‹ Légendes des îles Hawaii, tirée de Fornander et commentées, avec une réponse à m. de QuatrefagesChapitre 2 sur 8 · A. ÉMIGRANTS DES GROUPES SUD OU KAHIKI AUX ILES HAWAII · texte numérisé non relu

A. ÉMIGRANTS DES GROUPES SUD OU KAHIKI AUX ILES HAWAII

Parmi les chefs importants des îles du Sud, qui allèrent se fixer dans les îles Hawaii, ou seulement, plus tard, y faire des visites de famille, les légendes hawaiiennes, rapportées par Fornander, signalent plus particulièrement les noms suivants :

P Kapawo (3), chef ou Moï de l'île Kauai. Ce fut ce chef que le grand-prêtre Paao aida à renverser et remplaça par

(l)Ouv. cité, t. I., p. 179.

(8) T. IL p. 21.

un chef, étranger aussi, nommé 0-Pilî. Fornander dit qu'il était de la famille de Nana, fils de Nanakaoko, et contemporain de Paumakua.

Quoique les légendes semblent l'accuser de grands crimes, afin d'expliquer sans doute sa déchéance, elles se taisent sur ses actions.

Elles disent seulement qu'il fut enterré sur l'île Maui à lao, cimetière des anciens chefs de l'île.

2* PaaOy grand- prêtre (1). En arrivant du Sud, il était allé débarquer à Puuepa près de la pointe N.-O. d'Hawaii, pointe appelée par lui « Lae Upolu », cap Upolu, en mémoire sans doute de sa terre natale.

Dans la légende rapportée par David Malo (2), indigène, historien des îles Hawaii, Paao venait de File Vavau (groupe Afulu-hu) ; mais d'après une autre légende recueillie parun autre historien hawaiien, S. M. Kamakau, il était parti d' Upolu dans le groupe Samoa.

Les deux légendes s'accordent sur le motif de son départ : sa querelle avec son frère Lonopele, mais elles diffèrent encore sur ce qui concerne 0-Pili.

D'après la première, sur le refus de Lono Kaeho, chef du Sud, d'accepter la royauté que lui proposait Paao, désireux de détrôner Kapawa, 0-Pili, autre chef du Sud, s'était rendu à son invitation et avait bientôt été nommé roi de Kauaï.

La légende de Kamakau dit au contraire que Paao était arrivé en compagnie d'O-Pili Kaaiea, de sa femme Hina Ananu, de sa propre sœur, Nana-uuo-Malaia, et de trentecinq autres personnes, parents et serviteurs. Elle ajoute que, après un long et dangereux voyage, Paao arriva à l'île Hawaii, où il s'établit dans le district de Kohala, dont Pili devint le chef souverain (3).

(2) Mort en 1851. Son histoire d'Hawaii est intitulé: Moolelo hawaii.

(3) De sorte que, diaprés David Malo, Pili avait été nommé roi de Kauai, et d'après Kamakau, roi d*Hawaii. Inutile de faire remarquer, ce dont on se doute bien, que les légendes ne s'accordent jamais beaucoup plus.

Fornander est disposé à regarder Paao et Pili, comme provenant du groupe Samoa, et plus particulièrement de rîle Upolu. Il fait remarquer d'ailleurs que les seuls noms mentionnés dans les légendes, qui pourraient aider à faire reconnaître l'île d'où était parti Paao, sont : a La montagne de Malaia (1) » et la colline ou vallée « Kaakaheo ». Existet-il une montagne ou une vallée de ces noms sur l'île Upolu? Que l'un des habitants européens actuels nous le dise, et la question sera résolue ; ajoutons que c'est à Paao qu'on attribue le HeiauMookiai et l'introduction dans les Hawaii des idoles, dont nous avons longuement parlé. Vol. II. « Les Polynésiens », p. 163 et suiv.

On sait que la prêtrise a continué dans la famille de Paao jusqu'au dernier grand-prêtre d'Hawaii nommé Hewaliewanui, et que ce furent Liho-Liho ou Kamehameha II et la Reine Kaabumanu qui abolirent les Tapus^ en 1819.

