‹ Légendes, curiosités et traditions de la Champagne et de la BrieChapitre 18 sur 20 · MI · texte numérisé non relu

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table et raconte sa lenihle visinn. Le moine rassure le pauvre pécheur et se ehar|^ d aller lui-même soiliciler roessire Satanas.

Que veux-(u? demande le diable dès qu'il aperçoit le reH» gieux.

— Te ( t int i I ier d'abord et te faire uoe requête. Accorde seult-ment hiut j nirs de répit à Chirapa.

— Huit jours! le mécréant m'a doaoé sa parole.

— Un jour!

— Pas une heure.

— Le temps au moins rie boiler la chandelle que je porte. Le diable Ci'^tie et veut bien attendre quelques niifintes.

Mais le religieux s'etiipresse de souffler la chandelle et la consacre aussiUM à Dieu.

Ainsi fut d«^liv!ece |)auvre Chirapa qui depuis ectte elrnnge vision ne vit plus mf^^ire SataMS qui &éU}i enfui dans les enfers pour y cachet s.i !i nie.

La cliandelle fut déposée dan^ le trésor de la calhi^drale de Lanières, où les voya^^eurs pruveid eneme la voir. Beaucoup d'auteurs (uit p^iié <U> eplf»» i !);H!de!le ; Monsii'ur Carfinndet, à l'obligeance duquel ulus devons tous ces détails, a niéuie lu un poëine de 545 vei s consacvé^ b eette légeude, et que conserve préi;ieuseinent ia bibholiièquc iinjM^iiale.

Lorsque vous irez à Lâugres, n'oubliez pas la chandelle Chirap:r, niais, en ia touchant, rappelez-vous que la soif des riehesses est pernicieuse, et que sans le puissant secoufâd'un bon roligïQi^x le wm de Gbirapa senît à Jamais flétri.

SAOT mm ET mn ad diocèse de mm.

A Samos vivait lui homme recommandabîe par ses riçbesses, et surtout par l'irréprochable intégrité, d^ «a vifi. (^t

iiomme s'appelait Savinus. Malheureusement ses yeux m? s dtjiefit pa.> encore ouvert^ à la divine clarté du christianisme qui commonçait à se [iiopagpr dans l'univers, et les dieux du paganisine étaient, ses dieux. Savinus eui dp ?n premitVe femme un fils que les légendes appellent Savinianus ou Sa- ^ vinieo, et de sa seconde femme une fille nommée Savina ou Savme. Savinien, plus âgé que sa sœur de dix ans, fui ins-- Iruit dans les lettres himiaines, et se livra bientôt à I étude si grave de la philosophie. Dt\s le début, une difficulté l'arrête : tous ces hommes que la Git^ce admire sont-ils des dieux? Ud rayon de grke éclaire soudainj'espril de Savinien, qui reconnaît l'existence d'un seul Dieu, et embrasse le christianisme. Sa famille, aflligée de celte étrange conversion, essaie de le ramener au culte des faux dieux; mnis les promesses et les men'ices ne peuvent ébranler son âme enflammée par rEsprit-Sainl. Obéissant bientôt à la voix intérieure qui l'entraîne, il quitte son pays et dédaigne les biens terreslres (1). Vers quelles contrées dirigera-t-il ses pas? Il ne le sait vraim^^nt point. De l'Italie, il passe dans les Gaules, et dans tes Gaules, il pnlre dans cette terre que nous appelons aujourd'hui la Ctiampiigne. La ville desTricasses re^it ce missionoaiiv, dimt l'éluqueDce ébranle quelques cœurs et ranime le courage des fidèles convertis pjr d'illustres martyrs.

