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XXXVII. — CROISADE CONTRE LES STADINGS

Iniquité de suivre les conseils impies et de repousser les prescriptions de la sagesse divine. S. Léon, pape.

Pendant tous ces débats, une secte nouvelle de fanatiques faisait des progrès en Allemagne. On les appelait les Stadings, ce que quelques-uns interprètent par « gens de plaisirs » ; mais il est peut-être plus convenable d’expliquer leur nom par celui de la ville de Staden, dans la basse Saxe, où des Albigeois réfugiés avaient apporté leurs doctrines.

Les Stadings passaient leurs jours dans de grossières orgies; ils faisaient des figures de cire qu’ils adoraient ; ils consultaient des devins et des sorcières et se vantaient d’être en plein commerce avec le diable; ils l’adoraient dans leurs rassemblements nocturnes. Il va sans dire qu’ils détestaient les sacrements et l’Église. Comme les Albigeois du Midi, ils se montraient les ennemis implacables des prêtres et des religieux. Lorsqu’ils le pouvaient, ils les faisaient mourir dans d’odieuses tortures. Ils exerçaient, depuis quelque temps déjà , leurs brigandages dans

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l’archevêché de Brême; ils incendiaient les églises, pillaient les campagnes, massacraient les populations fidèles et se retiraient après leurs excursions dans des marais inaccessibles.

Plusieurs fois l’archevêque de Brême, Gérard de Lippe , avait tenté sans succès de les détruire. Dans une dernière bataille qu’il venait de leur livrer, son armée avait été vaincue et dispersée par lesStadings; son frère, qui la commandait, avait été pris et mis cruellement à mort. Cette victoire avait rendu les brigands plus audacieux et plus féroces.

Le prélat désolé s’adressa au saint-siège, occupé alors par le saint pape Grégoire IX. Grégoire engagea vivement tous les princes souverains de la Germanie inférieure et des Pays-Bas à se croiser contre ces nouveaux infidèles. Lejeune Henri de Brabant, qui devait porter le nom de Magnanime-, fils de Henri le Guerroyeur, fut nommé chef de cette croisade. Les seigneurs de Malines, de Grimbert, de Wesemale, de Béthune, Thierry de Dixmude, Basse et Arnold de Gavre, Gilbert de Sotteghem, Arnould d’Audenarde, et beaucoup d’autres chevaliers du Brabant, de la Flandre , du pays de Liège, du Limbourg et des Ardennes, vinrent avec leurs guerriers se joindre au prince de Brabant; et ils marchèrent vers le pays de Brême, au printemps de Tannée 1234. C’était le sire d’Assche qui portait la grande bannière de Henri.

Après avoir étudié leurs ennemis pendant quelques jours, les croisés se décidèrent à les attaquer sur-le-champ. Ils couvrirent de ponts volants et de vastes claies les marécages coupés de ruisseaux qu’il

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leur fallait franchir, et le 26 juin ils se précipitèrent contre les Stadings.

Les brigands, conduits par trois de leurs chefs, venaient en hurlant à la bataille. Elle s’engagea avec ardeur, avec acharnement; tandis que les Brabançons et les Ardennais attaquaient en face, les Flamands et le comte de Elèves cernaient les flancs et les derrières de l’ennemi, qui se trouva entièrement enveloppé. Alors il en fut fait un grand carnage. Neuf mille périrent, selon le récit de Pierre Van Dieve (1); c’était la moitié de la bande. Le reste fut poussé dans les fanges des marais ou dans les flots du Weser; et les Stadings ne laissèrent plus qu’un odieux souvenir (2).

L’année suivante, leur vainqueur, Henri de Brabant, deuxième du nom, succéda à son père sur un trône qu’il occupa dignement (3).

(1) Divœus , De antiquitatibiis Brahantiæ et rerum Brahanticarum, lib. XX.

