CHANT DE MAKUAKAU MANA
E Lono, e Lono \ e \ e Lono Kaeho î
Lono, ô Lono, e ! ô Lono Kaeho !
Lono Kulani, alii o Kauluonana !
Lono Kulani, chef de Kauluonana !
Eia na waa ; Kau mai aï,
Voici les canots ; viens à bord,
E lioi, e noho ia Hawaii-' Kua-uli^
Viens pour aller habiter Hawaii au dos vert.
He aïna loaa i Ka Moana,
C'est une terre à prendre dans FOcéan,
1 hoea mai loko o Kaale^ Qui a surgi de la mer,
I Ka halekale poï pu a Kanaloa (3).
Des profondeurs de Kanaloa, He Koakoa i halelo (4) i Ka waï.
(1) Le^ Polynésiens^ t. II, p. 163.
(2) Makua, père, parent ; bienfaiteur, pourvoyeur.
Kau, V. pendre, suspendre; s., liens, canot ; ad., coucher de soleil ; p ; p. 2*= pers., de toi ; de moi, le mien.
Mana, puissant, fort pouvoir, force, pouvoir surnaturel ; esprit, énergie ou caractère intelligent, etc.
Le père au pouvoir surnaturel.
Ku, être, v. Lani, ciel. Le céleste, divin.
(3) Expression propre aux légendes du Sud, qui disent que les îles furent pêchées par ïaugaloa (Kanaloa).
(4) Abréviation de ilalelolclo.
On y trouve du corail blanc et des cavernes pleines d'eau.
1 loti i Ka makau a Ka lawaia^
Qui furent prises par Thameçon du pêcheur,
A Ka lawaia nui o Kapaahu (1),
Du grand pêcheur de Kapaahu,
A ke lawaia nui o Kapuheeuanuu,
Le grand pêcheur Kapuheeuanuu.
Apae, na waa i Kau mai^
Allons viens, le canot touche le rivage ;
E holo^ e aï ia liawaii he nioku^
y\llons-nous emparer de File Hawaii.
Hc moku hawaii^
Car Hawaii est une île,
(1) Les lignes précédentes se rapportent à une légende qui établit que Kapuheeuanuu, pécheur de Kapaahu à Kahiki, prit un jour pendant sa pèche à Paide de son hameçon, une niasse de corail. Son prêtre lui ayant dit qu'en rejetant cette masse dans la mer, après avoir accompli sur elle certaines cérémonies, elles repousserait et deviendrait une île qui serait appelée Hawaii loa, il s'empressa d'obéir et le tait se réalisa. Le pécheur ayant bientôt ramené un autre bloc de corail, ce bloc fut sanctifié de la même manière, et quand il fut lie, il fut appelé Maui-loa. Et ainsi, successivement, Kapuheeuanuu tira de l'océan tout le groupe hawaii. L'indication que Kapaahu était le lieu auquel appartenait le pécheur, montre, dit Fornander, que la légende venait du Sud, ce lieu dans Kahiki étant, d'après les légendes de Moïkeha et de Laa-mai-Kahiki, celui d'où l'on partait pour aller à Hawaii. Depuis, Kapaahu est devenu le nom de plusieurs terres sur le groupe hawaii. Je ne puis cependant assm^er que quelques groupes du Sud n'ont pas encore le nom de Kapaahu. Ce nom, dans les légendes hawaiiennes, est intimement lié à la période des migrations du Sud et indique, comme l'un des principaux lieux vers lequel on se rendait et û'oii partaient les expéditions par mer du temps».
« Je n'ai pu me procurer, ajoute Fornander, aucun renseignement sur la montagne dite Kapaahu. Il est bien à souhaiter que quelque archéologue lahitien prenne la peine de rechercher si quelque montaq;ne de Raiatea, dans les environs d'Opoa, a jamais porté le nom de Kapaahu.»
Peut-être dirons-nous, à notre tour, un érudit Maori trouverait-il plus facilement qu'un Tahiticn la montagne à laquelle ce nom était appliqué, car il est bien probable que cette montagne était celle appelée encore aujourd'hui Ruapaahu par les Néo-Zélandais.
