FRÉDÉRIC BARBEROUSSE
musique et il l'écoute volontiers. Il y a quelques années qu'une troupe de musiciens ambulants crut faire une bonne œuvre en donnant une sérénade au vieil empereur. Se plaçant donc sur son rocher tumulaire, ils se mirent à exécuter un air de chasse, au moment où l'horloge de l'église de Tilléda sonnait minuit.
A la seconde aubade, on vit des lumières autour du rocher; elles étincel aient à travers les feuilles du taillis et illuminaientles troncs gigantesques des chênes. Bientôt après,la fille de l'empereur s'avança gracieusement vers les musiciens ; elle leur fit signe de la suivre ; la roche s'ouvrit, et les artistes entrèrent dans la caverne en continuant leur sérénade. On les reçut à merveille dans la chambre impériale, où ils jouèrent jusqu'au matin. Frédéric leur adressa un sourire plein de douceur, et sa fille leur offrit à chacun une branche verte. Le cadeau était un peu trop champêtre pour des artistes modernes, qui n'avaient peut-être pas entendu dire que les vainqueurs des jeux olympiques ne recevaient d'autre récompense qu'une couronne de laurier. Mais, tout en trouvant qu'on payait mal la
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bonne musique chez le défunt monarque, leur respect pour sa sépulcrale majesté les empêcha de refuser. Ils s'en allèrent sans murmurer, et, quand ils se virent de nouveau en plein air, tous, à l'exception d'un seul , jetèrent dédaigneusement les rameaux qui leur avaient été si gracieusement donnés par la fille de l'empereur. Le musicien qui conserva sa branche ne l'emportait chez lui que comme un souvenir de cette aventure. Mais, lorsqu'il fut près de sa maison, il lui semhla que la branche devenait plus lourde dans sa main: il regarde, et voit chaque feuille
briller d'un éclat métallique Chaque feuille
était changée en un ducat d'or. Ses compagnons, ayant appris sa bonne fortune, coururent aux
rochers où ils avaient jeté leurs rameaux
Hélas! il était trop tard; ils ne les trouvèrent plus, et s'en revinrent honteux de leur dédain pour la munificence impériale.
L'empereur Frédéric, avec ses branches aux feuilles d'or, n'est, selon des opinions graves, (pie le démon gardien d'un de ces trésors du moyen-âge dont la recherche devenait un métier pour quelques charlatans de cette époque.