(2) Voyez, dans les Légendes des Commandements de l’Église, p. 268, d’autres détails sur les Stadings, qui attribuaient à la sainte hostie une puissance pour les sortilèges.

(3) On l’a surnommé le Magnaniine principalement parce que , l’empereur Frédéric II ayant été à son tour excommunié , il refusa la couronne impériale que lui offraient les princes électeurs, et resta au milieu de son peuple, dont il avait étendu les libertés et le bien-être.

C’était un trop grand poids pour leurs débiles mains.

Mairet.

Cependant l’empire fondé par Baudouin IX à Constantinople s’écroulait de jour en jour. Baudouin de Courtenai , élevé sur le trône latin après la mort de son frère Robert, n’avait que onze ans lorsque, en 1228, on le proclama chef de l’empire. Attaqué par les Grecs et les Bulgares , ses barons crurent lui donner un appui en lui faisant épouser Marie , fille de Jean de Brienne , roi nominal de Jérusalem , et en confiant à ce vieux chef la régence de l’empife latin. Jean de Brienne porta lui-même le titre d’empereur, mais à peu près aussi vainement qu’il avait porté celui de roi de la Palestine. Agé de soixante-dix ans, longtemps il ne put faire que bien peu pour arrêter les ennemis du sceptre dont la défense lui était confiée. En 1234 le 'roi des Bulgares s’étant ligué avec l’empereur grec, ces deux princes vinrent assiéger Constantinople. Jean de Brienne sentit réveiller son vieux sang français. Secondé de ses barons, il repoussa l’ennemi et délivra la ville. Un secours de Vénitiens et de Champenois ramena quelque confiance. Alors Baudouin de Courtenai passa en Europe, dans l’espoir d’intéresser les États chrétiens à sa cause.

Le roi de France Louis IX l’accueillit avec une bienveillance extrême. En récompense de la sainte couronne d’épines dont le jeune empereur lui fit pré-

sent, le monarque français lui donna des guerriers et des armes, lui fit rendre ses domaines de la maison de Courtenai et l’aida à reconquérir son comté de Namur, qui était usurpé.

Après la mort de ses frères , Baudouin était héritier du comté de Namur comme de l’empire de Constantinople. Mais en son absence, Marguerite, sa quatrième sœur, s’en était emparée. Elle avait épousé Henri de Wianden, mort en Palestine; quoique ses litres ne lui donnassent que des droits éloignés, l’extrême jeunesse de son frère, qui d’ailleurs était en Asie, avait favorisé sa hardiesse; et elle régnait à Namur, non sans avoir éprouvé quelques contestations. Car, en voyant ce beau comté presque livré au premier occupant, Ferrand de Portugal avait prétendu que, comme neveu d’Yolande par sa femme, il avait aussi des droits à ce domaine. Il s’y était présenté en armes, et il était le plus fort. Il avait occupé en 1 231 le pays entre Sambre et Meuse ; il avait* pris Floreffe après un siège très-meurtrier; mais sentant bien qu’il n’avait pas de titres réels, il avait consenti à terminer cette guerre par une transaction. Il avait reçu quelques bailliages voisins de ses États de Hainaut, et il avait laissé le reste à Marguerite de Courtenai. Ce fut peu après cette paix que Baudouin arriva de Constantinople, réclamant son héritage. Marguerite , embarrassée et s’accoutumant à la grandeur, chercha des subterfuges. D’abord elle voulut faire passer son frère pour un imposteur, comme le pauvre ermite qu’on avait pendu à Lille parce qu’il se disait Baudouin IX. Ce moyen ne réussit pas.

Louis IX soutenant le jeune prince , le Namurois se déclara aussi pour lui. Marguerite céda et se retira dans un monastère.

Reconnu souverain du Namurois, Baudouin poursuivit ses projets d’affermir l’empire de Constantinople. Il emprunta au roi Louis IX cinquante mille livres parisis hypothéquées sur son comté de Namur; après cela il passa en Angleterre, où il reçut quelque appui ; il leva partout des guerriers , et repartit en 1 239 pour l’Asie , à la tête de soixante mille hommes, parmi lesquels, s’il faut en croire les vieux historiens, on comptait trente mille cavaliers. Il emmenait plusieurs chefs renommés, belges, français et anglais.

