour dans sa capitale, ce monarque, voulant se faire adorer, fit construire une tour d'or, d'argent et de pierres précieuses, et y plaça les images du soleil, de la lune et des étoiles. Fatigué bientôt du tiùne, il abandonne à son fds les rênes du gouvernement, se retire dans sa tour, s'enlounHie la vraie Croix et de saintes reliques, imite la pluie et simule le tonnerre par di s aïoyens artilii iels, et reçoit les honneurs do la divinité. Sur ces entrelaites, Héraclius, levant une puissante armée, marche contre le fils de Cosroés, et l'atteint sur les bords de l'Euphrate. Les deux souverains conviennent de terminer la bataille par un combat singuher qu'ils se livreront sui' le pont. Héraclius s'offre à Dieu, se recommandant à la vraie Croix, et parvient à remporter un tel triomphe que le fils de Cosroës se convertit avec son peuple. Le vieux roi ignorait cependant l'issue du combat. Héraclius vint à lui et lui dit : Puisque tu as honoré la vraie Croix selon ta manière, si tu veux recevoir le baptême et la foi de Jésus-Cbnst, tu conserveras la vie et tes états, en me remettant quelques otages. Si tu refuses» je te frapperai de mon glaive et te couperai la tête. Cosroës ne voulut point accepter les propositions et fut décapité. Héraclius s'empara de ses trésors et reprit le chemin de Jérusalem avec la sainte Croix. Lorsque, descendant le mont des Oliviers,

(1) Verrière de Saint-Nizier. - Histoire dê Frovbu^^ Véilx Bonniiielol, 1. 1. Légende de StiDt-QoIriaee.

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il voulut passer, à cheval et revêtu de ses ornements impériaux, sous la porte par laquelle le Seigneur était entré pour se rendre au Golgotha, les pierres de la porte tombèrent et formèrent une muraille qui ferma le passage. L'étonnement s'empara de tous les assistants; mais un ange, portant une croix, apparut sur la muraille et dit : Lorsque le roi des cieux est entré par cette porte avant sa Passion, il n'était pas revêtu des ornements impériaux, mais il était monté sur un âne, voulant laisser un exemple d'humilité. L'empereur, versant des larmes, Ôla sa chaussure, se dépouilla de ses vêtements jusqu'à la chemise, prit la croix et la porta jusqu'à la muraille. Les pierres cédèrent et la porte laissa bientôt, en se relevant, le passage libre à tous les fidèles (1).

Dispersée quelque temps après dans l'univers en une multitude de parcelles, la Croix opéra de nombreux prodiges, rendant les morts à la vie et les aveugles la lumière, guérissant les paraiytiipies et les lépreux, chassant les démons et brisant la fureur des ilôts (2).

Telle e$t eette légende naïve que tout le moyen-âge racontait et dont les touristes peuvent admirer la représentation sur les verrières des églises élevées à la gloire de Dieu jusqu'au xviT siècle.

(1) Verrière de Saint-Martin.

(2) Didroo, joaroal VUwliotn, I84i.

PlIllliKT BIBLIOfiRAPlIIOijE.

An xvi" siècle, quelque temps après la découverte de l'imprimerie, de la capitale do la Clianipagne sortirent des milliers de beaux in-quarto composés par des bergers et oroés d'un giaïui nombre de vignettes. Ces iijrands Vdlumes étaient des calendriers à la suite desquels les |)asleurs cliainpoDois débitaient mille prédictions, donnaient mille conseils et prescrivaient différents régimes.

