‹ Légendes de NoëlChapitre 7 sur 27 · U ARBRE DE NOËL · texte numérisé non relu

U ARBRE DE NOËL

— Je le regrette, oh! je le regrette! se hâta d'ajouter Birou. Le citoyen Gérard peut vous dire combien la chose me peine . . . mais ils ont pensé ... ils ont cru. ... ^

— Quoi enfin ? '

— Que les circonstances ne permettaient peut-être pas à des patriotes de se mêler à certaines pratiques entachées d'aristocratie. . . .

C'était une phrase de sa gazette: le comte se mordit les lèvres.

— Voyons, Birou, dit-il, croyez-vous que ce qui était bien il y a quelques années puisse être mal aujourd'hui?

— Non certes! . . . je voulais dire. . . •

— Et à moins que la morale n'ait changé, ce dont j'ai grand'peur, sommes-nous en droit de critiquer aujourd'hui ce que nous approuvions jadis?

Birou, ne se sentant pas de force à soutenir la discussion sur ce ton, esquiva la question et répliqua par un de ces arguments qu'il avait entendus émettre à la jacobinière de Guise et qu'il replaçait à tout propos sans en comprendre la portée:

— Tranchons le mot, citoyen, fit-il; si nous nous abstenons désormais de venir défiler devant votre arbre de Noël, c'est qu'une mianifestation si puérile révolte la raison et blesse l'égalité.

— Quand j'aurai le temps, monsieur Birou,

DE MONSIEUR D'AUVRIGNY 203

répondit le gentilhomme, vous voudrez bien m'expliquer en quoi l'image d'un enfant couché sur la paille d'une crèche peut offusquer vos sentiments égalitaires. . . . Mais brisons là; nous reparlerons de mon arbre de Noël quand les temps seront moins troublés, et quand les gens seront moins sots; mais j'imagine que cette renonciation à un vieil usage qu'aimaient vos pères ne vous portera pas bonheur.

Et, se posant en homme qui congédie ses visiteurs, il ajouta:

— Vous n'aviez pas d'autre communication à me faire ? . . .

— Pardon, excuse, fit à son tour Gérard. J'étais venu vous consulter sur quelque chose d'assez délicat: Birou qui parle bien, mais qui parle trop, ne m'a pas laissé le temps d'en causer avec vous. Voici de quoi il s'agit.

Et le brave procureur syndic exposa, que, depuis trois ans qu'il remplissait à Auvrigny les fonctions d'officier municipal, il s'était tiré tant bien que mal de sa besogne; il rappela que, bien souvent, au début, il était venu prendre conseil du châtelain; puis il s'était efforcé de s'en remettre à son propre bon sens et aux lumières de ses co-administrés; mais cette fois le cas était grave; si grave qu'il n'avait pas jugé devoir moins faire que de venir s'éclairer auprès de 's l'homme le plus

Page 1