Quoiqu’une partie de ses compagnons l’eût quitté en chemin pour prendre la route de la terre sainte , il arriva pourtant dans son empire à la tête 'd’une force imposante. Il se fit couronner à Sainte-Sophie par -le patriarche de Constantinople. Mais, au lieu de marcher à ses ennemis et de les combattre, il se contenta d’obtenir d’eux une trêve de deux ans.

Jean de Brienne était mort ; Baudouin de Courtenai régna faiblement.

En 1244, ayant éprouvé d’autres échecs, il parcourut l’Europe de nouveau; pendant quinze ans, errant et malheureux, on le vit chercher partout des soutiens sans succès; car on n’avait plus en lui aucune confiance. Les chrétiens connaissaient trop les tristes fruits des guerres lointaines. Le peu de zèle qui restait encore pour les pieuses expéditions ne poussait les guerriers que vers Jérusalem. Louis IX

en 1245 avait pris la Croix ; parmi les seigneurs, les seuls dont l’ardeur eût pu seconder Baudouin se préparaient à suivre le roi de France; c’était Guillaume de Dampierre, fils de la comtesse de Flandre Marguerite, qui devait partager la gloire, les périls et la captivité du roi de France et ne revenir de la Palestine que pour expirer au retour sûr le sol natal. C’étaient Guy son frère, le sire de Béthune, et plusieurs seigneurs du Brabant et du pays de Liège.

Baudouin pourtant ne se rebuta pas ; il fut secondé par sa femme. Tandis qu’il poursuivait ses démarches suppliantes, on voit, en 1249, Marie deBrienne, comtesse de Namur et impératrice de Constantinople, aller jusqu’en Chypre implorer la protection de Louis ÏX et de ses chevaliers , toucher les croisés du spectacle de sa misère , et leur arracher des promesses que les revers et la mort ne leur permirent pas de tenir.

Et dans le même temps , les ennemis de Baudouin de Courtenai profitèrent de son absence pour lui enlever son comté de Namur, qui était gouverné par des baillis. Jean d’Avesnes, qui déjà s’était emparé du Hainaut , du vivant de sa mère , déclara qu’il confisquait le comté de Namur, premièrement, parce qu’il en était suzerain et que Baudouin de Courtenai avait négligé de lui en faire hommage; en second lieu, parce qu’il l’avait engagé au roi de France sans son consentement. Guillaume de Hollande , dont Jean d’Avesnes avait épousé la sœur, appuya ces prétentions; et l’usurpateur du Hainaut mit la main sur le pays de Namur. Baudouin de Courtenai était

alors retourné en Asie ; Louis IX était en Palestine. L’empereur latin décida sa femme à revenir en Europe. Marie de Brienne arriva donc à Paris , où la reine Blanche , qui était régente de France en l’absence de son fils , la reçut avec toutes les marques de la plus haute distinction; elle lui remit l’obligation des cinquante mille livres que son mari avait contractée; et soutenue par la France et par le saint-siège, Marie revint à Namur en 1253. Jean d’Avesnes alors céda à Henri II, comte de Luxembourg, les droits qu’il s’était faits sur ce comté.

