XVII. — RÈGNE DE BAUDOUIN
Le trône agrandira cette âme ambitieuse.
Lxmotte.
Suivons donc les annales du royaume de Jérusalem.
Baudouin, le vaillant prince d’Édesse, venant de nouveau visiter son cher frère Godefroid, et ne s'attendant guère à la triste nouvelle qui allait déchirer son cœur, entra dans- Jérusalem au moment même où la ville entière pleurait ce héros, dont il apprit bientôt la mort funeste. C’était le 19 juillet 1100. Godefroid était mort la veille.
Baudouin était escorté de quatre cents chevaliers et de mille fantassins. Il avait défait en chemin les émirs de Damas et d’Émèse. Alors, dans ces contrées, il était rare qu’un voyage ne devînt pas une expédition militaire.
Après avoir donné bien des larmes à Godefroid, Baudouin , selon ses droits, se fit proclamer roi de la terre sainte. Il céda à son cousin Baudouin du Bourg sa principauté d’Édesse, et il commença sans peur un règne qui ne devait être qu’une suite de combats et ne se passer que dans les camps.
Ses premiers exploits furent le châtiment des infidèles du pays d’Ascalon , la prise de Ségor, la destruction de plusieurs bandes arabes, sur lesquelles il
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recueillit un grand butin. Moins humble que son frère, Baudouin témoigna le désir d’être couronné; mais il n’osa pas célébrer cette pompe à Jérusalem. La cérémonie eut lieu à Bethléem, le 25 décembre, jour de Noël (même année 1100).
Fier et satisfait de la possession d’un trône qui passait en ce temps-là pour le plus auguste, Baudouin, dont on avait pu blâmer auparavant l’ambition mondaine, déploya dès lors sans réserve toutes les vertus généreuses des plus dignes chevaliers chrétiens , à côté d’une valeur qui ferait de lui un des plus héroïques guerriers, si l’on recueillait les faits de sa vie si pleine.
Comme un jour il s’en revenait d’une course contre les infidèles , qu’il avait vaincus au delà du Jourdain , il eut l’occasion de faire voir qu’il était nonseulement vaillant , mais encore bon chevalier.
Il regagnait sa capitale à la tête de sa petite armée, lorsqu’il entendit des gémissements qui partaient d’un bois voisin. Il s’avança seul et vit une femme arabe dans les douleurs de l’enfantement. Au milieu de la déroute récente des musulmans, elle s’était égarée avec une esclave , et la frayeur avait hâté sa délivrance. Quoique ce fût la femme d’un ennemi, Baudouin, arrêtant sa marche, couvrit cette femme de son manteau et la fit reposer sur des tapis. Des fruits et des outres remplies d’eau sont apportés par ses ordres auprès de ce lit de douleur. On y amène la femelle d’un chameau pour allaiter l’enfant qui vient de naître, et, aussitôt que la pauvre accouchée annonce qu’elle peut supporter le transport, le roi
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de Jérusalem la place sur une litière et la fait reconduire à son époux, avec une sauvegarde.
Celui-là occupait un rang élevé chez les barbares. Il versa des larmes de joie en revoyant sa femme chérie, dont il pleurait la perte, et il jura en luimême de n’oublier jamais la générosité de Baudouin (1).
Peu de temps après , aidé des pèlerins et de quelques guerriers qui arrivaient tous les jours d’Occident, le roi de Jérusalem avait repris Arsouf. Il s’était emparé de Gésarée, où les chrétiens avaient trouvé de grandes richesses.
Vers la fin de l’année 1101 , il marcha contre des bandes égyptiennes qui dévastaient les environs de Ramla. Avec trois cents chevaliers et neuf cents hommes de pied contre douze mille infidèles , il fit sonner la charge en disant aux siens :
— Compagnons, songez qu’il n’y a pas ici de salut pour nous dans la fuite : notre patrie est au delà des mers, et l’Orient n’a pas d’asile pour les vaincus. En avant !
