‹ Légendes, curiosités et traditions de la Champagne et de la BrieChapitre 13 sur 20 · I.B CAPITAINE MkAWïïKL, UK ttSm, EN BVMIB · texte numérisé non relu

I.B CAPITAINE MkAWïïKL, UK ttSm, EN BVMIB

Le grand empereur, poursuivant sans feldche les développements et VapplicalioD de son système continentaL avait, en mai 1S12, dt^claré la guerre au czar Alexandre, et cinq cent mille soldats — les premiers du monde — avaient le 24 juin passé le Niémen, — ce Rubicon du nouveau César I... Napoléon voulait prendre Moscou pour affiimer Londres 1 ... L'armée russe, placée sous le commandement en chef du général Barclay de Tolly, comptait autant de combattants que la grande armée; mais cette masse était répartie sur une trop grande ligne de défense et s étendait depuis la Baltique jusqu'aux confins de la Volhinîe.

Napoléon avait compris tout le parti qu'il pouvait tirer de cette position, et le passage du Niémen à Kowno, exécuté comme un coup de foudre, avait eu pour résultat de couper en deux la ligne ennemie et de séparer Barclay de Toily de ses lieutenants. Déjà Bragation avec son corps d'armée errait à l'aventure, et débordé de toutes parts, il désespérait de se rallitr au général en chef; mais la iiiDllesse d'un chef français, chargé de le poursuivre, le sauva d'une perte certaine. L'empereur, qui ne mettait pas en doute la destruction de Bragation, fut vivement irrité contre celui qui avait laissé échapper cette belle occasion d'ouvrir brillamment la campagne, et ne songea plus qu'à réparer la faute énorme qui venait d'être commise.

î.es gf iieiaux russes Platoff et Doctoroff se trouvaient à l'extrême gauche de la ligne ennemie ; les vingt mille hommes de Doctoroff pivotaient autour de Bagration ; les sept mille Cosaques de Platoff erraient sur les bords de la Bérésina,

avec la volubilité inquiète et stérile qui canetérûe cee corps essentiellement mobiles.

L'armée française s'avançait dans un pays IneonDu, hostile, et devait éclairer s? maiebe par de noaibreuses avant-gardes. Un jour, le général qui commandait le cerps placé à rextrême droite de notre armée ordonna à deoi cent cinquante marins de ia garde, soutenus par cent cinquante dragons» de se poi^ ter en avant et de pousser une reconnaissance jusque sur les bords de la Bérésina.

L'ordre fut exécuté. Les soldats de la garde impériale pos* sédaient, on le sait, un courage, un sang^froid, une impétuo* sité sftre d'elle, qui étaient préverbes dans Tannée et qui le sont devenus en France et dans le monde entier; msis les msrins de la garde étaient braves et formaient en quelque sorte un corps de choix dans une armée d*âite!... Les cent cinquante dragons étaient conduits par le commandant David» et les deux. cent cinquante marins, par le capitaine Daniel, un cœur d'or, on bras d*acier! On partit le matin, le temps était beau, le ciel pur, les chemins intacts; on fit du chemin. La nuit survint ; on bivouaqua dans une forêt, et le iendemai n , après avoir exploré les environs, on sonna la retraite pour rejoindre le corps d'armée.

Le détachement n'avait pas fait une lieue, qu'une lance de Cosaque vint à briller au soleil du matin, puis une seconde, puis plusieurs; puis enfin, un gros -d'ennemis se montra à portée de fusil ; mais nos soldats ne daignèrent pas leur faire l'honneur de brûler une amorce. Quelques instants après, l'ennemi reparut, puis s'enfuît encore; on avait fait deux lieues déjà du côté des avant-postes français... Tout à coup une colonne formidable ou plutôt une nuée de Cosaques sa montra dans le lointain; une autre h suivit bientôt, puis de tous les coins de l horizon, les ennemis nombreux, pressés, hurlant, accoururent à bride abattue et eurent en un instant enveloppé le faible détachement français» U était clair qu'on s'était heurté contre un corps d armée russe I... La position était critique. Le capitaine Daniel ne s'y trompa point; il fit faire halte et appela le commandant des dragons*

^ CoDinitDdant» lui dIMl en étendrai la nim, vokt Platol! et 1» Conques. Neus mus peut-êtfa cinq milk hoaunes sur ]« bras. H n'y a pas i tergimeer me w dngions, faites une trouée dans oette eanaille, il eat eneere

temps t.. . Ils voue tueront quelques homuies, mais irous passerez. Quant à moi, je réponds de mas grognards... Nous aui'ûiis rejoint avant le soir.

— Capitaine, interrompit le commandant David, ce serait une lâcheté de vous abandonner, et je reste. 11 en sera ce qu'il pourra î en avant, dragons!

En vain le capitaine Daniel conjura le commandant David de fuir et essaya-l-il de lui faire comprendre qu'une pointe exécutée avec résolution pouvait le sauver, tandis qu'en se laissant envelopper, il était perdu. Le généreux commandant n'en tint pas compte et se résolut à combattre ou plutôt à mourir en défendant ses compagnons d'armes.

Le capitaine Daniel avait formé son détachement en bataillon carré, et s'avançait en bon ordre à la rencontre des ennemis. Le cercle noir des Cosaques se rétrécissait d'instant en instant autour des Français, et le capitaine Daniel, l'oeil sereini la tête haute, attendait le choc des ennemis avec oette confiance fébrile qui est le partage des grands cœurs.

Lee ennemis avançaient toujours.

— En avant, dragons ! répéta le commandant David, et» suivi de ses hommes, il se précipita tête baissée dans les rangs des Cosaques, qui se refermèrent derrière lui...

— Ne tirez qu'à dix pas! cria le capitaine Daniel, et que tout coup porte.

Alorecommençaun spectadeeffirojrable slln'eftt étésubllme.

Les marins de la gaiîie marchaient toujoura. Après des prodiges de valeur, les malheureux dragons, éeméê par le nombre, succombèrent les uns après les autres. Ils tuèrent, ils tuèrent tant qu'ils eurent un tronçon de ièr à la main, un édair dans les yeux et un peu de sang dans les veines; mais enfin le fisr M brisé, les yeux s'éteignirent, le sang vivant cessa de couler, et ils tombèrent sur les cadavres qu'Us avaient laits. Huit seulement, huit sur cent cinquante L,. écbap-

pèreDt à ce désastre et furent recueillis par les marins de Daniet. Le corps du malheureux David fut retrouvé; U avait reçu trente-quatre coups de lance L.. Les dragons qui survé* euieat étaient tous criblés de blessures, tous avides de vengeance» tous désireux de combattre encore. Il prirent les armes des morts et grossirent les rai^ de la phalange im« passible.

Au milieu des mourants» des cadavres des hommes et des chevaux, an mifieu de ces débris sans nom du champ de bataille, les marins se frapient un passage et marchaient, marchaient toujours.

Il vint 1111 mniiient où Platoff eut honte et colère d'être arrêté par une puigiicc de Français. II commanda une charge générale : cinq mille hommes s'ébranlèrent et vinrent se heurter contre les deux cent cinquante braves du capitaine Daniel. Homiries et chevaux allaient jusqu'à dix pas du carré fulgurant, puis la fusillade commençait; c'était un pGle-mÔle d'hommes qui tombaient, de chevaux qui se cabraient, de chefs qui criaient et qu'une balle française atteignait avant d'avoir achevé le cri : en avant!... Chaque décharge faisait surgir une sorte de barricade de cadavres, et le carré frariçais semblait inscrit dans un autre carré frémissant qui arrêtait h marche des chevaux de l'ennemi et rompait son élanî... Alors les marins de la garde se détournaient un peu; mais sans relâche, ils poussaient en avant!...

Vers le milieu de la journf^e, les Russes avaient perdu deux mille hommes, les marins en avaient perdu trente.

Alors dans le cœur du général la colère fit place à Tadmiration. Il fit cesser le feu et ordonna \ son aide-de-camp, Schouloff, d'arborer un guidon de parlementaire et d'offrir aux Français des conditions avantageuses s'ils voulaient se rendre.

L*aide4ie-camp s'avança vers le carré indomptable; alors seulement les marins s'arrêtèrent...

Si hniiloff connaissait le nom du capitaine Daniel : un pni>uumer le lui avait appris. A iiaule voix et en Irès-buu irau-

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çais, le parlementaire demanda à s entretenir avec le capitaine Daniel. Celui-ci sortit des rangs :

— Un pas de plus et vous êtes mort! dit-il à l'officier russe qui faisait mine de s'avancer trop près de lui... que voulez-vous de moi?

— Gapiiaine Daniel, je viens delà part de mon généra); il me charge de vous dire qu'il est plein d'admiration pour votre valeur, et qu'il veut sauver de si braves gens que vous et les vôtres. Votre vie sera épargnée, vos armes vous seront conservées ; mais avant tout, il faut vou6 reuJre...

— Nous rendre! dit le brave Daniel... allez dire au p^énéral Platoffque nous ne le craignons pas ; s'il veut nous avoir, qu'il vienne nous prendre !

— Mais vous êtes entouré de toutes parts ; vous nous avez tué du monde, c'est vrai, mais il nous ea reste assez pour vous détruire avant qu'il soit une heure ! . . .

— Assez causé comme cela... partez ou sinon...

— Mais vous ne pouvez courir ainsi 5 une perte certaine. Vous serez traités en braves que vous êtes. Le général...

— Ecoulez-moi bien, M. l'aide-de-camp, dit tranquillement le capitaine Daniel, nous sommes pressés, nous autres. Si dans deux minutes vous êtes encore à la même place, je vous fais tuer sans miséricorde. Sergent, ajoute-t-il en se tour* nant vei^ un jeune sous-officier qui était au premier rang... attention au commandement!

