XL. — SAINT LOUIS PRISONNIER
Ce Sarasin nous dit que, puisque notre Dieu avait tant souffert pour nous, nous ne devions pas être marris , ni nous déconforter de souffrir telles persécutions pour l’amour de lui. Joinville.
On proposa à Louis sa liberté, s’il voulait rendre Damiette et les autres villes de la Palestine qui étaient encore au pouvoir des chrétiens. On lui faisait d’affreuses menaces, s’il refusait ces conditions. Il répondit avec calme que les villes chrétiennes de la Palestine ne lui appartenaient pas; et il demeura inébranlable.
Cependant on tirait toutes les nuits de leurs prisons deux ou trois cents captifs, à qui on proposait la liberté, s’ils voulaient renier leur foi. Sur leur refus, on les tuait et on jetait leurs corps dans le Nil. Ces faits déchiraient le cœur du roi, et il avait d’autres douleurs. La reine Marguerite, sa femme, était restée à Damiette, que défendaient encore les chrétiens, mais qui était investie et vivement assiégée; elle venait d’accoucher d’un fils, qu’elle avait appelé Tristan, à cause de sa situation douloureuse; et elle tremblait, si la ville était prise, de tomber en proie aux émirs musulmans. Elle tremblait en même temps pour son époux, qu’elle savait menacé de mort; elle fit donc jurer à un vieux chevalier, qui était là pour sa garde, de lui couper la tête, si les Sarasins prenaient Damas. Le vieux chevalier lui répondit :
— Madame, j’y songeais, et je le ferai volontiers...
SAINT LOUIS PRISONNIER. 301
Mais, grâce aux Pisans et aux Génois, à qui Marguerite avait fait promettre de ne pas abandonner Damiette, cette vjlle ne fut pas prise.
Cependant la captivité de Louis IX se prolongeait; et il était inébranlable dans son calme, heureux de pouvoir offrir à Dieu ses peines et ses douleurs. Ses gardiens s’étonnaient de sa fermeté, car ils ne parvenaient jamais à le troubler, ni à l’effrayer :
— Tu es notre captif et notre esclave , lui disaientils, et dans nos fers tu nous traites comme si nous étions tes prisonniers.
Enfin les négociations se reprirent. On ne demanda plus au roi que quatre cent mille besans d’or pour sa rançon et la reddition de Damiette.
^ — Allez dire à votre maître, répondit Louis, qu’un roi de France ne se rachète pas avec de l’argent. Je donnerai la somme que vous demandez pour vos prisonniers chrétiens et Damiette pour ma rançon.
Le traité fut conclu sur ces bases, et le roi partit dans des galères, avec les débris de son armée, à la rencontre du Soudan. Il l’attendait à Serensah, entouré de tous les émirs qui le félicitaient comme le sauveur de l’islamisme. Il ignorait qu’il était aussi environné d’ennemis. Les mamelouks de sa garde, furieux de savoir qu’on avait fait la paix sans consulter leurs chefs , décidèrent sa mort. A la suite d’un festin , ils envahirent son palais de Serensah , et parurent devant lui avec une contenance qui lui fit peur. Il se réfugia dans une tour de son palais; cette tour était de bois, ils y mirent le feu. J^e Soudan tremblant s’enfuit vers le Nil, mais il fut atteint et