La première moitié des chrétiens qui entama la bataille fut taillée en pièces. Baudouin, désolé, tomba à genoux, pria quelques instants; puis, attachant à sa lance une longue banderole blanche qui devait marquer sa retraite, et criant aux siens de le suivre, il se jeta parmi les infidèles, les vainquit, les dispersa, vint rassurer les chrétiens de Jérusalem qui le croyaient perdu, et se donnant à peine le temps de réunir une nouvelle troupe, il s’élança au-devant.
(1) Michaud, Histoire des Croisades, liv. V. Guillaume de Tyr, liv. X.
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d’une autre année égyptienne qui s’avançait entre Ascalon et les montagnes de Judée. Sans la compter, il livra bataille encore.
Mais cette armée était si nombreuse, qu’en un moment- la poignée d’hommes que commandait le roi de Jérusalem fut entourée et massacrée. Baudouin , échappé seul, comme par miracle , se cacha dans les hautes bruyères. Ses ennemis y mirent le feu , et ce fut à travers les plus grands périls que le prince parvint à se réfugier dans Ramla. I^es Égyptiens aussitôt investirent cette place.
Ramla ne pouvant se défendre, Baudouin ne devait plus attendre que la mort, lorsqu’un étranger se présenta devant lui. C’était l’émir dont il avait sauvé la femme auprès du Jourdain.
— Tu t’es montré humain, lui dit-il. Je braverai tout pour acquitter une dette sainte. Demain, les Sarasins seront maîtres de la ville. Aucun des chrétiens qui l’habitent ne peut échapper au cimeterre. Mais toi , si tu veux me suivre, je sais des chemins qui ne sont point gardés; avant le jour tu seras parmi les tiens.
Baudouin hésita un moment; son cœur se déchirait en pensant à ses frères qu’il ne pouvait secourir. Il céda pourtant à la nécessité, et suivit son sauveur, qui le conduisit à Arsouf.
Le massacre de Ramla, qu’on apprit le lendemain, fit croire de nouveau que Baudouin n’était plus. La grosse cloche de Jérusalem annonçait en même temps l’approche des Sarasins. Le roi, prompt comme l’éclair, reparut alors dans la cité effrayée , rassembla
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tous les chrétiens qui pouvaient porter les armes, et, sans prendre une heure de repos, se retourna contre les Égyptiens, qu’il battit complètement dans les plaines de Jaffa. Il ne rentra à Jérusalem qu’en triomphateur (année i i 02).
Les forces du jeune royaume eussent été vingt fois épuisées sans l’arrivée continuelle de quelques secours d’Europe. Après que l’Occident avait su la délivrance de Jérusalem , un nouvel enthousiasme s’était élevé et de nouveaux pèlerins s’étaient rassemblés en tumulte sous les bannières de la Croix. « Les prédicateurs continuaient à entretenir les peuples des travaux et des dangers de leurs frères d’Orient, et du devoir où ils étaient de les secourir. Les lettres qu’on recevait d’eux étaient lues dans les chaires, et les faits d’armes qu’ils avaient accomplis étaient assez brillants pour occuper tous les esprits (1). »
Trois cent mille fidèles, partis de la France , de la Lombardie, de l’Allemagne et des pays voisins, marchant sur la route de la Palestine, avec l’imprévoyance des premiers compagnons de Pierre l’Ermite et de Gauthier Sans avoir, s’étaient fait, comme eux , massacrer en partie par les Hongrois et les Bulgares. Parvenus sur les terres de l’empire grec, ils y avaient commis tant d’excès, qu’Alexis avait été obligé d’envoyer contre eux non -seulement ses gardes et son armée, mais encore des troupeaux de lions et de léopards, s’il faut en croire les récits d’Orderic Vital. Ceux qui échappèrent à tant de désastres, ayant traversé le Korassan, prirent Ancyre,
(1) Sismondi, Histoire des Français, 3' partie, ch. x.