— Enfin, entendez la raison, dit Tnide-de-camp avec un entêtement tout français... — car les nobles Russes ne connaissent pas seulement l'histoire de la France, ils se piquent ^core d*en avoir l'esprit et les manières; — entendez la raison, vous succomberez immanquablement...

— Chargez, arme !... dit le capitaine Daniel.

— Eh bien ! écoutez ceci, dit sans sourciller le confiant Scbouloff, plus Français en ce moment que ceux à qui il s'adressait. Puisque vous ne voulez pas absolument vous rendre, il y a un moyen de s'arranger : c'est nous qui mettrons bas les armes... cela vous arraoge>t-il? ajouta-t-il en souriant.

— Apprêtez, armes!

— C'est convenu, n'est-ce pas? et nous allons régler les

conditions...

— En joue! vous entendez, Monsieur l'aide-de-camp, dit le capitaine avec courtoisie.

— Parfaitement... vous comprenez trè8*bien que ces conditions.

— Feu !...

Le coup bien dirigé frappa SchoulofF un peu au-dessous du cou ; la clavicule fut brisée, il tomba.

Les Russes, qui ne pouvaient entendre la conversation de leur parlementaire avec le capitaine, crurent à une trahison en le voyant tomber. Pleins d'iodigoation, ils se précipitèrent de nouveau sur les marins qui avaient repris l'attitude offensive. Le combat recommença plus vif, plus meurtrier, plus acharné que jamais. Ce a'élait plus une charge de cavalerie contre un bataillon replié sur lui-même, c'était un assaut fu« rieux contre une citadelle aux quadruples ftces ; ee n'était pas vm bataillon carré, c'étaient quatre remparts d'airain vomissant la mort; ce n'étai^t pas des hommes, c'était on mur!

Que dirons-nous de plus?... Les deux cents braves se fraj^rent un sanglant passage à travers les masses ennemies, et, après avoir fait un incrojrable carnage, arrivèrent le soir aux avant-postes français. Us fhrent reçus comme on reçoit des frères dont on croyait la perte consommée. Hais hélas! quatre-vingts des leurs Paient restés sur le champ de bataille. Le capitaine était au nombre des survivants; l'empereur» frappé d*admiration, plaça ioi*mêffle sur sa poitrine Tétotle des braves!... (1)

(I) Victor TAilhnt, JamtAdê VÂtOê, l** jSDvitr 1847. Lêctplttioe Daniel rempUiMit eneore à Brest, en 1847, lei fonetlont de dii«eleiir«Mislriicteor de la mariiie.

Dfl FftOm DE CAUlGItAPHil B8 L'ÉCOLE DE 6B1E1E.

Od sait qu'en 1844, dans une sorts de buanderie du couvent des Carmélites de Brienne, forent retrouvés de vieux cahiers de devoirs des anciens élèves des bons Pères Minimes. Parmi ces cabien destinés à la cuisine des religieuses^ un seul portait le nom de Bonaparte en lettres peu correctes et presque illisibles. C'était bien là récriture de Napoléon qui avouait ingénieusement lui-même son peu d*aptitude pour la calligraphie. La bibliothèque de TVoyes devait s'enrichir de ce spécimen, lorsqu'un habile spéculateur parvint à le soustraire. Dans quel cabinet se trouve-fr-il?Nou8 l'ignorons; mais cette découverte nous a rappelé que, si le jeune Corse n'écrivait pis lisiblement è Brienne, il n'oubliait .pas sur le trOne le digne professeur qui lui avait donné des ieçons de calligraphie.

Napoléon se promennit un jour dans le parc de Saint- Cloud, lorsqu'un homme simplement vêtu et d'un â^e avancé vint solliciter du grand mardohal la favrm d une audience particulière du Souverain. Introduit quelque temps après dans le cabinet de Napoléon :

— Qui êtes-vous et que voulez-vous? demande sèchement l'Empereur.

— Sire, lui répond le solliciteur fort intimidé, c'est moi qui ai eu le bonheur de donner des leçons d'écriture à Votre Majesté pendant quinze mois à Brienne.

— Le bel élève, ma foi, que vous avez faitrlà, répond vivement i'Ëmpereur ; je vous en fais mon compliment.

Puis, riant de sa vivacité. Napoléon adresse quelques bienvdllantes paroles au vieux professeur, et lui dit en le congédiant:

— C'est bien l c'est bien 1 je n oubli^ai pas mon maître

d'écriture.

Et en effet le professeur de Biienne recevait quelques jours après le brevet d'une peosion de 1,200 francs.

lOMfiMGa Ei(MD mm, mMue de eeus.

* C'était au m* siècle an noble et puissant personnage que Monseigneur Richard Picque, archevêque de Reims. D'abord doyen de SainUfean à Besancon, sa ville natale, puis chanoine de l'élise de Rouen, Richard eut l'honneur de si^er aux assemblées de 1374, et d'y &îre briller ses talents et sa vertu. Protégé par le roi Charles V, il obtient le siège archiépiscopal de Reims après h mort de Louis Tésard, et fiiit, en 1374, son entrée solennelle dans la vieille métropole des Gaules. Pre> mier pair de France, investi du droit de sacrer les rois, l'archev^ue Richard se trouve à la tête du clergé français. Mille églises, de célèbres abbayes et môme des évêchés importants reconnaissent sa suprématie. La noblesse de Champagne le respecte comme haut digiiiiairtj et recourt plus d'una fois à son crédit pour obtenir quelques faveurs du monarque. Riche et puissant comme ses devanciers, il possède à Reims deux palais, un hôtel à Paris, des châteaux et des domaines à Courville, à Vely, à Belheniville, à Sept-Saulx, au Vieil- Arcy et dans beaucoup d'autres viîl^gres. Comme seigneur féodal, il a un arsenal complet pour défendre ses propriétés; comme prince de l'Eglise, une maison composée de quatrevingts offîciciers et autres personnes. Vingt-trois chevaux

ganmoent ses écuries et de nuigniôques tapis décorent ses appartements. Ses revenus sont si ooDSÎdéfables, qu'il peut prêter de l'argent au roi de France, au due de Bourbon, aux

gentilshommes ses voisins, et nourrir un grand nombre de nécessiteux. A son trépas, il répand ses largesses sur les pauvres et trouve chez lui des joyaux dignes d élre oiîerls aux princes du sang. -

A peine a-t-il rendu le dernier soupir, que douze enfents entrent dans sa chambre pour y réciter le psautier. Les chapelains se rendent à l'église calhétlrale pour y célébrer chaque jour la messe jusqu'aux obsèques. Monseigneur l'évêque de Soissons est invité pour rendre les honncnrs funèbres au prélat défunt. L'église s orne d'écussons, et de iioiribrciix ouvriers sont occupés à façonner les riches tentures et les autres ornements. Quatre-vingts torches sont pendues dans la nef, et huit cents cierges sont placés autour du chœur pour y brûler le jour des obsèques. De nobles seigneurs accourent à Reims, et à leur suite une foule innombrable d'officiers et de serviteurs de l'archevêque.

Trente-deux jours s'écoulent, les préparatifs sont terminés. L'évêque de Soissons, revêtu de ses omements pontificaux, préside à la cérémonie. Le corps de l'auguste défunt, déposé dans un cercueil revêtu d'étoffes d*or et de soie, est solennelle* ment conduit I relise par les écbevins; douze pauvres, habillés aux frais de la succession, portent chacun une torche. Les cloches de Notr»-Dame sonnent à grande volée, la nef et les bas-cêtés s'encombrent de fidèles, l'office commence. Quatorze clercs assistent Monseigneur de Soissons, et de nombreux chantres font entendre leur voix. L'encens brûle dans huit pots de terre et r^nd partout son parfum.

Trois cent vingt « personnes de distinction » sont invitées au repas funèbre qui suit cette pompeuse cérémonie. Le curé de Cormissi arrive pour remplir les fonctions de maître d'hôtel. Le potage se compose de sucre, d'œufs et de lait. Les pauvres ne sont jtûint délaisses ; des douzaines de petits pains, des queues de vin et de la viande leur sont distribuces. Les tables des convives sont couvertes de deux bœufs, de quinze

moutons, de sept pourceaux, de quatre veaux, de cinq cents volailles et de cent quarante lapins; à ces mets succèdent des chapons, des perdrix, un lièvre de Champagne, des poissons, des chevreuils, des pâtés, des tartelettes et des oubiies. La viû coule, vin du pays, vin de Beaune, vin sucré.

Des priseurs se rendent quelques jours après dans les liabitalions du prélat, visitent toutes les chambres et dressent Tinventaire de ses richesses. De nombreuses pièces d or et d'argeiit sont trouvées dans ses trésors, moutons, florins^ écus, francs, royaux» gros et blancs. La vaisselle d'argent se compose d'écuelles, de plats, de cuillers, d aiguicres, de drageoirs et de gobelets. Suivent les calices, les chandeliers, les burettes, les navettes, les encensoirs, les paix et les anomaux pontificaux. Les mitres et le» gante sont si riches que personne ne peut en dire la valeur. Les saphirs, les rubis, les éneraudes brillent sur cas MBigneSt v^itables ehebd'œuvre de broderie nir kaquela sont reprtfseatéet dee figures de saints personnages t

Les livres sont nombreux et catalogués par spécialité. Les livres de loi sont un digeste, un code, un petit code glosé. Ceux de droit canon sent les décrétales, les œuvres du pape Innocent III, un recueil de décrète de Clément V, les extravagantes, la somme dorée de Henri de Suie, la somme des confesseurs, la somme du droit canon d*un oordelier* Les livres de théologie sont la Bible, la concordance de la Bible, les épitres de saint Paul, un livre ée regimine prind* pum, les homéUes de saint Grégoire. JBistom seelaifieB, Uber ée proprielatibtu rerum, la légende dorée, des chroniques, et les vîiyages de Mandeville. Parmi « les livres de l'office, • figurent le pontifical » à faire couronne ou le sacre, » le ponUfical a à sacrer évéque, » des missels, graduels, psautiers et bréviaires.