Marie, entourée d’ennemis, régnait avec peine. Durant les désordres précédents , un grand esprit de licence s’était répandu dans toutes les classes de citoyens. Après l’avoir souffert trop mollement d’abord, elle voulut tout à coup ramener l’ordre par la violence. On murtnurait déjà des impôts dont elle accablait ses sujets, pour soulager son mari; elle les augmenta. Dans une émeute on tua son bailli. Les coupables aussitôt furent déclarés criminels de lèsemajesté. Il s’était formé des conspirations; elles éclatèrent. Un bourgeois , secrètement envoyé au comte de Luxembourg, lui offrit de lui livrer Namur qu’il avait acheté, et l’assura du concours des habitants, s’il voulait se présenter. C’était Henri II , dit le Grand, ou le Blond , fils d’Ermesinde et petit-fils de Henri l’Aveugle. Il était brave, et prétendait avoir des droits au riche domaine de son grand-père; il accueillit avec une joie immodérée l’ouverture qui lui fut faite, se prépara sans bruit et entra par surprise dans Namur, la nuit du 24 décembre 1256.

L’impératrice, car la comtesse de Namur conservait ce titre, avertie de ce qui se passait, prit la fuite à la hâte, laissant la garde du château à Francon, bâtard de Wesemaele , qui jurait de le défendre jusqu’à la dernière extrémité. Il tint ses serments; il supporta un siège rigoureux de plus de deux années, attendant toujours des secours. Marie de Brienne avait obtenu de la comtesse de Flandre et du comte de Champagne quelques soldats; ils n’osèrent attaquer le comte de Luxembourg; et la petite garnison du fidèle Wesemaele ayant mangé ses chevaux, le château se rendit le % décembre 1259. Maître de la ville et de la forteresse de Namur, le comte Henri de Luxembourg soumit toute la province.

Baudouin de Courtenai , plus attaché à l’empire de Constantinople qu’à son comté de Namur, le vendit alors à la comtesse de Flandre, moyennant vingt mille livres parisis. Mais ce ne fut qu’en 1264 que Guy de Dampierre le posséda , par un nouveau traité avec le comte de Luxembourg, dont il épousa la fille.

Après de longs efforts, Baudouin de Courtenai était parvenu encore à lever une armée, qui était partie devant lui pour Constantinople, sous la conduite de Jean de Béthune. Il l’avait rejoint. Mais sa cause était perdue. En l’année 1262, Michel Paléologue lui enleva sa capitale, qui faisait alors tout l’empire. Obligé de s’enfuir par mer de Constantinople, n’emportant que ses titres, il ne put s’habituer à vivre dépouillé de la pourpre , qui pourtant l’écrasait. Il trouva moyen d’équiper une nouvelle flotte; et il al-

lait partir à la tête d’une dernière croisade pour reprendre l’empire qu’avait fondé son oncle Baudouin .IX, lorsque les désastres de saint Louis en Asie arrêtèrent ses guerriers. — Baudouin de Courtenai mourut en 1273, âgé de cinquante-six ans. Nous n’avons résumé ici ses malheurs que pour dire la fin d’une dynastie qui s’était levée si glorieuse.

' SAINT LOUIS

Comme on était en contestation s’il fallait tenir le Roi pour mort / Notre-Seigneur lui rendit la parole; et la première chose qu’il dit, ce fut qu’il demanda que la croix du saint voyage lui fût apportée; laquelle incontinent lui apporta l’évêque de Paris. Et le Roi , la recevant très-dignement , se croisa et fit vœu d’aller contre les infidèles.

Joinville.

Pendant que les chrétiens divisaient leurs forces entre la Palestine, l’empire latin de Constantinople et leurs guerres locales, Gengiskan, l’un des grands dévastateurs de la terre, s’élançait des steppes de la Tartarie , avec des bandes aussi nombreuses et aussi implacables que celles qui huit cents ans auparavant avaient suivi Attila. Mais plus heureux que le roi des Huns, Gengiskan avait conquis toute l’Asie, et son empire s’étendait de dix-huit cents lieues de l’orient à l’occident, de plus de mille du nord au midi, lorsqu’il mourut au milieu de ses triomphes, en 1 227; il avait soixante-six ans et les trois quarts de sa vie

SAINT LOUIS

s’étaient passés dans les combats. J1 partagea en mourant ses nombreux États entre ses enfants. Tulikan eut la Perse, le Khoraçan et une partie de l’Inde. Des populations chassées de la Perse par les Tartares vinrent chercher un asile en Égypte. Le sultan , toujours en guerre avec les chrétiens de la Palestine, accueillit ces fugitifs , les incorpora dans ses armées; beaucoup de Tartares s’étaient joints à eux par amour de la vie d’aventures. Ces bandes sauvages prirent à leur tour Jérusalem, la saccagèrent et massacrèrent encore tous les chrétiens.

