‹ Légendes de NoëlChapitre 6 sur 27 · U ARBRE DE NOËL · texte numérisé non relu

U ARBRE DE NOËL

table coutume, encore qu'il s'aperçût bien, depuis quelque temps, que la mésintelligence s'accentuait entre le village et le château. Même il avait eu, ce jour-là, l'idée d'une magnifique crèche où l'on voyait l'image en cire du divin Enfant, étendue sur la paille dans une grotte en écorces d'arbres disposée au pied de l'arbre de Noël, sous les gros rameaux qu'un nuage de farine blanche semblait charger de givre. Le vieux gentilhomme, qui prenait plaisir à présider lui-même à cet arrangement, mettait la dernière main à son œuvre, lorsqu'il entendit sonner à la porte du château : s'imaginant que l'impatience de ses invités devançait l'heure, il se hâtait d'allumer ses dernières veilleuses, lorsque son domestique introduisit, au lieu de la bande d'enfants attendue, le maire du village, — on disait alors le procureursyndic, — nommé Gérard, et son adjoint, qui s'appelait Birou.

Le comte leur tendit la main, qu'ils prirent avec un peu d'embarras: il les connaissait de longue date, l'un et l'autre: Gérard, paysan presque illettré, n'était pas un mauvais homme; Birou, au contraire, était envieux, beau parleur et prétentieux: il savait à peu près lire V imprimé et cette supériorité lui donnait un prestige énorme aux yeux de ses concitoyens; il s'était fait recevoir membre du club des Jacobins de Guise et il venait même de s'abon-

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ner à une feuille révolutionnaire qu'il déchiffrait tant bien que mal, sans y comprendre un traître mot; c'était lui qui faisait maf'cJter la commune, c'était lui également qui était parvenu à inculquer à ses concitoyens que leur dignité d'hommes libres ne leur permettait plus de frayer avec leur ci-devant seigneur, que, pour sa part, il ménageait fort, étant obséquieux de sa nature et jugeant, avec prudence, qu'on ne pouvait prévoir « comment les choses tourneraient. »

Donc Gérard et Birou se présentèrent au comte d'Auvrigny, fort étonné de cette visite intempestive. Birou jeta à l'arbre de Noël un regard assez ironique mais il sut se contenir; Gérard salua d'un air contraint et, commue le gentilhomme les remerciait d'avoir mis tant d'empressement à. précéder leurs concitoyens, l'autre balbutia:

— Oh! ce n'est pas positivement pour cela que nous . . . n'est-ce pas, Birou?

— Non, non, répliqua Birou en ricanant niaisement, ce n'est point là ce qui nous amène.

Le comte les invita à passer dans son cabinet et à exposer le motif de leur visite, se déclarant prêt à les entendre en attendant ses invités; mais Birou, prenant la parole:

— Eh bien! pour parler net, citoyen, vos invités, ne viendront pas.

— Comment ? . . . Pourquoi ? . . .

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