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Qui n'a pas entendu parler de Grosley, de cet homme spirituel dnnt le nom franchissait, au xviii* siècle, les muiMilles de I.T ville de Troyes, et dont la plume écrivait des pages si malignes et si piquantes? Nul plus que lui naima son pays et même son berceau, et pourtant, nul plus q«6 lui n'éprouva l'iogratitude de ses eheri concitoyens.
Cet avocat de Cliampagoe, jouissant d'un revenu de 2,400 fraocs, trouva cette somme trop forte et voulut en con* sacrer uoe partie à la mémoire des hommes qui avaient honoré sa ville natale. Par rentremise du comte de Caylus, il charge le célèbre sculpteur Louis Vassë, de foire dix bustes en marbre blanc « moyenuant â,000 francs chacun. » Ces bustes devaient représenter le pape Urbain IV, le comte Henri, Pierre Gomestor, Paisirat, Domioîqiie et François Gentil, Pierre et François Pitbou, Mignard et Girardon.
Groiley, cependant, effirayé du prix demandé par rertisto* présente une requête aux Chapitres de Saint^Pierre, de Saiot* Etienneetde Saint-Urbain, et leur propose de payer les boslee de Pierre Gomestor, du comte Henri et du pape Urbain IV. Hais cette proposition est rejetée ; k ville seule vent bien se cbaifer des piédestaux.
Des bustes sortent du ciseau de Vassé ; Troyes va possédât Pierre Pithou, Passerat, Mignard, Girardon et Le Gotnte, lorsque la banqueroute des frères Dufour amène dans b bourse de Grosley un déficit de 8,000 francs, et le force de s airéter dans sa patriotique entreprise.
La ville, quelques années après, achète le buste de Boucherat chez un marbrier du boulevard de Paris, au prix de 3U0 trancs. Gi osley proteste de toutes ses forces contre l'intrusion de ce nouveau-venu , mîiis ses excellentes raisons ne reiicontrent que des contradicteurs. Son étoile a pàU; sescoouloyens lui résolvent bien d autres tiibulalioos.
Il destine les bnstps à l'ornement du salon de l'Hôtel-de-ViMe. Le Conseil municipal, qui ne compte pas parmi ses membres beaucoup d'artistes et d'amis des beaux-arts, transforme ce salon i en une salle de concert public. * Grosloy se récrie, prétend que sps bustes seront souillés par les chandelles et surtout par la pommf^'îe du chapeau d'un vandale. Le conseil reste sonrd à ses réclamations. Non-seulement le front de PieiTO Pitliou et celui du vénérable Père Le Cointe porteront un placard jaune, les autres bustes seront badigeonné?^ par des mains grossières, en attendant qu'ils soient défigurés par l'huile des quinquets et qu'ils sei vent de portemanteaux (!).
Àujourd hui les bustes dus à la libéralité de Grosley n'occupent pas encore la place qu'ils méritent. S'ils ne sont plus exposés aux mêmes dangers et aux mômes avanies qu'au xviii' siècle, ils n'ornent point celte belle bibliothèque pour laquelle ils semblent destinés. Hâtons-nous d'ajouter que celui de Grosley y 6ftt placé sans doute en Gompeosation de ses tribttlaUoDsl
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Od sait que Troyes excitait ]*admiratioD des étrangers dès le xy* siècle par sa merveilleuse sonnerie, et qu'elle ne oomptait pas moins de soixante cloches, dont Tune surnommée la grosse Marie pesait près de trente mille livres. Ce u'étaient
(1) Ànima*t9 dttAitkê, «849. t* pftrtiè, pig. ftf .