Les tapis qui décorent les chambres de parade sont d'une richesse remarquable. L'archevêque en possédait de différentes couleurs, ornés de feuillag-es, d'oiseaux, d'autres animaux et rie personn igos. La soie brille partout, jusque dans les serviettes i les priseurs citent tréquemment dans leur in-

yentaire les draps d or et le samis, étoffe brillante dont se composait l'oriflamme, étendard sacré du royaume de France. A l'hôtel de la porte de Mars, où résidait l'illustre pontife, les saisons étaient indiquées sur une horloge « à zodiaque • et les heures sur une horloge « à heurier. »

Le cheval de parade de Monseigneur ne vaut pas moins de 20 livres 16 sous, somme énorme, dans un temps où une vache ne coûtait que 2 livres 2 sous, et l'hectolitre de blé 13 sous 8 deniers. Les Anglais et les pillards infestent le royaume ; des cottes de fer, des gantelets de fer, des chapeaux munis d'une visière, et beaucoup d'autres armures sont trouvés dans les habitations du prélat, qui ne possédait qu'une seule bombarde, l'effroi des mauvaises bandes.

Les legs sont nombreux et s'élèvent à la somme de 1 ,081 livres 11 sous 11 deniers, ou de 65,000 fr. Les vicaires, les prêtres, les chanoines, les couvents, les hôpitaux et les pauvres, reçoivent de l'argent ; la fabrique de Reims et l'église de Saint-Etienne de Besançon, obtiennent de magnifiques ornements. Au premier chapelain de Monseigneur appartient la belle croix portée devant le prélat, à Monsieur de Bourbon un diamant et un anneau, à Monsieur de Bourgogne un anneau et un balais que Monseigneur reçut du roi le jour de son sacre. Les frères et le neveu du défunt sont pauvres ; le prélat leur laisse ses meilleurs lits, ses robes, huit paires de draps, des chevaux et quatre volumes.

Monseigneur de Soissons reçoit un anneau d'or et un camaïeu pour avoir fait le service aux obsèques. Les livres ne sont pas vendus à Reims, mais à Paris, et Simon Bedel, auquel est confié le soin de cette vente, ne reçoit pas moins de 22 sous. Une sœur de Saint-Antoine a gardé le prélat malade, les héritiers lui donnent 20 sous. Le docteur M* NicoUe des Oliviers et le chirurgien M" Jean Dupont ont assisté l'archevêque; le premier s'est même installé dans l'hôtel de la porte de Mars, pour donner des soins plus assidus au défunt et lui préparer divers médicaments ; 1 5 livres leur sont distribuées en récompense de leur zèle et de leur bon vouloir. Les serviteurs de Monseigneur ne reçoivent que quelques sous, mais

logés et nourris, ils ne sont point expulsés et jouissent des mêmes avantages sous le successeur de Richard. (1)

Beaucoup de personnes poussent de hauts cris lorsqu'on énumère devant elles les richesses du clergé dans un temps où les rois, les seigneurs et le pauvre peuple lui léguaient tous quelque chose. Premier pair du royaume, charge de pourvoir aux frais considérables du sacre des rois, l'arche^ vêque de Reims usa toujours noblement de ses revenus, et la liste nombreuse de ses bonnes œuvres prouverait aux esprits faibles que la tempête révolutionnaire, en détruisant tant de monuments et tant de pieuses foiicialiOûs, a ravi plus aux pauvres qa aux iliuslres prélats.

DSI mmm ad xiiu* silcu.

 Ttouan-le-Grand, simple village à quelques kilomètres d'Arcis-sur-Âube, vivait ud bonoôte laboureur, nommé Mo-* deste Bardon. Cet homme, ayant appris que les frères Rostis, de Troyes, possédaient « une manufacture de blanchissme de dre dans un faubourg de cette ville » et que ces në^Msiants prospéraient, résolut de tenter fortune par une nonvdie industrie. Remarquant dans ses fréquents voyages de son pays à rancienne capitale de la Champagne, des champs secs et fertiles, situés entre Sainte-Maure et Guloison, il en loue trois arpens pour une modique rente au chapitre de Saint- Pierre. Possesseur d'un grand nombre de ruches, il veut faire parquer ses abeilles, c'est-à-dire les conduire de son pays à

(1) fnvfntmre après le décès de Richard Pkfjus^ archivé^ dt B»msm im, publié |»ar P. Xarbé. Aeimt, i642.

Culoison et de ce hameau à Trouao. Pour exécuter facilement ce projet, il invente im large et long chariot sur lequel t ses abeilles sont suspendues comme dans un hamac > et se met en route. Beaucoup de villageois sortent de leurs chaumières, les uns riant des tentatives de Bardon, les autres admirant son ingénieux système. Barbon, sans aucun souci, voyag^e avec ses abeilles, leur livre les fleurs de Culoison pendant la belle saison, et les ramène à Trouan pour y passer l'hiver. Sps efforts sont couronnés de succès: les abeilles reconnaissantes obéissent bientôt à sa voix, sortent de leurs ruches et y rentrent au moindre sienne; le miel et la cire abondent. Le prieur de Sainte-Maure, qui rencontrait souvent le rbarint dans ses promenades, recommanda fortement cet apiculteur à Monsieur de Brienne, qui jouissait alors d'un grand crédit à la cour de Louis XVI. Le gouvernement accueillit le înn leste habitant de Trouan, et lui proposa môme « une tournée dans les intendances avec 1,800 livres d'appointements. Mais la fortune éblouit Bardon ; pen content de cet accueil, il osa demander rente viagère et droit exclusif de londer des établissements. Le gouvernement ne vit bientôt en lui qn'nn charlatan et le laissa dans les champs de Culoison. Bardon devint bientôt, il est vrai, propriétaire; mais son ingénieux procédé disparut dans la tempête révolutionnaire, H ne lui valut que les honneurs bien stériles d'une citation dans un manuscrit que conserve la bibliothèque do Troyes. (1)

(f ) Us. 3S97. Mmoirêt âur la paraitta ei k pfkuri-cute 4t Saliniê'Sfaur9, par E. Audra.

PIERRE lIGNiRD, Dl TROTES,

Llta1i0« ce pays é» beaux arts, ne oomptait, au xvn* ttâde, qu*ua biea petit nombre de tableaux dus au pinceau des peintres français ou étrangers. La patrie de Rapbaël a produit tant de célèbres artistes, que ses églises ont toujoura été magnifiquement ornées par ceux qu'elle a vus nattre et auxquels elle accordait des richesses et diusignes faveurs. Parmi les peintres français qui eurent l'honneur de laisser des œuvres en Italie, nous devoos citer Pierre Mignard, de Troyes, qui parut avec éclat 4 la cour de Louis XIY, et dont les peintures excitaient l'admiration des papes, des cardinaux et des nobles seigneara. On montre encore à Rome plusieura tableaux de cet artiste distingué.

Migoard fut un jour prié par les capudns de fiiie le por* trait de saint Charles Borromée, que toute rilaiie vénère comme la plus admirable figure du siècle qui précéda la Réforme. L*artiste français, apprenant que ritlustre archevêque n'avait été peint qu'après son décès, ne voulut entreprendre ce portrait qu'après avoir contemplé le visage d'un mort. Les capucins, surpris de cette demande, hésiteot quelque temps, mais Mignard insiste. Frère Vital l'avertit, deuxjoura après, qu'un religieux vient de trépasser et qu'il peut, seul la nuit, à la lueur d'une lumière, contempler les traits du défont. Mi* gnard se rend donc dans la chambre où gisait le religieux, et se met i l'œuvre, accompagné du îrèn VitaL Quelques heures après, au milieu de la nuit, le son d'une docbe retentit; frère Vital veut se retirer, mais il crahit que l'arlisle

teol daD8 cette chambre mortuaire ne soit saisi de frayeur.

Aura-vous le courage, lui dil-il, de eootiouer WM compagDOD, car la cloche m'appelle...

— Pour qui me prenez-vous, mou père? répond Miguard. Je no crains que les bandits de vos montagnes, vous pouva . I votre aise vaquer à vos affaires.

Le fière sort laisse Hignard seul en présence du cadavre.

L'artiste saisit son craycm, étudie les traits du religieux que la mort n'a pas encore flétris... Mais tout à ooup la tdte de celui qull contemple semble se ranimer... Bfignard laisse tomber son crayon. L'efliroi s'empare de lui, le religieux se dresse et va sans doute lui demao4er de quel droit il vient troubler son sommeil... L'artiste veut pousser des cris, mais h voix expire sur ses lèvres; il veut fuir, mais les forces l'abandonnent. La foibte lumière même, qui éclaîre cette cbambre, s'éteint. Des ftntômes apparaissent de toutes parts au pauvre peintre, s'avancent pour le saisir, peut-être pour rentrafkier avec eux. PAle et chancelant, Migoard se dirige vers la porte pour sortir de cet allheox séjour ; mais la porte ne cède point I ses efforts. L'artiste tombe presque évanoui lorsque brille bientôt une lumière. Frère Vital apparaît et trouve le pauvre Mignard dans une étrange situation. La von revient au peintre avec l'esprit, il raconte au rriigleox que le mort s'est dressé, que des fantômes lui ont apparu terribles et menaçants. Frère Vital sourit, s'approche du cadavre, dont la tète n'avait changé de position que parce qu'elle était friMement appuyée.

