XLIV. — AFFAISSEMENTS. — GENAPPE
Le découragement partout.
Velly.
En même temps que ce départ de Tunis, on signalait à Ptolémaïs l’arrivée du prince Édouard, fils du roi d’Angleterre, Henri III, qui amenait aux chrétiens de la terre sainte trois cents chevaliers; cinq cents croisés venus de \a Belgique et de la Frise se réunirent bientôt à cette petite armée. Ces deux contingents, accueillis par les chevaliers du Temple et de l’Hôpital et par les guerriers du pays, ne purent former qu’une troupe de huit à neuf mille combattants. Ils n’hésitèrent pourtant pas, et, se lançant contre l’ennemi, aux environs de Panéas, ils remportèrent une première victoire. Ils reprirent ensuite aux mamelouks la ville de Nazareth, dont ils massacrèrent tous les habitants musulmans, qui avaient livré aux flammes l’église de la sainte Vierge.
Mais après ces deux rencontres, qui avaient produit du butin, le prince Édouard n’osa pas essayer de nouvelles tentatives. Il approuvait l’idée que les désastres avaient fait naître, qu’il valait mieux essayer de convertir les musulmans que les combattre. Il fit faire des ouvertures dans ce sens à l’émir de Jaffa. Celui-ci lui envoya un de ses hommes chargé de lui dire qu’il était disposé à embrasser sa foi. Mais cet émissaire, qui était un des fanatiques du Vieux de la Montagne, se trouvant seul un instant avec Édouard, se jeta sur lui pour le poignarder.
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Édouard, blessé au front, tua l’assassin; et aussitôt qu’il fut assuré que sa blessure n’était pas dangereuse, il. se rembarqua avec ses chevaliers et s’en revint chez lui.
Il avait fait aussi, avant son départ, un traité de paix avec le sultan du Kaire; traité qui ne devait pas être plus observé que celui de Tunis. Peu à peu les chrétiens allaient disparaître de la terre sainte. Les prédications de la croisade n’avaient plus d’écho et ne touchaient plus personne. Kélaoun, successeur de Bibars, assiégea Ptolémaïs, que son fils détruisit par le fer et par le feu.
Dans le concile général tenu à Lyon en 1274 , le pape Grégoire X reçut des ambassadeurs du khan des Mogols, qui proposait de s’unir aux chrétiens contre les musulmans. Une si puissante intervention ne put émouvoir les chrétiens lassés. Mais le chef des Mogols n’en marcha pas moins sur la Palestine, s’avançant comme l’ami et l’allié des chrétiens; il en avait quelques-uns dans ses troupes, et le drapeau de la Croix brillait à côté de ses bannières. Il battit les mamelouks, s’empara de plusieurs villes et entra avec son armée à Jérusalem, où lui-même alla révérer le tombeau de Jésus-Christ. Et de là il offrit plus vivement encore son alliance aux princes chrétiens.' Mais personne ne se leva, et le chef mogol étant mort à Damas, tout fut abandonné. Les chevaliers du Temple se retirèrent dans l’île de Rhodes. Ils s’établirent bientôt dans toute l’Europe, où ils avaient des biens et des richesses immenses. La mollesse les fit dégénérer, et ils tombèrent dans le désordre.