‹ Légendes, curiosités et traditions de la Champagne et de la BrieChapitre 9 sur 20 · Je te défends de toucher les enfants et de leur donner · texte numérisé non relu

Je te défends de toucher les enfants et de leur donner

quelque chose.

11. Je te défends de boire et de manger dans d'autres vaisseaux que ceux qui t'appartiennent.

12. Je te défends de boire et de manger avee compagnie, sinon avec des lépreux.

Alors le prêtre prenait de la terre du cimetière, et la répandant sur la tête du malade, disait : ■ Meurs au monde, renais l Dieu ! 0 Jésus, mon rédempteur, vous m'avez formé de terre, vous m*avez revêtu d'un corps; laites-moi révivre au dernier jour. •

Ces paroles sont pénibles pour un homme qui a vécu au milieu de la société, el qui voit ainsi ses plus saintes affections rompues, ses plus nobles espérances détruites. Aussi le lépreux restait sans mouvement, sa vie disparaissait; il avait quelque chose de la placidité du trépas chrélien. Après avoir lu l'évangile des dix lépreux, et avoir béni l'habit et le pauvre mobilier du ladre, le prêtre lui présentait aiusi oliaque chose. En lui donnant la housse, il disait :

« Mou frère, recevez cet habit et le vêlez en signe d'humilité; je vous défends de sortir de votre maison sans en être revêtu. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. *

lui donnant le baril :

« Prenez ce baril pour recevoir ce qu'on vous donnera pour boire; je vous défends de boire aux rivières, fontaines et paits, et d*y laver vous, vos draps, vos cbemises et toute» autres choses qui auront toocbé votre corps, t

En loi donnant la cliquette :

« Prenez cette cliquette, en siirne qu'il vous est défendu de • parler à personne, sinon à vos semblables, si ce n'est par nécessité. Si vous avez besoin de quelque chose, vous le demanderez au son de cette cliquette, eu vous tirant loin des gens et au-dessous du vent. »

En lui donnant les ganta :

• Prenez ces gants, par lesquels il vous est défendu de

toucher aucune chose, sioon ce qui vous appartient. »

ËQ lui donnant la pannetière :

« Reœves cette pannetière pour y mettre ce qui vous sera donné par les gens de bien. Souvenez-vous de prier Dieu pour vos bien&iteurs. •

Le lépreux devait avoir une tartarelle, des souliers, des chausses, une robe de camelin, une housse, un chapeau de camelin, deux paires de drapeaux, un baril, un entonnoir, une courroie, un coutel, une écuelle de bois, un lit étoffé de coulte, un coussin et une couverture, deux paires de draps à lit, une hache, un écrin fermant à cief, une table, une selle, une l iiriière, uiie|iaelle, une aiguière, des écuelles à manger, un bassin, un [lOi ;i mettre cuire la chair. Tous ces objets grossiers étaient bénis et sanctifiés par les prières de l'Eglise. Le prêtre, prenant le lépreux par son vêlement, l'introduisait alors dans sa cellule, et disait :

• Voici la maison de mon repos, l'objet de mes désirs, celle que je dois à jamais habiter. » Puis, en face de la porte, on plantait une croix de bois à laquelle on attachait un tronc pour recevoir l'aumône que le pèlerin déposait en échange des prières du malade solitaire. Le prêtre, le premier, y déposait son offrande, et tout le peuple suivait son exemple.

Après cette cérémonie, mêlée de tristesse et d'espérance, les fidèles retournaient à l'égliseï précédés de la grande croix processionnale. Alors tous se prosternaient, et le prêtre, élevant la voix» criait vers Dieu cette touchante prière : c 0 Dieu tout-puissant, qui, par la patience de votre Fils unique, avez brisé l'orgueil de l'antique ennemi, donnez à votre serviteur la patience nécessaire pour supporter pieusement et patiemment les maux dont il est accablé. Amen. • Tout le peuple répcuidait : • Amen. Ainsi soit-il (1). •

(1) Bùmalê JI«iMfW0j 1585. - Statuta synodaUa diœtuSâ IVv- «nitif^ 1580. — D. Mariéii», d$ onli^ SûéUita rUitm, I. III.

IBS BÛLXMS ALI mm EÛLXUERIES DE IROÏES.