Pleins d'entendement, comme ils avaient la modestie de le dire, ces doctes pâtres se vaiilciinit de juger les personnes sur ia mine et de les aïial}.serdepujs les pieds jusqu'à la tète. Vous aimez un bon ffu, tjnt pis; au xvi* ?if'clf\ on vous eût pris pour un honinn' d une ooniplexion colérique, prêt à dégainer la dague contie le premier venu. — Aimer l'eau dénotait un homme flegmatique, et aimer la terre, un personnage mélancolique. — Vous ne travaillez pas, ce n'est point votre faute, mais celle de ceux qui ont donné de grands yeux. — Pourquoi buvez-vous avec excès, oubliant que l'ivresse cause quelquefois éd grands ravages? Ne vous en prenez qu'à vos yeux enfoncés. — V<^u& avez le nez long et délié, c'est bon signe, vous ôles un homme de cœur et de résolution ; votre nez est camut, c'est fôcheux, car, entreprenant beaucoup, vous pourrez vous ruiner. Vos cheveux sont noirs et voti« barbe est rousse, vous êtes un médissnt et un homme peu loyal; vos cheveux sont blonds, vous êtes on bon vivant, le roysume de la terre est à vous, si vous pouvez le conquérir (1).

(4) gitwl Malmirimi*^ Compoit itei B§r$itn, Troyw, Wicolae

Ainsi parlaient, tu xvi* siècle, les bergers de la Champa-: gne. Vous avez ri, cher lecteur du m* siècle, de la simplicité de nos bons aïeux. Ouvrons le JDteHonfiatre de$ Songe$, imprimé de nos jours I Paris, ce foyer des lumières; suivœmoi, je vous prie, dans cette petite excursion, et vous avouerez que les pMres Champenois ont trouvé bleu des successeurs.

Voir se dresser devant soi pendant son sommeil une abbaye du moyen-âge, pour les auteurs du recueil que nous venons de citer, c'est d^rer qu'on aime le repos, car Tabbaye n*étaitpce point jadis le paradis terrestre, le refuge de eemtqui aspiraient à la vie paisible î— Votre bouche effleure des abricots verts, c'est fllcheux, vous aurez de ces rencontres malheureuses qui vous jetteront dans une noire mélancolie.

— Un anglais trouble votre sommeil, tremblez de tous vos membres, car un de vos <n^nciers que vous croyiez enseveli sort de la tombe et vient frapper à votre porte. — Vous avez vu se glisser dans votre logis un avoué, le dossier sous le bras, vous êtes dans un guet-apens ; vous en avez vu deux causant ensemble, vons serez ruiné.

Voir un boudin suspendu à la porte d'un charcutier, c'est mécompte ; mais en manger, c'est avoir le bonheur d'hériter.

— Vous buvez du cassis, vous aurez l'humeur noire en vous réveillant. — Le diable vous apparaît armé d'une corne, heureux présage. Malheur à vous, s'il en montre deux, votre porte sera bientôt assiégée par deux liiiissiers.

Vous neternuez qu'une luis, inaiivai-c nouvelle; trois fois, des fonds vous arriveront à votre insu. — Vous poi tiz un fusil, les voleurs vous salueront, lorsqu'ils ne seront pas trop nombreux. — Vous avez vu une girouette au-dessus de votre lit, vous deviendrez un fidèle et constant ami. — Vous écrasez un hanneton, buii iiuguie, votre ennemi le sort de ce pauvre animal. — Voulez-vous que vos espérances su réalisent, mangez un jambon, mais ne faites pas ce jour-là la 'lessive, car vous pourriez vous réveiller dans un autre monde.

Vous aimez la moutarde, votre santé sera florissante. — Vous achetez des oranges, les préceptes de la morale et de l'hygiène ne s'y opposent pas ; mais n'égarez pas ce jou^là

VOS pantoufles, car votre négligence fioirait par vous attirer la poursuite de vos créanciers.

Vous jouez aux quilles, vos jambes s'useront et la vie s*é« teindra promptement pour vous. — Vous riez, prenez garde, vous pleurerez en vous réveillant — Vous mettez des sabots, ne passez point devant la boutique de votre boîtier, car ce fabricant criera partout que vous êtes ruiné. ^ Vous rencontrez souvent votre tailleur» votre bourse tOt ou tard s'épuisera. » Votre ventre grossit, votre fortune prendra quelque embonpoint. — Vos yeux sont vifs et perçants, vous découvrirez un secret important et les nations reconnaissantes vous dresseront des statues (1).

Tel est le ilucie enseignement qui de Paris se propage dans les départements au milieu du xix* siècle, comme si les songes n étaient point le résultat pins oti moins incohérent de nos impressions et dp nos habitu Irs, « i pouvaient avoir plus d'autorité que les paroles d'un insensé i

DHI GBMDECH DE PiRiS MÉCONNUE EN mmi.

