SOS
octobre 1382; les eotrepieneurs doivent recevoir 25 sous par semaine, et loger dans une belle et vaste maison. Mais lee ehaooioes exigent une caution que s empressent de fournir nos associés avec la belie-nère de Soudan» car à eette époque beaucoup d'artistes entreprenaient d'importants travaux et ne les achevaient pas (1).
Il paraît que les oarriers au xiv* siède ne se rendaient pas toujours compte des travaux qu'ils marchandaient. Nous voyons â Trojes un peintre-verrier, GuiUaume Brialùiâ, peser beaucoup de vitraux dans h cathédrale et disparaître un beau matin sans nul souci de sa femme et de ses valets. Il est vrai que son nom ne devait pas înspi^ beaucoup de confiance, mais les chanoines pourtant satisfiiits de son travail, accordent une bonne somme à sa femme et excitent l'ardeur^ fle ses ouvriers en leur distribuant quelques sous (2).
A ce pauvre Brisetout succède en qualité de peintre>verrier Jean de Damery qui entreprend d'importants travaux et se met à ToBuvre avec quelques compagnons. Plus malheureux que Guillaume, il expose ses vitraux aux regards des ouvriers et des cbaoolnes/et se voit poursuivi pour restituer les 24 livres i4 sous que le chapitre a bien voulu lui avancer. Son travail est déclaré • non valable t et lui-m6me ne se tire d'embarras que par la protection d'un neveu de l'évéque Jean Braque, qui promet au chapitre de le rembourser si le pauvre artiste est iMhable (3).
(1) Comfitedel'égîisedeTroyes, 1375-I3îS5. Archives de TAobe. if) Covip!e de l'église de Troyes^ 1578-1379. (8) Idem, 1379-1380.
L'Omi DK CUil?AllI Ali lU* SiiCU.
Fondée par saint Bernard dèsl'an 1114, l'abbaye de Clairvaux acquiert une immense renommée sous cet illustre fon« dateur et sous ses premiers successeurs. Le vœu de chasteté y est si rigoureusement obser\é que les reines de France ne sont pas admises dans l'intérieur du monastère pour entendre même le sermon ! La pauvreté y est si sévèrement presciite, que le frère sur lequel on trouve deux deniers après sa mort est privé de la sépulture ecclésiastique. L'obéissance y est si strictement recommandée, que des vert^^s Mtteiiderit les délinquants. Le silence n'est jamais troublé que par le chant des louanges du Seigneur ou par le choc des inslruffientâ iie tcâvâil.
L'office, qui ne comprend pas moins de sept partit^, malines, prime, tierce, sexte, none , veijres et compiles, est chanté tous les joure à des liem es djûérentes, et ne permet pas aux moines de réparer à leur ■a\>c leurs forces quelquefois épuisées par de rudes labeurs. Les céiémouies du culte ont un caractère d'austère simplicité qui contraste siugulièiement avec la pompe habituelle de?; cathédrales; . Les orjfues, ies pavés ornés, les vitraux peints et les bas-reliefs sont proscrits. La fie^ure seule du Sauveur mourant sur la croix s'offre aux rei^ards des pauvres moines. Les ornements de soie sont interdits même auxabbes; dans les grandes cérémonies, saint Bernard ne porte qu'une simple chasuble en coton ! Le luminaire ne se compose que de cinq lampes, et le r^erlement est si fidèlement observé qu'il nef^ut pas moins qu'une autorisation du Chapitre-Général de Cileaux pour suspendi e un cierge devant les reliques du saint fondateur de Clairvaux en i^W. Les tours doivent être en bois et les plus grosses cloches ne pèsent que DOO livres.
Les rois, les reines, les archevêques et les évâques sont
seuls eoterrésdans i'é^lise abbatiale. Le corps de saint Bernard [) y repose qu6 par une esoœptiod. Dans lediaeUère des religieux, une fosse commencée et une à rooilié frite, à deux pas de la deralèf c fosse retupiie, rappeUeol aux frères h sentence (mtotoée mlf8 ïhomwiù at les «aiotieooeat dans io d«voir.
Les iiioiries entreiiennent eux-mêmes leurs vêtements, font le scrvioe deia cuisuie et se liVi"ent aux travaux des champs, lis pratiquent \e drainage, engraissent un nombreux bétail, et essaient d'acclimater des raa;s lUran^^s. A certaines heures, ils se réunissent dans des salles spéciales où lis écrivent des hvres, mais avec défense de faire des lettres de plusieurs couleui'8, éb 4cft mer de màflkiures «i 4k oompour aaM MtorisaUon.
L'usage de la viande est totalement interdit à ceux qui se aeat p»iot malades. Le pain grossier n'est qu'un méian^ 4*0f|e^ d*avoioei»dt jnil et de vesces. Les religieux ne prennent que deux repai, à midi et au coucher du soleil ; une oo^ iaiidn Mi^raiie à ceux qui sont chaînés d'un travail extraordinaire, ou aux jeHMS frères qui ne peuvent attendre l'iiMio ëu dîner. Ces repas sont présidés par le prieur qai smiiie hi docbe paadaai la récitation du Miserere et du Benedidte, donne le signal de la lecture et conduit les religieux à l'église où se disent les grâces. La nourriture des moines ne se compose que de deux plats par jour, d'une livre de pain et d'un litre de vin. Des pitancet iH filiits suji^émentaires dus à la libéralité de nobles persoM^pi Mt aeoordés de temps en temps, principalemeat aux IBtii ariaDDpIlei.
Les vêtements sont delaise coMtmeet consistent en une tunique ou robe étroite à mancÉHtiCD wat toute ou robe plus large qui se place sur la liiif^ en une ceinture, en bas et en souliers. Le lit ne se compose que d'une paillasse, de deux couvertures et d'un oreiller; les draps ne sont point connus, mm il est bon d'aiooter que Ses moîM couchent tout iuHbiUés, même iTec lenrs sonUem* Des dorlotm non ebauflfe, ttème dans les hiveis rigonniM, seni deltifds la nuit pour la maintien du bon erdin.
L'abbé, dont le nom signifie Père, est dans son monastère le représentant de Jësus-Christ; il nomme les fonctionnaires, inflige les punitions et accorde les dispenses, mais il est soumis • à la règle et vêtu comme un simple moine. Chaque année, ce personnage se rend à Cîteaux pour assister au Chapitre- Général, chargé de veiller au maintien des maximes transmises par les saints fondateurs. Composé des chefs des différentes abbayes de l'ordre, revêtus de leur coule blanche, le Chapitre peut suspendre et déposer les abbés, et limite par son autorité suprême leur pouvoir déjà très-étendu.
Le prieur, comme son nom l'indique, est le second dignitaire delabbaye, le lieutenant de Vabbé qu'il supplée, lorsque celui-ci est absent, et dont il est le premier conseiller. Ses devoirs sont si nombreux qu'il a sous ses ordres un sous-prieur. Le chantre dirige la partie vocale du culte, prend soin des livres, écrit les rouleaux des morts, garde les archives et est aidé dans ses fonctions par le sous-chantre. Le sacristain sonne les cloches, s'occupe de l'éclairage, fait les hosties, ouvre et ferme les portes de l'église. Le maître des novices, vieillard vénérable, instruit de leurs devoirs ceux qui veulent entrer dans le monastère, et les présente après une année d'épreuve pour recevoir la bénédiction de l'abbé. Dans une
cellule, près de la porte, réside un moine; celui-là doit (^tre à son poste depuis le lever du soleil jusqu'à la nuit close. Lorsqu'un étranger frappe à la porte, il doit lui répondre Deo grattas, lui ouvrir, le faire asseoir dans sa cellule jusqu'à l'ar-
rivée de l'abbé ou du jtrieur, el le conduire à l'hôtellerie. Au /îorttcr appartient encore la distribulinn des aumônes de l'abbaye, des restes des repas et de la part des religieux oouvetlement décëdés.
Les malades sont soignés par un moine chargé de faire observer m t nie le biieuce à 1 infinDerie, de convoquer à coups de crécelle le couvent lorsqu'un frère meurt, e\ de préparer la bière. Les voyageurs sont leçus dans l'hôtellerie; leurs pieds sont lavés par les moines et leisr nourriture doit être fournie par la cuisine de l'abbé. Le cellérier commande les repas, fait les parts des religieux, reçoit les comptes des convers placés à la tête des exploitations agricoles, des usines et des ouvriers de l'abbaye. Sous ses ordres le ^yran^ter est spécialement chargé du soin des fermes.