L*histoîre des boucheries est celle des bouchers. Cette corporation avait autrefois une existence régulière et des privîli%es qui remontaient presque au règne de Charles V. Longtemps florissante, elle mourut, en 1191, du décret de l'abolition des communautés. Nul ne pouvait être boucher qu'il ne fût fils de maître et qu'il n'eût été reçu par la corporation* Quand la réception était accomplie, le boucher devait prêter un serment renouvelé chaque année, le jour du grand Jeudi « au corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à l'Eglise et aux saints Evangiles, » de ne pas enfreindre les règlements de sa corporation. Chaque récipiendaire donnait au mattrebwcher une paire de chausses et donnait en outre un banquet à ses confrères.

Les règlements étaient sévères ; tout boucher était assujetti ï la visite du maUre et de son lieutenant» assistés du commis et des bouchers requis. Aucune viande ne pouvait être vendue qu'elle n*ait été abattue, écorchée et accoutrée à l'abattoir. La vente à domicile était interdite; la viande ne pouvait être débitée que dans la boucherie publique, lorsqu'elle avait été reposée pendant une nuit dans des chambres appelées essHy$» Les bouchers, de plus, ne pouvaient point résider où bon leur semblait; un règlement les obligeait à demeurer dans • le quartier de la boucherie. » Â quelques pas s'étaient éta> blis les tanneurs, riche et puissante corporation qui célébrait dignement sa féte chaque année, et laissait quelques livres tournois à l'église Saint-Jean.

Les boucheries de Troyes se composaient de quatre allées de charpente sous trois pignons, avec sept rangs d'étaux, et s'ouvraient au nord et au midi, depuis la rue Urbain IV jus^ qtt*à celle de Notre-Dame. Les derniers bâtiments remontaient au xvi* siècle, et avaient remplacé ceux que détruisit l'in-

cendie de 1524. Les couijints d'air ménages à l'intérieur enopôchaient les mouches d'y pénétrer et permettaient aux habitants de la ville de manger une viande excellente. Frappée de cet étrange privilège, l'autorité voulut un jour s'éclairer sur ce point, car dans ce siècle philosophique, beaucoup criaient encore au miracle et raconiaienl aux voyageurs de merveilleuses iégendes. Le lieutcnaut-gcneral du bailliage vint donc, le 15 février 1739, s'asseoir gravement dans un fauteuil, au milieu des boucheries, et faire une espèce d'enquête. A ses côtés siégeaient un avocat au parlement, rem-plissant la fonction de procureur du roi, le grelTier et le procureur des bouchers. Toute la corporation était présente avec son maître, son lieutenant, ses procureurs, ses quatre prud'hommes et son scribe.

Le lieutenant-iT'^néral ouvrit la si'ince et pria le maître des bouchers de decliirer s'il n'entrait point de mouches dans la boucherie. Le moment était favorable pour l'expertise; c'était le quatrième jour de carême, le 15 février, temps où les mouches ne se montrent pas! Le raaitre-boucher répondit que les mouches, attirées « par les établis de fruits placés aux portes, » entraient quelquefois dans la boucherie, mais en si petit nombre et si bénignes, qu'elles ne touchaient point aux viandes et se hâtaient de sortir. Le fait confirmé par cent trente témoignages, le lieutenant voulut s'enquérir de la cause de « cet étrange respect des mouches. «

Les boucliers on posèrent chacun leur opinion. Les uns attribuèrent le privilège dont jouissait la boucherie de Troyes au bienlieureux évêque Loup, dont ils montraient la statue placée depuis long-temps pour perpétuer le souvenir de son" intercession. Les autres, sans admettre la tradition, ne virent dans prodige que « le lésuital naturel de l'humidité du local. » Le lieutenant-général se leva peu satisfait, se mit à parcourir les allées de la boucherie, et remarqua qu'elle n'était point humide, « quoique le temps fût pluvieux. » Le greffier constata cette remarque aux applaudissements de quelques bouchers, mais ne voulut point, dans le procès-verbal, corroberer l'opioioD d^s boDoeageos de ia viiie. La séance fui donc

levée par ordre de M. le lieutenant-général, qui se retira sans

lever îa difficulté.

La corporation, les privilds^es, Ips usages, tout a disparu; la boucherie, dernier témoignage d une l onuuuiiaule qui a vécu plus de quatre cents ans, a été expropriée en vertu d'une ordonnance royale duSSj'uin 1847. La vieille halle enfumée, aux fortes membrures, qui avait gardé jusqu'à sa dernière heure sa physionomie priaiilive, son image de saint Loup, est tombée sous la hache et le martonu c nume une sanction définitive du décret de 1791. Tel fut ie sort de cette boucherie si célèbre et si vantée par les géographes comme une des curiosités de la vieille capitale de la Champagne*

mfuM A liiiiEsaB.