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qu’ils saccagèrent, et se firent ensuite exterminer par les Turcs, tellement que dix mille guerriers à peine de ces bandes innombrables arrivèrent à Jérusalem.
Une seconde armée, en 1103, fut mise en pièces auprès de Stancon , dans, la Galatie ; une troisième fut conduite parle comte de Poitiers, Guillaume IX, prince illustre comme poète et troubadour plus encore que comme guerrier; par Hugues de Yermandois , qui s’était croisé de nouveau pour faire taire les blâmes semés sur sa retraite d’Antioche; par Alain Fergent , duc de Bretagne ; par le margrave d’Autriche ; par Eudes , duc de Bourgogne , qui devait mourir en Palestine; par Étienne , comte de Blois et de Chartres, qui voulut, à l’ey^emple de Hugues de Vermandois, aller expier dans une mort glorieuse la honte d’avoir douté des succès de la croisade ; par Herpin , vicomte de Bourges ; par Hugues de Lusignan; par Henri de Bourgogne (1), premier
(1) Henri de Bourgogne était allé, vers 1090, en Espagne, pour combattre aux côtés du Cid. Le roi de Castille, Alphonse VI, en 1092, avait récompensé ses services en lui donnant sa fille, dona Térésa, avec le gouvernement de Porto. Il fut reconnu en 1098 comte souverain du Portugal, qu’il venait de délivrer des Maures, aidé par les croisés, dont quelques flottilles avaient relâché sur ses côtes. 11 s’occupa de relever la religion dans ses domaines, rebâtit les églises, replaça les évêques sur les sièges d’où ils avaient été chassés par les musulmans, et, en 1103, voyant ses États tranquilles , il voulut prendre aussi sa part des gloires de la Palestine ; il alla rejoindre les soutiens du roi de Jérusalem , quoiqu’il eût alors soixante-huit ans. Il assista à plusieurs batailles et rapporta de son voyage de précieuses reliques dont il enrichit la cathédrale de Braga. Ce prince mourut à Astorga, en 1112, pleuré de ses sujets. Il avait gagné dix-sept batailles contre les Maures. Son fils Alphonse sera le premier roi de Portugal.
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comte de Portugal, et par plusieurs autres princes renommés. La plus grande partie de ces armées' s’anéantit dans la Lycaonie avec ses chefs. Pendant ce temps-là‘, des troupes de guerriers des Pays-Bas et du nord de la France, conduites par Thierry d’Alsace, connaissant les périls du voyage et se défiant de l’empereur Alexis, aimaient mieux se livrer à la mer sur de bons navires , qui , en effet, les remirent heureusement au port de Jaffa.
Ce fut avec ces secours, si importants au départ, si frêles à l’arrivée, que Baudouin soutint son règne orageux, pendant lequel il ne se passa pas une année sans que la grosse cloche de Jérusalem annonçât aux habitants alarmés l’approche des Sarasins.
Et les guerriers en petit nombre qui parvenaient à mettre le pied sur la terre sainte ne se rangeaient pas tous sous les étendards du roi de Jérusalem. Gomme lui, les autres princes chrétiens ne vivaient que le casque en tête et la cuirasse au dos.
Baudouin du Bourg , Josselin de Courtenay, Boliémond et Tancrède voulurent en 1104 s’emparer de Haran ou Gharan, dans la Mésopotamie. Les musulmans, s’étant réunis en force, remportèrent sur les croisés une sanglante victoire. Bohémond et Tancrède s’échappèrent seuls avec six chevaliers. Baudouin du Bourg et Josselin de Courtenay, pris dans la bataille, furent emmenés captifs chez les infidèles. Ce ne fut qu’au bout de cinq ans que le roi de Jérusalem parvint à les racheter.
