ROBERT EST FAIT CHEVALIER
*9 obert avait dix-sept ans, lorsque son père se décida à lui faire
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chausser l'éperon 'd'or. Pour une céré- 'monie si grande, il ||| choisit le jour de la 'Nativité de saint Jean- Baptiste, annonça de belles fêtes, et fit crier un tournoi où il appelait les bons chevaliers.
La veille du jour, le duc donna de sages instructions à son fils, lui remontrant qu'il devait repousser désormais les folles malices et les égarements du jeune âge; qu'il allait devenir un homme, et plus qu'un homme, un chevalier, ayant droit de porter l'épée et la lance, d'aller à la cour et d'avoir sa bannière. Puis il l'en-
voya, selon la coutume, faire la veille des armes dans l'église de l'abbaye de Saint-Pierre, dite depuis Saint-Ouen. — Le jeune homme, qui avait grande peine à se contenir une heure, alla donc, le soir venu, à l'église. Mais il n'y resta pas longtemps; et, au lieu de passer la nuit en recueillement et en prières, il se hâta de sortir de Rouen et s'en fut à une lieue de là se divertir à sa façon.
Le matin du jour où il devait être fait chevalier, le duc Aubert et tous ses convives entendirent la sainte messe à l'église où Robert avait dû veiller. Mais le jeune prince n'y parut pas. On le cherchait avec inquiétude. Il ne revint qu'au moment où les clairons sonnaient l'ouverture du tournoi. On le revêtit à la hâte des bonnes armes que son père avait préparées; après quoi le duc le présenta à l'assemblée nombreuse, qui le salua ; puis le frappant de son épée, sans remarquer un féroce regard que lui rendait à ce mouvement l'orgueil de son fils, il lui dit à haute voix :
— Au nom de Dieu, de saint Martin et de saint Denis, je vous fais chevalier.
11 lui donna ensuite l'accolade, lui fit chausser l'éperon d'or, lui remit l'épee et la lance; et Robert monta à cheval, où il prit un air si fier, que plusieurs virent dans sa tenue autre chose que de la noblesse.
On proclama aussitôt la loi du champ-clos, qui était ouvert devant le palais des ducs. On pendit devant l'échafaud où siégeaient les dames les deux prix de la joute, qui étaient un collier d'or et une écharpe. Toutes les rencontres devaient se heurter avec armas courtoises, c'est-àdire épées sans tranchant et lances émoussées.
Les juges du champ ayant pris place, les luttes commencèrent. Robert s'y portait avec une telle violence., qu'il renversa plusieurs chevaliers. Mais d'autres se montrant plus fermes, il en parut furieux; et s'étant un moment retiré dans sa tente, il ne tarda guère à reparaître avec d'autres armes, qui étaient meurtrières, contre la loi du cartel. On ne reconnut cette félonie que lorsqu'il eut frappé deux chevaliers qui ne se relevèrent point. En voyant l'arène ensanglantée, le duc y jeta son gantelet, pour mettre un
terme à ce combat déloyal. Mais Robert n'en
tint pas compte; et courant indistinctement sur tout chevalier, avec une rage forcenée qui a fait supposer qu'il était ivre encore de son abominable orgie, il tua la moitié des tenants du tournoi. Le duc Aubert, frémissant d'horreur, d'é{ o ivante et de colère, donna ordre à tous ses hommes d'armes d'arrêter le traître, mort ou "vif. Mais incontinent Robert prit la fuite et s'échappa seul, gagnant les bois.