|Mt stakamiit las églises paroiBrâleft de b TiUe qui se giori* fiaient de leurs belles aubades et de leur joyeux caiilloo» mais eocore la puissante abbaye de Saint-Loup et tes ^ises eellé* giales de Saint-Etienne et de Stint^Urbatn. L*abbaye de Saint- Loup possédait quatre cloches surnoininées andvmllette», du nom de leur donateur, lorsque l'abbé Nicolas Forjot de Plancy en fit placer quatre plus grosses dans la tour qu'il venait de faire construire. L'égiise cathédrale de Troyes, voisine de celle de Saint-Loup, et qui n'avait pas encore la tour qui s'élève majestueusement au-dessus de tous les édifices, s'émut étrangement, lorsque les voix solennelles et immenses des cloches de l'abbaye se prolongèrent en vibrations harmonieuses. Le Chapitre de Saint-Pierre, l'effroi dans le cœur, se rassembla à la hâte pour sauvegarder l'hoiineurdc son beffroi lortcompro- « mis par les criardes du colombier de Saint-Loup (1). ■
La séancti itiL longue et oi ageiisc, comme on doit le penser; les avis étaient encore partagés lorsque ie doyen se levant pnl la parole : i Messieurs les chanoines, dit-il, le voisinage de ces cloches bavardes m'importune autant que vous, et. le son qui s'éveille avant l'aurore vient troubler chaque jota mon sommeil du matin, comme il doit assurément troubler le vôtre. Ce dommage qui nous est causé est un motif suffisant pour porter notre plainte; mais qu'est-ce cela si nous le comparons au préjudice et au trouble qn apporle.i iios cet emonies saintes ce bruit étrange dont nos voûtes sacrées retentissent a toute heure? Pouvons-noiis entendre les chants? 1* iivons-nous suivre !(> modulitions du chœur? L'esprit piiit-il prier, quand les oreilles sont continuellement fatiguées? »
A ces mots, le doyen s'arrêta pour respirer; un murmura d'approbiUion qui eircuia dans l'assemblée lui prouva qu'on goûtait celti; manière d'envisager la question. « Ceci posé, continua rorat( iir, h justice nous refusera-t-elle, à nous, Alessieurs» ce qu'elle ne peut refuser au plus humble des
(1) Mémoirt» tur la paroisse et le prieuré-cure de Sairitê'^awrt, par Aiidra, mauuscrU 2297, p. 51, Âibliolbéqoe de Troyat.
hommes, de protéger nos personnes et de nous donner cette liberté, cette tranquillité doal nou8 avooft joui jusqu'itt dêo» nos divins oâices? t
Un trépignement dejoie accueillit cette conclusion, et, séance teDante, il lut décidé qu'on intenterait sans retard un procès aux cloches mal sonnantes, afin de les réduire au silence et même de les faire desceodre de leur tour superbe» si cela était possible.
Si lattaque fat vive et impétueuse, la défense ne le fut pas moios, et Dieu seul sait dans un an combien d'encre on usa, quels monceaux de papier on entassa , combien de pas firent les sergents, et combien d'éloquence dépensèrent les hommes de loi. Un beau jour les clocbes de Saint-Loup son* nèrent il grande volée. Chacun se demandait quelle féte aoiennello qui n'était point marquée dans le calendrier annonçaient ces cloches dont les chanoines de Saint*Pierre avaient juré la perte : c'était la justice qui, finissant par où elle aurait dfi eoromencer, avait envoyé des commissaîrea chaiigés de constater, non point si la santé de Messieurs les chanoines s'en allait dépérissant, mais si ces cloches interrompaient réellement les offices. Les cloches furent mainleni«es dans la paisible possession de leur tour, et les chanoines de Saint-Pierre obtinrent la permission d en suspendre dans leur beffroi de plus grosses, s'ils le jug aient convenable (1).
(1) Guillaume Brinon, conseiller au parteoienl et rapporteur êtt procéflt vint de Paris à Troyes, monté sur aa asole, et asaiila an aervlee de Saint-Pierre, pendant que les clocliet de Saint- Loup sonnaient à grande volée, (^uillaumo, da rctntir à Parh, sf» moqua, commo nous l'avons dil, de la fuUlilédes aggresseurs. Mémoires dpjà rilds. p. ti'i. ( onç/rès archéologique de France, XX* session. 1855, p. 5<'T. Arclii>es tle l'Aube, liasse 276.
M» almllltailc* 4e McoIiim i orjot, mUbé de maimUMMupf
Fils d'un humble maréchal-OTrant.de Plancy (1), Nicolas Fnrjnf fut élevé par de Uoin^ inomes, et se rendit si recoramandabie par ses talents et par sa piété, que, fort jeune encore, il devint abbé de Saint-Loup de Troyes. Poilant mitre et crosse, il obtint du souveidia jiniilife Innocent VIII le pouvoir d officier pontiticalenient et de donner la tonsui e et les ordies mineurs à ses religieux. Plein de ^èle et d'économie, il trouva des ressources pour faire bâtir iiue tour, di t ^^ser de belles orgues, poser des vitraux, construire des chapelles et une bibliothèque, et taire même exécuter par l'oi'fèvre Papillon d'admirables châsses.
Nicolas Fnrjot n'a pas écrit d'ouvrages, mais on a de lui de bonnes Similitudes et des apologues religieux conservés dans un grand registre contenant des actes, des baux et des règlements. Ces apologues et ces similitudes sont des anecdotes cDiniiie les sages vieillards en recueillent. Nous en citerons quelques-uns dont nous conserverons U couleur et la tournure.