Dans cet intervalle, il avait établi avec l’Europe, au moyen des navires fiamands, hollandais et gé-
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nois, un commerce régulier qui affermissait son trône. En 1110, vingt jours de siège lui livrèrent Ptolémaïs. Plusieurs autres places tombèrent en son pouvoir; Tripoli devint une principauté chrétienne.
Sigur, prince de Norvège, accomplissant un vœu, arriva la même année à Jérusalem. Les chrétiens de la Palestine admirèrent la haute stature et l’énorme hache de bataille de ces nouveaux auxiliaires, dont le voyage, disait-on, avait duré trois ans. Avec ces vaillants guerriers, le roi Baudouin assiégea Sidon, qui ne tint que six semaines. Mais il s’était vainement flatté de l’espoir qu’il les retiendrait. Après cet unique fait d’armes, Sigur, qui disait n’être venu qu’en pèlerin , s’en retourna dans sa froide Norvège , heureux d’emporter un morceau de la vraie Croix que lui avait donné le roi de la Palestine; portion d’une relique sainte que les croisés regardaient comme le gage constant de la victoire sur les infidèles , et qui , durant le règne de Baudouin , toujours à la tête des armées, ne put presque jamais être adorée dans Jérusalem.
C’est vers le temps du départ de Sigur que, le comte Gervais , seigneur de Tibériade, ayant été surpris par les infidèles et emmené à Damas , une députation vint proposera Baudouin l’échange de ce prisonnier contre Ptolémaïs et Jaffa, en ajoutant qu’un refus causerait la mort de Gervais. Baudouin offrit de grandes sommes pour la rançon de ce chevalier.
— Quant aux villes que vous me demandez , ditil aux envoyés musulmans, je ne les donnerais pas pour mon frère Eustache, ni pour tous les princes chrétiens.
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Le comte Gervais fut tué à coups de flèches par les Sarasins. Des traits aussi odieux étaient fréquents.
Les infidèles comprenaient fort bien qu’entre eux et les croisés c’était une lutte à mort et que le triomphe de la Croix devait éteindre l’islamisme en Orient. Le sultan de Perse et le kalife de Bagdad, plus effrayés de jour en jour par les progrès des chrétiens, se liguèrent en 1113 pour reconquérir la Palestine. D’immenses armées se levèrent à leur appel. Baudouin, que rien n’intimidait, rassembla ses chevaliers et s’avança fièrement au-devant des nouveaux ennemis. A la tête de son avant-garde , il se trouva face à face avec leurs nombreuses cohortes sur les bords du lac de Génésareth. Il attaqua sans hésiter. Mais la masse compacte des Sarasins broya en un instant sa petite troupe de braves; et le lac demeura plusieurs jours teint du sang des chrétiens.
Baudouin du Bourg , le comte de Tripoli, le prince d’Antioche, qui amenaient le principal corps d’armée , fort de onze mille hommes et que Baudouin avait eu l’imprudence de ne pas attendre, n’osèrent risquer une seconde affaire. Ils se retranchèrent sur les hauteurs, pendant que l’ennemi désolait la contrée, ravageait Sichem, pillait Naplouse. Jérusalem, tremblant de retomber sous le joug des musulmans, avait fermé ses portes. Baudouin, qui avait encore échappé au carnage , en se faisant jour avec sa lance à travers les ennemis, rendit le courage à son peuple. Il rallia toutes ses forces , et fit si bonne contenance, que les infidèles ne purent s’entendre pour l’attaquer.
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An milieu de cette désunion , le prince de Mossoul, l’un de leurs chefs les plus éminents , ayant été assassiné par deux Ismaéliens (1), ces bandes innombrables de barbares se dispersèrent aussitôt, malgré leur victoire, comme la paille que Dieu livre aux vents. C’est l’expression d’un vieux chroniqueur.