Tous les grands hommes n'ont pas leui- tombe au Panthéon. Tous les chevaux célèbres n'ont pas leur page dans l'histoire à côté de Bucéphalc cl d'Incitatus, ce cheval quasi-consul, qui buvait dans des coupes d'or à la table d'un empereur romain. Je vous le dis : il y a dans ce monde bien des vertus cachées, comme les parfums de la violette ; bien des gloires inédiles et bien des grandeurs méconnues, avec lesquelles la réclame ne pourrait rien gagner.

Geat'fttexions trôs^phiîosopbiques m'ont été suggérées par

(1) Le grand Livre du DêUiH, ptr Frédéric de U Grange. Paris, «857, 4* édiiioo.

la simple oottvelle que voici, publiée dans un journal d'Ams en 1847 :

« Il vient de mourir è Lederzeeie (Pas-de*Galais) un clieval qui était né en 1814, et avait par conséquent 35 ans. En 1842, il avait encore fait le labour. M. Vanhack, qui en était le propriétaire, n'avait pas voulu le faire abattre, bien que depuis quelques années il lût hors de service. >

Gela m*a rappelé une autre belle vie de cheval et une belle mort. Ce cheval mourut à Troyes ; il avait nom Bimèin, Je vais vous raconter son histoire, c'est une impression de voyage qui n'est pas comme une autre; elle mériterait d'être gravée en lettres d'or à la poi lede rHippodi uiiie, pour y être exposée iiUK respects des centaures, des sportsmen et de tous les grooms de France et d'Angleterre.

Le cheval Bimliiii a i^pai tenait à un honorable habitant de Troyes, M. Bauiim, propiiétairo à l'entrée du faubourg Sainte- Saviue, et c'est là qu'il est morl daub sa (juarante deuxième année. Je m'attends bien que l'on va serécrier: « Des chevaux de trente-trois ans! des chevaux de quarante-deux ansl cela ne s'est jamais vu. Ces chevaux-là sont de la famille dugrand serjient marin du Constitutionnel!

Ne Confondons pas, je vous prie. Mon cheval a vécu quarante-deux ans, et je n'y ajoute rien. J'en prends à témoin la ville de Troyes tout entière. Je ne iais pomt comme Hésiode, qui, dans sa libéralité touchant la vie de l'homme et de quelques animaux, dit positivement :

■ La vie de l'homme fmit à quatre-vingt-seize ans ; celle de la corneille est neuf fois plus longue. Le corbeau vit trois fois plus que la corneille, et le cerf quatre fois davantage. ■

Ge qui, pour peu qu'on veuille se donner la peine de laire le compte, donnerait:

Pour l'homme 96 ans.

Pour la corneille, 96 multipliés par 9. . . 864

Pour le corbeau, 864 multipliés par 3 . . 2,592

Pour le cerf, 864 miiiupliés par 4. . . . 5,456

De sorte que, d'après le calcul d'Hésiode, et le monde

n'ayant que 6,000 ans d'existence, vous pourriez trouver aujourd'hui dans la forêt de Fontainebleau ou de Compiègne un cerf dont ie père serait né 800 ans avant la création du monde, ce qui me paraît difficile à croire, sans vouloir manquer de respect au savant poète Hésiode.

Le cheval Bimbin vécut donc neuf ans de plus que le cheval de Lederzeele. C'est un âge de cheval très-peu usité, j'en convieDty mais ce n'est point un âge impossible. Bufibn dit qu'on a vu des chevaux vivre de 35 à 40 ans ; mais cette longévité chez ledieval, ajoute- t-il, est extrtoament rare. Anaâ esl-oe à cause de cette rareté que je vetx vous faire connaître ce que fut Bimbin dans sa longue et belle carrière' de cbeval et d'artiste.