— 15 ^ He moku hawaii^ 7io Lono Kaeho e noho.
Hawaii est une île où Lono Kaelio doit aller demeurer.
LÉGENDE D'OLOPANA ET DE MOIKEHA (1).
Une génération avant Paumakua, Kapawa et Paeo, dit Fornander, vivait à Oahu, un chef appelé Maweke (2), qui était fils de Ke Kupaï-aï-Kala (3), (h.) et de Maihikea (f.) et le descendant en ligne directe de Nanaulu, le frère de Ulu, d'où les chefs du Sud disent eux-mêmes descendre. Ce Maweke existait il y a 27 générations passées.
La tradition rapporte qu'il eut trois fils : Mulieleaalii, Keaunui et Kalehuiiui.
Mulieleaalii eut trois fils aussi et une fille : Kumu-honua, Olopana, Moïkeha (h.) et Haïnakolo (f.).
Kumu Honua, d'après la légende, paraît être resté en possession des Etats de son père, à Oahu. Il eut quatre fils, Molohaia, Kahakuokane, Kukawaieakane et Elepaukahonua.
Les deux autres frères: Olopana et Moïkeha allèrent s'établir à Hawaii, le premier comme chef de la vallée Waïpio et du pays environnant, Moïkeha restant le plus haut chef après lui, et son meilleur ami (4).
Cette montagne n'a pas moins de 10,236 pieds anglais et se trouve dans l'île Nord ou Aotearoa.
Cette légende semble indiquer qu'à l'époque où Paao s'y rendit, l'ile n'était pas encore complètement habitée, ou que, du moins, les partants ne doutaient pas qu'ils s'y feraient facilement une place.
(1) Ouv. cit., t. 2, p. 50.
(2) Ce nom est tout Maori, et dans les légendes de la Nouvelle-Zélande, il est donné à un chef renommé qui émigra l'un des premiers de rilawaïhi pour aller se fixer sur l'île Nord de la Nouvelle-Zélande.
(3) Kupa-ai-tara, en maori le vieux rôteur, ou simplement le vieux, Kara ou à la pierre basaltique.
Maihikea-maihi, verandah ; Kea, mucus nasal : la morveuse.
(4) Moï aux Sandwich: 1" chef, souverain; Kea, blanc; Kcha, bouffi d'orgueil, déchirer avec les dents.
Là, Olopana épousa Laukia, petite-fille de Hikapoloa, chef de Kohala sur Hawaii, et de Maïlelaulii, sa femme, née à Kona.
Il en eut une fille, nommée Kaupea.
La légende ne dit pas combien de temps Olopana demeura à Waïpio, mais elle rapporte qu'après une tempête diluvienne qui désola la vallée et força les habitants à chercher un refug-e ailleurs, Olopana et sa famille, accompagnés de Moïkeha et de la sienne, s'embarquèrent dans leurs canots et firent route pour Kahiki, où ils arrivèrent heureusement.
La légende dit qu'une fois là, Olopana obtint la souveraineté d'un district ou portion de terre, appelé < Moaulanui Akea »(1).
Devenu le bras droit de son frère, Moïkeha se fit construire une somptueuse demeure, et élever, pour son usage, un Heiau (temple), appelé Lanikeha (2). Il avait emmené avec lui comme fils adoptif, le jeune chef Laa, arrière-petit-fils de Kamakua (d'Oahu) et qui, dans les chants, est appelé chef de Kapaahu (3) et seigneur de Nualaka» (4).
M. Fornander fait remarquer avec raison qu'il serait bien intéressant de savoir sur quel groupe Sud ou Sud-Ouest du Pacifique Olopana et Moïkeha étaient descendus et s'étaient établis, et voici ce qu'il en pense :
(1) Moa, sacre, homme sacré, prêtre, aux Sandwich et Marquises ; couche de jardin, certaine prière, à la Nouvelle-Zélande.
£//a, rouge ; nui, grand.
Akea, d'Akea.
Ne serait-ce pas plutôt Mua, au lieu de Moa?