Aiirélien. qui se trouvait alors dans les Gaules, apprend avec dépit que Savinien fait de nombreux pi'osélytcs au Dieu des chrétiens. La colère le iransfiorle; Grispin part avec quatre-vingt-dix-neuf soldais, et s'avance pour saisir l ennemi des divinités de l'empire. Mais aussitôt les légionnaires tiemblent et se retirent, comrje si du généreux confesseur s'échappait une force inconnue. A celte nouvelle, Âurélien s'irrite de la lâcheté de ses soldats, et se hâte d'en envoyer quatrevingt-dix-neuf autres. Ces hommes trouvent le saint en prière et n'osent l'interrompre. Son oraison tinie, Savinien se relève déterre, et s'adressaot au chef de la troupe : Que voulez-vous

de moi? lui dit*il. — Suivez-nous, répond le tribun. Savi- Dien se rend avec cette escorte daos le camp où trOoait ea maître le persécuteur des chrétiens

Âurélien, saisi de respect, interroge le jeune confesseur. Qui ee-tu ? — Je suis Savinien de SamOB^ et je professe la religioo du Christ. Après diverses questions, voyant que le saint restait inébranlable, Aurélien le fait mettre en prison. Mais dans les chaînes. Savinien prdcbe l'Evangile aux soldats qui le gardent» les convertit et leur confère \e bapième. Surpris de celte conversion, l'empereur veut détourner ses soidata du culte du vrai Dieu, mais ces nouveaux chrétiens Imveal ses menaces et conquièrent la couronne du martyre.

. Irrité de ce triomphe, Aurélien fait venir Savinien et veut Ventralner par ses promesses. Aux menaces bientôt suceèdent les supplices ; un licteur enchaîne les pieds et les mains du saint, et lui enfonce sur la tête un casque d'acier rougi par te feu. L'héroïque patient ne jette aucun cri : cette cruauté révolte les bourreaux ; trois d'entre eux demandent le baptême et méritent par leur mort courageuse d'être comptés au nombre des martyrs. Aurélien pi épare de nouveaux supplices, et fait étendre le corps do confesseur sur un vaste gril sous lequel brûle de la braise ; mais les flammes respectent Savinien, comme jadis les enfants dans la fournaise. L'empereur, stupéfait, renvoie son innocente victime dans la prison.

Le lendemain, le saint est amené devant Aurélien, qui veut

recourir encore celte fois aux piomesses. Mais les anges ont fait étincelcr devant les yeux de Savinien la couronne qui lui est réservée. Les licteurs l'altachenl à un poteau, les archers tefident leur^^ arcs, les ilèches vibrent sur la corde, mille dards sont huicéssur le corps du saint, une seule altt'int Aurélien. Savinien voit ses cliaincs luiobcr et ses gardes frappés d'aveuglement. Il j)>^ul fuir ses pt iséculeurs, il vent seulement revoir les lieux où il a reçu le b.ijilèuje juiur y recevoir le martyre. Il se dirige dui;c vers les bords de la Seine, et ittarclif sui' l'onde curaine sur un chemin solide, pour atteindre la nve oppuséo. Il s'était à peine rais en prière

que les soleils, comi nifs }i;ir im idolâtre, s'avancent vers \m. « Uf^mplissez votre mission, leur dit-il, versez mon sang et recueiliez-en une seule froutle, votre maître sera guéri. » A ces mots, la tôle du saint tombe fnppée par le glaive, et sa belle âme passe de celte vallée de larm^M» -aw royaume de Dieu, le '24 janvier de l an du Sauveur 275. Le ppi^écuteur employa le reFnMe prescrit par le maityr, et, grâce au persécuté, b guéiiâoû fut instafltaaée.

Savine était bien plus jeune que Savinien, son frAi'e. Nés tous (Jeux de parents païens, ils avaient sucé» dit leur biographe, le lait empoisonné de Terreur. Mais Savinien, désertant de bonne heure les idoles, s'était éloi^^né de Saroos pour prot^lamer devant les Tricasses la divinilé du Sauveur. AfUigée de son départ, Savine le cherche longl<»mps dans les sentiers de son île, et verse bien des larmes. iMais Dieu qui aime les f.iihles se révèle à elle, et lui apprend en songe que son frère est chrétien et qu'elle doit quitter la maison paleroelle pour le suivre. Savine n'hésite plus; elle communique son |)ieux dessein à Maximiniole, sa sœur de lait, et sort avec elle deSamos. Le pauvre Savions cherche bientôt sa fdle, et s'adresse vainement à ses idoles. • Didu-Chrisi, s éorie-t-il, anéantis mes dieux, et tu seras mon souverain Seigneur, t Les idoles tombent, Savinus chrétien comprend ia ttutopuissance du Dieu que ses enfants ont suivi.