L’évêque de Beyrouth, à ces affreuses nouvelles, s’embarqua pour l’Europe et alla solliciter de nouveau l’intervention du Saint-Siège. En considérant les conquêtes sanglantes des Tartares, qui avaient dévasté aussi la Hongrie, la Pologne, qui menaçaient l’Allemagne et l’Italie, et qui semblaient destinés à envahir tout l’ancien monde, l’Europe s’épouvanta. Tous les souverains envoyèrent aux chefs de ces hordes des ambassadeurs qui furent tous mal reçus ; et alors on n’eut recours qu’à Dieu, en ajoutant aux litanies qui se récitaient dans toutes les églises : A furore Tartarorum libéra nos. Domine (I).

En 1246, le pape Innocent IV envoya le franciscain Jean Carpini dans le Kapschak, contrée de la Tartarie, qui s’étend de la Crimée au Volga, pour obtenir de Tuli-kan, l’un des fils de Gengis, qu’il cessât ses ravages dans la Russie, la Pologne et la Hongrie. Saint Louis, peu après, députa aux Tar-

(1) Comme au temps des invasious normandes, on avait ajouté à furore Normannorum.

lares Guillaume de Ruysbroeck (Rubruquis), cordelier brabançon, dans le même dessein; et ces deux religieux furent accueillis ‘partout. Ils obtinrent même des conversions. Mais il fallait secourir Jérusalem.

Dans un concile assemblé à Lyon en 1245, le pape avait réclamé une nouvelle croisade contre les Tartares de Jérusalem et contre les ennemis de l’empire latin. En même temps il avait excommunié solennellement Frédéric II, qui avait envahi les domaines de l’Église. Mais un an avant ce concile, le saint roi Louis IX, au sortir d’une maladie grave, avait fait vœu de se croiser. Il était donc prêt. Il avait convoqué lui-même tous les seigneurs ses vassaux. Gomme il n’avait pas de marine, les préparatifs furent assez longs. Ce ne fut qu’au mois de juin de l’an 1247 que Louis alla à Saint-Denis recevoir le bourdon du pèlerin, la panetière et l’oriflamme; après quoi il rentra à Paris, entendit à Notre-Dame la messe des voyageurs et partit le lendemain pour Aigues-Mortes, où il devait s’embarquer avec ses troupes (1).

(I) Citons quelques noms célèbres qui accompagnèrent saint Louis : Robert de France, comte d’Artois; Charles de France, comte d’Anjou; Gaston de Béarn; Hugues le Brun, comte d’Angoulême; Thibaut IV, comte de Champagne et roi de Navarre; Henri de Créquy; Guillaume de Dampierre, comte de Flandre; Raymond VI, comte de Foix; Hugues, comte de lu Marche; Arnoul III, comte de Guines; Robert de Grouchy ; Raoul de la Panouze ; Bertrand de Lascases ; le sire de Joinville ; Baudouin d’Ibelin; Guillaume II de Beaumont; Geoffroy de Chateaubriand; Hugues de Vaucouleurs; PonsV de Polignac; Aimericde Montalembert; Matthieu II, duc de Lorraine ;Ulric de Lescure; Arnblard de la Peyrouse; Bernard de la Tour d’Auvergne ; Guillaume de Goyon ; le comte de Rethel ;

SAIiNT LOUIS.