Aujourd'hui plusieurs familles prétendent descendre de Paao.

5° 0-Pili (2). Après ce que nous venons de dire, en parlant dePaao, 0-Pili était presque certainement de la même île que lui, et peut-être son parent sinon son fils, ainsi que nous Tavons rapporté : « Les Polynésiens », vol. 11, p. 164.

Sa femme se nommait Hina, avec le sobriquet Ananu (3). Or, comme le fait remarquer Fornander, Hina est un nom tout à fait du Sud, une appellation favorite des cheffesses de la ligne Ulu, d'où les Polynésiens du Sud prétendent surtout descendre.

Les légendes font rarement mention des actions de Pili ; elles montrent seulement qu'il était établi avec sa famille

(1) Malaia — amer, désagréable au goût, acre, enflure. Haa — pour Hoo, causatif, faire.

Hea — fier, semen .

Haaheo — marcher d'un air fier et orgueilleux, fier, élevé, magnifique. App. aux personnes.

(3) Nom d'une plante, sorte de navet qui, bouilli, servait d'aliment.

sur Fîle Hawaii, ce qui doit faire supposer que la version de S. M. Kamakau était plus proche de la vérité que celle de David Malo. Ce dernier, dans son arbre g-énéalogique, vol. 1, p. 191, repésente Pili comme le père de Koa, le grandpère d'Ole, et le bisaïeul de Ku ; mais, d'après d'autres généalogies, Fornander est porté à croire que Koa et Ole devaient être frères de Pili, ou que Koa, Ole et Kukohau étaient ses fils — ce qu'il importe assez peu de connaître, croyons-nous.

Les traditions se bornent d'ailleurs à dire que Pili succéda à Kapawa comme clief supérieur d'Hawaii, et que, soit qu'il ait précédé ou suivi Paao à Hawaii, l'un et l'autre arrivèrent, dit Fornander, quand l'émigration polynésienne était à sou plus haut période, c'est-à-dire vers Tépoque des petitsfils de Maweke (1) établis sur Oahu, de Haho sur Maui, etc.

4° Nana*Maoa ou Nana-a-Maui (2) fut le premier de sa famille qui alla se fixer à Oahu, où son fils lui succéda et devint un chef renommé. Ce fils se nommait Nanakaoko et avait pour femme Kukaniloko. Ce sont ces derniers qui firent bâtir l'endroit appelé Kukaniloko dans le district d'Ewa — où, en 1797, Kamehameha l**" avait voulu que sa femme allât accoucher, la croyance étant que là on naissait dans la pourpre, et que par ce fait seul tous les privilèges et Tapus étaient acquis.

5^ Naula-a-Maihca (3) passe pour avoir accompagné Laa- Maï-Kahiki (4) venant de Kahiki. C'était un chef très renommécomme prophète et fort craint comme sorcier. On rapporte que son canot ayant chaviré pendant qu'il traversait le canal qui sépare Oahu de Kauai, il fut avalé par une baleine qui alla le rejeter sain et sauf sur le rivage de Kauai.

Comme le fait remarquer Fornander, si ce n'est pas un reste d'ancien mythe, apporté par les Polynésiens et appliqué au plus célèbre prophète de ces temps, c'est une coïnci-

(1) Mawckc et Paumakua étaient arrivés à la un du lO^ ou au commencement du 11» siècle, dit Fornander.

(4) Voir plus loin pour la signification du mot Kahiki.

Il ^

dence remarquable avec rancienne légende juive du prophète Jonas.

6° Les lég-endes citent encore Hua(l), surnommé Kapua Inamata (2), qui était le Moï de l'île Maui. Ce chef ayant fait tuer son grand-prêtre Luahoomoe, il survint un déluge de pluie, qui ne dura pas moins de trois ans, et fit périr Hua et tout son peuple.

7<>Une autre notoriété indiquée par elles, est Laukapawa (3). C'était le Kilokilo (astrologue, navigateur) et le prêtre de Ka-Ulu~a-Kalana, fameux chef d'Oahu, dit Fornander, qui visita tant déterres étrangères (4) et qui passait pour être le petit-fils deHina-i-Kapai-Kua (5), la femme de Nanamaoa, par conséquent,le contemporain dePaumakua et des enfants de i^Jaweke.