< Quand Bimbin naquit en 1794, Bonaparte n'était encore que chef de bataillon; Bimbin était taillé pour la course; il a fait bien du chemin dans sa vie. Cependant Bonaparte» qui n'avait pas ses jambes, a été plus vite que lui. Le nom de Bii)i^bii|iqui n'est qu'une corruption de Bambin, indique asses qii9> io fifuffai doqt il s'agit était de petite taille* Mais il en ràt des chevaux comme des hommes : les plus bau^ ne sont pas \es plus grands. Alexandre allait à peine à Tépaule de Darius, e^ Napoléon-le-Grand n'avait pas cinq pieds deux pouces^ '

Vintelli|^ce, la vigueur, la légèreté de Bimbin, chieval aux larmes andalouses, l'avaient ïfait remarquer de Franconi père qui se cl^^|;ea de son éducation. Emerveillé de Taptitilde dé son jejane élève pour les exercices de l'esprit et du corps, |)Ouir les matliématiques, et pour la danse, Franconi engagea Bimbin dans sa troupe d'artistes quadrupèdes. .

Je vous ai dit que Bimbin n'avait pas été aussi vite que Bonaparte» et cela est vrai, car, en 1805, Bonaparte élalt déjà premier consul de la république et Bimbin n'était que ' jwmier attjel du Cirque-Olympique. Ce n'est pas que le cou- ' rage manquât au cheval Bimbin, Franconi lui tirait des coups de pistolet près des oreilles sans qu'il bronchât; mais sa vocation rappelait au théfttre. Il fit comme Tâlma, il devint un grand artiste» Le consul devint empeienr.

Bimbiû fit iongtenips le» beaux jours du CirquerOlycnpique et eut les honneurs du feuilleton de Vabbé Geofiiroy dans le Journal de l'Ejnpire. Le premier des chevaux, il sut trouver des mouchoirs qu'on avait caches et compter avec son |)ted aussi bien que le plus babile fermier de son l^mps avec ses doigts. Oadit même que, la serviette au cou, il mangeait à la table de son maître avec tant de dignité qu'il mérita mHn flatteuse de l'auteur dans le poëme 4» l'JH d4<0iMr M fnilfit |«r te lN>ft etspîjnttte) CM«et»

Bimbiii diiMil tinii fort joliment li givote, étak tool I lifoiilftiiNmet4iiiPieax temps et k poilu «l'aejawdlisk Goame to» hé graiids iHiiteB, A deontit é» repi^Mtations en provineet et il y recoeiUit des eefflrages ei dee r»» eÉUes qui wàtàUÊà ftit diviè^ Iweveottp de nés petosiiiMta dii TMlve^n'MicaB.

Cependant, coiHme d^ns ce nioniie li n'y a rien de plus fngitif que la vogue des artistes, ni de plus ingrat que le public et les directeurs de théâtre, Franconi vendit Hiinbin à un marchnnd de chevaux, lequel le vendit k M. Baudin» son dernier maître.

Rentré dans la vie privée, le savant cheval sut se faire aimer par sa modestie, par sa docilité et son travail; lui qui naguère eooor^ recevait les brillantes ovations du théâtre» les couronnes de fleurs, l'encens des feuilletons et des poètes, il conduisit gaiemàit la charrue. G'étaitt sans comparaison, comme Cincinnatus après ses victoires, ou bien comme le bon acteur Chapelle, qui, après avoir été couvert d'applUtidfesements, rentrait le soir chet lui laver les choux avec sa femme et Mre la soupe à ses enCints*

Bimbin, alors, n'avait plus, il est vrai, la même légèreté, la même souplesse de jarret, la grâce, la beauté atii'vcuse et toutes les qualités brillantes qui l'avait rendu l idole du public parisien au cirque dô Frâucuuii mais, dans sa vie agreste, le cheval n'avait rien perdu de rameiuté de son caractère, ni de la distinction de son esprit. Quaad il y avait compagnie de dames à la maison, scm msfi:i^ M. Baud^^, le ;fai^ venir :

« Biubiiir 4iait-il, il ftoi qae tn ne désigner laquelle dt oe» dam» «fit à ton avU la plus aiinable la plus jolie, i Et tout ausailôt ou voyait le petit cheval gambader, sautiller, hennir gentiment et poser un genou à terre devant une de ces daraes, puis devant une second»', une troisième, ce qui voulait dire que toutes étaient bonnes, aimables et jolies. Ces procédés délicats avaient mérité a Bimbin l'estime de tout le beau sexe champenois.