Les moines, soumis à l'austère règle de saint Benoît, ne sont pas de misérables serfs des campagnes, mais des princes, des nobles, des archevêques et des évoques qui ont tout abandonné pour se placer sous l'autorité d'un abbé, vivre dans la pauvreté et se perdre aux yeux du monde dans la foule des frères. Et pourtant rien de plus dur que 1 entrée dans une abbaye! Le postulant, soumis à de rudes épreuves, n'était admis qu'au bout d'une année entière ; mais les austérités de la vie monastique pouvaient-oHes effrayer ceux qui ne considéraient le jour de la mort que comme ua jour de fête (1)?
(I; Etudes snr l'état intérieur des Abbayps cisferdennes 9t prinripnlement de ( iairvaux,au \n* et au xiii» siècle» par M. d'Ârboit (Je Jubaiuviile et M. Pigeotle. Paris, i858. Ouvrage remarquable qui A obtena la haoto a|»prolwtUMi ia MU. Gaitot, de Maalalanabaiit da Labatéa, Walloii....
LE PBEMIEB LIVRE IIPBUE U mmi
Fréquentée par ooe foule innombrable de gens de tous pays attirés par ses antiques foires, possédant depuis long^ temps de florissantes papeteries^ ia ville de Troyes devait jouir de bonne heure des avantages de l'intprimerie. Si Ton en croyait Grosley, la capitale de la Champagne ne le céderait qu'aux seules villes de Mayence et deBamberg, et attrait vu le règlement de ses foires sortir des pr^s?es d'un imprimeur établi dans son enceinte dès l'an 1464. Mais il en est de ce règlement comme de beaucoup de livres foussement invoqués pmr l'amonr-propre de certaines villes.
Le]^remier Hvre dont la ville de Troyes puisse se glorifier sans aucune contestation des bibliophiles, est le Bréviaire du diocèse imprimé en 1485. Cette date, quoique tardive, n'ea est pas moins gbrieuse si l'on se rappelle que huit villes seulement en France possédaient des presses à cette époque, Paris, Lyon, Angers, -Chablis, Toulouse, Poitiers, Caeu et Vienne.
Ce Bréviaire, grand in-i2, imprimé sur deux colonnes en caractères gothiques, commence par un calendrier de six pages, et ne contient pas moins de 395 feoillels, dont le dernier se termine par cette souscription :
^Nrikit Itra ^ i im tniMilmi tuAulk ttuttaAê imw kwt ibmi wcim tmîo (1).
Ici se termine le bréviaire à l'usage de l*église de
(1) Bibliolhéqae impériale, B. 661, eiemplaire aenl coimu.
Troyes, vu el corrigé, imprimé à Troyes, et achevé le 25* jûur du mois de septembre, l'an du Seigneur mil queUre cent quatre vingt trois.
Longtemps la YiHe de Troyes a fgnoré le nom de Timprim6UP de ce Bréviaire parce qu'il a gardé lui-même Tanonyme et qu'il n'a dû travailler que temporairement dan» la capitale de la Champagne. Mais l'auteur des Recherches sur l'imprimerie à Troyes a démontré que ce précieux volume est sorti des presses ambulantes de Pierre Lerouge, qui, la même année, imprimait à Chablis le bréviaire du diocèse d'Auxerre dont les caractères sont identiques à ceux du bréviaire troyen (1).
Pierre Lerouge éiâl établi dès 1473 à Chablis, et y imprimait le livre des bonnes mceurs de Jacques Legrand. Cinq aas après, le 24 avril 1483, il achevait Timpression du Bréviaire d'Auxerre, et se rendait à Troyes pour y imprimer celui du diocèse. Séjourna-t-il longtemps dans cette ville alors si florissante» ou y laissa*t-il ses fils Guillaume et Nicolas Lerouge^ comme qiuelques bibliophiles le prétendent? Nous l'ifsoroDSk mais nous pouvons constater l'existence d'une im» primerie en 1486. Troyes fait imprimer celte année CNifcefiCf copies des lettres d'octroy des deux foWee fowr k^emei^tr ès Allemaines et donne à l'imprimeur rénocine somme de 6 livres 11 sous 8 deniers • compris les cinq sous pour le vin (2). »
Pierre Lerouge, les années suivantes, résidait à Paris, où il nnprime les Heures de la Vierge et la Grande mer des His» toires. Plus tard il s'associe avec Vérard et pnend le titre d'imprimeur du roi.
Guillaume Lerouge imprime à Troyes, en 1492, les poslittss e# eiii;|MftlieM d$ê espUr» eê ewHmgUeê dommkahi
(1) Reeheréhês sur l'émprêmerte à Trojfts^ par M. Gorrard de Brebtn, Tïoyef, 1851, p. 4.
(S) Comptes de Vemere de Végttsede IVeyif . Tïoyet, 1S60« pag. 69. Arehives de I'lid1el*de-Tille de Troyei.
avecques celles des [estes solentielles.. . Ce vol unie, petit in-folio, gothique, sur deux colonnes, se compuse de 233 feuillets dont le dernier se termine par cette souscription :
Si finissent les postiU.es.,. Imprimées à Troycs par Guillaume Lcrougc, ijuprimeur de livres, et furent aclievées le pénultième jour du moia de mars, aiL CCCC QUATRB YIM6T El XU (1).
miu N U ion, miu h luuiMii, a muL
on
Guillaume, duc de Bouillon, prince souverain de Sedan, avait laissé ses Etats à sa sœur Charlotte de la Marck. Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, fut choisi par Henri iV pour épouser cette jeune princesse et pour recueillir son riche héritage. Il épousa donc Charlotte le 11 octobre 1591, en présence même du roi do France et au milieu de fêtes splendides. Le soir de cette belle journée, Henri de la Tour voulut témoigner toute sa gratitude à son prolecteur et lui prouver qu'il n'était pas indigne de ses faveurs. Lui ofFrira-t-il quelques pièces de vcr^, on des C/Oursiers des Ardennes ? Le nouveau marié délibère longtemps, lorsqu'il se rappelle que le duc de Lorraine lient en son pouvoir la ville de Stenay. Il veut surprendre le vieux ligueur, lui enlever Stenay et se débarrasser par cet exploit d'un voisia dangereux.
(1 ) Les Archives curieuw de lu Chtm^paffm etdêla Briê, PariSt Xeoliener, ia&3, pag. 97.
Tindis que de nombreux convives se réjouissent dans la salle du festin, Henri se retire dans une salle (lu chilteau, appelle à lui quelques gentilshommes, et leur communique son dessein. Tous applaudissent ei se prcpateiit secrètement à eette expédition noeturne. Huit heures sonnent; de joyeuses fiinfiires retentissent dans le château, le roi vient d'ouvrir le bal. Turanne sort furtivement de la salle, ses compagnons disperaîssent successivement et revêtent leurs pesantes armures. Deux cents cavaliers les attendent silencieux au pied delà lourde Jamets; le calme le plus profond règne dans la ville de Sedan, personne ne soupçonne l'entreprise de ces vaillants soldats, pas môme les nombreux émissaires du duc de Lorraine. Tureone apparaît bientôt, monté sur un magnifique coursim*» revdtu de ses armures étincelantes.
— Amis, dit-il à sa belliqueuse troupe, je vous ai appelés pour venir avec moi, chez le duc de Lon ame, cueillir un bouquet pour le roi; j*ai compté sur vous et vous ai choisis pour que vous m'aidiez à le rapporter digne de uoiie généreux prince.
A ces mots, la joie éclate sur les vidages, et la petite troupe s'éloigne de la ville.
Deux heures cependant s'écoulent; la jeune princesse se retire dans ses appartements. Le roi demande Turenne pour le conduire lui-même dans la chambre nuptiale, mais le vicomte chevauche sur la roule de Lorraine. Des hommes parcourent toutes les parties du château, pénètrent dans les étages supérieurs de la tour des Pi inces et de celle de Jamets, dans les souterrains et dans les quartiers de la garnison. Personne ne découvre la trace de Turenne. L'alarme se répand dans le château, la plus vive inquiétude se peint sur tous les visages, les d ni si s boui suspendues et le son des instruments cesse de retentir.
La jeune princesse, dans l'âme de laquelle personne n'osa jeter l'elTroi, soupçonne bientôt l'absence de son époux. D'affreuses images la poursuivent au milieu du silence de la nuit; elle croit voir le corps ensanglanté de Turenne surpris par les ligueurs, la ville de Sedan elle-même tombée sous la do*
mkmÛÊa éê m etSMus. L'aurore eependaal pantt; de noblfl» pepsonmgM se rendent dans ta chambre pMr lui idreMor quelques paroles de consolalion» maia U piiivre ChsriQlte» troublée par de lugubres visioos, fond en broies* lorsque tout à coup ia yoix du duc retentit dans les vastes eorridors du cbâteau. A la douleur succède la joie, mais uot joie si vive que la princesse tombe évanouie dans les bras de ses suivantes. Turenne, à la vue de son épouse, se reproche la Iry-èrcté de sa conduite, les alarmes qu'il a répandues dans le cliàteau. La piincessc icvicnl cependant à elle; Tureiiue lui a^piend qu'il s'est emparé de Stenay dont il lui montre les clefs, et ajoute, en protestant de sou atfectioo, qu'il D'à gardé le seciet que pour offrir un présent plus agréable au roi.