Les légendes ne disent pas quel était le lieu de naissance de Laukapawa dans le Sud (6). Elles rapportent seulement qu'il était arrivé avec Ka-Ulu-a-Kalana à Oahu et s'y était établi. Quelques légendes, dit Fornander, lui attribuent l'introduction des Tapus, mais il est probable qu'il s'est borné à rendre leur observance plus stricte, ou peut-être à ajouter quelques règles nouvelles aux anciennes.

8® Les légendes citent encore (7): Kalaua-Nuu-nui-Ka- Mamao, Humu ou Aumu, et Kamaunua-niho, qui, en arrivant de Kahiki, allèrent débarquer à Waïheo sur Pile Maui. Mais une légende dit que, presque aussitôt, Aumu retourna à Kahiki, à la suite de l'outrage que lui fit Kalana en lui prenant sa femme Kamaunua-niho (8).

(2) Remarquer que ces deux derniers mots sont complètement Maori : Kapua, nuage.

Jnamata, autrefois, immédiatement.

(4) Nous ferons connaître plus loin la légende de ce faraud navigateur.

(5) Ilina au dos oint ou massé.

(G) Kahu, vêtement; Kapawa, bordé (eu Maori).

(8) Nous avons montré combien ces outrages étaient fréquents à la Nouvelle-Zélande, où ils étaient presque toujours la cause de guerres.

Aumu avait une fille nommée Hina, qui deviat la femme (l'un Olopana, tout récemment arrivé de Kaliiki avec son frère Moïkeha, surnommé « Kahikiula », lesquels allèrent s'établir à Oahu.

D'après une lég'ende, cet Olopana et son frère Kahikiula, étaient partis de lieux dans Kahiki, appelés « Keolewa » « liaena (1), Kula-ina » et Kauaniani ». Et Fornander dit que les deux frères n'étaient pas les mêmes qu'un autre Olopana et son frère Moïkeha, dont parle longuement une autre légende que nous rapporterons bientôt.

Nous craignons bien, dirons-nous en passant, que, dans son désir de montrer ses connaissances généalogiques et de faire croire que les îles Sandwich ont probablement été peuplées plusieurs siècles avant la venue des Polynésiens du Sud — bien qu'il fournisse lui-même à son insu une foule de témoignages contraires — nous craignons bien que Fornander ne se trompe quand il fait deux familles différentes sous les mêmes noms d'Olopana et Moïkeha.

Le surnom de l'un des premiers « Kahiki ula », le Kahikien rouge, indiquant formellement une origine étrangère, on pourrait peut-être croire que ce n'est; que par affection pour son pays d'adoption qu'il a tenu à faire passer les deux derniers, les plus célèbres, pour des Hawaiiens. Mais, qu'il ait tort ou raison, on va voir par la légende des Olopana et Moïkeha^ qu'il regarde comme des enfants d'Oahu, que, malgré l'origine que semble leur donner la légende citée par lui, bien des détails permettent de supposer que ces deux frères auraient eux-mêmes pu venir de Kahiki.

Toutefois, avant cette légende, nous croyons devoir rapporter l'extrait publié par Fornander (2) de l'un des chants conservés par les bardes hawaiiens sous le nom de chant de Makuakaumana .

Ce Makuakaumana était le prêtre qui accompagnait le grand-prêtre Paao venant du Sud et allant se fixer sur Hawaii. C'est une raison pour le citer l'un des premiers.

(1) Il faut probablement lire (( aïna », terre, pour liacna ; Kula, rouge ; koe ; pic, sommet ; lewa^ élevé, couvert de nuages.

(2) OuT. cité, t. II, p. 18.

On a déjà vu (1) que Paao commença par offrir le trône à Lono Kaeho, l'un des chefs du Sud, qui le refusa.

Dans le chant, Makuakau Mana s'adresse directement h Lono Kaeho :

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