‹ Légendes des îles Hawaii, tirée de Fornander et commentées, avec une réponse à m. de QuatrefagesChapitre 7 sur 8 · LÉGENDE D'HAWAII-LOA · texte numérisé non relu

LÉGENDE D'HAWAII-LOA

11 est une légende que nous croyons devoir citer encore : c'est celle d'un chef appelé Hawaii-loa, lequel aurait été le premier découvreur d'Hawaii, lui aurait donné son nom et, après avoir été prendre sa famille, serait revenu s'y fixer.

(1) Ouv. cité, t. U, p. 57.

(2) Rien dans la légende ne peut faire soupçonner la contrée d'où provenaient ces hommes. Pilikua ne signifie que «pauvres hommes», de même que Wahanui signifie « grande bouche ». Andrews dit que Pilikua était le nom d'une contrée imaginaire. (Dictionnaire liawaiien anglais.)

(3) Ouv. cit., t. I,p. 13;^.

Comme cette légende dit que le groupe ne consistait alors que dans les deux plus grandes îles : Hawaii et Maui, les autres n'étant pas encore sorties de l'Océan, elle est évidemment des plus anciennes, toute mythique ou du temps fabuleux, et par cela même du plus haut intérêt.

Elle confirme l'origine occidentale des Polynésiens d'Hawaii, qui regardaient quelque continent ou grande île dans rOuest lointain comme leur lieu d'origine; mais il est impossible, d'après elle, dit Fornander, de découvrir dans quelle partie du glo|)e était située ce lieu ; seulement, pour des raisons qu'il trouvait dans la légende elle-même, il était porté à croire que Hawaii-Loa était parti de quelque point de la mer Erythrée, dans l'Arabie Méridionale ! Nous montrerons bientôt que c'était probablement d'un point diamétralement opposé.

Disons d'abord que la légende fait d'Hawaii-Loa, la 17« génération après le déluge. Puis, elle dit qu'il était né (qu'on remarque particulièrement ce fait) et avait vécu sur la côte Est appelée « Kapakapa wa-a-Kane, »• « la terre où ses ancêtres avaient demeuré avant lui », laquelle terre était aussi appelée « Ka aïna-Kaï-Melemele-a-Kane », ou, la terre à la belle (ou jaune) mer de Kane, ou encore « Hawaii Kua-Uli-Kai-oo », l'Hawaii aux collines verdoyantes et à la mer aux 00 (nom d'oiseaux palmipèdes) ou aimée.

Pour Fornander, Kapa-Kapawa n'est qu'un vieux mot cushite à forme doublée, et un point de la côte S. E. d'Arabie ; mais il résulte, dit-il lui-même, des autres parties de cette légende, comme de plusieurs autres légendes, que Kapa-Kapawa était une subdivision de la grande terre appelée généralement Kahiki-Ku ou Kahiki Oriental, au Sud de laquelle il y avait une autre grandelerre appelée Ku-i-lalo ou Honua-Ku-i-Lalo « La terre du Sud, renommée par son peuple guerrier et sauvage, tandis qu'à l'Ouest était encore une autre grande terre appelée Kahiki-Moe, la Kahiki de l'Ouest ».

Ce fut de Kapa-Kapa-wa, d'après la légende, qu'Hawaii- Loa fit voile, en se dirigeant à l'Est, et traversa l'Océan appelé « Moana-Kaï-Maokioki » ou la mer tachetée (ou aux

différentes couleurs), ou encore « Moana-Kai-Popolo », la mer bleue ou vert foncé. Ce fut alors qu'il découvrit une terre et arriva à la partie la plus orientale de cette terre, qu'il appela, d'après son propre nom, avons-nous dit, Hawaii (1).

La légende le représente comme ayantfait plusieurs voyages successifs entre Kapakapawa et Hawaii, de même que d'autres voyages vers « l'extrême Sud» ika mole oka lionua » et à une autre terre de l'Ouest où habitait « un peuple ayant les yeux tournés en haut « lahui-maka-lilio », et ce fut en voyageant sur cette terre vers le Nord et l'Ouest qu'il arriva à la contrée appelée <« Kua-Hewa-Hewa », laquelle était très grande. Il passe pour avoir rapporté de cette contrée deux hommes blancs, qu'il maria à des femmes d'Hawaii.