La petite ville de Rrienne vit, en 1625, s'élever le couvent des MiniiiK s, fondé par Louise de Béon-Luxembourg, pour l'instructiun des enfants. Protégés par les comtes de Brieiiiie, qui leur tirent des dotations assez considérables, les ftlitiiijit s convertirent, en 1755, l'école qu'ils tenaient en un collège où la langue latine lut enseignée. Cet établissement conifdait déjà un grand nombre d'élèves lorsque Lnuis XVI distribua ceux de l'Ecole Militaire de Paris dans plusieurs collèges de différentes provinces. Par la faveur dont MM. de Loménie jouissaient à la cour, le collège des Minimes de Briennc fut érigé en école inilitam et destiné à recevoir cent élèves du roi et cent pensionnaires. De nouveaux bâtiments furent construits sur un plan plus vaste et appropriés à leur destination. Douze religieux furent chargés de renseignement et de la direction de l'école; une communauté de sœurs hospitalières de Nevers y fut même attachée pour soigner les élèves malades.

Le 23 avril 1779, un jeune Corse fut admis chez les bons

Pères pour commencer eee étudee et pour pouvoir plue tant embrasser la carrière militaire. Quel était le nom de ce jeuDe enfant de oeuf ans et demi, dont l'humeur semblait sombre et inquiète? C'était Napoléon Bonaparte, fils de Charles Bonaparte» député de la noblesse corse à Versailles! La petitesse de sa taille et son langage, qui, malgré un séjour dans le petit collège d'Âutpn, n'était encore qu'un palois, moitié français, moitié italien, le rendirent pendant quelques jours un sujet de risée pour ses camarades. Mais peu à peu le jeune Corse, grâce à Tappui de quelques-uns de ses condisciples et à la sympathie de deux compatriotes qu'il rencontre, sort de son isolement. Son front, un instant aflbissé sous le chagrin d'une séparation pénible, se relève et reprend toute son énergie ; ses yeux brillent de leur éclat pénétrant, son geste devient décidé, et son allure digne et ferme. En peu de temps, les accents dt dialecte corse disparaissent sans l'etour de sa prononciation. Un de ses maîtres d'étude remarque ce changement si rapide et l'en complimente.

I Monsieur, lui répond le jeune Bonaparte, quand on mange le pain du roi, il n'est plus permis de paraître autre chose que Français. >

Cette réponse n.oble et spirituelle lui conquiert toute la sympathie de ses professeurs et de ses condisciples. Elevé par une pieuse mère, le jeune Corse remplit avec ferveur ses devoirs leligieux; quelquefois même on le voit .se glisser dans la i pelle pendant les récréations, pour y prier secrètemont. Le pauvre enfant n'avait alors que Dieu pour inlerminiiaire entre lui et sa famille; plus d'une fois il vint chercher dans la chapelle de l'école une solitude qui se peuplait pour lui des souvenirs de la maison paternelle.

Doué d'une intelligence rare et précise, aimé de ses maîtres et de ses condisciples, Boiiniiarte, instruit par un pieux catéchiste, vit arriver le jour de sa piemiére coraiounion. Sa conduite et ses sentiments furent ceux d'un enfant bien né. Il sentit avec une M)rte d'exallalion bien naturelle le bienfait

de cette heure fortunée où la grâce descend vkiblemenl en nous. Jamais il n'oublia son directeur, qui devint son ami.

m la joie ioci^fale doit oon âme M HNNidéB lonM|iio pour b première fois il reçut le pain des ait|^. Sur le roeh^ de Siiote-Hélène, il ne rt^ettera ploe tard ni la puisBance iri le bruit do canon, maisTégliae et i aum^er de Brieime qui ont été témotna de ses plus douœs érooUona.

Quelques écrivaioa oot voulu, par de belles anecdotes» exploiter la crédulité publique, et nont pas cisint de publier des lettres que le jeune Bonaparte n'a pas écrites et de lui prêter on laoga^ qu'il n'a pas tenu. A les entendre, l'étère de douze ans n'aurait été rien moins qu'un véritable Pic de la Hirandole^ frappant d'admiration ses condisciples et ses professeurs par la pénétration de son jugement, par la finesse de ses aperçus et par la profondeur de ses idées. Napoléon donine trop les temps miodernes pour qu'il soit permis de recjQurir à ces petits moyens pour exbausser son piédestal. Le jeune Bonaparte cultiva l'étude des mathématiques, et il sa lecture favorite des Homma UluÊtreê de Plutarque. Elève doux, prévenant et studieux, il obtint quelques succès en géométrie et se lia de bonne heure avec Fauvelet de Boui^ rîenne. qui lui disputait la première place dans sa classe. Quelques anecdotes authentiques nous permettront d*appr^ der les belles qualités et surtout l'énergie du jeune Corse.