Mua est un district de Tungatapu qui, en 1827, quand nous l'avons visité, avait pour chef Palu (voyage de l'Astrolabe).
(2) Lanikeha, Lani, ciel, Keha, rompre, morceau.
Ce mot n'est que le mot Maori Rangiatea, nom d'une montagne de rilawahiki.
(3) Nous avons dit précédemment que le mot Kapaahu n'est prohablement que le nom Maori Ruapaahu, qui est celui d'une montagne d'Aotcaroa ou île Nord de la Nouvelle-Zélande.
(4) D'un autre côté, il est très probable que le mot Nualaka de la légende n'est autre que le mot Nukulafa, district de Tungatapu ayant pour chef, en 1827, Tupo (le Tubo des navigateurs) déjà christianisé.
« Le mot Kahiki, dit-il, au point de vue hawaiien, comprend tous les groupes depuis Tîle de Pâques jusqu'à TOuest extrême, et même la Malaisie. Ne pouvant indiquer celuici avec certitude, je puis cependant assurer que c'était une des îles du groupe de la Société. Les légendes hawaiennes mentionnent, en effet, trois noms de lieu qui se rapportent aux voyages de Moïkeha, de Kila et de Laa-Mai-Kahiki. Ces noms sont : Moa-ula-nui-akea, nom de la terre ou district où Olopana s'était établi; Lanikeha, nom de la résidence et deTHeiau de Moïkeha; et Kapaahu^ nom d'une montagne des environs, où Laa-Maï-Kahiki s'arrêta quand il revint avec Kila. Mon ignorance des noms de lieux anciens ou actuels dans le groupe des îles de la Société m'empêche d'identifier avec certitude chacun de ces mots, et je ne puis, par conséquent, résoudre la question ; mais la teneur de toutes les légendes hawaiiennes semble indiquer que le groupe des îles de la Société était le but des voyages de Moïkeha, Kila, Laamai et autres.
Le nom du district dont Olopana était le chef en Kahiki, se rend en hawaiien par Moaulanui Akea. Or, en analysant ce nom, on voit qu'il consiste en un appellatif : Moâ, et en trois adjectifs ou épithètes : ula, nui, akea, rouge, grand, ouvert ou de large étendue. Comme originairement les adjectifs peuvent n'avoir pas été à la place qu'ils occupent et peuvent avoir été changés par les bardes des âges suivants, il ne faut pas compter sur eux. Mais il reste le mot Moâ pour nous aider dans notre recherche. Or, dans l'île Raiatea (de la Société), l'une des entrées de la baie où se trouvait Opoa, était anciennement et est peut-être encore appelée Ava Moâ (la rivière sacrée ou l'entrée sacrée). Il se pourrait dès lors que ce fut le lieu que les légendes hawaiiennes ont tant vanté comme le splendide domaine d'Olopana et de Laa. Moà, qui en tahitien signifie « sacré » et qui, dans l'origine, était une épithète distincte pour ce port particulier, est devenu en hawaiien, et pour les émigrants à Hawaii, un nom de localité, orné de quelques autres épithètes. En outre, quand on considère qu'Opoa où conduit cette entrée sacrée % cette ava moâ n était le siège, le berceau et le principal
sanctuaire du groupe entier des lies de la Société, la Mecque Tahitienne, il y a par le fait de bonnes raisons pour croire que le « Moaulunuiakea » des légendes Hawaiiennes se rapporte à « Tava moà » de l'île Raiatea du groupe des îles de la Société* Il est vrai que les légendes hawaiiennes qui se rapportent à cette période, ne font pas mention d'Opoa, de son maraë ou temple, ni de la divinité qui y présidait, Oro. Mais d'après les légendes tahiiiennes et les traditions, le maraë d*Opoa fut construit et consacré à Oro par Hiro, que les généalogies tahitiennes font le 20® chef avant la feue Reine Pomaré, et qui, suivant les mêmes généalogies, était rarrière-petit-fils de Raa, tandis que le Laa hawaiien florissait vingt -trois générations auparavant, ce qui explique le silence de Moïkeha et des légendes contemporaines sur le marae d'Opoa et son fameux Dieu Oro.»