Savine et sa jeune compai^e arrivent cependant à Home, et descendent chez une pieuse femme convertie par les dignes successeurs des Apôtres. Cette liooiaine leur enseigne les principaux dogmes du christianisme comme à des lilles adoptives, et les présente au saint préire Ëusèbe, qui les inilisà nos mystères sacrés. Savine s'agenouille devant l'image du Christ, et offre sa virginité au i)ieu qui s'est révélé à elle. Sortant des catacombes, elle devient la -(irovidence des pauvres et des malheureux. De ses mains bénies sort à toute heure une vertu qui rappelle le beau temps de la Palestine ok les

aveogln recouvrttent îa Tue, où les paralytiques marchâient, et êù î« smirds entendaiant. Cinq annéos s'écoulent, années d'insvgnes faveurs et d'éclatantes giiérisons. Dieu pouvait-il ne pas ifiouder de se.-^ grâces ces âmes ferventes qu'il appelait pour propager partout la bonne nouvelle?

Ufie voix cependant se fait entendre. La vierge de Samos quitte la grande capitale avec sa pieuse compagne, et y laisse dans les larmes sa mère d'adoption. La loule contemple avec respect celte jeune chrétienne qui chf mine sur la voie et qui cherche partout à faire le bien. Des gens de Ravenne l'accueillent comme une sainte, et obtiennent d'elle la guéiison de leur pauvre fille Savine s'eciiappe de celle ville témoin de se^s miracles, et arrive longtemps après aux portes de la cité lies Tricasses. C'est bien là le Icrmie de son pèlerinage, la {tu e désirée qui a reçu son frt'^re ; un berger qu'elle vient de rencontrer le lui -a dit Saviiie s'an^te avec sa ef»mpagne, et attend pour s enquém de Savinien qin' i|uelqu<> habilartt delà ville se présente à sa vue. Bientôt nos deux saintes apeiçoivent un homme qui se dirige vers elles; c'est un chré!ien nommé LicC^re. « iNe puurriez-vous pas, lui dit Savine, me donner des nouvelles d'un frère que je suis venue chercher dans ces lieux? Il s'appelle Savinien. — il a quitté cette ville, répond Licère, pour aller recevoir d;^ns le ciel la cojironne du martyre (t). » A cette nouN-elle, la pauvre Savine éclate en sanglots. « Oui suis-je, ô mon Dieu, p(>iir ni'opposer à votre sainte x^oiontë ! Vous avez brisé le dernier lien qui me retenait à la terre, béni soyez-vous! Retirez-moi de ce monde, atln qu'avec mon frèœ je puisse cbaater vos grandeurs et céi^ brervos miséricoidts.

Ainsi cette belle âme s'envola vers le ciel, le 29 janvier de Tan 270 <ie )'ère chrétienne. .Maximmiole rendit avec Licère les dernieis devoirs \\ sainte Savine. La ville s'empressa de pourvoir à ses funérailles et de lui préparer une <ligne sépuU iure dans son enceinte ; mais divers obstacles ûreni connaître -•■ I 11 1 I I II I I I I ■ 1 1 I 1 1 1 - - - ■ - — .........

{i) LéQen†«forrf». — Topographie bisloiifiM da diocèse 4e Troyet, par CourUlon. T. II.

que telle n'était point la volonlé de Dieu. Lîcère fit mettre une pierre sur son toiDt)eau creusé à quelque diatanoe de la cité, et emmena chez lui la jeune compagne de sainte Savine.

Longtemps après, le corps de saint Savimen fut découvert et transporté par les soins d'une pieuse veuve de Rilly. Celte sainte femme garda quelques années le toml)eau du glorieux martyr, et mérita par ses vertus d'être mise au nombre des bienheureux sous le nom de sainte Syre. L'évéque Ragnégisile fit plus tard transporter le corps de saint Savinien dans sa cathédrale, de sorie que Rilly ne conserva plus que les restes précieux de la saïuie femme dont il prit le nom. A qiu'lqiie dislance de Troyos s'élevait eu cet heureux temps une humble chapelle en l'honneur de sainte Savine, où voulut reposer l'évéque Ragnégisile tioal nos aïeux voyaiciil eû> core la lombe (1). '

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