Comme le dit Fornander, il serait bien intéressant de savoir quel pouvait être ce peuple aux yeux tournés (tirés) en haut, vivant sur une grande terre du continent. Il ne pense pas que ce fût le peuple chinois, le peuple japonais, ou quelque autre de la famille Mongole ; et comme il suppose flawaii-Loa parti des îles Sunda en faisant route à l'Ouest, il ?dmet qu'il était arrivé à la côte d'Afrique, où, dit- il, comme dans beaucoup d'autres points de l'intérieur (Egypte, peuple de Rua,sur les bords du lac Tanganaika (2), etc.), les angles externes des yeux sont relevés.

Il est certain que ce n'est pas de là que Hawaii-Loa aurait pu ramener deux hommes blancs ; mais il faut reconnaître qu'avec dépareilles données il n'est pas facile, quel qu'ait été le point de départ, d'indiquer, même approximativement, la grande terre dont la légende a voulu parler.

Nous croyons, toutefois, qu'on a mal traduit « lahui-maka lilio », et que ces mots veulent seulement dire : Peuple aux yeux tournés (tirés), de manière à ne pas voir clairement.

Voici, du reste, la signification de chacun de ces mots :

Lahui, adj., défendu, prohibé.

(1) Remarquer que, pour arriver à la partie la plus orientale d'Hawaii, il fallait qu'il vînt du Sud.

(2) Delon, Livingstone.

Lahui, V., prohiber, établir Kapu, des lois.

— s., union, compagnie, peuple.

Maka, s., œil.

Lilio, adj., tiré, tendu, comme une corde.

— s., yeux tirés, tournés, de manière à ne pas voir

clairement.

— ■ V., avancer sans regarder à droite ou à gauche.

Le lecteur appréciera.

Mais, si Kapakapawa est bien, comme nous essaierons de le démontrer bientôt, une partie, sinon toute la côte Orientale de Kahiki-Ku, la grande terre visitée par Hawaii-Loa aurait pu être, croyons-nous, TAustralie. Quant à l'autre grande terre qu'il aurait atteinte, en voyageant sur la première vers le Nord et l'Ouest, et appelée « Kua-Hewa-Hewa », elle aurait pu être la Malaisie.

C'est de là, en effet, qu'il aurait pu ramener les deux blancs. Inutile d'ajouter que le nom de Kua-Hewa-Hewa n'aide en rien à résoudre la question, et que l'explication que nous donnons n'est qu'une pure supposition, ne s' appuyant que sur la situation relative '^ des lieux que nous croyons avoir été visités par Hawaii-Loa.

Mais arrivons à une légende, à notre avis, plus importante encore pour la démonstration que nous cherchons à faire.

LEGENDE DE KUALII (1),

ANCIEN MOÏ OU VIEUX CHEfI d'HAWAII.

Le Mêle ou Poème dit de Kualii, ne comprend pas moins de 612 vers. Il paraît avoir été composé du vivant de Kualii, qui est mort peu avant 1730, et passe pour l'avoir été par Kapaahulani et son frère Kamakaahulani. Suivant Fornander il n'est qu'une compilation des légendes antérieures au temps de Kamehameha premier.

Nous citerons seulement les vers 137 à 161 que Fornander croit se rapporter â l'Amérique.

(1) Ouv. cit., vol. Il, p. 371 à 385.

O Kahiki^ moku kaï a loa !

O Kahiki, terre de TOcéan lointain !

Aïna o Olopana i noho aï,

Terre où Olopana a demeuré :

Iloka ka moku, i waho ka la.

En dedans est la terre, en dehors est le soleil ;

O ke aloalo o ka la^ ka moku^ ke-hiki mai ;

Indistincts sont le soleil et File, quand on approche.

Ana ua ike oe ?

Peut-être l'avez-vous vue !

Ua ike,

Je Fai vue,

Ua ike hoï au ia Kahiki ;

J'ai certainement visité Kahiki.

He m.oku leo pahauhao wale Kahiki,

Kahiki est une île qui a un langage étranger :

No Kahiki kanaka i pii a luna^

Les hommes de Kahiki se sont élevés

A ka iwi kuam^oo o ke lani,

Jusqu'au faite du ciel ;

A luna, kahi iho^

D'en haut ils foulent aux pieds (méprisent)^

Hana ihoia lalo.

Et regardent de haut en bas.

Aole o Kahiki kamaka ;

Ce ne sont pas des hommes qui habitent Kahiki ;

Hookahi o Kahiki kanaka ; he haole ; Les hommes de Kahiki sont d'une autre espèce ; ce sont

des étrangers (des blancs).