La flotte, qui portait l’élite des hommes de cœur de la France, mit à la voile le 25 août et débarqua en Chypre le 22 septembre. Cette île avait son roi (1) qui, accompagné de ses barons, reçut au milieu des transports de joie et fêta de son mieux le saint roi Louis et toute sa flotte. Tous lui promirent spontanément de l’accompagner en Palestine, s’il voulait attendre le printemps. Louis IX fit la faute de consentir à ce délai. Le climat et l’oisiveté .altérèrent la discipline de son armée et y causèrent des maladies qui la décimèrent. Mais, dans ces jours de repos, il eut le bonheur de rétablir l’union entre les chevaliers du Temple et les hospitaliers, que d’odieuses rivalités divisaient, et entre les Génois et les Pisans, qui désolaient Ptolémaïs de leurs luttes furieuses. Il apaisa d’autres discordes, et au bruit de son nom des chrétiens vinrent là, des plus lointains pays, lui offrir leurs hommages. Il reçut même une ambassade du kan des Mogols qui, favorable aux chrétiens, lui offrait de seconder sa croisade.

Louis se réjouissait de ce concours. Cependant,

Laurent de Montigny; Guy VI de Montmorency-Laval; le comte de Vendôme; Armand de Villars; Hugues X de Lusignan ; Juhel de Juigné; Guillaume de Villehardouin ; Renaud de Voyer, sire de Paulmy ; Jean de Valenciennes ; Robert VII de Béthune ; Roger de Bonald ; AV éric de Bournonville ; Jacques de Brézé ; Pierre de Courtenai ; Olivier de la Bourdonnaye ; Guillaume de Kergariou ; Raoul de Tournon ; Guillaume de Sévigné; Éon de Quélen; Étienne de Réaux; Alphonse V, comte de Poitiers ; Geoffroy de Sargines ; Guillaume Séguier ; Hugues de Noailles ; Eudes de Montreuil ;‘ Guillaume de Ségur ; Simon de Bombelles ; Déodat de Caylus; Olivier de Carné; Jacques; Gauthier et Jean de Brienne, et une multitude d’autres.

(1) Henri de Lusignan, premier du nom de Henri.

regrettant ses propres lenteurs, il ne l’attendit pas; et à la fin de mai de l’an 1248, la flotte française, composée de dix-huit cents vaisseaux, grands et petits, s’élança vers l’Égypte, où l’on voulait commencer da guerre sainte. Le 4 juin, octave de l’Ascension cette année-là, l’armée chrétienne se trouva en vue de Damiette.

Le rivage était couvert de soldats musulmans; et les barons voulaient qu’on attendît pour la descente la réunion de toute la flotte. Mais Louis ne consentit pas cette fois à perdre un instant. Les chevaliers, Louis à leur tête, se jetèrent dans les barques, l’épée' à la main, sautèrent à la mer dès qu’elle n’eut plus assez de fond et coururent à l’ennemi. La bataille s’engagea aussitôt; la cavalerie musulmane fut contrainte à reculer devant les lances des Francs; plusieurs émirs furent tués. A la fin du jour l’ennemi prit la fuite et laissa les Français maîtres du rivage.

Les croisés , fiers de cette première victoire , qui leur semblait un heureux présage, passèrent la soirée dans les réjouissances; et, le lendemain matin, ils s’avancèrent vers Damiette. Agréablement surpris de ne rencontrer aucun ennemi sur leur route, ils entrèrent dans la ville tout ouverte et qu’à leur surcroît de joie ils trouvèrent abandonnée et totalement déserte. Les premiers arrivés annoncèrent à grand bruit cette bonne nouvelle; toute l’armée se hâta d’entrer. Les évéques croisés chantèrent le Te Deum dans la grande mosquée, dont ils firent une église.

Les Égyptiens étaient frappés de terreur, et pen-

SAINT LOUIS

dant plusieurs semaines les croisés ne virent aucun ennemi. Tous voulaient donc qu’on marchât en avant. Mais Louis, désirant attendre l’arrivée du comte de Poitiers, son frère, eut une seconde fois le malheur de perdre un temps précieux. Dans le repos, les chevaliers s’amollirent et dépensèrent en festins et en folles joies l’argent qu’ils avaient apporté. Lorsqu’un homme sage leur faisait à ce sujet des représentations, ils répondaient qu’ils auraient bientôt de riches principautés qui répareraient tout.