Lo vicomte se rend, quelques minutes après, dans les appartements de son monarque, et iva présente les clefs de Steaay. Henri IV, qui ne s attendait niûtement à ce cadeau sîa* gulier, l'accepte avec joie.
— Venlre-saint-gris! s'écrie-t*i!, je serais bientôt miilre de mon royaume, si tous les nouveaux mariés me fai^aieat de pareils présents de noces!
Henri IV ne séjourna pas longtemps au château de Sedan. L escorte d'élite qui l avait accompagné brûlait du désir de combattre pour lui, et les troupes sedanaises voulaient lui prouver qu'elles étaient dignes d'être commandées par un prince valeureux. Le roi profita donc de ces bonnes dispott* tÎMS pour s'emparer de quelques places (1).
(r> Hittobv de faneimmpriH^paiM ét StOan, par I. FerrvD»
LA BIDLË DE SAIH 6EBMBD A LÀ BlilLiOinEQLË D£ IRÛ\£S.
Parnii les inanuserite précieux que possède la Bibliothèque de troyes, on doit surtout citer la célèbre Bible de saiot Bernard. L'écriture de cette Bible apparllenl réellement a«i xii* siècle, et des témoignages authentiques prouvent qu'elle fut la propriété de celui qui fui le dominateur deaon époque. L'inventaire de l'abbaye de Clairvaux, dressé par onlie de Tabbé Pierre de Virée» et résumant les autres en 147â« termine le numéro qui concerne ce livre pn'cieux par ces mois : CeH h Bible de Minueigneur iainet Bernard (1). Lorsii l'on ouvre cette Bible et qu*on en parcourt le premier volume, on est froppé de voir sur toutes les marges les traces irrécusables de longs travaux. Or, qui ne sait que l'illusli^p docteur dû xii* siècle ne se nourrissait que de la Bible et ne se désal* térait que de l'Evangile» selon la belle expression de son premier biographe? Ouvrez le Cantique de$ eatUique», opuscule de deux feuillets dans le manuscrit, et il vous semblera voir encore attachée la main vénérable qui les a usés, lorsque l'ange terrestre du xu* siècle puisait quatre-vingt-six sermons dans l'œuvre admirable de Salomon.
La Biblç de saint Bernard est un in*foiio de 32 centimètres de hauteur sur 24 de largeur, et se compose de deux volumes dont le premier comprend 2t>l feuillets, et le second 254. L'écriture est une minuscule régulière, sur deux colonnes, avec des initiales peintes, quelquefois dorées et historiées.
(t) Ai8... item uoe aoltre Bible très* belle et bien escripte, Bible en ii moyens volâmes. Laquelle Bible est trcs-bieii cnlu-
minée, et en rnargoy sont «ig^uoes les leçons que on lisl en ré;iti<ie, et (lil-on que c est la Bible de Mou8. saiucl Uciaenl. hiàiiothèque de Troyss, manuscrit ii99.
Cette Bible comprend : la Genèse. l'Exode» le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome, le livre de Josué, celui des Juges, les quatre livres des Rois, Isaïe, Jérémie, Baruch, Elzéchiel, Daniel, les jielils Picphètes, les Psaumes, les Proverbes, rEcclësi.i^tr', le CaiiUque des cantiques, la Sagesse, l'Ecclésiastique, Job, les Paralipomènes, lelivir d'Esdras. le livre de Néhémie, celui d Esther, de Tobie, de Judith, les deux livres des Machabées, les quatre Evangiles, les Actes des Apôtres, l'Epîlre de saint Jacques, les deux Epîtres de saint Pierre, les trois Epîtres de saint Jean, celle de saint Jude, les Epîtres de saint Paul et l'Apocalypse.
Sur le recto de la garde, au commencement du premier volume, vous pouvez lire ces mots écrits en caractères gothiques du xm» siècle :
Pars prima Bihlie bealï Bcrnardi, ahbafis Clarevallis.
Celte inscription se trouve [v\ic\>^e au-dessus en minusculns. Au verso de cette garde, six lignes alternativement rouges et noires, en lettres capitales, servent de titre à la lettre de saint Jérôme, qui conjmence à la page suivante. Dans la lettre F, initiale de cette épître, saint Jérôme est représenté sur un fond d'or, assis sur un siège pliant, revêtu d'habits pontiticaux, la mitre en tôteet travaillant sur la Bible ouverte devant lui. Plus loin 11, première lettre de la Genèse, occupe toute la hauteur de la page et renferme quatre petits tableaux représentant la formation de l'homme, la naissance de la femme, la désobéissance de nos premiers parents, et leur expulsion de l'Eden.
Le premier volume contient 21 lettres historiées, et le second 45. La sainte Trinité est représentée deux fois; le Père occupe le dernier rang, et le Saint-Esprit le premier. Maie on sait que eette disposition est celle qu'on remarque sur les vitraux sur lesquels les légendes se déroulent de bis en haut (1).
(I) JiAiMim 4$ la Soetàé d'Àgrtonttuns ém Sdeneet, Arts et Mif-Ieffrff ifol'Mf, t. XI, 184t-tM3.
Telle est cette Bible si précieuse par la sainteté de celui qui l'a pnssddée, et dans laquelle il puisa cette force qui en fit un des hommes les plus éminents du chrisliâflisme. Dijon longtemps s'est vanté de posséder le bréviaire de cet illustre abbé, mais un archiviste distifigué a àémairù l'absurdité 4e cette prétention (1).
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m mn libéral l\ mmu lU m siècle. '
. Paraii Ips nobles soigneurs qui nwivernèrent GhaiDp&^ne, iul ne fui plus libéral t^ae le bon Henri l*' surnommé ie Laf|;e. 11 fonda, ditron, lant d'églises et'dotâ tant de ^ttvMila souvent ses coffres restèrent vides. ÎA^m it* panit que sès officiers n'imitèrent point son noble exemple, et qii^, leèi de répandre des largesses, ils amassaient de beaux 'deniers pour •acheter de vastes domaines : témoin cet Artaut 'i|iii^fit élever le superbe caste! qui porte son nom, et dont la enpidilé était même encore proverbiale au temps de J(»invdle. ^ ' »
Un jour, le comte Henri descendait de son palais pootP' ae rendre à Saint^^tienne, où cbaque matin il aseiat^tît ii^la meftab, lorsqu'un pauvre gentilhomme; ' accompagné do sev'^ieiv •filles^ vint se mettre à genoux- devant lui. Le noble cOÉite, ;qui ne s'attendait nullement à eedSe singulière visite^ .é'apféle et demanda au geutilhomme ce qu'il veut. • ■
Sire comte, balbutie celui-ci, je viens; voua pner de
(1) Mimoini d$ ta Société Acadimiquê de VAtite, tS -ei 16,
Pii^ eurieusês et inédites relatives à l'iùsU^rt de l'abbaye de Cïairvaux, (Bibliopbilo de i*Aube, lit lit raison, pag. 1850. Trojes.
me donner quelque chose pour que je puisse marier mes deux filles qui sont devant vous.
Ai'taut, qui marchait derrière le comte, se récric contre l'impolitesse du gentilhomme, et lui di'clare que son souverain a tant distribué d'aumOnes qu'il ne possède plus uo deoier.
— Par saint Etienne, mon glorieux patron ! reprend vivement Henri, tu en as menti, sire vilain! Il est bien vrai que mes coffres sont vides» mais je puis encore donner.
— Monseigneur, ajoute humblement Artaut, je sais que vos domaines so&t vastes et que vous recieTez de beUes sommes, mais...