Ua ia la he akua ; Ils sont comme des dieux ;

Me au la he kanaka^

Pour moi je suis un homme,

He kanaka no.

Un homme, certainement. ^

Pai kau^ a ke kanaka hoo kahi e hiki ; En errant, je suis le seul qui y sois allé.

Eala aku la a Kukahi^ la o Kulua (1).

Que de jours de Kukahi, passés à errer et que de jours

[de Kulua I O Kukahipo, o Kulua ke ao !

Que de nuits de Kukaki, et que de jours de Kulua ! O hakihana ka ai !

Notre nourriture était réduite à rien, Kanikani ai a manu a.

En mangeant nous ne faisions pas plus de bruit qu'un

[oiseau.

Hoolono mai m,anu^ o lanakila.

Écoutez (Foiseau) le chant de victoire.

Malie ! ia wai lanakila'^ Chut ! à qui est due la victoire ?

He Ku no, A Ku certainement.

En somme, ces vers apprennent que Kualîi avait visité Kahiki, cette terre étrang'ère et mystérieuse, où résidaient des <t haole », étrangers, qui avaient des manières hautaines et un langage différent ; terre qui était couverte de brumes et de brouillards, et à laquelle il n'était parvenu qu'après un long voyage, et alors qu'il n'avait pour ainsi dire plus de vivres ; terre enfin, d'où il partit pour retourner dans son pays, où il arriva après avoir échappé à toutes sortes de dangers.

Bans la traduction qu'il fait de ces vers, Fornander, par exception, ne rend pas « Kahiki, par Tahiti ». Toutefois, comme il est on ne peut plus consciencieux, il soulève luimême, à cette occasion, une objection si importante que nous n'hésitons pas à rapporter ses paroles in extenso :

« Sachant, dit-il, que dans la langue hawaiienne « Kahiki» est un terme générique signifiant « quelque » et « toutes

(1) Kukahi et Kulua sont deux jours du mois lunaire des habitants. Comme si l'on disait que de dimanches et de jeudis, etc.

les terres au loin du groupe hawaii, aussi bien celles habitées par des races de la même famille que celles habitées par des races étrang^ères », il est naturel de se demander quelle était la Kahiki visitée par Kualii, comment il y était arrivé et comment il en était revenu.

« Or, quoique le chant dise que c'était la terre anciennement habitée par Olopana, et qu il semble indiquer ainsi que c'était « la Tahiti » des îles de la Société, il faut remarquer cependant que la désignation <t brouillard > éloigne de cette idée ; il en est de même quand Kualii parle d'une contrée « où le soleil et la terre sont vus confusément i> comme si cette dernière était couverte de brume pour tromper la vue du marin qui approche ; de même encore quand il parle d'un peuple qui a un langage étranger (pahaohao), expression que n'aurait jamais employée un Hawaiien en admettant qu'il eût parlé les différents dialectes de la race ; de même, enfin, quand il dit expressément que les habitants de cette Kahiki (terre étrangère) n'étaient pas de la même race que celle à laquelle appartenait le narrateur, mais bien des étrangers de race et de langage. »

Evidemment, d'après le récit de Kualii, comme d'après la remarque de Fornander, il ne pouvait s'agir de Tahiti, dont le langage n'eût pas paru étrange, ni la race différente à Kualii qui vivait vers le milieu ou la fin du XV IP siècle, et avait sans nul doute vu arriver des Tahitiens aux îles hawaii.

Aussi Fornander, cherchant toujours à découvrir le lieu visité par Kualii, finit-il par supposer a qu'il a probablement été enlevé pardes Espagnols pendant qu'il péchait sur la côte d'Oahu, et conduit à Acapulco, puis ramené par eux aux îles Hawaii. »

n le suppose parce que le chant décrit le pays comme ayant « la terre en dedans et le soleil à l'extérieur » « hoko ka moku i waho ka la », expression tout particulièrement hawaiienne, dit-il, quoiqu'elle soit peu usitée aujourd'hui, mais qui prévalait dans les ancieus temps. Il conjecture en outre que les montagnes dont parle la légende sont celles de l'Amérique.

Pour nous, d'après la description précédente, et surtout d'après quelques autres données, nous pensons, au contraire, que la contrée dont a voulu parler Kualii, n'était que le groupe de la Nouvelle-Zélande, et Ton va voir dans les pages qui vont suivre quelles sont les raisons qui nous portent à le croire.

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