CONVERSION DE ROBERT
i^y^ omme Robert eut l'ait une heure
de marche, il lit rencontre
$j^-Jb inopinée de ce compagnon
étranger que nous avons dit
V ■ Mfà £*■ être considéré par plusieurs
comme son mauvais démon.
— Je vous cherchais, lui dit celui-ci : depuis
sept jours le bruit s'est répandu que vous aviez partrfgé le sort de vos camarades; mais je savais que vous étiez vivant
Robert lui répondit que désormais il abandonnait la vie d'aventures et qu'il allait à Rome demander pénitence.
Le ton sérieux du chevalier fit juger à son ami que le moment n'était pas propre aux sarcasmes. Il se bâta de répliquer : — C'est une pensée qui ramènera sur vous l'estime. Mais plusieurs des nôtres vous suivront, si vous consentez à venir leur faire vos adieux et les exhorter à vous imiter, ce qui sera bonne œuvre et vous fera mériter indulgence.
— J'irai donc, dit Robert.
Peu après, ils passèrent à peu de distance du château d'Arqués.
— Voilà, pensa-t-il, ce château de mon père que j'allais piller et brûler. Avisant alors un berger, de qui il n'était pas connu, il lui demanda qui habitait ce manoir; et il apprit que la duchesse sa mère y était en ce moment. L'envie do l'aller voir, pour lai annoncer qu'il ne lui causerait plus de peines, le pressa; et priant
son compagnon de l'attendre une heure, il s'approcha seul du château. Il fut peiné de remarquer, sur son passage, que les hommes, les femmes et les enfants s'enfuyaient devant lui, comme les brebis devant le loup ; les uns s'enfermaient tremblants dans leurs maisons; les autres se réfugiaient dans l'église.
— Ah ! grand Dieu ! dit-il, pourquoi me fuiton ainsi? C'est donc là l'effet de mes détestables actions !
Touché de ce sentiment, il arriva seul à la porte du château, tira son épée et alla droit à la salle où était la duchesse sa mère. Dès quelle l'aperçut, elle pâlit et voulut aussi s'enfuir.
— Madame, lui dit-il, me craignez -vous donc au^si? Comptez sur ma parole que, tant que je vivrai, il ne vous sera fait aucun mal.
Alors il s'approcha d'elle.
— Madame, reprit-il, je vous supplie de me dire pourquoi je suis si méchant et si cruel ? Cette nature odieuse qu'il y a en moi ne peut procéder que de vous ou de mon père.
La duchesse, étonnée d'entendre Robert parler ainsi, se jeta à genoux et lui dit ;
— Mon fils, ôtez-moi la vie, et mettez fm à mes souffrances.
Elle disait cela, sachant bien qu'avant sa grossesse elle n'avait pas repoussé la monstrueuse imprécation de son mari. Robert lui répondit :
— Hélas î madame, pourquoi vous ferais-je mourir, vous qui m'avez porté pendant neuf mois dans vos entrailles ? J'ai toujours senti que j'aimerais mieux endurer mille supplices que de vous faire le moindre mal.
La pauvre dame lui conta alors comment son père l'avait malheureusement voué au démon ; comment elle avait approuvé ce méfait, se regardant depuis comme la femme du moiide la plus infortunée ; et peu s'en fallut à ce trkte récit que sa raison ne se troublât. Robert, l'ayant entendue, fut tellement accablé, qu'il en tomba évanoui. Quand il reprit connaissance, il dit en pleurant:
— Le démon, je le reconnais, a envie de mon âme. Mais dès ce moment je veux renoncer au vice et à Satan, si Dieu en sa miséricorde me reçoit.
Il pria sa mère humblement de le recommander à monseigneur le due, son très honoré père ; il dit ensuite qu'il voulait aller à Rome pour y confesser tous ses péchés, et qu'il ne dormirait dans un lit, ne mangerait pain sur nappe et ne coucherait sous un toit dorénavant, que quand le Saint-Père le lui aurait permis.
Sur cette déclaration, il dit adieu à sa mère; et, pendant qu'il regagnait le lieu où il avait laissé son ami, croyant le reconnaître de loin, il hâta le pas et fit le signe de la croix, duquel depuis plusieurs années il ne s'était pas signé. il fut surpris en relevant la tète de ne plus apercevoir le compagnon, qu'il ne retrouva point. Ce fut pour lui un nouveau trait de lumière; il songea en frissonnant — qui pouvait donc être cet étranger, qui l'avait tant de fois poussé au mal?...