L’année suivante, une autre armée formidable revint de la Perse et de Bagdad sur la Palestine. L’émir de Damas, à qui les musulmans attribuaient une part dans l’assassinat du prince de Mossoul, parce que le meurtre avait été commis dans la ville qu’il commandait, redoutant l’approche de ses frères, qui pouvaient le traiter en ennemi, fit alliance avec Baudouin et unit ses forces aux troupes des chrétiens. Devant une telle ligue, les Sarasins se retirèrent sans combat. Trois années de calme survinrent; et ce fut Baudouin , dont la guerre semblait être devenue l’élément, qui prit, en 1118, l’initiative des hostilités.
Pensant qu’il donnerait plus de consistance au
(1) Les Ismaéliens, appelés aussi dans l’Orient Assassins, mot qui a passé dans la langue française, où il exprime le meurtrier qui tue par surprise, étaient une secte fanatique de musulmans qui obéissaient à un chef redouté, nommé dans tous les récits le Scheik ou Vieux de la montagne, Scheik ou Vieux signifiant alors seigneur dans sa véritable acception, senior. Le Vieux de la montagne habitait sur les hauteurs de la forteresse imprenable de Massiah. Son aversion profonde pour les Turcs le rendit souvent favorable aux chrétiens qui les combattaient. Il avait soixante mille sujets, dont les plus distingués étaient ses gardes ou fédaïs. En les enivrant d’opium, de haschisch et de plaisirs, dans un sérail enchanté, il leur faisait croire qu’ils avaient là un avant-goût du paradis de Mahomet, qu’ils pouvaient gagner par une obéissance absolue. S’il leur commandait de mourir, la mort la plus violente ne leur causait aucun effroi. Il les envoyait , à travers tous les périls , poignarder ses ennemis; et ils allaient, fiers d’obéir, heureux de mourir après avoir obéi.
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royaume de Jérusalem s’il pouvait conquérir l’Égypte et y asseoir des princes chrétiens , il se mit en campagne. Il commença par la surprise de Pharamia, plaée située à trois journées du Caire. Il la pilla; et il s’en revenait de cette première course, chargé de butin, lorsqu’il tomba malade de fatigue et d’épuisement à El-Arisch. Sentant sa fin approcher, il réunit autour de lui ses compagnons d’armes.
— Je vais mourir, leur dit-il ; mais ne vous en troublez pas. Vous ne perdez en moi qu’un seul homme, et vous avez parmi vous plusieurs chefs plus habiles que moi. Restez donc unis, et accordez-moi une dernière faveur : Ne laissez pas mes os sur la terre étrangère; mais emportez-les à Jérusalem et les ensevelissez auprès de ceux de mon bon frère Godefroîd (1)....
Le deuxième roi de Jérusalem expira peu après, en désignant pour son successeur Baudouin du Bourg, son cousin
Les guerriers emportèrent son corps et accomplirent son vœu.
(1) Deux tombeaux, ditM. de Chateaubriand, se voyaient à Jérusalem, au pied du saint Sépulcre. L’un était celui de Godefroid de Bouillon, l’autre celui de son frère Baudouin, qui lui succéda.
(2) Baudouin du Bourg, fils de Hugues de Retliel, était né dans les Ardennes. Quelques-uns disent qu’on l’appelait Baudouin du Bourg parce que son père lui avait donné en apanage la petite ville du Bourg, près de la Meuse.
Hélas ! souvent c’est tout qu’un seul homme de moins.
Lafargue.
Les enfants de l’Europe continuaient à venir au secours des chrétiens de l’Asie. La France surtout et la Belgique ne perdaient rien de leur ardeur. Mais les mobiles armées que formaient les pèlerins, ardents à secourir, prompts à regagner leur patrie, n’offraient pas toujours au roi de Jérusalem tout l’appui que sa situation difficile eût exigé.
Il y eut aussi d’abord contre Baudouin du Bourg, qui prit le nom de Baudouin II, quelques oppositions, que le brave Josselin de Courtenay parvint à dissiper. En récompense le nouveau roi de Jérusalem céda à Josselin sa principauté d’Édesse.