Mais le mérite, l'esprit, le talent, la beauté, les grâces, pour tout cela, le temps est sans pitié et sans merci. Les membres souples et gracieux de l'ancien sujet du Cirque-Olympique, ses jambes lu gjudlf si flexib)^« pi déliées à la courçe, étaient engourdies, enraidies par l'âge. Arriva bientôt la paralysie, cette fineide mesB^gèfe de la mort ; Bivàm avaijl alors U^eptobeitees*

Enbre les naîm de twit aetr* mettre, le iniim ehevel ai^ rat été llwé k rëeoecbear, car c'eit aufloiit pear les ebeveut qu'a D'y a qtÈtm pe» du Capitoiel k roehe Tarpéieene, c'ea^ Mm à réoereberie. Le eheitl Bimbw let plus heureux) hii aosaî antit troiné ua ami daes soe maître, ami bon et eompâtnsant pour les infirmités de sa vieillesse. Les soins les plus attentionnés lui furent prodigués. Mais si chaque jour l'aimable cheval trouvait litière fraîche, combien de fois ne le vit-on pas lever douct'uient sa tête affaissée pai les ans, flairer son bienfaiteur et lécher ses mains? Combien de fois ses yeux ne retrouvèrent-ils pas avec la vivacité de la jeunesse une expression mélancolique de joie et de reconoais^ sance impossible à décrire?

Le 10 janvier de l'an lH3ô devait sonner hi dernière heure du cheval Bimbin. Mais quand Bimbin eut rendu le dernier soupir, c'était^ je vous le jure, une affliction siSn cère et générale parmi les gens de la maison. Le cheval Bimbin, dans son quartier, était connu et estimé de teut le monde. 11 emporta en mourant les ngrete de son nnAre; I admiration des vétérinaires et le respect des postillons.

Le squelette du cbeval Bimbin a été donné par son maître

au Musée d'histoire naturelle de la ville de Troyes, où ceux

de nos lecteurs qui s'arrêteront dans cette capitale chérie des comtes de Champagne pourront voir et considérer les restes de ce qui fut bon, spirituel et grand.

Bimbiu aujourd'hui n'eât plus qu'un beâu modèle d'ostéo* logie (i).

m mm u mm ad ir siteu,

Fermées on peu fréquentées pendant la longue lutte que les Français eurent à soutenir contre les Anglais, les écoles de Troyes furent rouvertes par I évêque Jean Lesguisé, celui nôme qui reçut Jeanne Darc, et qui eut le bonheur de dédier solennellement sa cathédrale aux apôtres saint Pierre et saint PiuL Ce prélat renouvela, l'an 1436, un règlement géoénl qui nous a été conservé et qui fut approuvé par des gens d'église, des officiers publics et des citoyens notables. On y dans ses détails les plus minutieux, l'organisation dat gnndes et des petites écoles. L'ordre, le choix des études, Fempy du temps, le nom des auleii» et la désignation des exercices, y sont l'objet de renseignenente trèe-circonstanciée.

Les grandes écoles étaient dirigées par le grandr-maitre, qui confiait à des hommes choisis par lui les fonctîone de nuiUre$t régeiUt ou hacheliert. La dignité de gran^ nuiUre appartenait au chantre de la cathédrale et à l'écolUtre de Saint-Etienne. L'un des régents remplissait l'office de jtrévéi, 11 convoquait le conseil des maîtres» conduisait les éeeiiers à h messe, veillait au luminaire et désignait les chanteurs aux fêtes classiques de Sainte-Catherine et de SeintpNicolas. 11 devait encoie pourvoir les écoles de balais.

(1) Jatoi BMiard» JbwiMl dlif FfllM <C dti CWqwyiw, f Si?.

de paniers et de pelles, pour ie maintien (k leui propreti^. I! percevait, en récompense, par chaque enfant, une somme annuelle de six deniers tournois, payables en deux termes.