Un jour une division conduite par un Minime s'était répandue selon la coutume dans la campagne pour y faire quelques excursions. Le religieux chargé de la surveillance tomba subitement lr;ipi)é d;i[)Oplexie. Loin de L»iirnne, privés de secours Tiiédicaux, les élèves se rassemblent et agitc^nt la question de savoir si le religieux sera déposé dans une maison voisine. Bonaparte s'oppose à cette mesure.

« Vous voulez donc, s'écrie-t-il, laisser ici le pi^re AiiStiine sans soins et sans amis |)our veiller sur lui ? Ceci peut être funeste; il fai-t plus d'une heure pour regagner l'école, et au moins une autre pour envoyer le médecin et les donnastiques : voila doue deux heures pendant lesquelles le père souûnra sans être secouru.

— Mais que faire? objectent les élèves.

— 11 faut faire uu brancard, reprend Bonaparte ; nous jr

placerons le père Ansdae et nous le (wileroiis à hvît, eo nous rdayani à tour de rOle.

Les élèves reçoivent avec acclamatioo oette proposition, coupent en un clin-d'œil de grosses brancbes d'aières, fournissent leurs mouchoirs et leurs cravites, et parviennent à former on brancard assez solide pour y placer un homme. Bonaparte préside aux préparatife, fait placer le religieux sur un matelas composé des habits des plus grands élèves, et se présente pour porter le malade. Ses camarades s*y opposent parce qu'il est trop ùible. Les plus forts se mettent à rœuvre ét commencent la marche. Bonaparte se tient constamment près du brancard» faisant activer ou ralentir le pas» et disant parfois au Minime qui avait recouvré les sens :

• Eh bien ! père Anselme, comment vous trouves-vous?

— Très-bien, mon cher monsieur de Bonaparte, répondait le religieux vraiment touché des soins dontil était l'objet ; mais je vous Mguetous.

— Est-ce qu'on se fotigae en soulageant ses maîtres? repartait vivement Bonaparte.

Le cortège regagna l'école dans le plus grand ordre ; le religieux transporté dans l'infirmerie recouvra bientôt la santé et conserva pour le jeune Bonaparte une bien vive amitié.

Les élèves de Brienne allaient quelquefois visiter l'abbaye de Basse-Fontaine, située sur les rives de l'Aube, et s'élan- Caient dans l'onde lorsque la température le permettait. Un jour quelques condisciples de Bonaparte, trompant la vigilance des surveillants, s'éloignent de tous les regards et veu* lent suivre le jeune Corse. Mais l'un d'eux, épuisé de fatigue, disparaît 'dans les ondes. Quelques cris retentissent sur les rives et sur la sur&ce de l'eau , la consternation se répand parmi les élèves; mais hélas ! l'abîme a bientôt englouti sa victime ! Un saule fut planté par les condisciples de l'infor. tuné, sur le bord de l'Aube, pour perpétuer le souvenir de cette mort. Longtemps après, un élève de Brienne, M. de Bourrienne, retrouvant cet arbre» admirait la Providence qui avaitépargné le jeune Corse pour changer la face du monde.

Habité par une noble iamiUe, le chftteau de Brienne»

Digitizod by C<.jv.' .ic

construit sur les plans de l'architecte Fontanes, excitait l'admuation des étrangers. Le duc d'Orl 'ans se rendit en 1781 à Rrienne pour visiter cette superbo rt;sidence. Des tètes splendides et vraiment féeriques furent données à ce prince. Satisfait des exercices publics du collège de Brienne, le duc d'Orléans voulut présider 5 la distribution des piix et des couronnes. Bonaparte, qui ivait trouvé dans le cours de l'année classique la solution de quelques problêmes de géométrie, fut appelé pour recevoir un prix et une couronne de la main de son Altesse. Frappé du jeune âge du lauréat, le prince, en lui posant la couronne sur la tête, lui adressa ces paroles bienveillantes : • Puisse-t-elle vous porter bonheur! • Son Altesse, cejonr-là, ne se doutait point que l'Europe, vingtdeux ans plus tard, verrait ce jeune élève ceindre la couronne de Chariemagne, tandis que les Bourbons seraient déchus et proscrits !

