‹ Légendes des croisadesChapitre 36 sur 41 · AFFAISSEMENTS. — GENAPPE · texte numérisé non relu

AFFAISSEMENTS. — GENAPPE

Un peu plus tard, l’esprit des croisades se réveille dans le Nord par quelques bandes fanatiques du genre des pastoureaux. Nous en dirons peu de chose, car leur histoire n’est pas longue :

Une horde d’aventuriers qui portaient les insignes des croisés parcourait en 1309 le nord de l’Europe. On en voyait en Flandre, en Hainaut, en Brabant, en Allemagne et en France; ils n’avaient ni chefs ni bannières. Dieu, disaient-ils, était leur général. Ils s’étaient levés pour reconquérir le royaume de Jérusalem, expédition dont ils prétendaient que le succès était assuré , mais seulement après qu’ils auraient exterminé tous les juifs. Les mécontents du Brabant se joignirent à ces brigands et se mirent à poursuivre les juifs pour les assassiner. Les enfants d’Israël, effrayés de cette nouvelle persécution qui les cernait de toutes parts, implorèrent l’appui du bon duc Jean II, à qui leurs richesses étaient utiles; ils lui demandèrent un refuge contre leurs ennemis.

Jean, à qui les juifs payaient de forts impôts, dé^ Clara qu’il les prenait sous sa protection, défendit d’attenter à leur vie, et leur donna pour asile le château de Genappe, où ils s’enfermèrent et dont les murs leur semblèrent un rempart plus sérieux que les ordres du prince. Mais aussitôt les aventuriers vinrent les assiéger dans Genappe, sans leur donner le temps de se munir de provisions, ni de se fortifier. Les infortunés, en qui la société fanatique d’alors reconnaissait à peine des hommes, se défendirent avec le courage du désespoir. Ils savaient qu’ils

LES TEMPLIERS

ne pouvaient attendre des assassins croisés ni capitulation, ni miséricorde. Ils combattaient comme des hommes qui n’ont que ce moyen d’éviter une mort infaillible.

Mais les forcenés qui les assiégeaient redoublaient d’ardeur tous les jours; tous les jours leur nombre augmentait, malgré les ordres réitérés du duc de Brabant, qui les faisait sommer de se disperser. Le château de Genappe eût été pris et tous ses hôtes massacrés, si Jean eût oublié que les juifs étaient aussi ses sujets. Voyant qu’on méprisait son autorité, il marcha avec une armée contre les assassins, dont le plus grand nombre étaient des étrangers. Les juifs respirèrent en voyant de loin la bannière ducale s’avancer contre leurs ennemis. Les assiégeants, attaqués par des troupes réglées, furent bientôt en déroute; les soldats de Jean en immolèrent, dit-on, la moitié; le reste s’enfuit tellement épouvanté, qu’ils ne s’arrêtèrent qu’à Avignon, où le pape Clément V blâma sévèrement leurs excès et leur ordonna de retourner en pénitents dans leurs foyers.

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