— Tais-toi, s'écrie le comte, touché des larmes des jeunes filles que cette étrange scène émouvait, tu seras chargé de doter celles qui sont devant toi, et si tu ne veux pas délier les cordons de ta bourse, ce gentilhomme saura bien te châtier de ta cupidité, car dès ce moment tu deviens son homme. A ces mots, le pauvre suppliant se relève, saisit Artaut par sa chape, et ne le délivre de ses étreintes que lorsqu'il consent à lui bailler cinq cents livres. (1)
Un autre jour, Henri voulut tenir cour plénière et recevoir les chevaliers, les dames et les écuyers de tout son voisinage. Le sénéchal eut donc l'ordre de ne point fermer les portes ce jour-là, et de dresser beaucoup de tables chargées de mets. Artaut obéit, mais en murmurant bien bas et en blâmant la prodigalité de son maitre. CJuMum s'était mis à table et savourait les excellents mets, lorsque parut un bouvier qui revenait des champs et dont les vêtements étaient fort négligés. Cet homme s'approche du sénéchal et lui demande une place pour prendre part au banquet. Artaut, dont la mauvaise humeur était excitée par les largesses du comte, allonge de toute sa force un coup de pied au pauvre homme, et le prie d'accepter
(1) HUUkn dê S. £oyff, rof dê F^ramê, par Jehan, «irv dâ JMnvittê, l^ari», 1830, ta IS. T. I, pag. fSî, Bibliothèque chobieMoa la dlioetlOD de M. Lavrtntie.
ce siège. Le bouvier se récrie ; le sënëcbal, craignant les reproches de son souverain, fait asseoir le manant, et lui sert
Bitiiiùl au s|)lendide festin succèdent des divertissements variés. Le comte fait entrer dans une immense salle des ménétriers et des jongleurs, et promet sa belle robe d'écarlate à celui qui excjtera le plus bru vaut éclat de rire. Les jeux et les loure commencent, la salle retentit de joyeux cris lorsque paraît le bouvier Uaoul, serviette en main et le sourire sur Ils lèvres. Notre bomme s'approche du sénéchal qui se trouvait derrière le comte, et lui lance un tel coup de pied que le pauvre officier tombe. A cetle vue, les gens du palais se précipitent sur le vilain, et veulent l'emmener pour le châlier de son insolence lorsque le comte i interroge lui-même et lui demande le motif dd sa brutalité'.
' — Monseigneur, répond Uaoul, des gens m'ont dit que vous aviez invité iows vos serviteurs et sujets à faire aujourd'hui bonne chère. Je me suis rendu à votre bienveillant appel; mais n'ay.uit trouvt^ aucun siège, j'ai prié votre sénéchal de m'en piocurer un. Cet homme fort poli m'a fait présent d'un coup de pied en me disant qu'il me prêtait celui-là. Je n'ai pas voulu devoir quelque chose à votre sénéchal, je lui si rendu son siège, parce que, quoique pauvre, j'ai de la conseienoe.
 ces mots, le comte et les spectateurs se mirent à rire si fort que la robe fui adjugée au bouvier Raoul, (i)
(t) tei Fabliaux du motfen-âge coliigés par i. Loiteau. Paris, 1848, ptg. 14.
quelques mets.
umi cBuni, nmm k lu^a-m
Au temps nù les bandes farouches des Vandales renversaient les basiliques et 1rs lieux cnnsacr(<s au Seigneur, sur la colline qui dominait Segessera (\), vivait une jeune fille d'une exquise beauté, nomuiée Germaine. Une pureté angélique resplendissait sur les tuits de cette vierge pleine de vertu. Un saint piOtrc qui vivait sur la montagne l'engageait fréquemment à fouler aux pieds les plaisirs fugitifs de ce monde. Se conformant à l'instinct de son âme et aux conseils de l'homme de Dieu, Germaine offrit au céleste époux Ibumbla hommage de son corps et de ses sent. Dès lors la céleste fianc<^e se préj aralt par tes jeûnes et par les prières aux noces éternelles de l'Agneau. Seule avec son vieux père, veuf de« puis longtemps, la jeune enfant fut privée de bonne heure du doux nom d*une mère. Mais son bon père, homme d*une rare piété, versait dans son âme tout ce qu'il y avait dans la sienne de foi vive, d'ardente espérance et de généreuse charité. Elle se plaisait à aller puiser à ta fontaine qui depuis a reçu son nom, une onde pure pour Tusage des autels. Chaque jour, elle portait au saint prêtre de la montagne l'eau nécessaire pour le culte divin (2).
Plus tard, lorsque la piété publique voulut ériger sur la montagne une basilique à saint Etienne, premier martyr, Qernaio» fsuliPt y eoptribmr selon ses laib&es forces.^ On la vit fournir aux travailleiirs autant qu'elle pouvait Toio qui leur était nécessaire. L'art Ta représentée tenant dans ses mains deux vases, touchant emblème du soin avec lequel elle remplissait l'auguste fonction de pourvoyeuse des autels. Les
(1) Bar-fur-Aobe.
(«} BitMn dê uîniê Germainê, vkrgê §t martjfn, ptUroÊim 4» Bar'iur*àube, par Knile Blauplgnon. Troyes, I8S8.
vieilles chroniques se complaisent môme à loi donner le nom de Diaconesse. La basilique achevée, Gei maine travaille à étendre le royaume de Dieu dans les âmes. Elle embrase Honorée sa jeune parente des feux sacrés dont elle est consumée. Ces deux sœurs de la terre traversent souvent les sentiers champfMres qui séparent leurs demeures, s'excitaot mutuellement à la pratique des vertus chrétiennes.
Un bruit sinistre se lej/asid bientôt dans la contrée; les Vandales, dévastant les villes et les bourgs, arrivent au pied des murs deSegessera. Quelques-uns môme se reposent sur les rives de l'Aube, près de la montagne. Germaine venait, selon sa pieuse coutume, puiser de l'eau à la fontaine qui jaillit du flanc de la colline. Les barbares raperçoivent et se précipitent sur celte innocente proie pour assouvir leurs passions et leur cruauté. Mm> h vertu d'en haut, qui resplendit sur l'auguste front de l liuuible fille de Bar. arrête ces liomniôs indomptjiblp?. l'ieiitcH tout est employé, tout est mis en œuvre pour rîii jclier la chrétienne à s?i foi, la vierge à son vœu. GejuKiine se rit des menaces et niéju ise les promesses. La fureur éclate sur le visage du chef de ceUe Iroupe ieroce, Germaine élève ses yeux vers le ciel, et puise dans une fervente prière une force surnaturelle. Vaincu par cette jeune fille, le tyran prononce une sentence; des sjleilites entraînent Germaine, qui loue le Sei^^neur de ce qu'il a bien voulu conserver îa fleur de son innocence, et de ce qu'il a daigné la faire triompher du tyran. Le glaive se lève sur la jeune vierge, sa tête tombe; mais sa belle âme prend son essor vers les cieux pour s'unir éternellement à son divin époux.
Dès que sa tôle fut tombée, disent les actes do son martyre, les bourreaux s'en allèrent rejoindre letu- chef, vomissant de ^^rossières injures contre leur innocente victime; mais Dieu perîiiit que Germaine poi lât elle-même un assez long espace sa tète vénérable, et qu'elle s'affaissât doucement, semblant attendre une sépulture chrétienne.
A la nouvelle de cette glorieuse mort, l'homnie de Dieu et les fidèles de la montagne, tout en larmes, coururent vers le précieux coi ps de leur chère concitoyenne, le recueillirent avec
amour et l'ensevelirent religieusement dans la basilique de Saint-Etienne, dans les lieux sanctifiés par les vertus, le zèle et les prières de la vierge. Ceci se passait le 19 janvier 406(1).
Longtemps après, l'église de Saint-Elienne menaça ruine; les clercs et les fidèles, porlaril le chef réxévé de leur patnmne, nllèrent solliciter des aumônes dans les bourgs voisins. Les malades et les infirmes qui recoururent à la proteclion de sainte Germaine liirent guéris. Deux fois au xi* siùcle l incendie se relira même devant la relique sacrée. Des religieux Béuédiciins de Sainl-Claude vinrent s'établir sur la montagne pour garder les précieux restes de la sainte. Simon, comie de Crespy, de .Mantes et de Bar-sur-Aube, lit élever une vasie é^:lise dont Hegnard, évêque de Langres, vint luimt^me faire la dédicace, le premier dimanche de mai 1073.
Le voyageur ne trouve plus aujourd'hui sur la montagne qu'une humble chapelle, quelques pans de murailles et quelques pierres dispersées. L'église et le monastère, tout a disparu, jusqu'aux saintes reliques de Germaine, brûlées en 93, et dont d ne reste que de faibles parcelles conservées dans les églises de Bar-siu-Aube et de Proverville. Mais ajoutons que le nom de sainte Germaine vit encore dans le cœur des habitants de celle contrée, et que de temps en temps des pèlerins vont invoquer ilans son humble chapelle la pieuse vierge, proclamée depuis bien des siècles la patronne de Bar-iur-Aube.
(1) Bibliothèque Impériale. Offiehm êonUa Gtrmamm, ii* siècle. «
LES am JOUIS de tboies.