En somme, Fornander soutenait donc que Olopana et son frère résidaient sur l'île Raiatea, dans le groupe des Iles de la Société. Et cela aurait certainement pu être ; mais les raisons qu*il donne ne sont guère convaincantes et laissent, à notre avis, planer plus d'un doute. Ainsi, est-ce Moâ ou Mua qu'il faut écrire? On sait qu'il y a sur l'île Tongatapu, un district appelé Moà ou Mua. D'autre part, il ne faut pas perdre de vue que le mot Lanikeha, écrit en hawaiien, n'est que le mot Maori Rangiatea, de même avons-nous déjà dit que le mot Kapaahu n'est presque certainement que le nom de la montagne Ruapaahu de i'iie Nord de la Nouvelle- Zélande. Enfin, ce qu'il ne faut surtout pas oublier, c'est que presque tous les noms cités par les légendes hawaiiennes ne sont que des noms Maori à peine modifiés et provenant directement de TOcéan Pacifique Sud.
Aussi, d'après cela, serions-nous nous-même plutôt porté à croire que le lieu occupé par Olopana était: ou l'île Tungatapu des Iles des Amis, ou peut-être même l'île Nord de la Nouvelle-Zélandei Et, puisqu'une foule de légendes montrent que les Hawaiiens allaient jusqu'à Kahiki-Ku, jusqu'à Kapakapawa, etc., pourquoi donc, si le nom de Ruapaahu, montagne de llle Nord de la Nouvelle-Zélande, est bien le mot Kapaahu des légendes, et si, comme on verra, Kapaka-
pawa n'était qu'une portion de cette île, et Kakihi-Ku, son nom, pourquoi, disons-nous, Olopana n'aurait-il pas pu résider sur cette île plutôt encore que sur Tung-atapu ? Les lég'endes ne permettent plus aujourd'hui de douter que des rapports assez fréquents avaient lieu autrefois entre les îles Hawaii et la Nouvelle-Zélande, malgré la g*rande distance qui les sépare.
Après cela, les légendes continuent en disant que Olopana et Moïkeha vécurent longtemps en boatie harmonie dans leurnouvelle résidence, et jusqu'au moment où la jalousie et l'envie portèrent un chef de Kahiki, nommé Mua, à calomnier Moïkeha et aie perdre dans Fesprit de Luukia, la femme de Oîopana.
Incapable de se défendre avec succès et de convaincre Luukia de la méchanceté de son calomniateur, et ne pouvant supporter plus longtemps la vie qui lui était faite, Moïkeha prit le parti de retourner aux îles Hawaii, son lieu d'origine, dit Fornander :
Les canots furent bientôt prêts et mis sous la direction de Kamahualele. qui était à la fois son astrologue, son pro* phète (voyant) et son magicien (kilokilo)>
Suivi de nombreux chefs, de serviteurs et de parents, il fit voile pour les îles Hawaii, et ce fut en approchant de rîle de ce nom, dit la légende, que Kamahualele fit un chant que rapporte Fornander, t. 2, p. 55 (1).
Moïkeha débarqua d* abord à Hawaii, puis il alla se fixer à Kauai, où il épousa les deux filles du premier chef de l'île, Puna, auquel il succéda à sa mort comme chef principal ou Alii-Nui (2).
Il eut de ses deux femmes plusieurs enfants : Hookapaalii,
(1) Voir ce chant à la suite de la le'gende de Olopana çt Moïkeha,'
(2) La tradition mentionne trois Puna comme chefs de Kauaï. Cotte famille Puna, d'après Fornander, était originaire du groupe des Marquises ; cela résulte, dit-il, d'une généalogie des chefs de l'île Hiwa-Oa.
Dans les légendes Maori, Puna était le frère de Hema, lequel était né dans la contrée que les légendes hawaiiennes appellent Kalana-i- Hau-Ola, c'est-à-dire l'Hawahiki, ou île Sud de la Nouvelle-Zélande.
Haulanui-Aia-Kaia, Kila, Umalehu-Kaialoa, Ke-Kaihawewe et Laukapalala.