Près de l'abbaye de Saint-Martin-ès-Aires, un potier nommé Frobert faisait des vases d'argile de formes singulières et curieuses. Les habitants de Troyes lui en achetèrent un si grand nombre qu'il acquit bientôt une modeste aisance. Plein d'orgueil, il se mit alors à raisonner de hautes matières. Ne comprenant point les secrets divins qui mènent les choses de ce monde, il désapprouvait ce qui le surprenait, comme la
(1) (Arroiidtsiemeiit d'Ards-tnr-Aobe), bonrg «iélèbre a« moyen âge p<ir ses nobles seigneurs, qui prirent presque tout la crois, «t accordèrent de nombreux privilégai aux églises.
non d'un juste io ion j^uneige, U pras^téd'jyMiMëQhliit, «I|i6 oniif|inii( peii^ de blloier 1« Providcace.
Un moine le vit un jour lorsqu'il passait en revue set polt BMnrettea^mt Siuts et hti&i^i (mul qui m lui {biaisaient pas.
' «r-p Que faites-vous deno, maître Frobert? lui dit le moine. Pourquoi brise^vous ces pauvcn^â vases, les uns i vdti^a gné IklutM^ie le» autres?
N'en ai-je [)as le drojt? répondit le potier. C'est bien mùa ouvrage, jiuisquejeles ai moi-même fabi ujués et iHçoiuiésf
Et vous, reprit le fièie, de qui èies^vous i'ûuvfsgeî qui vous a kui, ainsi que tous les hommes?
— C'est aââuréiuent Dieu, dii Frobert étonné de cette question.
— Pourtant, vous sembiez parfois ne pas approuver qu'il dispose de ses œuvres, encore qu'il faille présumer qu'il en (Utjiiûse à bçB «i^eieiit et sacbaul c« qu U fail.
J'ai lu dans quelque livre ancien fuiin jeun^ çle.i;i;, hési* tant devant le chemin étroit des saints, priait eiî upe chapelle et (jlisait tout baiit : Ahl si ^e savais ^u^ ^e dois aller ^u ciel ! ' ' . "
Une voix, derrière l'autel, lui dit :
— Si tu le savais, (jue ferais-lu?
Le jeune clerc, émerveillé, détailla toutips Jes bonnee; ej| vertueuses actions qui ('occuperaient aloçs.
' -T» Eh bien! répondit la voix, tiens la conduite <^tiei|iif èt soumise que tii expose^, et sois sûr que tù iras ad ciel.
^jgneuf tie Villebertiu ^vajt ma belle horloge et uf^ i^veu lfè^*pare&^x . Un jour, par quelque uiecauLqiie «fui se rompit, i horloge s'arrêta, ne jq»i(4|iMyii pUi^ios beufe^ •
— Ml -
YoUI, dît le aeveo, une horioge iMrtfl».
* Pourquoi donet répliqua le boa s^goeiir, a*eMle pet Imt! teHe?
— Le soleû est beau, reprit le neveu, mais que (fiiiei* vous s'il ne fonctioDuait plust
— Tu raisonnes sagement, beau neveu ; le travail estime ki imposée il tous par le Seigneur, qui a mis la paresse an nombre des sept péchés capitaux. Mais alors, quel jugement feras-tu de toi-même qui ne veux rien faire parce que tu es gentilhomme? Si l'horloge inutile doit être mise i la vieille ferraille, où sera mis au dernier jour l'homme qui lui ressemble?
L'abbd Gdllaume, qui gouverna l'abbaye jusqu'en 14di, entendait un jour un frère parler de l'antre vie. Que voulez-vous dire' lui demanda-t-il.
— Je parle de l'autre vie, répondit le frère, c'est-à-dire de celle qui suit celle-ci. < i«*c
— Ûu'est<% que l'autre vie ? » . .
— Le paradis ou l'enfer. ^
— Pourquoi ne parlez- vous point du purgatoire? ^
— Parce que le purgatoire n'est qu'un pass^ filS^^ moins long.
— Très-bien. Vous appelez l'autre vie la vie éternelle, et celle-ci sans doute une première vie. Mais celui qui s'apprête au saint voyage de Jérusalem dispose son bagage, met ordre à ses affaires et fait, avant son départ, quelques tours dans sa maison. Appelez-vous ces qudques tours un preoûer voyage?
» Non, mais une préparation.
— Eh bien I mon frère, cette vie d'ici-bas, cette vie tem* porelle n'est qu'un passage plus ou moins court, ce n'est pas une vie. Ne dites plus l'autre vie» car» vous le Toycs, ii n'j en a qu'une» la vie éternelle 1 • ^'qoK>^« ^
Digitizod by Gû*..wtL
Le BMristain de SunWidieD, qui était grand btbiManl* mi Jotir on bon viUafeoÎB qui oootemplait le eadnn de aen lierioge.
, — Que CHtee-vDi» denc, planté là? Ne eliflrelMrk»>voQe peint midi ï quatone heures?
. —T . Non» répondit le iNmhonune, maie oe cadian mTep* . prend qu'il y a temps pour parler et temps pour fle,taire; car U ne parle qu'à eee heuree et demeore en ailenee qnandil ]i*a rien à dire d'utile.