L'origine des Grands Jours de Troyes, nommés quelquefois de Champagne, remonte ù la dtM niôic moilic du xiii^ siècle, lorsque les comtes de noire province étendaient leur puissance sur une noblesse brillante, et propa'^eaicnl au loin leur renomiïiée. La cour des Grands Jour?, siégeant lonjonis à Truyes, dès Tan 1234, se composait de notables personnages, tels que le seigneur de Gi^ncey, le trésorier du Poitou, des frères de la milice du Temple, Tévêque de Sealis, r;uchi«(iacre de Chartres et le doyen de Sens. Le sénéchal de Champagne semble en avoir été le président. Instituée pour réprimer la turbulence des grands vassaux, celte cour protège fortement les faibles contre leure oppresseurs, et force les seigneurs à se d(unier l'assurance qu'ils ne se nuiront j)oint. De gros g^iges sont âcconléi à ceux qui tiennent les grands jours; le séné chai de Champagne, Monseigneur Jean de Joinville, ne reçoit pas moins de 40 sous par jour en 1284, somme énorme si l'on se rappelle qu'on architecte de la cathédrale de Troyes ne gagnait, en 1580, que 25 sous par semaine.
Les rois ne suppriment point cette sage institution, lorsque la Champagne entre dans leur domaine; mais le Parlement de Paris peut réformer des arrêts rendus par les maîtres des Grands Jours, choisis depuis cette époque parmi ses membres. Ceux-ci, accompagnés d'officiers subalternes, d'un chancelier, et surtout de notaires pour expédier les lettres, se rendent chaque année de Paris à Troyes. et y proclament, en présence des sept comtes pairs de Champagne, les volontés royales traduites en fortQe de lois ou de règlements pris par les délégués du souverain. Le 31 octobre 1535, nous las voyon» même rendre un arrêt concernant les saillies, étaux et auvents, qui doivent être supprimés dans la ville de Troyes, et interdire toute réunion aux maçons et aux charpentiers qui excitent
quelque trouble. L*iQ 1583, cette briHaute eoar, présidée par M. de Mersan, oooseîller d'Elat, oempte parmi ses membrra Elienne Pasquier, ooble et digue fi^re du xvi* sièele, dent les écrils noua révèlent rafifeetton dont il honortil Pierre Pithou de Troyes, Amadis Jamyn de Cbaource et quelques autres Champenois (1).
Avec Louis XIV, llnstllution des Grands Jours ftat eoraplèlemeot abandonnée, parce que la noblesse féodale, affaiblie par LounXJ et décimée par Richelieu, avait rendu le dernier Bouptr.
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llolf«-lhiBM^«*€liên«, pvte
Beaucoup de gens qui se qualifient d'esprits forts ne croient pas aux différenles apparitions de ia sainte Vierge, et se récrient lorsqu'on leur parle d'une statue ininiculense de celle que tous les siècles ont proclamée la aenlé àeê tii/Srmea et le refuge des pédienrs, Â ces hommes superbes nous dirons que notre poétique Champagne compte plusieurs Notre-' Dame merveilleuses, et que le temps des pèlerinages revient. Les grâces nombreuses obtenues au pied d'antiques statues ont révélé la toute-puissance de Marie, et le nombre des pè> lerins du xu* siècle atteste que les âgea qui nous ont précédés marchaient dans la voie du véritable progrès.
Pamii les Notre-Dame célèbres de la Champagne, noua citerons d'abord celle que tous les habitants du département de l'Aube visitent sur la montagne qui couvre Bar-snr-Seioe i
(1) Recherchu nar les Grandi Joun de IVoyst, par M. Boutiol. Troyes,
l'occident, et qu on aj»pellf Notre-Danne-du-Chêne. La Iradiiion rapporte que, dans un cliône, des bergers découvrirent une statue de la sâiale Vierge, et que les fidèles, attirés par la vertu puissante de cette image, formèrent avec quelques àibu's il ouiLUils untj petite chapelle suffisamment close pour abriU 1- ceux qui venaiiul rendre honmia;i' à la reine des cieux. Il paraît môme que le clergé de B;ir-^ui -Seine voulut un jour transporter dans sa belle église l imnge de Notrc- Daine, ui.iis que celte iuiagi^ disparut de l'église, et se retiouva sur le chêne où les bergers l'avaient découverte. Quoiqu'il en soit, les pèlerins fréquentèrent la verdoyante chapelle, et obtinrent des faveurs si grandes que, dès 1GG9, l'administration municipale de Bar->ur-Sf'ine demandait la concession du teriain pour élever un édifice. M;idt luoiselle Anne-Marie- Louise d Orléans, comtesse de Bar-sur-Seine, s'empressa de permettre l'éreclion d'une chjpelle dans ses bois, à condilion « de n'abattre ou fane aucun dommage. •
L'édifice s'éleva rapidement; le 8 septembre de cette m^me année, les jiMerins nccoururent en si griuid unnibre, que plus de six mille s'ag"no;iil!èi eu! autour de la clini)elle (1). Des crosses et des béquilles suspendues aux murailles sont les preuves les plus sensibles de l'intereesMou de Notre-Damedu-Chêiie. Lefrançois, homme peu fanatique, raconte même que, le 25 juillet 1758, « les blés germaient sur pied, et que la désolation s'était répandue partout. L<*s habitant-^ de Bar-sur- Seine sortirent de leur église et se rendiient [trocessionnellenient à Nolre-l);ime-du-Chêne, sans md smici d'une phiie qui dévastait les campagnes. L'abbé Aulrnnd avait à peine descendu !a Vierge sur l'autel que le temj)s redevint serein. La récolte fut abondante, et tous ju dclnmèrent, les larmes aux yeux, hi puissance de leur bonne D;ime. » Ou dit que LouisXI vit cette saillie statue ; mais il est certain que l'empereur d'Autriche, François H, visita la chapelle en IHLi, et qiie les parcelles du cliêoe miraculeux qui se donaeat en grande
(1) Amuta^e de l'Aube pour 1859, p. 1.55.
quantité ne diminuent nullemeni le volume de cet arbre qui compterait, dit-on, près de sept cents ans.
La chapelle de Notre- Dame-du-Chêne est un modeste sanctuaire précédé d'une galerie. Un retable dérobe le chêne à la vue des fidèles, et ne laisse voir ù travers un grillage que l'image vénérée. Espérons qu'une église s'élèvera plus tard sur cette montagne privilégiée, et que le ch(^ne monument?! sortira de son obscurité. Ajoutons que des vitraux ont été donnés au xyii** siècle par de pieux personnages représentés à genoux. On y lit encore le nom de M*Henault, qui ùl res- / taurer la sainte chapelle (1).
B^'aucoup d'hommes convoitent des titres de noblesse, achètent d immenses propriétés pour conquérir quelque gloire; mais combien dédaignent l'honneur de léguer aux siècles Qn éciataot témoignage de leur foi {Mir le doo d'une verrière!
(1) Le Pèlêrin de Notre- Dame-du-Chêne à Bar-sur-Seine, par M. Tridon. Bar-tar-SeiiM, ia57. HWoln ét Bm^mr^êku, par L. Comant, T. It ptg. S<t6. Bar-aar-Seine, 1855.
HolM-lInM-M'BpiM, prit CkÊUmê^tmfMmmm,
Plus célèbre, Noir e-Dame-de-i Épine doit également son
origine à la (découverte d'une merveilleuse statue de la sainte Vierge, qui manifesta sa présence dans un buisson d'épines par une éblouissante clarté. On sait que Dieu se communique surtout aux simples, et que des bergers eurent l'honneur d'être convoqués les premiers au berceau de l'Enfant-Jésus. Pourquoi s elunner si de pauvres pasteurs sont appelés dans les siècles du christianisme à conslater la miraculeuse présence de Marie? Aperçue des villae^of? voisins, ta vive clarté qui s'échappait du buisson d'épine* attira bon nombre d'habitants avec leurs curés; la statue merveilleuse fut solennellement portée dans l'humble chapelle d un petit hameau uépendant de la paroisse de Meletle, oii des pèlerins accoururent de toute la Charfipagne, versant aux pieds de Marie de grosses offrandes pour lui élever une église digne d'elle. Ceci se passait en 1400, c'est-à-dire dans un temps où les Anglais commençaient à piller le beau rt»}aume de France, quelques années avant la deaience du pauvre Charles VI (t).
Un habile architecte anglais, nommé Patrice, fut chargé de la construction de réilifice, et s'engagea pour la somme de SIX cents francs à bâtir le portail et les deux tours. Les pierres, le bois cl les autres matériaux furent fournis ou transportés gratuitement par les habitants de Mek Ile et de Couftisols, de sorte qu'en 1429 le portail et l'une des tours étaient achevés. Patrire, qui venait d'apprendre le sacre de Charles VII et les exploits de Jeanne Darc, s'enfuit avec l'ai^ gent qu'il avait reçu « pour la conf'ction des deux tours. » Le roi de France offrit aux marguiUiers une somme consi-
(1) Mémoires historiques de la province 4$ Chan^^agmf par Baugier. T. I, p. 271. Ghàloos» ilU,
dërabl6 svee laquelle s'éleva la seconde tour dont le clocher fut surmonté d*one couronne royale. Les travaux furent bîeotdi continués jiisqu'à la chapelle de Saiat^Jean, c'est-^-dlre» jusqu'à l'endroit même où la miraculeuse statue avait manifesté si merveilleusement sa présence. Pierre Robert, religieux de l'abbaye de TouasainI de Chêlons, et curé de Molette» obtint la translation de son église dans celte de Notre-Dmii»de-V Épine; ses paroissiens l'y suivirent avec empressement, et fondèrent en quelques années le village de TÉpine (1).