On voit que l’esprit chrétien s’altérait; l’indiscipline, le désordre et la licence s’implantèrent dans tous les rangs, pendant que Neghem-Eddin, sultan de l’Égypte, rassemblait à Mansourah, place qui n’était qu’à cinq ou six lieues de Damiette, toutes les troupes que pouvaient lui fournir les diverses provinces de l’Égypte, et que dans toutes les mosquées on remerciait le Ciel d’avoir mis l’épouvante dans le cœur des Francs, car on attribuait leur inaction à la peur. Et les Égyptiens n’avaient pas tort, puisque cette inaction dura six mois.

Le comte de Poitiers arriva enfin avec de nouvelles troupes. On tint conseil aussitôt pour décider entre deux propositions. Robert, comte d’Artois et frère de saint Louis , voulait qu’on attaquât sur-le-champ le Kaire, la capitale de l’Égypte; les autres chevaliers proposaient de prendre d’abord Alexandrie, qui offrait moins de difficultés. L’armée se mit en marche le 7 décembre; elle était composée de soixante mille guerriers, dont vingt mille chevaliers; elle était superbe. Une flotte remontant le Nil por-

tait, SOUS les yeux des troupes, les vivres et les machines de guerre. Mais on faisait peu de chemin; car le 19 on dut s’arrêter non loin de Mansourah devant le canal d’Aschmoun , qui est un dérivé du Nil. On passa plusieurs semaines à essayer des ponts pour le traverser. Les avant-postes du sultan d’Égypte incommodaient les croisés de leurs flèches et de leur feu grégeois; les cavaliers égyptiens venaient même les harceler dans leurs positions. Ayant enfin, au bout de deux mois, découvert un gué, les plus intrépides passèrent, et, sans attendre le corps d’armée, conduits par le bouillant comte Robert, ils se jetèrent sur le camp des Sarasins, s’en emparèrent, entrèrent dans Mansourah et se mirent à piller cette place. Les Sarasins, qui avaient reculé, selon leur tactique habituelle, dès qu’ils virent l’armée des croisés dispersée en plusieurs corps et passant successivement le canal d’Aschmoun en confusion et en désordre, tombèrent sur la première troupe engagée dans Mansourah et attaquèrent en même temps l’armée chrétienne sur tous les points. La bataille dura toute la journée. Le comte d’Artois avait été assommé dans Mansourah, le grand maître du Temple et presque tous ses chevaliers avaient péri avec un grand nombre de vaillants hommes. Mais enfin la victoire restait aux chrétiens, qui virent ce jour-là que la conquête où ils allaient ne serait pas un jeu.

Le lendemain de cette bataille, 19 février 1249, les musulmans, par bandes innombrables, se ruèrent sur le camp des croisés. Blessés pour la plu-

SAINT LOUIS

part et privés de leurs armes, les Francs se défendirent si vaillamment avec tout ce qui leur tombait sous la main, qu’ils forcèrent leurs ennemis à la retraite. Le comte de Poitiers, pris par les assaillants, ne fut délivré que par les simples pèlerins, qui durent ce succès à leur nombre. Joinville, historien de cette guerre, dit que le roi ne fut sauvé que par un miracle de Dieu , car le feu grégeois brûlait ses vêtements et les harnais de son cheval.