L'un des enfants de Moïkelia, nommé Kahaï (1) ou Hookanialii, passe, d'après la lég*ende, pour avoir fait un voyage ù Kahiki et avoir rapporté de File TJpolu, dans les Samoa, une espèce d'arbre à pain, qu'il planta à Paulua (île Kauaï).
Le troisième fik de Moïkelia, Kila, est celui qui joue dans les légendes un plus grand rôle que ses frères,
Moïkeha, après avoir résidé assez longtemps à Waialua, et alors que ses enfants étaient déjà grands, fut pris du désir ardent de revoir encore une fois, avant de mourir, son nourrisson Laa, qu'il avait laissé, à son départ de Kahiki, chez son frère Olopana, et que celui-ci avait adopté comme son héritier et successeur.
Mais, soit que Moïkeha se trouvât trop vieux pour entreprendre le voyage, soit pour un tout autre motif, il désigna son troisième fils Kila pour aller à Moa-Ula-Akea,dans Kahiki, voir Laa et le ramener avec lui à Kauaï.
Les doubles canots furent mis en état et équipés pour un long voyage ; plusieurs des frères de Kila, sinon tous, voulurent partir avec lui; enfin, le propre astrologue (Kilokilo), de Moïkeha et son ami particulier, nommé Kamahualele, qui était venu avec lui de Kahiki, reçut Tordre d'accompagner Kila en qualité de conseiller particulier et de chef de la navigation. Et quand tout fut prêt, la flotte mit à la voile. Après avoir traversé le groupe et pris son point de départ de la pointe Sud d'Hawaii, elle fit route au Sud, et dans un temps ordinaire, elle arriva à Kahiki (2).
Une légende dit que Laa revint avec Kila au groupe hawaiien : qu'il alla visiter son père nourricier et qu'il retourna ensuite à Kahiki; une autre légende rapporte que Laa resta dans Kahiki jusqu'à la mort d'Olopana, avant de
(1) Remarquer cette application de nom illustre d'ancien personnage, qui semblait être la coutume polynésienne, ce qui rend les généalogies si difficiles a déchiffrer et si peu sûres.
(2) Si Ton ne se dirigea qu'au Sud en partant d'Hawaii, il est évident qu'on n'a dû arriver qu'à une des îles polynésiennes.
se rendre aux îles Hawaii avec ses propres canots, et accom» pag'né de sou prêtre, de son astrologue, de son maître de cérémonie, de son tambourineur (chef de musique), de son prophète et de quarante autres serviteurs. Il n'est pourtant pas moins certain que Laa se rendit au groupe Hawaii et s'y arrêta pendant quelque temps, notamment à Kualoa, sur Oahu.
Là, il épousa trois femmes (1). Toutes les anciennes traditions citent le fait de ce triple mariage, et disent que chacune de ces trois femmes accoucha le même jour d'un fils. Aujourd'hui raristocratie d*Oahu et de Kauai s'honore et se glorifie de descendre de ces trois garçons !
La dernière légende ajoute qu'après la mort de Moïkeha, Laa retourna à Kahiki, où il vécut et mourut (2).
Pakiu^ prêtre et barde célèbre, du temps de Kamehameha premier, dans sa version de l'ancienne légende sur la création des îles Hawaii et l'origine de la noblesse, chante ainsi (3) :
Ahukaï^ ô Laa a, o Laa a :
Ahukaî, ô Laa a, o Laa a ;
Laa-Mai Kahiki ke Alii ;
Laa, le chef de Kahiki (4) ;
Ahu Kini-a-Laa ;
Ahu Kini-a-Laa ;
Kuhona-a'Laa ;
O Kukona-a-Laa ;
O Lauli-a-Laaj Makua ;
(l) Nommées: Haaka-nui-Kapuai-Hela, fille de Lono Kaehu, Waolena et Mono.
(8) Les enfants de Laa-mai-Kahiki se nommaient Laulia-a-Laa, Ahukini-a-Laa, et Kukona-a-Laa.
(3) Guy. 4^it., t. II, p. 36.