L'artiste confus se remet I Vauvro el achève quelques jours après son portrait. (1)

(1) Vie d$ Pterre Mignard, premier peirUr$ du roy, par Tabbè de MooTilU. ptg. 30. Paris, 1730.

narsnerlte de Médlei* à PMnme.

De Rome, Mignard sp rendit à Rimini; l'arcbevi^que de cette ville, le cardinal Sforce lui offrit une généreuse hospitalité et le fit accompagner d'une nombreuse escorte pour le protéger contre les bandits qui infestaient alors le pays. De Boulogne, où l'Albane apprécia son talent, l'artiste français se rendit à Modènc et entra bientôt à Parme. Le bruit de son arrivée se répandit promptement dans la ville. De nobles seigneurs se disputèrent l'honneur de le recevoir. Marguerite de Médicis, duchesse douairière de Parme, venait de perdre son auguste épou\, et vivait enfermée dans son palais ■ suivant l'éliquetle que lui imposait son veuvage récent. » Mignard faisait ses préparatifs de voyage, lorsqu'il fut prié de se rendre au palais. L'artiste est bientôt introduit dans un vaste appartement tendu de noir, seulement éclairé par la pâle lumière d'une bougie. Après quelques minutes d'attente, il reçoit l'ordre d entrer dans la chambre de la duchesse, dont la porte est gardée par deux hommes vêtus de noir. Migoai'd s'avance et salue Marguerite de Médicis.

— La perte de mon aoguste époux, lui dil^le, ne me permet de voir que les princes de ma maison ; mais voire réputation m'a forcée de violer l'étiquette, j'ai voulu vous voir*

Mignard, flatté de cet éloge, s'incline.

— De. quel pays êtes-vous? continue la ductieese.

— De Troyes en Champagne.

— D'oik veneZ'Vous?

— De Rome, de cette ville qui conserve les œuvres des

plus grands peintres du monde.

— Possédez-vous quelque chose?

— Mes a'ieux m'ont légué quelques biens, et les princes me paient noblement mes œuvres.

Marguerite» satisfaite de ces réponses, continue:

Feriez^Yous on beau portrait de celte qui vo'js a mandé dans son palais?

Mignard, qui aiiii.iil aucoup les vtHemcnls de de'iil et qui comptait sm lUi heiiiriix t lIt t en peinture, lépondit qu'il feiait tous ses efforts pour salisfaiii- la duchesse,

— Allez, reprend eelle-ci, cette satisfaction ne m e>L ] omt permise, mais dites partout que Marguerite de Médicis a voulu vous voir. Adieu, seigneur français.

Mignard se relire, touché de ce noble témoignage, el raconte à ses amis celte singulière entrevue.

Par une belle matinée de juin, trois hommes et une jeune fille étaient réunis au château de Saint-Cloud, dans le grand salon de Mars, Un de ces hommes était Louis XIV, dont le soleil commençait à décliner. Le second était Bioin, premier valet de chambre du roi, < vrai personnage qui se faisait va^ loir et courtiser par les grands et qui savait bien servir ses amis B comme l'a dit le duc de Saint-Simon. Le troisième était le célèbre peintre Pierre Mignard, le seul rival de Lebrun qui ne pliât pas sous son joug. La jeune fille était M'** Mignard, l'admirable modèle des vierges et des déesses peintes par soi^ père. En ce moment-là même. M''* Mignard qui était dans tout l'éclat de la jeunesse et de la beauté posait en printemps pour le tableau d*Âpolhn sur son éhoTt entouré des quatre saisons. ,

Louis XIV et Bloln considéraient le travail de Mignard ' et causaient avec lui aussi familièrement que le permettait Tétiquette. Tout-i-coup le roi interrompit le peintre et lui remit un parchemin orné du sceau royal... C'était un brevet de membre de l'Académie de peinture fondée sous tes aoa^ . pices de Lebrun.

Louis XIV s'attendait à Voir Mignard tomber à genoux pour se confondre en remerctments , lorsqu'après avoir lu tranquUiement le brevet, l'artiste le remit au monarque avec le plus profond respect, mais en prononçant ces paroles Inouies pour l'oreille du grand roi : — Je remerde du fond de l'âme Sa Majesté et je lui garderai une éternelle reconnaissance, mais je ne puis siéger dans une Académie présidée par M. Lebrun.

— A quelle Académie comptez-vous donc faire l'honneur de volie présence? demanda le prince d'un Ion qui eûtécrasé tout autre (p.c .Mii;nar(]. ^

• — A rAcutli'uiie de Saint-Luc qui m'élira |)rési(ienl demain el souineltra après-demain mon éiecliou à i approbation de Sa Majt sié.

Louis XiY comprît Mignard, et cette fierté suspendit sa colère.

— Autel contre autel ? dit-ii avec un sourire ironique.

— Pincesu contre pinceau» répliqua simplement Mignard.

— Nous verrons, reprit le roi, flatté d'une part de la riva- Hté de deux gloires créées par la sienne, mais ne pouvant de l'autre pardonner à Mignard son refus audacieux.

— Pardicn, mon maître, ajouta-l-il en se levant pour sortir, j'admire votre dodain pour les [larcluMuins royaux. Une telle vertu est lare ciiez les rotuiiers de votie espèce!,..

A ce mot, un vif incarnat couvrit les joues de M"* Mignard.

Sire, dit-elle d'une voix émue, les rolniieis de notre espèce ont versé leur sang sur les cham]is de bataille et ont méntc l'attention de votre plus dluslro aïeul.

Louis XIV, toujours indulgent pour l'orgueil des femmes, revint sur ses pas el regarda M"*" Mignard.

— Contez- moi cette histoire, dit-il, en s'approchant sur sa longue canne.

— Je crois que vous êtes sauvé, murmura Bloin à rorcille du peintre.

- su ^

— Eh bien, sire! reprit M"* Mignard, mon grand-père se nommait Pierre More et servait Henri IV avec six frères tous aussi braves que lui et remarquables parleur beauté...

— La beaiit(^est nn Ik ritage dans votre famille, ioterrompit gracieusement Louis XIV.

— Un jour que nos sept aïeux s'étaient battus avec bravoure, Henri IV^ les trouvant réunis, admipa leur bonne mine ets'ëcria : ventre Saint-Gris! ce ne sont pas là des Moret, ce sont des Mignardâl Le nom est resté et voilà pourquoi Dous le portons anjoord'bui. C'est une sorte de noblesse dont votre Majesté nMipennetlra d'être fiers.

Je vous lefenoela, MademoiaeHe, dit Louis XIV, et il dépendra do votre père que je me soorlenne de vos aïeux. Nous repaififomde mon Académie ék4e la vOIre, Mignard, ajouta-t-il en se touniant vers radiale qu'il voulait encore subjuguer. Je poserai un de ces jours pour mon deuxième portrait, si Ytm ne m trouves pasluep vieilli. <iue vous en semble?

— Sire, répondit le peintre avec un merveiUeux à -propos, il est vrai que je vois quelques vicloires de plus sur le front de votre Majesté.

Ce mol décida de son sort.

Le roi, flatté si délicatement, lui donna sa main à baiser» el ne lui parla plus de l'Académie de Lebrun.

Peu de temps après, il approuva Télection de Mignard, comme président de T Académie de Saint-Luc, et lorsque l'artiste ouvrit son brevet cacheté, il j trouva des letti'es de noblesse ;metivées sur le récit que sa fille avait fait au rai.

Ainsi l'indépendance dn génie trouvait grâce devant Loolà XIV qui ne savait rien refuser an dévelop|)emenl et à b gloriilcatiun des arts dont il faisait de la sorte sa glorification personnelle.

— su -

tes t6Ér)Ééi;'G(Mitemplent encore à Troyes deux Ubleaax que l'église d£lSaiii4etfn doit au pioééaa de Pierre MigDard, et r^pl^eiliÉt lé liaptêiiie dé J&dfirCltinsl par saint Jean-

Baptiste et le Père-Eternel proclamant la divinité de son Fils. On sait que les deux anges qui soutiennent Notre Seigneur rappellent les gracieuses figures de la femme et de la fille de l'artiste troyen. Ces deux tableaux admirés par Alexandre I'^ lors dt> l'invasion, ne furent pajfésque 1,500 livres, suivant les quittances signées de la main de i'iUustre Biignard et lacté de réception du grand tableau : ^ .

« J'ay receu des sieurs Jean Goujon, Michel TMBgnon, Jacques Tassin et Louis Camusat, marguilliers4ft;i*eiifi)i et fabrique de l'église Saint-Jean de Troyes, la somnie^dtai^ilii eaU Iwret à bon compte des deux tableaux que je fait pour la dite église, laquelle somme de doq cent livres je tieodray compte sur le pris fait des dits tableaux. Fait 9i Paris» le 21 mars 1667.

p. MlGNARD.

J'ay receu la somme de mU itm en une lettre de change sur Monsieur Papillon, qui est pour le reste du payement des dits deux tableaux, à Paris le 12* do mois de septembre

MlCNABD.

