‹ Légendes des personnagesChapitre 54 sur 55 · A LA LÉGENDE DL' MARÉCHAL DE TAMISÉ · texte numérisé non relu

A LA LÉGENDE DL' MARÉCHAL DE TAMISÉ

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ne charmante légende due à M. Léopold de Mon vers, a paru il y a une dixaine d'années dans VUvh'ers~Unîon Catholique. Elle a été largement reproduite par plusieurs organes de la presse ; recueillant partout l'admiration qu'elle mérite. Comme elle a quelques points de rapports a\ec l'arbre du maréchal de Tamine, quoiqu'elle efface de beaucoup cette autre légende, nous croyons devoir l'ajouter ici en appendice, bien sûrs en cela de plaire au lecteur.

Quelques années après la venue du Messie, on vovait sur le haut de la montagne Saint-Jean d'Alfretz un village isolé, assez peuplé, pauvre, quoique Ton y comptât quelques richards fort avares, un curé fort débonnaire et un cabaretier dont les profits étaient considérables et le vin

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mauvais : le vin! chose rare en ce temps-là, les vignes du bas Languedoc n'étant pas encore plantées. On trouvait aussi à Saint-Jean de fraîches paysannes fort coquettes, de méchantes langues, des coquins qui passaient pour honnêtes gens... A une certaine distance s'élevait, abritée du nord, une étroite cabane bâtie en pierre sèche, couverte en chaume, entourée de quelques toises de jardin où se faisait remarquer un fort beau poirier.

Là vivait, dans le plus grand désintéressement des biens de ce monde, c'est-à-dire dans une heureuse tranquillité, le bonhomme Misère. Poser quelques pierres sur la muraille qui défendait son petit terrain, de la visite des loups; rafistoler la porte, la lucarne, ou l'intérieur de sa demeure ; donner parfois un coup de bêche au jardin, et de temps à autre prendre son bâton pour aller faire sa tournée des châteaux, suivi de Farou, chien maigre, peu doux, mais très intelligent: telles étaient les vicissitudes de son existence.

Quand Misère avait rempli ses besaces et son armoire de légumes secs, de pain bien cuit et.

(le laine à filer ; quand il avait ramassé autour delà cabane quantité débranches mortes ; quand il avait bouché avec soin dans son réduit les trous et les fentes, il attendait avec patience les rigueurs de la rude saison. L'hiver venu, son occupation était de filer sa laine, assez bon métier en ces temps heureux où l'on ne voyait pas de filature dans les vallons du pays. Sachant ainsi s'industrier, Misère ne mourait pas de faim : pour le froid, il était habitué, depuis longues années, à l'endurer; d'ailleurs on lui avait donné une vieille paillasse et une couverture bonne encore, quoique un peu trouée.

Certaine année, l'hiver, fort rigoureux, se prolongea plus longtemps que de coutume; Misère se trouvait à la fin de ses provisions : cela le tracassait peu; tant qu'il lui restait quelque chose, il n'en mangeait pas moins sa croûte et sa bouillie tranquillement et d'aussi bon appétit que le roi. Cependant le mauvais temps continua, et Misère, un beau soir, n'avait plus que deux morceaux de pain : il les divisa, pour les multiplier, en quatre parties, en prit un et dit en souriant : « Dans trois jours nous

verrons. «Possédant encore du bois, il fit bon feu et se mit à filer, tout en chantant, d'une voix tremblante, les louanges du Seigneur.

Tout à coup, on frappe à la porte. N'étant ]>as habitué à recevoir des visites, Misère ne se souciait pas d'ouvrir à pareille heure ; mais, pensant au froid que devait éprouver l'étranger, il se leva, et voyant le chien faire des bonds de joie à la porte, flairer, gratter dessous, donner mille signes du plus grand empressement, il n'hésita plus, certain que ce ne pouvait être un ennemi, puisque Farou avait si grande envie de le recevoir. Dès qu'il eut ouvert, un homme entra précipitamment, tout déguenillé, bleu de froid, l'air mourant de faim, et lui demandant d'une voix douce :

— N'es-tu pas Misère ?

— C'est moi-même, répondit le \ieillard.

— On m'a dit que tu me donnerais l'hospitalité, et je viens avec confiance.

— Vous avez bien fait, car il ne sera pas dit que Misère ait laissé périr par sa faute une créature du bon Dieu.

— Qu'il te bénisse donc , répondit Fin-

connu, puisque tu l'aimes dans ses enfants. A ces paroles, Misère se sentit tressaillir; quelque chose comme un charme puissant pénétra tout son corps; il lui semblait renaître à la vigueur, à la jeunesse.

— Avant de venir à ta cabane, continua l'étranger, je suis allé d'abord chez le cabaretier; il m'a répondu qu'il ne logeait pas de voleurs, et de décamper sur-le-champ. J'ai frappé à toutes les maisons; on y dormait, on ne voulait pas se déranger, ou bien on ne se souciait pas de recevoir un inconnu : l'un m'a dit d'aller au diable, l'autre d'aller chez le voisin ; le voisin a protesté n'avoir pas la pins petite place; le pain, le vin, lui manquaient ; il croyait même l'eau gelée; mais il m'a indiqué ta cabane : tu m'as ouvert, et je t'en remercie, car j'ai froid et tu as du feu.

Farou léchait, en gémissant, les pieds écorchés de l'étranger. Misère, étonné, s'écria :

— Je crois que vous avez charmé mon chien, si méchant pour tout le monde; mais n'importe, vous devez avoir faim, et voici ce que j'ai à vous donner.

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Le vieillard tira de l'armoire les trois morceaux de pain, qu'il offrit à son malheureux convive; et quand eelui-ci les eut mangés, Misère, étendant sa paillasse, l'y lit coucher, enveloppé de la vieille couverture.

Le chien s'allongea aux pieds du nouvel hôte, et le maître de la cabane s'endormit sur l'escabeau, près des cendres chaudes.

Un moment avant l'aurore, les deux dormeurs s'éveillèrent, et la première chose que fit Misère fut d'aller examiner le ciel pour savoir s'il lui serait possible de se mettre en quête.

A peine sur le seuil, la douce tiédeur d'une matinée de printemps vint le charmer; sa surprise était grande, ne comprenant rien à un si subit et si extraordinaire changement.

— Nous aurons un beau jour, lui dit en sortant l'étranger ; je pense que tu sauras le mettre à profit; pour moi, je dois te quitter : adieu ! Mais, reprit-il sur un ton plus grave, tu m'as cédé ta couche, tu m'as donné ton dernier morceau de pain, sans même savoir si tu pourrais te procurer quelque chose aujourd'hui : que te faut-il pour cela? demande ce que tu voudras.

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