(4) Il est à remarquer que Fornander traduit Kahiki par Tahiti, sans doute parce qu'il reconnaît que les Hawaii ont été peuplées par des Tahitiens, sans parler des autres Océaniens qui ont pu y contribuer. Comme on verra, il traduit également Kahiki par Tahiti dans la légende de Paumakua; mai:?, dans toutes les autres, il conserve à Kahiki sa véritable signification.
Lauli-a-Laa, le père ;
O na pukolu^a-Laa mai Kahihi ;
le triple canot de Laamai Kahiki ; He manu hiapo kapu^-a-Laa ;
Les sacrés premiers nés de Laa ; Ilookahi noka la i hanau ai ; Qui naquirent le même jour.
CHANT DE KAMAHUALELE.
l'astrologue de Moïkeha.
Eia Hawaii^ lie moku^ lie kanaka^
Voici Hawai, l'île, l'homme.
He kanaka hawaii-e (1),
Hawaii est un homme,
Ee kama na Kahiki^
Un enfant de Kahiki,
He pua alii mai Kapaaku,
Une fleur royale venant de Kapaahu,
Mai Moa ula nui Akea Kanaloa ;
De Moa ula nui Akea Kanaloa ;
He moopuna na Kahikolaua o Kapulana*Kehau;
Un petit-fils de Kahiko et de Kapulana Kehau ;
Na Papa i hanau ;
11 lut engendré par Papa,
Na ke kama wahine o Kukalaniehu lawa me Kauaka^
hakoko.
La fille de Kukalaniehu et de Kauakahakoko.
Na pulapula aîna i paekohi ; Les terres sont disposées par rang'ées ;
1 nonoho like i ka hikina^ kom^ohana ; Dirigées également de FEst à TOuest, Pae like ka maku i la lani; S'élevant également vers le ciel.
/ hui aku^ hui mai me Holani,
(!) Sans nul doute trope, rendant presque impossible la traduction exacte.
Et s'étendant jusqu'à Holani ;
Puni ka moku o Kaialea ke kilo ;
Le mag*icieii Kaiale a entouré de mer les îles ;
Naha Nuuhiwa. lele iPolapola :
Il (cassa) sépara Nunhlwa, aborda à Polapola.
Kakiko ke kumu aïna ;
Le principe de la terre est ancien.
Nana i mahele kaawale na moku ;
Il divisa et sépara les îles.
Moku ka aholawaia a Kakai ;
La lig*ne de pêche de Kawai fut brisée ;
J-ofeia e Kukanaloa :
Elle fut coupée par Kukanaloa ;
Pauku na aïna na moku.
Les terres furent mises en morceaux, en îles,
Moku i ka ohe kapu a Kanaloa.
Coupées par le couteau sacré de Kanaloa.
Haum.ea Manukahikele^
O Haumea Manukahikele.
Moikeha ka lani naua i noho.
O Moïkeha, le chef qui vient pour résider,
Noho kuu Lani ia Havoaii-a.
Mon chef qui vient pour résider à Hawaii-a.
Ola^ ola^ Kalana ola.
Vive vive, vive le District l
Ola ke alii, ke kahuna^
Vivent les chefs, les prêtres.
Ola ke kilo^ ke kauwa^
Vivent le voyant, l'esclave,
Noho ia Hawaii alu lana ;
Qu'ils descendent sur Hawaii et y demeurent ;
A kani moopuna iKauai ;
Et atteig-nent un grand âge sur Kauai.
Kauai ka moku a.
Kauai est l'île-a ,
Moike ha k^ alii.
Dont Moïkeha est le chef.
LÉGENDE DE KAMAPUAA,
A la famille d'Olopana se rapporte la lég^ende de Kamapuaa (1), dont l'histoire et la fable ont fait un demi-dieu.
11 paraît que, suivant son caprice, il prenait la forme d'un homme ou celle d*un cochon gig'antesque.
