SALM LOUIS PRISO>’MER
massacré, à la vue de la flottille qui portait les Francs (1).
Louis. IX, alors dans un pavillon que lui avait donné le sultan, vit cette tragédie avec épouvante. Quelques instants après, un émir des mamelouks parut devant lui, tout sanglant et le cimeterre à la main.
— Que me donneras-tu? lui dit-il; je viens de te délivrer d’un ennemi qui voulait ta perte et la nôtre.
Louis ne répondit rien.
— Je suis maître de ta personne, reprit l’émir; fais-moi chevalier, ou tu es mort.
— Fais-toi chrétien, répondit le roi, et je te ferai chevalier.
Ému de ce calme intrépide, l’émir se retira aussitôt, pendant que d’autres chefs du parti triomphant parcouraient les galères en menaçant de mort tous les chrétiens qu’elles portaient. L’effroi était si grand dans la flottille, que tous se confessaient les uns aux autres, ne s’attendant qu’fà mourir. Ils savaient d’ailleurs que, dans un conseil que tenaient entre eux les émirs, le plus grand nombre décidait qu’il fallait tuer tous les captifs. Un vieux mamelouk leur fit abandonner ce projet, en leur faisant observer que les morts ne payaient pas de rançon. On ramena donc les prisonniers à Damiette; Louis rendit cette place,
(1) Les mamelouks étaient des Tartares d’origine. Il y avait les petits et les grands mamelouks, attachés à la garde du sultan. Celui qui venait de traiter avec §aint Louis ne s’occupait que des petits mamelouks ; les grands s’en irritaient, et, en tuant Almoadan, ils mirent à la place un de leurs émirs.
SAINT LOUIS PRISONNIER
et paya une partie des quatre cent mille besans d’or. Après quoi, suivi de tout ce qu’il avait sauvé de cette expédition désastreuse, il se rendit à Ptolémaïs, qui appartenait aux chrétiens , et que l’on appelle aussi Acre ou Saint- Jean d’Acre. Il y débarqua le 1 4 mai 1 350.
Cependant en Europe on croyait généralement rÉgypte conquise et la Palestine délivrée. Lorsqu’on sut par une lettre que le saint roi adressait à son peuple de France les malheurs de cette croisade, ce ne fut partout que gémissements et douleurs. Tous les peuples chrétiens y prirent part. Le pape Innocent IV suppliait le Seigneur d’expliquer le mystère de son courroux, afin que les fidèles ne fussent pas scandalisés. Frédéric II, quoique excommunié, envoyait une ambassade au sultan d’Égypte en faveur des chrétiens. Les chevaliers anglais accablaient de reproches leur roi , Henri III , qui n’avait pas voulu les conduire à l’aide de leurs frères chrétiens.
Louis, demeuré en Palestine, envoyait au Kaire d’autres portions de sa dette, et à chaque envoi on lui ramenait des prisonniers,' mais ses barons le pressaient de reprendre le chemin de l’Europe, pendant que les chrétiens de Ptolémaïs et des autres villes de la terre sainte lui disaient que son départ serait leur perte. Deux cents chevaliers, rachetés par lui, revinrent à Ptolémaïs en octobre de l’année suivante (1251). Ils ramenaient dans un cercueil des restes de Gauthier de Brienne. Il avait été fait prisonnier à la bataille de Gaza. On le conduisit devant Jaffa, dont il était seigneur et prince et que les Tartares assiégeaient. On