VII. — LE PRINTEMPS
Prés , bocages, forets, vallons, rochers sauvages, Fontaines et ruisseaux, sur leurs moites rivages, Tous les lieux visités des zéphyrs inconstants Nourrissent aujourd'hui les filles du printemps.
Rouchër.
Les filles du printemps sontjes fleurs, et le poëte les voit de tradition. Il ne nous représente pas la seconde saison comme elle est habituellement et réellement dans nos contrées un peu trop septentrionales, quoi que nous disions. C'est que nos artistes, presque tous, copient les inspirations venues des régions où le soleil est meilleur. Nous qui nous trouvons dans une zone plus que tempérée, nous nous plaisons à singer les heureux enfants du Midi, semblables à ces demipauvres qui s'évertuent à lutter par un peu de clinquant contre les splendeurs dorées de l'opulence. Nous nous flattons, dans nos humides soirées, d'aller prendre le frais, quand nous n'allons prendre qu'un rhume, comme le disait dernièrement un observateur. Nos jeunes lions sortent fringants, le pantalon blanc tendu; et nos merveilleuses, allégies en apparence sous les plis de la mousseline diaphane. Mais si ces attributs du printemps ne sont soutenus du
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caleçon de flanelle ou du jupon ouaté, l'imprudente jeunesse paye hion vile en fluxions ou en catarrhes son outrecuidance.
Pour le dire plus nettement, le printemps chez nous est une importation du Midi, qui prend rare-» ment racine, et que plusieurs considèrent comme un mythe. Ce véritable état des choses n'empêche pas nos almanachs de marquer officiellement son arrivée en France au 21 mars. Marseille et Toulouse, Montpellier et Nîmes eu ont bien, certaines années, quelques esquisses; mais nous, du Centre et du Nord, de l'Est et de l'Ouest, nous évoquons en vain nos souvenirs; nous n'avons jamais vu trois fois dans une vie d'homme le printemps montrer, même de loin, son cortège, à l'appel effronté de nos almanachs.
En vérité, nous n'avons que deux saisons, à peu près comme les Russes : neuf mois d'hiver plus ou moins inhumain ; et trois mois d'été plus ou moins stable, juin, juillet et août. Encore juin n'est-il le plus souvent qu'une transition peu généreuse (1).
Il est vrai que le printemps a des attributs matériels qui se voient en mars, avril et mai : agriculture, semailles, (aille des arbres et de la vigne, planta-
(1) Dans to Nord le plus rapproché de nous , eu Flandre , on ne parle jamais que de deu\ sa.vsons, l'été et l'hiver; et nos pères ne voyaient pas autrement. Les paysans flamands appellent le dimanche de la micareme zomevday, premier jour de l'été (zomer); la Saint-Jean-Baptiste, 1k juin , midzomerdarj , jour de la mi-été. Le jour de saint Matthieu, 2 y septembre x est peur eu\ tuinterdag, premier jour de l'hiver (winlev), et la fête de Xocl la mi-hiver (midwin(er). Voyez V Année Belgique , du docteur Coremans.