La légende dit que Karaapuaa était fils de Kahikiula, le frère d'Olopana, et de Hina, la fille de Kumu. Il se révolta contre son oncle et, après plusieurs combats, fut fait prisonsonnier et condamné à être sacrifié. Mais, aidé des conseils de Lonoohi, le g-rand-prêtre d'Olopana, il surprit et tua son oncle dans le heiau sacré, où il devait lui-même être sacrifié. Après cela, Kamapuaa laissa Oahu et retourna à Kahiki, où il se maria ; il y demeura longtemps et acquit un grand renom par ses prouesses.
Suivant nous, celte légende parle évidemment du neveu du grand Olopana qui était allé se fixer dans Kahiki en quittant les Hawaii, Or, comme elle surnomme son père a Kahiki ula », le Kahikien rouge, n'en peut-on pas inférer que son oncle, ou le frère de Moïkeha, était lui-même Kahitien, et ce serait à tort conséquemmentqueFornander aurait admis deux légendes différentes. Seulement, dans ce cas, il faudrait supposer que Olopana aurait épousé Bina avant Lunkia, ce qui était, d'ailleurs, tout à fait dans les mœurs et les habitudes des chefs.
Malgré sa brièveté il n'est pas de légende qui peigne mieux l'état moral des Polynésiens de cette époque: querelles, guerres, ruses, assassinats,et les prêtres jouant un rôle dans tout, aussi bien à Hawaii que dans Kahiki et la Nouvelle- Zélande, ainsi que nous l'avons montré dans notre livre.
LAAMAOMAO.
Fornandernous apprend encore que les légendes liawaiinés conservent le souvenir d'un autre compagnon de Moïke-
ha, le fameux Laamaomao, que les g'énérations qui Pont suivi, ont honoré comme Aumakua, ou Dieu particulier, et élevé à la dignité de demi-Dieu. C'était TËole hawaiien dont Vipu ou calebasse tenait à sa discrétion les vents emprisonnés.
Après tous ces noms, nous pourrions en citer encore beaucoup d'autres; mais nous croyons en avoir assez fait connaître pour qu'il ne soit plus possible, dirons-nous encore une fois, de mettre en doute la part prise par les Polynésiens du Sud au peuplement des îles Hawaii, et la facilité relative aussi bien que la fréquence des voyages entre les divers archipels polynésiens.
Il est évident que beaucoup d'autres ont dû aller s'y établir, dont le temps, en effaçant leurs noms des récits traditionnels, a empêché leurs hauts faits de parvenir jusqu'à nous.
B. VOYAGES DES HAWAIIENS A KAHIKI.
En outre des traditions qui rapportent les exploits ou seulement les noms des principaux chefs aventuriers du groupe Sud allant s'établir aux îles Hawaii, Fornander en a recueilli d'autres qui racontent les aventures et les hauts faits des Hawaiiens eux-mêmes allant en excursion dans les groupes Sud et Sud-Ouest de FOcéan Pacifique, soit, comme il le dit, en quête de butin, soit pour faire de nouvelles découvertes, ou seulement pour acquérir quelque renommée.
Ces dernières légendes sont du plus haut intérêt, en ce qu elles désignent par leurs noms la plupart des îles de l'Océan Pacifique connues des Polynésiens, et témoignent surtout des connaissances géographiques et nautiques que possédaient ces navigateurs aussi courageux qu'habiles quoiqu'ils n'eussent que les astres pour se diriger. Après qu'on les aura lues, il sera certainement impossible de mettre ces connaissances en doute, ainsi que Font fait tant d'écrivains ; et Fon ne pourra, croyons-nous, qu'admirer le courage de pareils marins.
