‹ Légendes des croisadesChapitre 14 sur 41 · AVENTURES DE BAUDOUIN · texte numérisé non relu

AVENTURES DE BAUDOUIN

[)ar lui, furent un sujet de douleur pour les capitaines de la guerre sainte, et Godefroid de Bouillon, quand son frère reparut au camp, lui reprocha d’avoir oublié le serment des pèlerins de la Croix. Mais alors Baudouin était ambitieux; il voulait pour lui-même une principauté. Il fit voir, par la manière hautaine avec laquelle il reçut le blâme de ses chefs, qu’il avait suivi l’armée pour sa fortune personnelle, en même temps que pour la délivrance du Saint- Sépulcre.

La mort de sa femme Gondechilde, qui l’avait pieusement accompagné et qui rendit le dernier soupir à Marésie, ne le ramena pas à des sentiments plus chrétiens. Ayant appris que le conseil des croisés voulait l’empêcher désormais de s’écarter de l’armée, il s’en détacha de nouveau pendant la nuit, à la tête des siens, s’engagea encore dans la Cilicie, et s’av'^nça jusqu’à Édesse, où s’étaient réfugiés tous les habitants chrétiens de la contrée.

Ville autrefois royale (i), Édesse n’avait alors la

■ (1) Édesse, avant Père moderne, avait eu des rois, et tout le monde sait quelque chose de la légende du roi d’Édesse, contemporain de Notre-Seigneur. Voici toutefois cette légende, rapportée par Tliévenot {Voyage du Levant) :

Abgare , roi d’Édesse , ayant entendu parler des miracles du Fils de Dieu , lui envoya , dit-on , un peintre habile , afm d’avoir son portrait. Ce prince était malade de la lèpre , et il disait • « Si je puis seulement voir l’image de Jésus , je serai guéri. » Mais l’éclat divin qui brillait sur le visage du Sauveur empêchait l’artiste d’en copier les traits. Alors le Fils de Dieu, voulant satisfaire à l’ardent désir du roi d’Édesse et récompenser sa foi , posa son visage sur un voile , auquel toute sa ressemblance s’imprima aussitôt, et l’envoya au prince.

Comme les messagers revenaient à Édesse, ils furent poursuivis par des voleurs. Celui qui portait le voile précieux se hâta de le jeter dans

LES PIRATES CROISÉS

jiaix qu’en se reconnaissant tributaire des Sarasins. bdle était gouvernée par un prince grec, qui commandait au nom de l’empereur Alexis. Baudouin n’avait pu amener qu’un petit nombre de guerriers. Mais tous les chrétiens s’étant déclarés pour lui, il fut bientôt proclamé prince d’Édesse, élu par le peuple, qui s’était révolté et avait tué son gouverneur.

Il accepta cette fortune. Peu de jours après il enleva Samosate, et, par un mariage qu’il contracta avec une princesse arménienne, il étendit ses possessions jusqu’au Taurus. Une partie de la Mésopotamie et les deux rives de l’Euphrate reconnurent son autorité.

L’Asie vit alors un chevalier franc régner sans obstacle sur les plus riches provinces de l’ancien royaume d’Assyrie. Cet audacieux coup de main de Baudouin fut utile, ajoute Michaud (1). La principauté d’Édesse servit à contenir les Turcs et les

un puits , pour le sauver, et gagna promptement la ville. Le lendemain matin, Abgare vint en pompe chercher la précieuse image. Il trouva les eaux du puits accrues jusqu’à ses hords ; le voile surnageait au-dessus. Il le prit , le contempla avec adoration , fut aussitôt guéri de sa lèpre et se fit chrétien à l’instant. Tout son peuple suivit son exemple.

Les Turcs, au dix-septième siècle (et nous citons le témoignage de Thévenot), attribuaient encore aux eaux de ce puits révéré un grand nombre de miracles.

Évagre dit que, la ville d’Édesse étant assiégée par Chosroès, les habitants portèrent ce voile sur les remparts ; que les machines des ennemis prirent feu aussitôt et qu’Édesse fut délivrée. La ville garda cette sainte relique Jusqu’au jour çù elle fut obligée de la livrer à l’empereur Constantin VIII pour se sauver du pillage. L’église de Saint-Silvestre à Rome croit aujourd’hui la posséder.

(1) Histoire des Croisades, liv, II.

SIÈGE D’ANTIOCHE

Sarasins; et jusqu’à la seconde croisade, ce fut le premier boulevard des chrétiens en Orient.

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