Au-dessous du prévôt venaient les pnmiHfê et le portier. Les premiers étaient des écoliers pauvres, mais vigoureux, qui balayaient l'école, s'obligeaient à certaines corvées, et, moyennant oe travail, étaient exempts de la taxe scolaire. Le portier avait soin de la porte; il donnait le congé, le matin, après une certaine messe, et le soir, après vêpres. Lorsque les élèves devaient revenir, il frappait sur la porte avec son bAton, et donnait le signal du départ en criant : Allez dtner (1) ! Mais les jours de fête, lorsqa il y avait congé, il se contentait de dire : allez ! Au portier appartenait encore le droit d'interroger les élèves et de fournir à chaque maître des verges pour la correction des paresseux. Pour son salaire. Il percevait six deniers, payables trois à Noël, et trois à la Nativité de saint Jean-Baptiste.

Les écoliers devaient dtre de mœurs douces et pures, apprendre surtout d crmndrê et ^ aimer Dieu, se conduire dignement dai» réglise, éviter tout bavardage, réciter les Heures de la Sainte-Vierge ou les sept Psaumes, cbanter, s'ils le pouvaient, et se rappeler que la meiee est le sacriiice d« corps et du sang de Jésus-Christ, ofEnt & Dieu par le minbt^ des prêtres. Il leur était de plus recommandé de se confesser la veille des grandes fêtes, et de ne point proftner les saints jours par le jeu des dés ou celui des cartes. La semame sainte devait être surtout consacrée au reeueNlement et I la prière; de pieux élèves étalent chargés, dans chaque parolsee, de surveiller les délinquants et de dire exaotement leur rapport. Ceux qui s'étaient permis quelque jeu illicite ou qui s'étaient livré quelque combat, subissaient un dur châtiment. Les maîtres ne frappaient point avec un bftton et ne pouvaient se servir ni de leur pied ni de leur main dans les corrections, mais en revanche ils avaient les verges dont les

(i) Archives hisioriquei du département di Pàube. par A. Y«llat de YiriTille, Troyet, 1841, pag. 325. Boaqaot, éditeur.

écoles étaient tonjoora abondamment pourvoeB (1). SI dée pi^ rente trop indulgents s'opposaient aux punitions, l'élève était exclu de la classe jusqu'à ce qu'il ait subi sa peine avec humilité (8).

'Au milieu de l'été les mattres redoublaient de vigilance^ parce que quelques écoliers, aprte dîner, préferaient un bain daiîs l'eau de la' Seine aux leçons de leurs professears. Chaque aoir l'appel était fiiit, et les abeenees le lendemain devaient être légitimées. Le granâ^maUre et le ^prMt aocompagnaient les élèves aux proeesinons générales; eeox-d maidialent deux à deux, récitant les Heures de la Sainl^Vierge ou les sept Psaumes de la pénitence. f' î

L'étude du latin était singulièrement recommandée, bien qu'il ne s'agît pas de la latinité do Gicéron ni de celle de Virgile, si l'on en juge par l'idiOme dans lequel le règlement est conçu. Les écoliers, même entre eux, ne devaient jamais parler français, mais toujours latin. Des élèves avancés étaient chargés d'interroger les faibles élèves, de leur expliquer les auteurs et de leur faire réciter leurs leçons. Les régents visitaient les cahiers tous les samedis, et exigeaient que l'écriture fût soignée.

Le grand-maiire recevait, de chaque écolier, six sous tournois par an, trois à Noël et trois 5 la Saint-Jean- Baptiste, somme assez ronde à l'époque du règlement. ^ < . /. w^-

. (f ) Sed taatum virgis, quibuiî uuuquaiu iii scoiis eos carere oporlet.

{%) ArohîTet da départeoMot de l'Aube, liMse 40, pièce D.

OH mi DE Lmmi au voïen-agb.