Tous les ans la distribution des prix se faisait avec solennité; les élèves jouaient même une comédie ou une tragédie qui excitait les vifs applaudissements de l'assemblée. Les religieux, fidèles observateurs de la discipline, ne permettaient à personne de pénétrer dans l'intérieur de l'école sans une. carte signée du principal. Pour maintenir l'ordre, on établissait des postes composés d'élèves et commandés par les meilleurs sujets. L'an 1782, la femme du concierge Hauté, qui vendait jomuellement du lait, des fruits et des gâteaux, se présente pour assister à la féte. Le sergent du poste lui demande sa carte; cette tVinme croit que l'élève plaisante, et veut entrer, lorsque p.uaît le commandant du poste, .Bonaparte, qui la toisant s'écrie :

« Qu'on éloigne cette femme qui apporte ici la licence des camps! »

La femme Hauté, stupéfaite, se retire et n'ose plus insister. Le même jour, le coiiiniaiidauL du poste recevait une couronnt" des uiairis du duc du Châtelet d'Haïaucourt !

L'Iuver de 1783 fut rigoureux ; les élèves de Brienne descendaient dans les cours et cherchaient mille moyens de s'amuser et surtout de se réchauffer. Bonaparte, peu cummu-

nicatif, rêveur et taciturne, se mil avec ses condisciples à construire des fortifications en neige pour les défendre en brave combatlant. Chaque jour des remparts soulevaient donc et transformaient la cour des récréations en véritable place de guerre. Ârmé& de boules de neige et partagés en deux corps, les jeunes élèves se préparaient, par des combats inolTensifs, à rendre au nom français son ancien éclat.

Un jour, Bonaparte, bien approvisionné de projectiles, osa s'enfermer dans la place avec une vingtaine de ses cama> rades. Le siège fut vivement poussé; le jeune Corse, monté sur l'épauleoient d une batterie, dirigeait laî-roême soq artillerie contre les téméraires qui cherchaient à escalader les murailles. Mais, épuisée par une lutte opiniStre, et forcée de se rendre par capiiulatioD, la petite ganiiiton obtint la gloire d<t sortir avec les hmeurs de la guerre. Bonaparte, pour ne point profiter du bénéfice de la capîlulatlon, sortit par une espèce de poterne de neige fondue que les assaillants D*a- ^ient point remarquée. Quinze ans après ce si^, les Anglais quittaient Toulon, repris par le génie de Télève de Brienne. Religieux et laïques, tous se plaisaient à ces simulacres de guerre et applaudissaient à ces ades d*un hMfsinê pacifique qui révélait une intréjHdité dont cette génération devait donner tant de preuves aux yeux de TEurope entière.

Cette même année, couronné par Monseigneur Rooiné d'Orfeuil, Bonaparte excita les acclamations unanimes dans une autre circonstance. Le 25 août» jour de la fête du roi, tous les élèves mirent en commun leurs talents pour célébrer dignement cette solennité. Les petits firent des pièces d'artiU lerie; les grands, des vers et des transparents. Un de ces transparents, bçonné par un élève, représentait Louis XVI appuyé sur la Justice et la Vérité. Cette œuvre remarquable réunit tous les suflrages et fut choisie pour être placée sur la façade de Técoie. Mais une chose manquait, une inscription. Beau* coup se mirent à forger des vers latins ou des inscriptions plus ou moins boursoufflées. Les pauvres Minimes, étourdis par mille soUicitatioiis, ne savaient à qui donner la préfé-

rence, lorsqu'une voix daire et accentuée domina tout-à-coup ce tapage en disant :

« Tout cela n'est que de l'érudition ; deux mots suffisent. Bien qu'un transparent ne soit qu'un rnoimment de quelques heures, l'inscription n'en doit pas nioiiis être aussi concise, aussi laconique que celle d'un monument qui doit traverser les âges.

Cette voix était celle de Bonaparte.

— Eh bien! repartit un régent, donnez-nous votre opinion, monsieur de Bonaparte, ou faites mieux encore, proposez-nous une inscription comme voiis l'entendrez.

» Rien de plus facile, seloo moi, répliqua Napoléon ; trois mots vont suffire : au-dessous du transparent, il faut tracer en grosses lettres ces simples mots :

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