Des pMerins plus nombreux encore vinrent dans celte nouvelle église. La ville de Châlons et Verdun lui donnèrent de précieuses rriiqiips , et le duc de Lorraine fournit les cloches. Louis XI, qui, dans la prison de Péronne, n'avait pas oublié sâ puissante protectrice, se rendit à Cliâlons en 1472, et visita Notre-Dame-de-rÉ[Mne, sur l'autel principal de laquelle il déposa lui-même douze cents écus d'or. Celte belle église fut achevée vers l'an 1529, par un h;ibile architecte, Antoine Guichard, qui se qualifie du m nli ste titre de maçon. Des bourgeois de Châlons la décorèrent •j'admirabies verrières dont quelques-unes portent encore le nom des pieux donateu'-s. Les seigneurs de ChiUillon, plus tard, entreprirent de détruire l'église que visitaient chaque année des pèlerins accourus de toutes les contrées ; mais ces mécréants furent repoussés par le seigneur de Courlisols, auquel s'étaient joints les jeunes ^^^ns des villages voisins. Les verrières furent seules eniliuii[i);ii;eps, â l'exception de celle qui représente l'histoire merveilleuse de iSotre-Dame-de-i'Epine.
Semblable à la délicieuse basilique de Saiot-Nicaise de Reims, l'église dont nous venons de parler excite encore de DOS jours l'admiration des étrangers. • C'est une surprise étranj^e devoir s'épanouir superbement dans les champs, qui nourrissent à peine quelques coquelicots étiolés, celle splen*
(1) Bitai cArofwlofjjiis tt italMIqu» du canton iU CMUnu, par K» Chalette, pag. S5.
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dtde fleur de l'architecture gothique (1). On sent que, sur l'emplacement de cette cathédrale» sans ville, sans village, sans hameau pour ainsi dire, de merveilleux faits ont dû s accoinplir, et que la foi seule, recomiiiissante de quelques bienfaits, a lancé ces tours mystiques vers les cieux. Le portail av^T. ses trois veiLibules étale de ravissantes scuipture» et de spleudiiies scènes de l'Evangile, Le nïiracle de la statue y est représenté dans tous ses détails, depuis les agneaux, attirés par un instinct merveilleux vers le buisson, jus(|n"aux bergers timides, qui viennent déposer leurs hommat^ts aux pieds de la reine du ciel. Roses, galeries à jour, fenêtres oU" vragées, Nolre-Dame-de-rEpine porte l'admirable empieinle des siècles qui l'ont élevée. Ornée de soixante et une verrières, ffiin jubé, de sept belles chapelles, celte majestueuse basilique offre aux regards du touriste des pr iii^onillps pîuticulièi ement conijiliqnées, et représentant les pèches capitaux ou quelque.s laides figures (2).
Notre-Dame-de-l'Epine n'altire plus les pèlerins de la ChamjiaG;rio, mais ses scul(itiii>'s et ses verritMes indiquent encoi'e soii ()riL:inp; son jute poile la rau'aruleuse statue de la Vierge nérouverto dans un buiï«soa par li s bergers. Ces souvenirs inelTaçjbU's exciteront bientôt la pieie des fidèles, et de toutes les bourgades sortiront de fervents chrétiens qui proclameroat partout la puissance de Nolre'Dame'de'l' Epine,
(1) Lettru sur le Ehin, par Victor Hugo. T. I, p. 57, în-lî.
(^) Deicriptùm dé ^o(re-XlaiiMHi«4'£j»éiM, p»r P«villou-PiérMyi de Aeims. ChàWiM, iS25. \
m mi K mm.
Quatre villes se sont vivement disputé Ip berceau de Colbert, l une des fjloires du siècle de Louis XIV : Paris, Troyes, Reims et Hethel prétendent que ce génie fécond naquit dans l'enceinte de leurs murailles et vous montreraient la maison de ses ancêtres. Il est bien vrai que des médailles et des biographies plaident en faveur de Paris; que des lettres de commerce, des papiers de famille et des« livres imprimé soutiennent les prétentions de Troyes, et que Rethel oe manque ni de titres, ni surtout d'arguments pour appuyer ses allégations. Mais depuis quelque temps on a fait justice de ces prétentions, et Reims seul peut à juste titre compter Colbert parmi les grands hommes qu'il a produits.
Gérard Colbert, bourgeois de Reims au xvi* siècle, épousa Jeanne Thierry» iiile de Oudart Thierry, receveur de l'archevêché, et eut cinq enfants, dont le cinquième fut Gérard Colbert. De ce Gérard naquirent six enfants, dont le second, Oudart Colbert, fonda dans la capitale de la Champagne une - importante maison de commerce, et dont le troisième, Jean Colbert de Terron, contrôleur général des gabelles à Reims, devient l'aïeul de Jean Colbert, si célèbre sous le glorieux règne de Louis XIV.
On a conservé l'extrait de naissance de ce grand ministre que M. Louis Paris a transcrit, mot pour mott lettré ftmr lettre, sur les registres de la paroisse Saint-Hilaire :
« An 1 6 1 9, 29 août. — Ce mesme jou r, Jehan , fils de Nicolas Colbert et de Marie Pussot : parin, Maurice Charles Colbert, conseiller au siège présidial de Rheims, — marine, Marie Bachelier, vefve de feu M. Jehan Colbert (1). >
(f ) JlMwniiafia. Bittarkiln, iégmdu ei tradittenê du pay§ dé XUimt, par L. Parti. Beiint, 1845, in-3S de 4iM pagea, pag. 361.
De documents nombreux compulsés par de judicieux historiens il résulte la preuve absolue que les Colliei t de Pai is, de Troyps et de Relhel, sortent tous de l'arbre fécond dont les racines se perdent dans le sol rémois, et que celle Iduiiile
{Kiisa les premiers éléments de sa torlune dans l'industrie ocale.
La châteaa de Villacerr(t) rappelait encore avant 93 le grand nom des Colbert. dont il avait été le patrimoine depuis l'an 1588. Oudarl Colbert. second tils de Gérard, s'établit à
Tro)cs, épousa Marie Fouict, fille d'un riche épifier, et fonda un établissement considérable dans la rue du Mortier-d Or. Trafiquant sur les vins, les blés et les étoffes, il acquit en peu de temps une brillante [oitune, et posséda, dil-ou, des entrepôts et dt^â cuiiiploirs à Anveis, à Francfort, à Lyon, à Venise, à Florence et dans beaucoup d'autres villes importantes. Marguillier de la paroisse Sainte-Madeleine, il tint quelques anné^'S les registres de cette église {2j, et hérita de son beaupère de la terre de Villacerf, sur laquelle Edouard Colbert, son [jeiit-fils, fil élever un magnifique château que décora Gu^ardon et que détruisirent les Vandales de 93 (3).
mici n iiiiiKi A tm m m,
Bien des gens se plaignent de la lenteur des locomotives, et se récrient lorsqu'ils ne Iranchissent que trente kilomètres par heure, àlais il ne faut pas oublier que jadis, avant l'in-
(1) Aolrefoii SamUlèm^ village situé à dooM Ulonétret da Troyen.
(S) Àrekim dt VÀub9. Registre 886.
(3) Aonaeire de l*Aobe, pour 1886. VÀmgkH9Ul«aud§VitÊttetrf^ pir U. Corrard de Breino, pag . 64.