Le registre de l'année 1G67 fait menti(în de cette dépense de 1,500 livres, plus 10 livres 12 sous 6 deniers ■ pour la boitte du grand tableau, l'emballage, le port et le reavoy des deux desseins par le messager, t

Le baptême de Notre*Seigneur fut reçu le 14 juillet 1687, ainsi que le ccmstate Tacte suivant :

f Nous soussignés, Jean Goujon et Louys Carnusal, marchands à Troyes et marguilliers de la fabrique Saint-Jean dudit Troyes, confessons que Monsieur Mignard, très-excellent peintre, demeurant à Paris, nous a mis en main cejourdhuy le grand tableau du Baplesme de Saint Jean, qu'il a esté prié de faire pour la dite église et promeUons au dit sieur Mignard lui payer la somme de mil livres restant î\ payer de la somme à luy promise incontuient après qu li nous aura encore fourny le petit tableau qui se doibt mettre dans la dite é'-rlise, au dessus du dit grand tableau du baptesrae, lequel peut tableau il fera suivant l'un des deux desseins qu'il nous a anssy baillez ce jourdhuy, lequel luy sera reovoyé du dit Troyes. Fait à Paris, ce U juillet 166L

Jean Gooion, Lotus Gaiii»4t.

Des rideaux dérobent aux regards les chefs-d'œuvre du célèbre Mignard, qu'il n'est pennis de contempler que les jours solennels (1).

(f) GSMi|ilef de la fàMqvê dê Saint'Uandê 7fciy«i, BibUopbile del'Anbe, pif. 57. Troyet, ISSS.

u mm n mcuules.

Lorsque le prince de Neufchâlel eut épousé solennellement la fiilp de INMïipereiir d'Autriche au nom de son souverain, Maiie-j.ouise partit pour Braunau, oh elle prit le litre d'impérjitrice des Fmnçais, et ne vit plus autour d'elle que la maison quo Napoléon lui aviil formée. L.\ pi ince^so ne voyageîiH f|u à petites journées; luie l'été 1 attendait dans chaque ville qui se trouvait sur son pa5;saf]^e. Tous les soirs, à son coucher, elle trouvait une leit e de son époux; elle lui était appoiiee jiar un page de Napoli'on, qui allait à franCS-étriâT* et qui en rapportait la réponse y son empereur.

^Jaric-Loulse se re[)osa deux jours à Strasbourg. Aprôs avoir passé par Cliàlous, elle déjeûna à Sillery, d uis le château du ^^éiiéral sénateur comte de Valence. Ce repas itrunné vers midi, l'impr^ratri je remonta dins sa voiture |K)iir se rendre à Soissons. Elle traversa Ueims au pas, escortée par la garile d'honneur de celle ville, com n iiiii 'e par le coiîile de Yaieriee qui se lenai!. à la portière de dioile de i.i voilure. Marie-Louise devait diner et coucher à Soissons. ainsi (pTil en avait été disposé par les prescriptions du [m d^m juwne. L'entrevue ne devait avoir lieu que le lendemain, enlre Soissons et Conopiègoe, où des tentes étaient préparées pour cette

Céi'é'nniiie,

L Empereur se promenait dans le jKirc du château de Compiègne, lorsqu'il reçut par les eslalelles échelonnées sur la route, une lettre de t Impératrice qui lui annonçait que le matin elle partirait de Vitry pour Soissons. Voulant surprendre sa fiancée et se présenter à elle sans se faire annoncer, il soigne sa toilelteavec plus de recherche que de coutume, et recouvre le tout de la petite rediof^itie gi i^c qu'il portait à Wagram. S'échappant furtivement par uiie porte déi ohi'e du parc, il monte dans ime mauvaise calèche sans armon k s et conduite par des gens sans livrée. Celte fois, i étiquette céd4it

à Timprîtience, et le îf^f!:islateur passait par dessus sa propre loi. Celle espèce d'escapade, du reste, n'avait pour but que de simplifîPr l'article relatif au cérémonial du lendemain, qui disait : • Lorsque Leurs Majestés se rencontreront dans la 1 tente du milieu, l'imporatrice s'inclinera pour se mettre à » genoux; l'Empereur la relèvera, l'embrassera, et Leurs

• Majestés iront s'asseoir ea face l'une de l'autre, sur les

• trônes disposés à cet effet. >

L'Empereur avait déjà fait quinze lieues et était arrivé sur k limite des territoires de Braine et de Court^iies, lorsque sa voilure, conduite avec rapidité, se brisa. Privé de tous moyens de transport, Napoléon, seulement accompagné du roi de Naples, cootioua la route à pied à Courcelies, et entra dans ce village au moment même où les premiers courriers de l'Impératrice y arrivaient. La pluie tombait alors par torrents. L'Empereur alla s'abriter sous le porche de l'église située au milieu du village.

Le clergé sortît bieulOt pour recevoir rimpératrice sur son passage. Napoléon, toucUé de cette religieuse démonstration» s'approcha d'un des chantres qui faisaient partie du cortège et le eompliffloAta sur la beauté des chapes dont tous étaient revêtus. Le chantre qui ne connaissait pas l'Empereur, lui répondit qu'ils en avaient encore de plus belles, mais qu'ils ne les portaient que le jour de la ftte de la Vierge. t Groyei*- » vous, répliqua Napoléon, que l'Impératrice ne 'soit pas

• vierge aussi? » (1) A cet instant parut la première voiture du cortège de Marie-Louise. L'Empereur s'avança d'un pas rapide, et s'élanga vers la berline dans laquelle était llmpéra-

, trice. L'ecuyer de service, M. de Saluoes, qui le reconnut, mais qui n'était point dans le secret de rinoognito, s'empressa de mettre pied à terre, de déroulei* le marche-pied et d'annoncer l'Empereur. Mais Napoléon ne lui en laissa pas la

(1) Histoire de Brain» 0td9Mi ênviront, par S, PrioQi| in-8o, Paris, 1S46, pa|[. 271,

temps ; il escalada la voiture, se jeta au cou de Marie-Louise

et l'embrassa.

Celle-ci, qui n'était nullement préparée à cette brusque visite, demoura tout interdite et se débattit d'abord en poussant des cris, l.a l eine de Naples, qui se trouvait avec elle, la rassura et lui ap^irit que c elait l'Empereur. Alors, Marie- Louise voulut se mettre aux genoux de ISapuléon q.ii s'opposa par un embrassement à celte marque de respect, et donna ordre sur-le-champ de partir pour Gorupiègue.

Isstt d'une noble famille de Reims, où son père exerçait la ch3i|;e de conseiller au présidial, lui-même chanoine de l'ëgliae métropolitaine à dix-sept ans, maître à vingt, par la mort de ses parents, d*un assez riche patrimoine, Jesm-Raptiste de la Salle se trouvait enchaîné par tous ces Hens et par ceux de la tutelle de ses trois jeunes frères, à des jours tranquilles qui se seraient écoulés à Tombre du sanctuaire ; mais ce cercle était . trop étroit pour son imè ardente. Par on soir du mois de juin de l'année 1679, deux voyageurs poudreux et fatigués, lun d*un âge déjà mûr, Tautre tout jeune encore, sonnèrent I la porte du couvent des sceurs de TEnfant-Jésus, lorsque M de la Salie se présentait pour y entrer. Ce couvent avait été fondé par le vénérable Roland, théologal de féglise de Reims, pour former de jeunes sœurs qui devaient se vouer à rjosn

M. DE LA SALU DE EEIIS,

trucfioii des filles d'artisans. Que se pas88441 dans l'entrevue de ces trois hommes? Quelques jours adirés, la paroisse de Saint-Maurice voyait l'ouverture de ta première école gratuite de garçons. Mais croirait>on que cetle œuvre admirable ait eu besoin de mentir son origine et de slntroduire avec la clandestinité d'une œuvre de ténèbres? On craignait les vives oppositions du conseil de la villOp toujours ennemi des nouveautés. M. le curé de Saînt^Maurice, usant comme pasteur de son droit qui Tautorisait à faire instruire ses pauvres, parut être l'auteur de la nouvelle école, et le nom des fondateurs ne fut pas même prononcé. Quelque temps après, une seconde école s'établissait sur la paroisse Saint-Jacques, dotée par une pieuse dume et surveillée par M. de la Salle. Bientôt les villes voisines, Rethel, Château-Porcieo, Laon, virent s'ouvrir dos écoles fondées par M. Niel, venu de Rouen et chargé, par madame Maillefer de Reims, de diistribuer une belle fortune en œuvres charitables. Mais à ces établissements manquait une observance uniforme. M. de la Salle seul pouvait fonder un ordre nouveau et doter la France d'écoles destinées aux pauvres enfants depuis si longtemps délaissés.

D'obscurs jeunes gens se rassemblent dans une maison voisine de celle du noble chanoine, et commencent à goûter les douceurs d'une vie commune. M. de la Salle les instruit, leur râppt.Ue que l'œuvre nouvelle est toute de dévouement, et pourvoit amplement à tous leurs besoins. Maisdoitpil leur ouvrir sa maison, se déclarer devant le chapitre, devant sa famille, le maître de ces hommes rudes et sans éducation ? Vivement encouragé par le père Barré, son directeur, M. de la Salle ne craint point les tempêtes qui vont l'assaillir, A peine installés chez lui, ses disciples refusent de porter le joug d'une vie de retraite., de silence, d'austérité et d'obéissance et se séparent brusquement de leur maître. La Providence veille sur son œuvre; de nouveaux disciples frappent i sa porte, tous plein de zèle et de dévouement. Quelques mois

après, des inquiétudes sur l'avenir agitent cependant ces honomes. Ils se demandent ce qu'ils deviendront si M. de la Salle descend dans la tombe et si les écoles sont abandonnées ou fermées. Le jeune chanoine, saisi d'une sainte indignation, leur rappelle que celui qui nourrit les petits oiseaux du ciel ne les délaissera point; mais quelle pouvait-tMre la puissance de ces belles paroles lorsqu'elles sortaient de la bouche d'un homme favorisé de la fortune? de la Saile enlend les murmures de ses disciples, tombe aux pieds d'un crucifix et ne se relève que pour se d(^meltre de sou canonicat. L'archevêque Le Teîlier veut le détourner de son projet, ses confrères le traitent môme de fou; mais M. de la Salle, toujours fi-rme et toujoais résolu, veut échanger le titre envié dechanom»^ d'une puissante cathédrale contre le modeste titre ffinstiluleur, et abandonner la stalle privildj^iée d'un noble chœui' pour venir s'asseoir sur le banc d'une obscure école 1 Son unique ambition est celle de gouverner six hommes simples tt j»auvres. L'orage éclate de toutes parts, M. de la Salle, le visage serein, l œd radi(Mi\, chante le Te Denm^ tandis que la ville de Reims stupéfaite insulte à son dévouement. Donnera i-il ses biens aux pauvres ou les appliquerat-îl I ses écoles par une fondauou qui assurera leur avenir? « Il n'y a de bien fondé que ce que Dieu fonde lui-môme! Il faut tout donner aux pauvres, » répond encore la rude voix du père Barré. Et les 40.000 livres du jeune de la Salle sont distribuées aux nécessiteux que décime l'affreuse disette de 1684.

