PENITENCE DE ROBERT
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va >t de se mettre en route pour son long ï voyage, Robert voulut revoir le bon er mite à qui il devait fe^r sa çuérison. Il lui raconta ce qu'il venait de faire . Le serviteur de Dieu soupira; et s'étant mis à prier avec Robert, il lui demanda s'il ne voulait pas faire la confession de ses péchés? Robert y consentit. Ce fut un effroyable tableau, et plusieurs fois l'ermite pleura sur son pénitent, dont le cœur s'était ébranlé.
Après qu'il eut fmi l'épouvantable exposé de tous ses forfaits, le solitaire lui dit encore que le Pape seul pouvait absoudre tant de sacrilèges et tant de crimes qui s'étaimt adressés à Dieu même. Il l'exhorta à partir pour Rome sur-le-
champ, lui donnant sa bénédiction, et, autant qu'il en avait le pouvoir, son absolution, en cas qu'il mourût dans le voyage, moyennant qu'il tînt son vœu de ne dormir dans un lit, de ne manger pain sur nappe, et de ne coucher bous un toit que quand le Saint-Père lui aurait remrs ses péchés.
Il y ajouta pour autre pénitence que désormais il ne bût que l'ëau des ruisseaux puisée dans sa main, et qu'il ne mangeât que ce qu'il trouverait à terre ou qu'il arracherait aux chien? .
Robert accepta ces expiations, les trouvant bien légères pour ses crimes; et, déposant armes et tous ses accoutrements de gentilhomme, il se vêtit d'une haire et d'une cotte dé laine que lui donna Termite ; puis il partit, promettant encore de ne plus prononcer une seule parole jusqu'au jour où il pourrait se confesser au Pape.
11 exécuta fidèlement toutes ses obligations; et tant chemina, dit la chronique, qu'il vint au saint-p<'re le Pape, devant lequel il se mit à genoux, confessant son nom, les maux et les pé-
chés qu'il avait faits et la manière de sa vie passée.
Le Souverain-Pontife, consterné à la vue d'une telle conscience, ne douta pourtant pas un instant de la bonté du Seigneur, et il lui dit :
— Mon cher fils, afin que vous puissiez obtenir de Dieu pardon et miséricorde, pendant sept ans vous ne parlerez point, voua consentirez à passer pour muet et pour insensé ; vous continuerez à ne point dormir dans un lit, à ne point manger pain sur nappe, à ne point coucher sous un toit. Vous ne vous nourrirez que de ce que vous disputerez aux chiens; vous ne ferez mal à qui que ce soit au monde, de quelque manière qu'on vous traite et de quelque outrage qu'on vous abreuve; et, après les sept annéesr vous vivrez encore dans cette humilité jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de vous faire savoir sa volonté.
Robert se retira en silence, résolu à obéir ponctuellement; et ce fut à la cour même de l'empereur de Rome qu'il voulut faire son expiation. La chronique ne nomme point cet empereur; mais quelques vieilles romances, qui
prétendent que Robert, dans sa pénitence, était regardé comme le fou du prince Astolphe, nous indiquent au moins l'époque de sa conversion. Astolphe, comme on sait, était un roi des Lombards, qui usurpa Rome et voulut dépouiller le Saint-Siège, pendant que Peppin-le-Bref régnait sur les Francs. Rien n'empêche de croire que le roi Astolphe ait pris a Rome le titre d'empereur; et voici ce qu'on lit dans le Recueil des chroniques et excellents faits d'armes des ducs de Normandie, ouvrage que nous avons déjà cité :
c Robert ht donc, durant sept ans, cette rude pénitence; et ceux de Rome, le tenant pour insensé, lui causaient beaucoup d'ennuis, l'outrageant de parole et lui jetant de la boue au visage. 11 souffrait tout patiemment. 11 passait les. nuits sous le degré du palais de l'Empereur.
» Or, l'empereur de Rome avait un lévrier, qui n'abandonna jamais Robert, tout le temps de sa pénitence. Quand on donnait à manger au chien, Robert en prenait sa part. Et quand l'Empereur le sut, il commanda que Ton ne fit nul mal au fou ni au chien. Souvent le lévrier
venait au palais. Lorsque l'Empereur était à table, on l'appelait, on lui donnait ce qu'on voulait : il emportait son morceau et s'en allait auprès de Robert, qui avait ainsi son dîner. »
Mais ce livre ne parle aucunement des aventures qu'on va lire et que nous tirons des romanciers du moyen-âge.