Nous ferons seulement remarquer encore que, tout en reconnaissant que beaucoup de légendes du Sud ne sont que des interpolations dans les lég'endes hawaiiennes, Fornander semble en admettre quelques-unes comme hawaiiennes, ou du moins les citer comme telles, quoiqu'elles soient évidemment d'une autre source et surtout d'une plus grande ancienneté. C*est ainsi qu'il commence par donner un fragment de chant, qu'il dit hawaiien, sur Hema et son fils Kahai (1), lesquels ne sont, d'après lui-même, que les héros légendaires de l'Hawahiki : Hemo et Tawhaki. Ce chant est évidemment antérieur à l'émigration de l'Hawahiki vers Aotearoa d'abord, puis vers la Polynésie. Mais, comme nous l'avons déjà dit, il ne faut pas s'étonner, ainsi que semble le faire Fornander, que ce chant fasse partie des légendes hawaiiennes ; il était au contraire nécessaire qu'il le fît, comme tant d'autres cités par li\i : (Kahaï, Kaulu, Maui, etc.), puisque, même d'après les légendes qu'il rapporte — ce qu'il semble n'avoir pas vu — les Hawaiiens ont les mêmes ancêtres que les Polynésiens du Sud et proviennent d'un même lieu d'origine, ainsi que nous allons le faire voir.
Voici les quelques lignes traditionnelles conservées aux îles Hawaii sur Hema :
LÉGENDE DE HEMA (1)
Holo Hema i Kahiki, kii ike apo ula (2) ;
Hema se rendit à Kahiki pour voir le maro rouge ;
Loaa Hemaj lilo i ka Aaia (3) ;
(l)Ouv. cit., t. U, p. 16.
(2) D'autres versions de cette légende disent que Hema alla à Kahiki pour y recevoir le tribut dû à la naissance de son fils Kahaï — lequel tribut était appelé Palala (a). Ces mêmes versions disent que la femme de Hema était de Kahiki.
Le maro rougo était le signe de la royauté.
(3) L'Aaia ou Aaia-Nuke-a-Kane est le nom donné à un gros oiseau de mer qui a les plumes blanches ; dans les vieilles légendes, c'était un oiseau fabuleux, messager de Kane, et qui lui était consacré.
Hema fut saisi par TAaia ;
Haule i Kahîki^ i Kapakapawa ;
Il est tombé dans Kahiki, à Kapakapawa;
Waiho aï i Ulu-Paupau (1).
Il repose dans Ulu-Paupau.
Comme Hema, d'après les légendes Maori, était de rHawahiki, il serait donc mort quand il retournait dans son pays natal, et non loin de lui, puisque Kapakapawa, comme on le verra, était une partie de Tlle-Nord de la Nouvelle- Zélande.
Ainsi qu'on va le voir, le voyage du fils de Hema n'aurait pas été plus heureux que celui de son père, puisqu'il ne retourna jamais.
LEGENDE DE KAHAI.
Le chant rapporte de la manière suivante le voyage de Kahaï, partant pour aller à la recherche de son père ou venger sa mort.
ke anuenue ko alao Kahaï ;
L'arc-en-ciel est le chemin que prend Kahaï ;
PU Kahaï^ koï Kahaï ;
Kahai monte, Kahai s^efforce ;
He Kahai i ke koi ula aKane ;
Kahaï s'élève sur le nuage rouge de Kane ;
Hihia i na maha o Alihi ;
Les yeux d' Alihi en sont tout surpris (étonnés) (2).
Ae Kahaï i ke anaha^
Kahaï avance au reflet de la lumière,
He anaha ke kanaka^ ka waa ;
De la lumière réfléchie sur les hommes, les canots.
(1) Tout à fait, entièrement : l'éternité (a) Palala, présent, taxe due à la naissance d'un enfant de chef,
(2) Sous ce nom dans le groupe Hawaii est désigné le frère de Kahaï, tandis qu'à la Nouvelle-Zélande le frère de Tawhaki était appelé Karihi, ce qui est absolument la môme chose, il est vrai. Voir légende de Tawhaki, 4« vol. : les Polynésiens, appendice, p. %.
Iluna hanaia Kama Lama (1).
Au-dessus était hanaia Kama Lama.
ke alu ia i imi aï i ka makua o Kahaï ;
La route pour aller à la recherche du père de Kahaï.
O kele a ika moana weliiwehi^
Était de passer sur FOcéan terrible,
A halulu i kalo kumu ka lani ;
Qui ébranle les fondements du ciel.
Ui mai kini o ke Akua^
En le voyant venir, les serviteurs des Dieux,
Ninau 0-Kane. O^Kanaloa (2) :