Pauvre et siiojde prêtre, mais puissant par son noble dévouement, le fondateur du nouvel ordre donne le nom touchant de frèrei à ses disciples, et complète le code encore informe de leur institution. Vêtus de ces habits de gros drap noîr qu'ils ont conservés jusqu'à nos jours, ces hommes doux et inoffensifs sortent un matia de leur maison; les passants s'arrêteDt, les artisants sortent de leurs boutiques, les es-

éditent avec cris et tumulte ; les enfants plus audacieux les couvrent de boue et les poursuivent à coups de pierre. M. de la Salle exhorte ces pauvres gens par aes eooseils et par ses esemples ; mm la mort en frappe quelques-uns et la frayeur s*finpare des autres. Endossant lui-même la robe infiimante, la douloureuse livrée, il la porte aux écoles de Saint- Jacques, DOD par des rues dâoumées, mais par la voie la plus courte, n entre ce docteur, ce fils do famille, dans une salle obscure, et s'assied au milieu de ses cbers petits enfants» les feit

ëpeler, guide leur main incertaine dans les premiers essais de récriture, et leur distribue, dans de familières instructions, le pain de la parole divine et celui de la science humaine. A la porte de cette école stationne une foule insolente qui attend sa sortie pour le reconduire jusqu'à sa maison, lui prodiguer les outrages et même lui donner des soufflets. Cet exemple cependant lui attire des disciples si nombreux, que Reims semble bientôt trop petit pour la propagation de l'ordre. Appelé dans la capitale par ses propres désirs et par le vœu du père Barré, M. de la Salle sort, en 1689, sans fiel ni ressentiment, sans secouer la poussière de ses souliers, de cette ville qu'il ne reverra plus, ville ingrate qui ne possédera pas môme ses ossements.

La multitude d'enfants qui peuple les écoles gratuites et qui laisse désertes celles des mercenaires alarme les maîtres-jurés

de Paris. Le pauvre prêtre de Reims voit saisir les bancs,

les tables de ses écoles, et enlever même l'inscription de la pûi le. L;i mort, quelques jours après, le menace. Laissera-t-il son œuvre inachevée? Celte pensée anière 1 agile et le tourmente. A peine peut-il se lever qu'il s'engage par un vœu secret avec deux des Fières sur lesquels il croit pouvoir surioui compter à soutenir l'Inslitut, devraient-ils demander l'aumône et ne vivre que de pain. Mais, si Dieu dans sâ miséricorde pxnuc(î leur vœu, le dénitui (it-cfiaîne contre eux toutes ses Uireurs et leur suscite d'allit^ises tenipètes. Peines plus intolérables que la famine, meuées sourdes, hostilités ouvertes, protecieuis exigeants, compagnons infidèles, délations» calomnies, trahisons domestiques, tout s'accumule contre M. de la Salle. Epuisé par cette longue lutte, il cède et fuit, espéi ant que &0Q absence rendra peut-être la paix à soa troupeau désolé.

Il faut le voir, ce vieillard à cheveux gris, traver^nnt, l'hiver ^ dans la neige, les njires niuiitagnt's du Gévaudan, allant de ville en ville, tantôt accueilli comme un saint, tanlùl repoussé comme un misérable, mais laissant partout de bonnes et fécondes semences, et écrivant, parmi les hasards de cette vie incerUine, ces admirables livres qui sont encore aujourd'hui dans les mains de la jeunesse chrétienne. Faible etsouffraafct il veut quitter la France, il va mettre le pied sur le vaisseau qui doit le transporter à Rome, lorsque la voix d'un évôque le retient comme un enfant docile. Que de sueurs ruissellent de son cor|)s ! Que de longs et pénibles voyages entrepris à pied, au milieu des périls de toute espèce, périls de la route el de h solitude, périls des brigands sans merci ! Un jour ses courses errantes Pamènent à la Grande-Chartreuse, à cette Thébaide fondée par saint Bruno, jadis comme lui, chanoine de Reims. Des honneurs particuliers sont attachés à U réception de ceux qui portent ce titre ; mais qui le soupçonne sous l'humble et pauvre habit du modeste voyageurs? La

vue do cet affreux désert, de ce*^ snmmets esrarpés, solitude profonde qui semble éloigner de la terre et rapprocher de Dieu, le frappe d'admiration. Mais quand il compare ce siknce per[)étuel, l'immobilité de celte vie contemplative aux agitations de la sienne, cette âme si ferme se sent aller à ces longs découragements qu'éprouvent presque tous les grands bienfaiteurs, lorsqu'à ia veille de clore leur carrière, ils reconnaissent les impuissances de leur mortalilé. Un désir vio-* ient le saisit de se cacher derrière ces rochers. Retiré dans une solitude, le cœur aride, la face prosternée contre terre, il se demande si son ceavre vient de Dieu ou si elle n'est pas soriie de son propre esprit. Des larmes amères s'échappent de ses yeux, et dans son afOiction, seul, délaissé, il s'écrie : ■ Mon Dieu, pourquoi m'avei-vous abandonné ! > Des bruits divers se répandent, les uns, qu'il est mort, d'autres, qu'il s'est livré à sa mauvaise fortune, et qu'il abandonne l'Institut. Mais la voix d'une pauvre recluse le tire de cet anéantissement. ■ Le travail, lui dit-elle, est votre partage Jusqu'à la fin de vos jours. »

Rappelé par les Frères de Paris, en 1715, il reparatt comme Moïse, descendant de la montagne, le vis4^ rayonnant et laissant échapper des paroles de feu. Paris, cepen* dant, ne le verra pas longtemps ; cette pauvre dme est attirée, par un penchant secret, dans la capitale de la Normandie, où se sont endormies, l'une après VauQ^» dans la paix du Sei* gneur, trois personnes tendrement aiinées, le père Barré, madame Maillefer et M. Niel. Il est à peine installé dans sa nouvelle demeure, qu'un souffle précurseur du repos lui annonce le poi t et comme la fin de ses misères. De rudes épreuves lui sont encore réservées, il boit le calice jusqu'à la lie; mais Dieu, touché de tant d'abnégation, le rappelle à lui, le 7 avril 1719, La nouvelle de sa mort cause dans la ville de Rouen une couslernalion générale que peut seule adoucir la pensée de la béatitude dont jouit ce veitueux pasteur. Ses ennemis

rigauMuses qu'ils onl provoquée» contre lui* Ses obsftfieo sont célébrées dans relise Siiot-Sever, an ntUieo d*on ooo- (jours immeiiso de fidèles qui sssisteiit pk»es d*4iii pieux ve. çoeillemestà cette oérémonie (ooèbre.

Toutes ses richesses à sa mort ne censistaieiil qv'en un eracifix» ua livre de prières et un ebepelet Ses pauvres babils Curent mis en pièees et emportés eemme de préeieoses iseliques. Son trésor, célaît sa femille. Nouveau |iolnarcbe« il eufr le bonbeur de voir multiplier sa pealérité* Le nord et le midi de la France avaient reçu ses élablissemenis et les Frères qu'il leur avait envojiéB. Partout les populations étonnées sur leur passage se demaedaient : quels sont ces bommes nouveaux qui marchent deux à ileux, les yeux baissés, l'air modeste, l'extérieur recueillit Ces bommes étaient las apôtres des petits enfiints, ki missionnaires de la science populaire (1).

imm u nom m issi

François I*' règne ; partout fleurissent les arts et les belleolettres. La ville de Troyes, naguère si triste et sidépeupléOb répare ses pertes et décore ses églises. M* Martin Cambicho, de Bcauvais, vient de jeter les fondements du grand portail de la cathédrale ; Jean Gualde a sculpté l'admirable jubé de Sointe-Madeleine; des peintres-verriers et des maçons travail lent aveo ardeur è la décoration de nos vieux édifices, témoins de la foi de nos pères. L-tmpHmerie elle-même compte d^ dé belles productions, et acquiert une renommée justement méritée. Chartes-Quint menace la Champagne, ses armées

(t) La ChmiiftÊg â$ Ckampagnê. T. t. «i* MMiée, pag« atl, Mat, 1837.

envahisBent la Picardie, la Bourgogne ; Troyes se hâte do réparer ses murailles et d'élever des tours nombrruses pour résister à l'ennemi. Les portes se ferment le soir, les hôtelleries sont visitées et les étrangers surveilh^s. On sait que l'Einpereur solde des boute-feu, que le connétable de Bourbon, non content de trahir sa patrie, cherclie pnrlout des soldats pour dévaster la France. Mais si la ville de Troyes se prépare activement à se détVudi e, elle n'oublie pas ses foires et y eonvoque les marchands de tous les pays. Les spectacles ne sont pas même interdits, de joyeux mystères sont représentés sur la place publique, et les arquebusiers se rassemblent pour abattre le pape Gay, Des froids prématurés ont gelé les semences et presque anéanti Tespérance des coU tivateurs, mais les conseillers de la ville ont amassé des pro-» visions, et Messieurs de l'église peuvent encore alimenter les marchés.