Protégés par les comtes de Champagne qui percevaient sur eux de gros impôts, les juifs s'établireot de bonne beure dans la ville de Trnyes, et occupèrent un quartier connu sous le nom de Jmverie* Parmi ces pauvres bannis, plusieurs acquirent quelque renommée par leur profonde érudition. Mais le plus célèbre fut, sans contredit, Salomon Isaaki, dont 1^ écrits ioni encore dasûqoes chez ses coreligionnaires* Né vers 1040, ce docte rabbin parcourut VAHemagne, étudia sous tes maîtres les plus célèbres, et commenta si parfaitement les livres saints, quil mérita le glorieux surnom de hmuèrê âe Jtida. Salomon mourut, en 1105, à Worms, après avoir déploré, dans de touchantes â^ies, Védit qui bannissait ses f^res des terres de France* L*histoire n'a conservé presque aucune trace de sa yk sî pleine et si active ; on sait seulement que la mère de notre rabbin descendait d'une famille de sa<* vants, que Isaaki fut reçu à Troyes ou à Lhuistre, qu'il se maria jeune et qu'il eut trois filles dont les maris occupent également ua rang distingué parmi les Talmudisles (1).

Mais si l'histoire ne cite pour ainsi dire que le nom de Salomon, la légende s'est chargée d'étendre sa renommée, de lui donner la connaissance d'une fouîe de langues, et de lui faire parcourir tout le monde civilisé du xi"" siècle. Non contente de nous le montrer partout accueilli comme un véritable prophète, comme un habile médeciii, elle le cunduit à Jérusalem quelque temps après la prise de celle ville par le^ croisés, et l'introduit auprès de Godefroi de Bouilon, qui apprend de la bouche même de Salomon sa malbeureuse destinée (2).

{i) Documents pour tervîr à l'histoire du rabbin Salomon, fUi d'Isaac, par M. Clément-Mutiet. Mémoires de la Société Amdéoiiquc de l'Aube, l. VI, 2' sérÉo, n** S5 et 36.

(2) Annuaùrê d» l'Aaéê, 1857.

Après avoir visité la Pologne, cet illustre rabbin^ dît la 1^ gende, voulut traverser la Bohâme pour retourner dans son pays natal. Lorsqu'il vint à Pragoséi ville célèbre îilr ses synagogues, les juifs raccueillirent avec tant d'empressement que le bruit de son arrivée se répandit dans la ville. Descendu chez le plus vénérable de ses coreligionnal|WS«.l8aa]p, dont réputation s'était propagée dans toutes 1^ ç6i4réfl|S.hs^||^ par lés descendante d*Abrabani» fut conduis à v/v^f^i le jour du sabbat. Le rabbin Jocbanan lui céda la pi^liB ; Vé: loquenoé du commentateur des livres saints tra^pf^ta teU^ ment les juife assemblés, que des acclamations rêl^ntirent et que plusieurs crurent I la venue du Messie. Mais ^^j^ joie, cette ivresse d*un peuple méprisé éveilla de justes soupçons parmi les chrétiens. Le duc Wadislas, qui craignait âne sédition et qui voulait surtout rançonner les juifs, fit saisir, le soir. Isaaki et son hdte, et les fit jeter en prison. Quafo jours après, assisté de révfiqne d'Olmutz. de son consei) Narzered et de quelques seigneurs, il les fait comparaître de^ vant son tribunal, les accuse de graves méfaits et se lève poùé prononcer la sentence, lorsque l'évôque d'Olmutz, qui depuis quelque temps considérait le visage d'Isaaki, adresse ces paroles au malheureux captif : •

N'as-tu point parcouru la Palestine ?

— Oui, seigneur, répond Isaaki, j'y ai même opéré j|^çlques guérisons.

— Qu'importe, mécréant, qu'importe ta science, fils de Juda, si tu es un traître à Prague, ajoute Narzered d'une vjoi^ basse et farouche.

— Que l'évêque l'interroge, murmure Wadislas, pour qu'il soit convaincu de toutes ses trahisons et de tous abominables forfaits !

— Puisque tu as opéré des guérisons en Palestine, reprend le prélat, tu dois te rappeler sans doute d'avoir sauvé les jours d'un prêtre allemand. Est-ce bien toi qu'on appelle Isaaki? ^ ^ ' ,

— Oui, seigneur, mon nom même 4'est„répa9dM,„4sMi presque toutes les contrées du moi^de.