"v^ntion des voies ten ; os, If^s voyscreurs qui tB dirip:r aient vei-s Faiis nvaienl fait avant de partir leur tiîstameiU, parw que la roule devait être longue et presque toujours infestoe par les ennomis ihi par les voleurs. Hem eux à cette (^poqno qui pouvait revenir s'asseoir au foyer natal et raconter les merveilles qu'il avait admirées sur son passage! Les grands seigneurs presque seuls entreprenaient de longs voyages sans au. cun danger ; mais avec eux chevauchaient des hommes d'armer et de nombreux serviteurs. On a conservé aux archives de i'Aube le compte des dépenses occasionnées par un voyage que Jean de Luxembourg, comte de Brienne, fil à Paris en 1559, pour assister au mariage de Charles 11, duc de Lorraine, avec Claude, tille du roi de France, Henri 11. Le comte emmène avec lui la comtesse, son épouse; leur escorte se compose de trois gentilshommes, de plusieurs pages, d'un aumônier, d'un bailli, d'un fauconnier, d*un receveur, d'un haquebutier (1), d'un reître (2), d'un muletier, d'un charretier, <J un garçon de la garde-robe, d'un sommelier et des femmes delà comtesse. Le départ de Brienne a lieu le mercredi 18 janvier, après dîner. Le comte soupe et couche à Pougy, dans le château construit par ses aïeux, et ne dépense ce jour-là que trente-six sous. Le jeudi 19, il s'arrête à Coclois(3), pour faire ferrer un cheval, dîneù Salon (4), soupe et couche à Sézanne (5). Le vendredi 20, il dîoe à Meilleray (0)> soupe et couche à la Ferté-Gaucher (7). Les chemins sont si mauvais ou si mal tracés qu'il laut preodi e un ^ide. Le comte et les hommes de sa suite voyagent à cheval, les femmes sont eu litières. Jean de Luxembourg dîoe le samedi âlà
(I) Hapuhaier^ soldat armé d'une arquebun.
(S) Haftrf^éaTalier allemand.
(S)'AaVe.
(4) Aube.
(ft) M»riie.
(e) Seine-et-Marne.
(7) Seine-el-Marue.
Pommeuse (1), Boitpe êt couche à Lagny (2). lendemain, il aiHve à Vimennes, fntend ia messe, et se vend à Paiis ie jour même des noces. Le comte descend à l'hdiel de la Fleurlie^Lys, et ne prend que lo togetnent. Les domestiqués aiibèteat et pr^pai-eni les aliments qu'ils doiN^ent consomma tvec lettre mstlres. Le premier jour de l'airivéc, le souper Se compose d*uo mouton, d'un demi-veau, de trois perdrix, de trois ehapoiiB, de deux douzaines d'alouette^;, de lê:^n)fnes, de deux oranges, de poires, de marrons et d'œufs. Le cent de marrons ne coûte que deux sous et demi, et Ics.deuit oranges, douze deniers. Le comte doit se rendit au Louvre; Madame la comtesse achète une paii'e de pantoufles de velours H •ne paire de grants. MoQsl'tgneuî Jean de Luxembourg tra< verse la 8einele 4 février, snr nne petite barque, pnie le Watetier, et se présente pour la premièie fuis devant Henri IL Le lendemain, les portiers > de chez le roi » reçoivent de lui <inatre livres cinq setis. Le 6 février le comte veut sans doute briller à la ootir, ses doaestiqoes mettent poor un sbu de graisse sur ses bottes.
Madame ia omtesse, qui habite rbôtet de la Fleur-de-Ly<, «ittiésur la rive ganche de la Seine, dedeend le 7, dans un balemi, et traverse te fleuve pour se irendre au Louvre avec son époux. Leur visite se prolonge dans la nuit, car il ne fout pas moins de denx torches pour ramener Madame à son higis.
Le lendemafii, jour des Cendtes, le dftief se compose de soles, de brochets, de carpes, de harengs, de saumon, « d'huftres en écailles, » de cresson, d'épinards, de chicorée et de bonnes herbes. Le comte fait rabiller la montre de Madame par un horioger, pi donne vingt-deux sous huit deniers.
Le dimanche 12 février, l'évéque de Leçon est attendu à rhôtel de la Fleurde-Lys. Le 80u))er se compose de lam-
(1) Seiue-et'Marae.
(f) Seine*et-Manie.
proies, de brochets, de carpes, de petits poissons t à faiie friture, » d oianges et de bonnes herbes. M. le comte fait taire dans sa chambre, tous les matins et tous les soirs, un feu de fagots pour sou lever et pour son coucher. Les domestiques achètent tout au jour le jour, sans doute par uiesiire d'économie. Leur maître ne boit du vin qu'à ses deux i epas, et mange beaucoup d'huîtres. Le fauconnier veille à ses
oiseaux et se fait payer chaque jour ia nourriture qu'il leur donne.
Le départ est fixé au lundi 18 février. Les chevaux mangent à Yerres (1) ; le comte dîne à Guignes (2) avec ses gens, soupe et couche à ta Bretaulche, près Nangis (5) Le lendemain, il passe 5 Provins, dîne à No^nnt-sur- Seine (4), soupe et couche à Ossey-les-Trois-Maisons (5). Le mercredi 15 février, la vieihë capitale de ia Champague le voit entrer dans son enceinte avec sa iteUle escorte.
Tiois journées et deux Homi-jou ruées suffirent à Jean de Luxh'îiiboui [lour aller de Bnenne à Paris. A son retour, il ne lui fallut que deux journées et demie pour se rendre à Troyes, en suivant l'ancienne route. O voyat^e dura 29 jours, et ne cuiUa que 462 livres li sous 9 deniers, ou 5,000 fr. de notre monnaie. Bien des gens qui ne sont ni grands seigneurs, ni attachés à la personne d'un comte de Bnenne, auraient de la peine à se déplacer de nos joui-s à si bon marché, car Jean de Luxembourg ne dépensa que 170 francs par jour, avec toute sou escorte composée de plus de vingt personnes.
(1) Selne el-Marne.
(2) Seine-et-Marne.
(5) Seine-el-MaiDe.
(4) Auhe.
(5} Aut>e.
ou Von êntei§ne la manière qu'il faut éviter et celle quHl faut euiere en déclarant tes pécfiés au sacrement de confession.
Tel est te titra d*un opuscule de 36 pages, composé par le R. P. Chaurend, missionnaire jésuite, et imprimé ciiez Garnier, de Troyes, avec permission do S mai 1724. L'auteur dépeint habilement le pénitent grossier qui ne dit rien, le pénitent rusé qui cache de gros péchés, la pénitente qui parle sans nul souci du temps, et celui qui se confesse sincèrement. Rien de plus comique ét de plus réel que le troisième dialogue du Père Ghaurend; on sent que ce bon prêtra a voulu stigmatiser ces bavardes qui voudraient ne point voir dans le confessionnal le bain salutaire qui doit purifier notre âme. Le lecteur nous saura peut-être gré de le publier, parce qu'il sera convaincu que dans les siècles précédents les ministres de Dieu se sont toujours montrés dignes de leur mission.
La pénitente. — Bon jour, iwon père, et bonne fêle; comment^vous portez-vous?
Le confesseur. — Dites votre confession.
La pénitente. — Mon père, je suis une pauvre femme veuve, chargée d eiilani:, et de dettes; je n'ai ni ami, ni abri; tel aie doit qui me demande : ali! mon père, prêchez pour les femmes veuves, et vous gagnerez des œuvres de miséricorde.
Le confesseur. — Combien y a*l-il que vous n'avez été à confesse ?
— 4! n'y a pas fort longtemps, car, Dieu merci, j'ai coutume de me confesser souvent, depuis que j'ai otn dire autrefois à un prédicateur que nous devions toujours nous tenir prêts, parce que nous ne savons ni le jour, ni l' heure de la mort.
— Dites-moi doue vitemeot combien il y a de temps.
— Je vous dirai, mon pèrp, que j'ai coutume de me coafesser, s'il plaît à Dieu, tous les premiers dimanches du mois, toutes les fêles de Noire-Seigneur, de Notre-Dame et des Ajjùtres, car je suis de la confrérie du [losaire, du Soapulaire, du Cordon et de beaucoup d aulies.
— Dites encore, si voii» le VQiikï^ (^>ui3 qfmd. yau« vous ^les confessée.
— Vous saurez, mon père» que je voulais me confesser dimanche passé; mais il me survint tant d'emban as à h maison que je ne pus m'en dégager, et j'eus même bien de la peine d'entendre !a dernière messe : si on ne l'eût dite un peu plus Uni que de coutume, je cruis que je Taurais perdue.
— Ne voulei-vons pas me répondre t En un mot, combien il y 8>t-tl que vous vous êtes confessée ?
— Il y a un mois tout juste, car c'était le quatrième jour du mois passé, et nous sommes au cinq du courant : or, écoutez, mon père, et vous trouverez que...
— G*esl assez, ne parlez point tant et dîtes-moi un peu
vos péchés.
— J ai un enfant qui esl le plus méchant garçon que vous ayez jamais vu; il jiue, il bat sa sœur, il fuit l'école, il me d(Mi)be tout ce qu il peut pour jouer, il suit de méchants fripons; l'autre jour, en couiaiil, il perdit son chapeau, enfin, c'est un méchant garçon. Je vtMix vous l'amener alîu que vous l'endoctriniez un peu, s'il vous pla^ît.
— Dites-moi doue vos péchés.