Troyes s*endort calme et paisible, le mardi 24 mai 1524 ; quelques hommes seulement veillent aux portes, lorsque vers les dix heures et demie des cris lugubres retentissent. Les flammes dévorent une maison i assise au coing de la rue de l'Epicerie, près de Thostel du Temple et de rhotellerie de THomme Sauvage. » Tniyes se réveille dans une profonde consternation, des secours s'organisent, mais les flammes poursuivent leurs ravages avec une telle intensité et une telle violence, que touS les efforts deviennent inutiles. L'aîarme se répand dans toutes les rues étroites et tortueuses de la cité. De nouveaux cris retenlissent, le feu éel.ile dans plusieurs quartiers. Le bruit court que des eniouLs i;i (>pagent l'incendie et qu'ils ont eoneii le criminel projet de délruire la ville. C'en est fait, aux ténèbres ont suee('dé les horreurs d'une ville cnibi asL'C ; des maisons sortent de pauvres habitants emportant les uns, leurs jeunes enfaids, les autres, les objets qu'ils ont pu saisir. Les [.)!éties pareoureui les rues, prodiguent les secours et se hâtent de soustraire a i inceûdie les châsses et les vases sacrés des églises.

Le soleil se lève sur cetfi; ville désolée, mais les flammes semblent plus actives. Des éditices religieux eux-mêmes, à la

construction desquels oui travaillé de nombreux ouvriers* s'é* croulent et ne préseoteni plus qtie des ruines fumantes. L'incendie dévore successivcnienl Vv'^Wse de Saint-Joan-du-Tem|)le, l'hospice du Saint-Esprit, les églises de Sainl-Pantaléon et de Saint-Nicolas, l'hospice de Saint-Bernard et celui de Saint- Âbraham. De l'église de Saint-Jean-au-Marché, l'abside et le grand choeur seuls restent debout. Plus loin disparaissent des édifices publics, la porte de Croncels, le château de la vicomté, rbôtel de» Monnaies, la porte et la tour du Belfroy, si célèbre par sa morvoilleuse cloche, « la plus belle de la chrétif [lté. • Des cli;lss(\=; rontenant de précieuses reliques sont portées vers les lieux où sévissent les flamoies ; des hymnes et des psaumes sont cbantés, des larmes coulent de tous les yeux, et des soupirs sont poussés vers le ciel pour prier Dieu d'apaiser le feu. Mais les flammes oe 8*arrêleal dans leur marche désastreuse que le 26 mai, à trois heures du matin.

Ainsi fut consumé le tiers de la ville de Troyes. Quelques auteurs prétendent que le nombre des maisons brâlées s'élevait à trois mille; mais on sait que ce chiffre est exagéré, parce que la ville de Troyes ne compte pas même ce nombre dans son enceinte actuelle. Les pertes toutefois furent immenses et incalculables. Les flammes, en détruisant les rues du Temple, du Dauphin, de l'Epicerie et leurs aboutissants, anéantirent les magasins des riches marchands qui fréquentaient les foires. Aux Changes, au Marché-au-Blé, à l'Elapeau-Vin, de notables négociants et d'opulents banquiers furent réduits à cherchtir un asile et perdirent en quelques heures des sommes considérables.

» Lorsque les flammes cessèrent leurs ravages, que le calme

revint dans celte pauvre cité, des arrestations s'opérèrent. De jeunes enfants avouèrent que des soldats inconnus leur avaient donné des pièces «le monnaie et promis de belles choses s'ils s'introduisaient clandestinement dans les maisons ■ pour y mettre le feu. » Plusieurs de ces malheureux furent surpris dans leur criminelle tentative et jetés dans les flammes. Leurs pères arrêtés subirent le môme sort • sans aucun jugement •

et rendirent l'esprit • avec cris et hurlements épouvantables.» De pauvres savoyards « porteurs de patenôtres et fluleaux de Saiiit-Claude » ftu'ent m.ilhailés et bannis de la ville. Nicole Piiiiou, dans sou histoire manuscrite de la ville de Troyes, raconte (pie le (Vu ne caminença que par la malveillance d'un propiiétaire forcé par ui» arrêt d'abandonner sa maison. Mais il est certain que des enfants furent soldés pour propager Tmeendie, que la ville renfermait alois des houle-feu qui t changeaient chaque jour de vcleinents et de chevelure » pour soudoyer des incendiaires.

Quoi qu'il en soit, celte catastrophe, que nos pères ont appelée le fjrand feu, a laissé dans les gén(^rations qui ont suivi des traces que trois siècles écoulés nont point entièrement effacées. Les habitants de Troyes conserveront encore longtemps le dûuleureux souvenir de l'incendie de 1554, et en parleront à leurs enfants comme d'une de ces calamités dont Dieu trappe les populations dans sa colère.

Bien des gens se demandent pourquoi les conseillers de la ville ne profitèrent point de cet affreux accident pour élargir les rues si étroites de la cité. Des édits, publiés en 1510 et en 1513» avaient ordonné cet élargissement et même prescrit l'alignement. Mais ces règlements avaient été violés par de . riches citoyens. La faible municipalité, qui comptait parmi ses membres des délinquants, intentait d'abord des procès, puis finissait par fermer les yeux et tolérer même les animaux immondes.

De splendides hôtels s'élevèrent s^r les ruines de quelques maisons, mais la plupart des habitations furent construites à la hâte pour abriter la foide innombrable de citoyens sans asile. [*ouvait-on publier de sévères édits contre de pauvres gens qui venaient de perdre en quelques heures le fruit de tant de labeiu-s et dont quelques-uns étaient tombés subitement de l'opulence à une extrême pauvreté. De là ces rues si sombres et si étroites des Changes, de la llaranguerie, de ia Pie et de tant d'autres qu'il sera bien difficile d'élargir. (1)

(Ij iHoUce iur l'incendie de Troyes en 1524 par M. Léoo Pi-

iKTun» DE am n n aonui, a tilliu.

Depuis le iiia$s8cre de sa bmille, GlotUde grandissait dans le {»alais de son oncle Gondebaud. Quoique soumise à une surveillance sévère, elle ne vivail pas teltentent cachée à tous les regards que sa réputation de beauté et de sagesse ne se filt peu à peu répandue au dehors. Clovis, qui entendait fiiire un continuel éloge de cette princesse, conçut un vif désir de l'avoir pour femme; mais, prévoyant que sa demande serait difficilement agréée de Gondebaud, il résolut de s'assurer avant tout du consentement de Glotilde eUe-rnéme. Il chargea donc de cette délicate mission un noble gallo-romain nommé Aurélien, homme prudent et avisé, qui, depuis la bataille de Soissons, s'était attaché à la fortune du roi des Saltens, et le servait avec beaucoup de dévouement. Déguisé en mendiant, portant sur son dos une besace au bout d'un bâton, Aurélien se met en route vers la Bourgogne. 11 devait remettre à Glotilde un anneau que lui envoyait Glovis, afin qu'elle eût foi dans les paroles du niessager. Lorsqu'il arrive à Genève, il se mêle à la foule des pauvres qui, chaque dimanche, se plaçaient sur le passage de Glotilde à sa sortie de l'église. La jeune princesse, distribuant ses aumônes, lui donne une pièce de monnaie, lorsque, slisissant ce moment, le Gallo-Romain se penche vers elle et lui dit à voix basse :

— Maîtresse, j'aurais ï t'annonœr «Je graudes choses, si tu voulais me conduire dans un lieu oti je te puisse parler en secret.

Glotilde, étonnée de ce langage, s'éloigne sans rien répoo-

^eoile, Àunmiiê deVAubê. IS58. pag. 41. ^-Cdopotcolfl remar» quable eonlieni Ua précieux dociitnenU d'uDO risrcnireuse esac-

ûn, et rentre dans sa demeure. Mais, quelque temps après, le faux mendiant, introduit par une des femmes de la princesse d^ns son appartement, lui dit : >

— C'est le roi des Francs, l'illustre Clovis, qui m'envoie vers toi. Si c'est la volonté de Dieu, il désire vivement t'épouser, et pour que lu me croies, voilà sou anneiiu.

Clolilde l'accepte et ne cherche point à dissimuler la joie que lui inspirent los paroles d'Aurclit ii.

— Prends ces cent sons d'or pour récompense de ta peine avec mon anneau, lui dit-elle. Retourne vers ton maître, et dis-lui que s'il veut m'épouser, il envoie pioniptemenl des ambassadeurs à Gondebaud, car mou oncle attend son conseiller Aridius qui est à Constanliu(»)ilo, et qui pourrait bien empêcher l'accoujplissrmeut de ee niaiiage.