« Les Français, disent les plus célèbres historiens des croisades, eurent toute la gloire de ces deux journées, mais les musulmans en eurent tout l’avantage; car l’armée chrétienne, malgré ses victoires , ne pouvait plus continuer sa marche sur le Kaire 0). »

En même temps, le scorbut, la dyssenterie et les fièvres s’abattirent sur le camp désolé des soldats de la Croix; et les chants de guerre avaient fait place aux gémissements des malades et aux pleurs des mourants. Les Sarasins connurent bientôt cette situation lamentable et laissèrent faire les maladies sans intervenir. Mais ils interceptaient et saisissaient tous les navires qui apportaient des secours aux croisés; et la disette vint achever ceux que les souffrances avaient encore laissés debout. On fut bien obligé de demander trêve.

Neghem-Eddin venait de mourir. Les souverains passent vite chez les musulmans. Son fils Almoadan lui succédait. Louis IX lui envoya des propositions de paix; on lui offrait de lui rendre Damiette, s’il

(1) MM. Michaud et Poujoulat.

voulait donner Jérusalem en échange. La ville sainte n’était pas relevée encore des dévastations tartares. Almoadan accueillait l’offre, à condition que le roi lui-même lui serait donné en otage. Louis IX y consentait. Mais personne dans l’armée ne voulait se séparer de lui. La négociation échoua donc, et le 5 avril 1249, qui était le lendemain de Pâques, on reprit le chemin de Damiette. On embarqua les femmes, les enfants, les malades; le roi, quoique malade, ne voulut partir que le dernier; la flottille qui suivait le Nil et l’armée qui le côtoyait se mirent en marche dès que la nuit fut venue. Mais les musulmans, instruits de ce départ, s’étaient préparés à le troubler. Ils remplirent bientôt tout l’espace que devaient franchir les croisés; et de toutes parts il leur fallut combattre. Cette nuit ne fut qu’un massacre; les barques furent prises et les malades qu’elles portaient tués ou noyés. Joinville, qui s’était embarqué, allait périr aussi, comme il le raconte, lorsqu’il fut sauvé par un Sarasin, qui le tint embrassé et l’emporta dans une galère du sultan en criant : « C’est le cousin du roi! »

Quand le jour vint éclairer la situation, le petit nombre des chefs restés vivants reconnut qu’ils n’a- .vaient plus guère de leur belle armée que l’arrièregarde, qui avait; fidèlement escorté et préservé le roi. Cependant Louis, à la fin, avait couru les plus grands dangers. Voici un fait que rapporte Joinville, et qui mérite ici sa place.

Le roi était monté sur un petit cheval couvert d’une housse de soie. Quand les ennemis virent l’ar-

SAINT LOUIS

niée dispersée, ils vinrent donner sur l’arrière-garde, « laquelle se défendit très-bien; et le roi, qui faisait )) merveille de frapper, nonobstant sa maladie, se » mit si avant dans la presse, qu’il fut abandonné )) de toute sa gente, et il ne lui demeura, de tous ses » chevaliers et gens d’armes, que le bon chevalier » messire Geoffroy de Sargines, lequel ne le délaissa » jamais, mais défendit le roi plus courageusement » qu’un lion , et donnait tant de coups sur les Sara- » sins, que l’on eût dit que sa force lui était aug- » mentée. Toutes les fois que les Sarasins s’appro- )) chaient du roi, messire Geoffroy de Sargines se » mettait devant lui pour le couvrir et recevoir les » coups; et à tous les coups il les déchassait de des- )) sus le roi à grands coups d’épée; de sorte qu’il fit » tant par sa prouesse qu’il l’emmena en dépit des » Sarasins, jusqu’à une petite ville nommée Cazel, )) et là il fut descendu et mis au giron d’une bour- » geoise qui était de Paris. Là il pensa mourir et on » n’attendait plus de vie en lui, pour raison de sa » maladie, et aussi de la peine qu’il avait endurée. » Un instant après, obligé de se rendre, il fut conduit à Mansourah, avec les grands vassaux qui se trouvaient encore debout. De soixante mille combattants qui avaient commencé cette campagne, et d’une multitude de pèlerins qui les suivaient, on ne comptait plus que dix mille chrétiens, prisonniers avec le roi.

SAINT LOUIS PRISONNIER

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