Peu après son avènement, Baudouin II apprit que le prince d’Antioche , battu par les musulmans , ne pouvait plus défendre ses remparts. Il courut à son aide avec Josselin. Il trouva Antioche dépourvue de guerriers et n’ayant plus pour la garder que quelques pauvres moines. Il marcha contre les infidèles, retranchés sur les montagnes voisines, les dispersa et délivra la contrée.
Mais il eut moins de bonheur en 1122. Un corps de Turcs, sous les ordres de l’émir Balac, avait surpris Josselin de Courtenay et l’emmenait prisonnier. Le roi de Jérusalem , volant à son secours , tomba lui-même dans une embuscade. Balac lui fit partager
la captivité de Josselin , dans la forteresse de Kharpout.
La désolation de la ville sainte fut grande lorsqu’on y apprit que le roi était dans les fers. Cinquante chrétiens de l’Arménie, partis pour le délivrer, pénétrèrent dans la forteresse, sous des habits de marchands. Ayant massacré la garnison et remplacé sur les tours les étendards de Mahomet par la bannière de Jésus-Christ, ils emportaient les trésors de Balac et sortaient avec les deux princes, quand tout à coup ils se virent cernés par les Turcs. Josselin seul trouva moyen de s’échapper. Il fit serment de laisser croître sa barbe jusqu’à ce qu’il eût amené des secours suffisants pour rendre la liberté à ses frères. Mais Balac, ayant pénétré dans la forteresse, n’épargna que le roi, dont il espérait une grande rançon , et fit mettre à mort les cinquante Arméniens.
Pendant ce massacre, Josselin, ayant passé l’Euphrate sur deux outres enflées de vent, car il ne pouvait nager avec sa lourde armure , était arrivé à Jérusalem.
A son appel , les chevaliers s’armèrent et coururent avec lui au secours de Baudouin. Ils ne trouvèrent plus à la place de la forteresse de Kharpout que des ruines. Balac était parti avec son prisonnier, qu’il retenait chargé de fers à Cliaran. On apprit alors qu’une armée égyptienne se rassemblait dans les plaines d’Ascalon. Il fallut remettre à un autre temps la délivrance de Baudouin.
En l’absence du roi, on nomma régent du royaume de Jérusalem Eustache d’Agrain, comte de Sidon,
et on marcha contre les Égyptiens, qui furent vaincus, dispersés, refoulés dans leurs vaisseaux, puis battus encore sur mer par une flotte vénitienne qui venait à l’aide des croisés.
Le doge de Venise Micliaeli commandait cette flotte. Avec les forces qu’il amenait, il fut décidé qu’on irait assiéger Tyr. Cette ville fut prise au bout d’un siège de six mois, malgré les efforts de l’émir Balac, qui était arrivé à son secours, et qui dans une rencontre fut tué par Josselin , lequel envoya sa tête au camp des croisés. Ce farouche présent y causa tant de joie, que le comte de Tripoli fit chevalier celui qui l’avait apporté.
Baudouin II profita de cette circonstance pour traiter de sa rançon. Il revint à Jérusalem, releva de son vœu le fidèle Josselin, qui put couper sa longue barbe. Quelques victoires signalèrent encore les dernières années de sa vie.
En 1 1 31 , sentant qu’il allait mourir, Baudouin se fit porter au Saint-Sépulcre, où il expira dans les bras de sa fille Melisende.
Cette princesse avait épousé Foulques d’Anjou, qui succéda à Baudouin II. La décadence du royaume de Jérusalem marcha vite sous ce règne; elle fut plus rapide encore sous Baudouin III, fils de Melisende. En 1 1 45 , les musulmans reprirent Édesse , et trente mille chrétiens y périrent. Le fruit des longs travaux de Godefroid et de ses successeurs allait s’anéantir, après avoir coûté tant de sang, lorsque saint Bernard prêcha la seconde croisade générale.
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