- f SI -

k CM mots, révâque raconte au duc VfuMm que cet infortuné lui a sauvé te vie dans une mahdie dangereuse pendant son pèlerinage à lérusaleai, et demande la grâce des deux accusés. Nanered, qui devait beaucoup d'argent aux juifs, se récrie, parie de la colère du peuple ; mais le duc, malgré les frémissements de la foule, déclare libres et innocents its, deux Israélites.

Isaaki sauvé, n'oublie point sa malheureuse nation, dont les chrétiens de Prague demandent à graniis cris la mort et dont ils œeiiacciit d'incendier les maisons.

— 0 magnanime souverain, s éc]ie-t-il,je vous en supplie par le Dieu d'Israël, sauvez de la fureur du peuple cette pauvre nation qin n'a que les lois à reclamer et les magistrats à invoquer. Sanv(z-la ou failcs-moi mourir avec elle.

Le duc Wadisias, einu ()ar ces paroles, promet de protéger les juifs et leur accorde un saut-conduit.

Munis de ce document, les deux Israélites sortent du château, et vont répandre la joie parmi les juifs menacés d'un bannissement perpétuel.

Jochanan avait une fille d'une beauté remarquable, nommée Rébecca. Cette juive, reconnaissante du salut qu'elle devait au rabbin de France, voulut pnrtago r son sort. Isaaki ne resta pas insensible aux soins empressés de Rebecca ; le vieux Jochanan l'unit bientôt au seui enfant qu'il possédait.

• Que le Dieu d'Israël bénisse votre mariage, dit-il, comme il a béni celui d'Abraham, d Isaac et de Jacob. Fidèle israélite, je vous donne ma fille Rébecca, soyez pour elle un autre Isaac ; et toi, ma fille, sois pour ton époux une autre Rébecca. Ne craignez rien, les méchants vous calomnieront, vous persécuteront et vous chasseront de leurs terres, mais Dieu veiliera sur vous. Le cèdrosuperbe n'élèvera pas toujours sa tête au-dessus des sommets du Lib;)n ; frappé par la colère du Tout-Puissant, il ressemblera au térébiaiiie dépouillé de ses feuilles. »

Quelque temps après son mariage, Isaaki voulut revoir son pays natal. La fête pascale approchait, le vieux Jochanan le pria d'attendre quelques jours, et de oélébier la Pâque avec

868 frères de Prape. Le lendemain de la fête, Isaaki disposait tout pour le départ, lorsqu'il fut frappé dans sa demeure par un inconnu. Tous les juifs consternés accusèrent Narzered de cet attentât ; mais, craignant les vexations du cruel conseiller de Wadislas, ils répandirent le bruit de la mort d'isaaki, loi firent de magnifiques funérailles, et descendirent un cercueil vide dans la tombe. Sauvé par ce stratagème, l'illustre rabbin sortit secrètement la nuit de Prague, et s'enfuit avec sa joime épouse Rebecca. Tel est cet étrani^e épisode de îa vie de Salomon Isaaki, dont le tombeau fut longtemps vénéré àim ia capitale de Bohême (1).

LE BON ÎIELI lEÏPS, OU LU VIEILLES Mim DE IllûïES.

Lorsqu'on bâtissait, au moyen-âge« un palais, une maison bouigeoise, on qu'on élevait une misérable échoppe, on implorait la bénédiction du ciel par de ferventes prières. Le clergé de la paroisse venait en processioD jeter de l'eau bénite sur la nouvelle demeur», et técMi lea piroles touchantes prescrites par le Manml.

La foi même du pMipriétaire éclatait en insoriptîons tirées do ia saiote Bible, comme celle qui se lit encore sur l'arcbi* trave d*iiae mmtm eittiée à l'angie de k nie du MorUtr^

fiiita . Dmkt9 . ihm . hMtnHùnm . home * el . mMm . iiMUu . ^imieorMi . a . iMflfe « YèpèiUf . «i * ongeH . A» . nmeH . IMÊtnii . 1» . ia . ^ • M» . m .

pace . cvstodient .

t Viâilez, Se^oeur Jésus, cette demeure, et repoussez

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