— Mais, mon père, j'ai une fille qui est encore pire ; elle esl opiniâtre, elle ne m'obéit jamais, je ne puis la faire lever le matin, je l'appdle cent fois : Calherine. PlatVil» ma Ulèra*
— Lève-loi promptemeni et descends. J'y vais, elle ne bougo,
— Si tu ne viens pas, tu seras battue^ Elle s'en moque. Ouaod je l'envoie à la ville, jo lui dis : reviens promptement, neV^niuses point. Cependant, elle s'arrête à toutes les {Mrtei comme Tâne du meunier, elle babille avec tous ceux qu'elle rencontre, et quand elle me dit cela, je la bats; fais-je bioUi mon père, platt-il Y
— Ditê&*o)oi donc vû$ ^cl^, ei non pas ceux de vos
enfants.
— 11 se tiouve, mon père, que nous avons en notre rue unp voisine qui est la plus méchante de toutes les femmes ; elle jure, elle querelle tous ceux qui passent ; personne ne la peut souflTrir, ni son mari, ni ses enfants, cai bien souvent elle s'enivre, et vous me direz, mon p^re, (pielle est celle-là?
— Oh! gardez-vous bien de la numiui^r, car, à la confession» il no fa 11! jamais faire connaître les personnes dont vous déclarez les pochés.
— C'est eello ci qui se vient eoiifes:>er après moi i grondezla bien, cm vous no sauriez lui en trop dire.
— Taisez- vous donc, ne parlez que de vos péchés, et non de ceux des autres.
— Vous saurez, mon père, qu'un joiir je me levai de bon matin pour m'en aller au m«iiché ; j'appelle ma voisine, plaîtil, voulez*vous venir au march(^avec moi? — Port voloniieirs, dit-elle; altendez-moî. — Yenez*dooc vite. — Attendez*moî, tout-à rheiire. Nous allons donc ensemble à la boucherie ; je voulais acheter de la viande, on me voulait donner tantôt de la brebis, car je la connais fort bien, et cela n'est pas maUisé à connaître, tantôt un endroit où il n'y avait que des os, je n'en voulais point prendre; car mon père, nous avons des bouitliers, que Dieu sait, prêchez bien contre eux, Ils n'ont point de conscience.
— Ahi dites-moi vilement vtUre pe'ché.
— Tout maintenant, mon père. Gonime je vis que je ne pouvais pas trouver mon ooMple à la boucherie, J*allai k la poiasoiHieFÎA ache|«r des carpes; on me les voulait vendiie donne sous la jiiièee, encora elles étaient tonles poivries ; qo» ditps-vous de cela, mon père? N'est-ce pas uo£ honte? Nous n'avons point de police en cette ville.
— Laissez-moi toutes ces l)islonette&, et ditO« vos piâchés. ^ fib l»«o, mon itère. {Mur couper oourt, fmiisqiio vous
dles pressé, j'allai acheter quelques herbes, des choiM, 4e h salade et de la chicorée.
— Dites donc votre péché.
— Ayaîlt fait ma provision, je revins à ma maison toute seule, car nid voisine s'arrêta au marché, parce qu'elle a toujours beaucoup à faire avec plusieurs revendeurs.
— Voulez-vous donc achever?
— Tout-à-l'heure, mon p^re, tont-à-l'heure. Quand je fus à ma porte, je pris garde qu'on m'avait pris un peu de fumier que j'avais ramassé dans ma rue; quand je vis cela, Dieu sait si la colère me monta à la tête, car vous savrz, mon père, qui perd son bien perd son sang ; j'appelle ma fille, Catheiine. — FMaît-il, ma ni(Ve. — Qu'est devenu notre fumier? — Je n'en sais rien, dit-elle. Je deaiande à toutes mes voisines qui est-ce qui me l'avait pris. Ce n'est pas moi, dirent-elles, moi, ni moi; alors j'ai donné au diable ceux qui l'avaient pris : voilà tout.
la pauvre femme fait des dénombrements inutiles, répète des formules superflues, et se croit une misérable.
Ahl mon père» j*ai fait un grand p(^chë, hélas! je serai damnée; quoique mon confesseur m'ait défendu de le dire jamais, néanmoins, mon père, je veux vous le déclarer.
— Ne me le dites point; puisque votre confesseur vous l'a défendu, je ne veux point l'entendre.
— Ah I nimporte, je veux vous le dire, c'est un trop grand péché, j*aî battu ma mère.
. — Vous avez battu votre mère. Ah ! misérable, c'est on cas réservé, c'est un crime qui mérite la potence, et quand l'avez-vous battue?*
— Quand je n'avais que cinq ans.
— Oh! simple, ne S9vez-vous pas que tout ce que les entants font avant i âge de raison, c'est-à-dire sept ans, ne saurait être péché. . .
— J'ai travailli' îrs ff^tes et dimanches...
Quel traviiil av» z vous fait?
— J'ai attaciié avec un point d'aiguille le pourpoint de mon enfant.
— Cela n'est rien.
— J'ai juré Dieu.
— VooB avex juré Dieu 1 voilà qui est fort scaodalelli pour une femme, et qnel joremeni avei-vous fait?
^ J'ai dit ma foi.
— Cela ne s'appollf» pas jurer Dieu, mais seulement jurer sa foi, el quoiqu'il ne ie ikille jamais faire» ce n'est pas toujours un péilié...
— J'ai blasphémé.
— Comment disîez-vous?
— Je disais chienne il ma vache.
La pénUenle aHgmente lê nombrê dê m pifihéi pane qu'elle aime mieux ^re plut que motirs» s'aeewM de ftepoi'fil se corriger de set fitutei, de n'avoir pae donné sa première pontée à Die», el veui réeUer eet prièree du maiin pour que le eonfneeàr puisée voir st elle récite Inen,
Le prêtre lui impose eilence, mais notre parleuse se hâte de reprendre :
Eh bien, mon père, laissons donc cela, et parlons d'une sœur que j'ai, qui est extrêmement pauvre et qui a six enfants qui n)f orent de faim ; je vous prie de lui faire quelque charilét car elle en a besoin.
— On ne doit point demander ni donner TaumOne à la confession.
— Je n*ai donc plus qn*une chose à vous dire, de peur de vous importuner. Il y a un homme de cette ville qui me doit dix écos depuis plus de dix ans, je ne puis en avoir aucune raison, quoique je lui aie fait parler par beaucoup de gens; je vous prie de me faire payer.
— Amene^le moi, je Texhorferai A le fiiire.
— Il ne voudra pas venir ; mais il fout, s'il vous platt, que vous ralliez trouver.
— Je ne puis pas y aller ; retirez-vous d'ici, faites place aux autres, et ne me faites pas perdre davantage le temps; mais allez apprendre à vous mieux confesser...
li cBiniLu tmn
kV TRÉSOR OB hk CATHéDftALB DE UKCRE8.
Au movpii-âirp vivait à Lnnizres un hoaane nommé Ghiraji.i, rélt''brt' [mr son opiiionce ei siiitout par sa jirodigalité. Mdis il dt'jji'nsa tant qu"uu bt'au nialiu ses civ.iiicicrs s"a3semblèrciil pour le dopouiller de ses dei iiièit s liclicsses. 0"e faire diiiis une biuuition si déplorable,? Tout autre que notro Laugrois se serait enfui de la ville. Ums Chirapa ne ei^airtt point 1,1 pnin'snile de ses créanciers et veut coiitimier soii li diui de vie. 11 a|)pelle le diable et lui donne son âme pour des mon- Cf Tiix d'ur. Les créanciers se retirent, stupéfaits des ricbe^se^ de Chirapa, ei font uiilîe excuses fi cet homme foi'tuné d'avoir troublé son l epos. Chirapa se moque de leurs alarmes, et leur annonce qu'il lieudia tous les joui's taiile ouverie chez lui ' sans craindre une sensible diujinutnm d;Mis ses coffie>;. I»ientôt le bruit se répand dans la ville que Chirapa possuie d immenses richesses, et que sa décontilure n'est qu'un rnensoiïge forgé par la jalousie. De iionibieux amis secourent dans son logis et cuQsuQieot ioyeusenieQt le tea){)s à savourer des mets délicieux.
Un jour cependant le viu manqua dans un de Ci '^ I siins splendides auquel assistait un religieux. Vite Chirii]iii ruurt à la cave; mais ô surpi'ise, à peine :<-t-!l franchi la dernière marclte qu'il volt le diable à caiilotuthuu sur un tonneau. Eli bien! es-tu piOt? demande le prince des ténèbres.— Déjà, balbutie Chirapa; par pitié, permets-moi d'achever ce festm. Le diable, qni croit posséder eelte [)auvie âme, se iaij.se loucher [lar la suppln|ue de Chirapa. Notre homme remplit son vase et s'en revient tout penaud dans la salle où s'ébatlenl les joyeux convives.
Mais la pâleur qui s'est répandue sur son vis^ç^e n'échappe pas au regard du l'eligieux. Chirapa dépose sou vase sur la