Clovis s'empiesse de suivre le conseil de Clotilde. Aurélien lui-même est chargé d'aller, comme ambassadeur, anfioncer les intentions du loi franc au roi de Bourgogne. Gondebîiud appréhendait que sa nièce, mariée à Clovis, n'excitât ce prince à la venger, elle et tous les siens; mais il voulait aussi éviter 1^ l^^if'irriter par un refus ie roi des Francs, et do lui fonrf^f âin«, un prétexte de guerre. Il crut pouvoir se tirer d'affaire p^i;, un iaux-fu^aol. Lorsque lambassaiieur insistait, il î^i ()it : < '— - Ji^ nièce est chrétienne et Clovis est païen; si i'ao» ^ji^(i^is aux vosux de ton mattre, elle-même les repous»

-7 Non, reprit Aurélien, cela n'airivera pas, car elle les a ifj^ d'avanoe*

; 4 U'^V^ l'anneau de la fille de Cbilpérie que lui montre faoÎKissadeur, Gondeband, surpris et indigné que Clotilde eûtjMét sans son aveu, disposer de sa main, voulut rompre la négociation; mais la réflexion le calma. La perspective d'un danger éloigné lui parut moins redoutable que la crainte d'une guerre certaine et imminente. Il prit donc Te parti de céder, et dODOA son consentement au mariage de Clotilde. Aurélien présenta un sou et un denier, selon l'usage, et s'occupa activement des préparatifs de voyage.

Quand toul fut prêt, la jeune princesse se mit en route dans une voiture couverte appelée basterne (I) derrière laquelle venaient plusieurs chariots portant les bagages. Aurélien et quelques guerriers francs qui l'avaient accompagné à k cour de Gondebiiud, formaient rescorte. Le cortège s'avançait assez lentement, lorsque Clotilde reçut la nouvelle qu'Aridius était de retour en Bourgogne. Convaincue que quelque grand péril la menaçait, elle descendit aussitôt de sa basterne, MuU sur un cheval, et, suivie d'Aurélien et de sa petite troupe, 86 dirigea en toute hâte vers la frontière des États de Clovis. L'événement prouva que ses craintes étaient fondées.

A son retour de Conslantinople, Aridius s'était immédiatement tendu auprès de GonddMud. Ce prinoe CaperoevaDt lui dit :

•— Sai84u 06 qui s'est passé en ton absence? Eh bien, j'ai foU initié avec le roi des Francs et je lui ai accordé la main de ma nièce.

Que pirles4u d'amitié? s'écria Aridius; c'est là le germe d'une discorde sans fin. As-tu donc oublié, t roi l que ta as iMt périr par le glaive le père de Clotilde; que tu as ftit noTer sa mère et jeter dans un puits les cadavres décapités de ses deux frères? Ne crains^u pas que Clovis ne veuille les venger un jour? Greis-moi, envoie promptemeDl des soldats à la poursuite de ta nièce, avec ordre qu'on te la fimène. il sen toujours moins filcheux pour toi de supporter les plaintes et les reproches d^une jeune fille irritée d'avoir vu s'évanouir ses espérances de mariage, que d'être continuellement aux prises avec les Francs (2).

Le roi des Bourguignons, effrayé des prévisions d'Aridhis, envoya sur-le-champ des cavaliers à la poursuite de sa nièce;

(t) Voilure traînée par des bteuf». et pertteiilièreiiient à VttMge de» femmes.

(^} nistor. froMBar,, Epil. e. ux.

mais il était trop tard. Les cavaliers ne purent atteindre que la basterne vide et les bagages de Clotildc. Franchissant les vallées et les collines, celle princesse avait traversé les villes d'Autun, de Saulieu et d'Auxerre, et avait ordonné d'incendier et de ravager douze lieues de pays derrière elle. Arrivée sur les terres des Etats de Clovis, elle s'était écriée : « Je te rends grâces, Dieu tout puissant, de voir le commencement de la vengeance que je devais à mes parents et à mes frères ! »

Clovis sortant de Soissons, sa nouvelle capitale, avait traversé les villes de Reims, de Châlons-sur-Marne, d'Arcissur-Aube et de Troyes, et s'était avancé jusqu'à Villery (1), lorsque Clolilde parut avec son escorte. Charmé de la beauté et de la modestie de sa fiancée, le roi des Francs l'emmeDa daos sa résideoce, où le mariage fut célébré (2).

JIANUlDCUEDEfASmMIËPitjlMAISONDEL'SIPEKECB.

Parmi les stations de la ligne de Mulhouse auxquelles devait s'arrêter le train impérial, le 25 juillet 1858, ne figurait pas celle de Nangis, bourg célèbre de l'ancienne Brie; mais à la suite d'ime pétition des habitants de ce canton, gracieusement accueillie par Sa Majesté, il avait été décidé que le train s'arrêterait une mioute «euiement.

(1) ViUariato, in territorio Tricaêsino^ Frédégaire. Ce boarg ••t titoé à Mite Ulmnétity de Tragre», fmt |t miti ^J^vsm^ ik CloUMe i*arréla poor prltr |vr le tomlféii 4e 9tiol-Q«rmain. Àimmin dê VTonnt, IS4l, p, 4.

(2) Pnmièrê entreme de Clovis hr «| é$ CkH^iê, à FlOiry,

Au nombre des médaillés de Sainte-Hélène, militairement

ranimés le long (i II quai de la station, mais malheureusement trop éloignes, il en était im qui se faisait remnrquer par la décoration de la Légion-d Honneur qui brillait sur sa poitrine, ainsi que par une large feuille de pnpier blanc attachée à son chapeau. Cette feuille portait cette inscription :

« Quand bien même voui servsz lepetH eaponU, » on ne patte pat! »

Ce vieux soldat ne pot qu'entrevoir le wagon de l'Empereur. Le soir de cette journée qu'il avait impatiemment attendue, notre brave Ven retourna chez lui les larmes aux yeux • parce qoMl n'avait pas eu le bonheur, disait-il, de voir Sa Majesté avant de mourir. •

Jean Golucfae est né le 31 mars 1780, k Gastin, canton de Nangis. Entré au service comme conscrit de l'an ix, au 17* régiment d'infinterie l^;ère, il a vu souvent l'ennemi et a pris part aux batailles d'iéna, d'Erfurth, de Varsovie, d'Esiing, de Wagram, d'Ârcis-sur-Aube et de Waterloo.

(ioluche, après le sanglant combat (KEberberg, sur le Traun, eu 1809, fut placé en faction deviinl la porte de la maison de l'Empereur, avec U consigne de n'y laisser pénétrer personne. Vers le soir, lorsque Najioléon se présenta pour entrer, Colucbe, qui ne le connaissait pas, l'accueillit

par un : On ne passe pas! Vo>Mnt que l'obstiné ne tenait aucun compte de son avertissenienl, il ajoula : Si tu fais un pas de plus, je te plante ma haiounette dans le ventre. Il ne fallut rien moins que l'inlervt niion des officiers de letatmcîjor général pour lui faire eiiU'mlie raison. Quelqiies iristanls après, Coluclie était appelé (It saiit l'Empereur : Tu peux melLre un ruban à ta boutonnière^ lui diL-ii, je te donne la croix.

Coluche exerce actuellemna le rude métier de batteur en gr;iijL;e, et n*a qu'une faible pension. Le souvtMiir de son action cependant s'est conservé sous toutes les formes, dans les clmiiviières les plus éloignées, grâce aux images d'Épinal et aux faïenciers de Montei-eau (1).

HlNDIlAIMii SI U mm U NAPOLÉON 1" A MMl

Le 29 mai 1859, les rues de Brienne s'encombraient d'une multitude de personnes accourues de toutes les localités du département de l'Âube. Les maisons, étaient pavoisées, et la grande place était ornée de mâls portant de superbes écussons aux armes impériales. Partout se déployait un appareil de fôle que le ciel semblait favoriser. Ce jour-là, Brienne voulait solenneliement constater le séjour que fit le jeune Bona* parte dans son antique école» et lui dresser une statue devant son hôtel-de*ville pour en perpétuer le souvenir.

Trois heures sonnent : MM. les sous-préfets et MM. les

(1) Àlmanach de Mapoléon^ 1859, Paris, Hootslaux» p«g. 70,

maires du canton reçoivent M. le préfet. Après avoir visité rbôtel-de-ville nouvellement construit, le cortège prend place sur l'estrade qui lui est r<^servéo, tandis que de nombreux

invités se rangent sur deux auîics estrades placées i\ droite et il gauche. Plus bas, sur la place et autour de la statue qu'un voile dérobe aux regards, se tiennent les médaillés de Sainte-Hélène, ces glorieux soldats de nos valeureuses armées, dont la plupart portent de nobles cicatrices. Au signal donné par M. le préfet, le voile tombe, et le grand homme piraîl sous le costume d'élève de Brienne. C'est bien lui : l'une de ses mains tient la Vie des hommes illustrest de Plutarque, lecture favorite du jeune Bonaparte. A la vue du bronze (1) qui rappelle si heureusement la tenue, les tiaiis et l'expression de la figure du jeune héros, les applaudissements retentissent et le cri de Vive l'Empereur ! s'élève sur la place et dans toute la rue principale de la ville. Au milieu de cette touchante émotion, M. le préfet prononce un discours plusieurs fois interrompu par des afiplaudisscmenls, et dans lequel il retrace avec éloquence les souvenirs historiques qui se rattachent à cette tardive inauguration.

De la place de I Hôtel-de-Ville, le cortège se rend à l'église Saint-Pierre, qui doit d'importantes restaurations à la munificence de l'Empereur. Un orateur distingué rappelle aux assistants les témoignages de vive a&oii<m donnés par Napoléon I" à la ville de Brienne.

A six heures, des banquets réunissent les médaillés de Sainte-Hélène, les sapeurs-pompiers et les principaux fonctionnaires du département. Celui des fonctionnaires est dressé dans le réfectoire de l'ancienne école militaire; des toasts sont portés par M. le préfet et par plusieurs personnes de distinction. Des acclamations chaleureuses retentissent, lorsque M. Bichaud, proviseur du lycée de Troyes, se lève et lit ces W8 que nous sommes heureux de publier :

(1) ÛBiivre 4t M, Rocbet.

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