L’EMPEREUR HENRI TI
un autre sultan d’Alep, un autre sultan de Damas, un autre sultan du Kaire; le« autres furent princes de Hama, princes d’Émesse, princes de Mésopotamie, princes de l’Yémen, etc. La circonstance eût été bonne pour les chrétiens de la terre sainte, s’ils n’eussent pas été aussi divisés pour le moins que les successeurs de Saladin.
En 1 1 92 , avant de quitter la terre sainte , Richard Cœur de Lion avait fait élire le comte de Champagne roi de Jérusalem; c’était Henri II, dit le Jeune. Ayant perdu sa première femme, Henri s’était croisé avec Philippe-Auguste et avait épousé en Palestine Isabelle, fille du roi Amaury. Mais dans ce royaume sans capitale, entouré de seigneurs désunis, il regrettait, comme dit Michaud , son comté de Champagne et ses beaux châteaux de Troyes et de Provins. Au lieu d’employer leurs forces à. faire respecter la trêve qu’ils avaient obtenue des Sarasins, les princes chrétiens de la Palestine se faisaient la guerre; les templiers étaient en discorde armée avec les hospitaliers. La voix du souverain pontife, qui recommandait l’union, n’était plus écoutée. On savait ces plaies en Europe; et les guerriers se pressaient peu d’aller au secours d’un pays où tout se dissolvait.
Le pape Gélestin HI essaya de ranimer le feu sacré dans les cœurs des princes. Il faisait entendre clairement que la mort de Saladin ouvrait un champ plus facile aux succès et qu’on pouvait reconquérir Jérusalem. Il comprenait qu’il fallait à la tête de cette nouvelle croisade quelque grand prince; il engagea Richard Cœur de Lion et Philippe-Auguste à
repartir pour la terre sainte. Mais ni l’un ni l’autre de ces deux rivaux n’osait quitter ses États, car ils se craignaient l’un l’autre. Le pape, ne voyant plus de secours à espérer ailleurs qu’en Allemagne, s’adressa à l’empereur Henri YI, qui était excommunié pour avoir retenu Richard en prison. Henri, qui voulait conquérir la Grande-Grèce, c’est-à-dire Naples et la Sicile, vit de suite qu’une croisade lui donnerait les moyens d’accomplir ses projets; il charma les légats du pape en prenant la croix.
Comme on l’appelait déjà Henri le Cruel, quoiqu’il n’eût que vingt-sept ans, il fit entendre qu’il voulait expier le sang qu’il avait répandu et les iniquités de sa vie; il convoqua une grande diète à Worms et prêcha lui-même la croisade. Tous les princes et seigneurs alleihands se croisèrent à son exemple.
La Belgique s’émut plus vivement encore. Henri I®% duc de Brabant, et Waleram,fiis du duc de Limbourg, se croisèrent avec ardeur. La plupart de leurs seigneurs se montrèrent prêts à les suivre.
Tout en annonçant qu’on allait en Orient, l’empereur fit partir en avant pour la terre sainte le duc de Brabant, le jeune prince de Limbourg, l’évêque de Mayence et le duc de Saxe avec leurs guerriers. Pour lui, à la tête de quarante mille hommes, il prit la route de l’Italie et s’avança dans le pays de Naples.
Pendant que les croisés, embarqués à Anvers, combattaient pour les intérêts chrétiens, lui, l’odieux empereur, dévastait les Deux-Siciles par le fer et par le feu. C’était en 1194. Il fit déterrer le corps du roi Tancrède, et par une barbarie aussi atroce qu’inutile,