LÉGENDES DE LA SEMAINE ET DE SES SEPT JOURS
dans le même sens que les œuvres serviles dont on doit s'abstenir le samedi sont le péché et ses entraînements. Enfin on ne tarda pas à consacrer le samedi à la sainte Vierge. Dès le huitième siècle, on trouve ce jour-là une messe votive en son honneur.
Le samedi, que les Romains donnaient à Saturne, dieu ou planète comme les autres , est appelé dans les langues germaniques Saterday, avec quelques variations, et le patron de ce jour est, selon plusieurs, un certain Sater ou Saeter, père de Wodan et d'autres dieux; ce qui le rapproche du Saturne païen. Il se rapproche aussi de Satan ; car les sorcières faisaient leur sabbat aux matines du samedi.
Les samedis les plus augustes sont le samedi saint, veille de Pâques, et le samedi veille de la Pentecôte.
Le samedi est maintenant sous le patronage de la sainte Vierge.
Le samedi de la troisième semaine de carême s'appelait le samedi de la femme adultère. En quelques lieux , le peuple peu généreux brûlait un mannequin qui représentait une femme.
Le samedi saint, lorsqu'on livrait au feu le reste de l'huile sainte, Le peuple disait : On brûle Judas.
On croit dans les campagnes que les âmes délivrées du purgatoire la nuit du samedi montent au ciel , tandis que celles des damnés , lâchées un instant, errent dans les solitudes d'ici-bas. Et il v a en Flandre une idée populaire rapportée aussi par le docteur Coremans : c'est que la femme qui file le samedi soir après l'angelus doit errer un certain temps après sa mort avec un rouet à la main.
Qu'il est doux , à l'abri d'un double paravent , De braver la tempête et d'insulter au vent !
Delillf. .
Toutes les fois qu'on a peint l'hiver, avec le pinceau, le crayon, la plume, même avec la musique, qui a aussi ses couleurs, on ne l'a guère croqué que sous ses aspects physiques et matériels, pris de leur côté triste. C'est un vieillard à demi nu, qui se chauffe devant un prétendu pot-à-feu; c'est une frileuse que l'àpreté du froid dévore; c'est un enfant qui gémit dans la neige; ce sont des glaçons , des frimas, des jours sombres, en un mot la matière seule et les sens. Nous tenons cela des anciens , et nous en devons la transmission à ce qu'on appelle la Renaissance.
L'hiver a pourtant ses charmes , son utilité immense, ses joies et ses titres. Un panégyriste de l'hiver n'aurait pas de peine à recueillir aussi des suffrages. ^
L'hiver renouvelle la nature. S'il est un peu sévère, il ramène l'ordre et la force : voilà ses avantages.
Ses charmes et ses joies , il les doit à la seule religion catholique, qui a fondé l'esprit de famille et les innocents plaisWdu foyer. Admirez de combien de fêtes gracieuses l'Église, cette bonne mère, a paré l'hiver 1 II ne vient pas au jour précis que lui assigne l'almanach et se retire plus d'une fois avant l'époque où les calendriers le retiennent. Le lendemain
de la fête solennelle de tous les Saints, il s'annonce gravement par le deuil tendre des Trépassés, si cher aux âmes pieuses. Les feuilles tombent, les jours décroissent, le soleil se retire peu à peu, et de mélancoliques mais bienveillantes transitions amènent insensiblement le sommeil nécessaire qui vient tout réparer.
Dès lors, les fêtes commencent dans tes familles. Saint Martin, si cher à nos pères, qui le fêtaient dans un honnête banquet; sainte Cécile, qui préside à l'harmonie et aux doux concerts; sainte Catherine, patronne à la fois des jeunes filles et de la sagesse; saint André, le premier appelé des apôtres; saint Éloi, patron de l'habile artisan; saint François- Xavier, dont le nom exprime la propagation de la foi, qui civilise; sainte Barbe, protectrice des marins, sauvegarde contre les incendies; saint Nicolas , ce doux patron de la jeunesse, qui a son autel ou son image vénérée dans la plus modeste église.
Deux jours après, se lève la grande et radieuse fête de l'Immaculée Conception, aurore du salut des hommes; puis Notre-Dame de Loretle, l'Attente des couches de la sainte Vierge, et, dans beaucoup de lieux, le mercredi des Quatre-Temps de l'Avent, lia messe matinale et pompeuse dite la Messe d'or, qui célèbre le départ des Mages et se chante avant le jour, en faveur des voyageurs.
Un peu après 7 saint Thomas, qui n'est qu'à trois jours de Noël.
Autrefois, chez plusieurs peuples, l'année commençait à NoëL De nos jours encore, dans beaucoup
de pays, Noël est le signal des rapprochements et des réconciliations. La philosophie démolisseuse n'd jamais pu encore effacer sa douce influence.
Mais il ne clôt pas les fêtes de l'hiver. Son lendemain célèbre saint Etienne, le premier des martyrs ; le jour suivant, saint Jean, le bien-aimé. Puis, voici, à la suite de l'apôtre chéri, la fête des Innocents, où les enfants sont maîtres de la maison* C'était jadis, ce jour-là, une fête immense pour les naissantes générations; il eh reste dé beaux vestiges chez les catholiques de Hollande. A la métropole de Paris, ce jour-là, les enfants de chœur sont en chopo et en honneur.
Décembre est clos par saint Sylvestre, qui bénit les vergers; et lendemain, premier jotir de Tannée nouvelle , jour des étrennes, n'a pas besoin d'apologie. Les bonbons , les jouets , les poupées , le grotesque polichinelle , les fleurs de soie ou de papier, les riantes images, les livres à la robe étincelante, les cadeaux de toutes sortes pleuvent dans les mains des enfants; les femmes en ont leur part, les hommes mêmes y [prétendent. Les serviteurs et les pauvres ne sont pas oubliés.
Ce jour si joyeux, qui pourtant inaugure l'année par les premières douleurs de l'enfant Dieu , mais aussi par son nom radieux de Jésus, ce jour est suivi rapidement de la féte des Rois, qui achève, dans un nouveau banquet, les raccommodements de famille. Fête de première classe, l'Epiphanie a été amoindrie chez nous et remise au dimanche. Plus d'un le regrette; car c'est là le milieu de l'hiver.
A la messe de ce jour, on annonce solennellement Pâques ou le printemps; le soleil se rapproche, les jours se rallongent, et, si la jeunesse patine encore sur la glace, pendant que le savant travaille, que les études charment le temps, que les concerts apprivoisent les esprits fainéants, on ne songe plus guère au départ des hirondelles, qui reviendront bientôt.
Beaucoup de fêtes locales animent les jours suivants, jusqu'à la Chandeleur, qui prépare le printemps; jusqu'à F Annonciation , qui l'amène.
Dirons-nous aussi, à côté des admirables offices de l'Église, les bonnes et douces soirées du foyer domestique, les lectures attachantes, lies contes merveilleux, les chants variés, les beaux récits; — croyez-moi , l'hiver passe vite.
A la vérité , les neiges et les pluies sont pénibles au voyageur. Mais pourquoi voyagez-vous en hiver? Qui vous oblige à rompre le repos que le ciel vous donne? Et si une nécessité vous pousse à quitter pour quelques jours votre doux intérieur, la religion vous offre encore mille secours. Dans les neiges séculaires qui nous séparent des régions du Midi , vous êtes surveillés et secourus par les moines du Saint-Bernard, par ces anges de la terre qui n'ont trouvé d'ingrats que chez quelques bandits d'une contrée déchue. Autrefois, partout, les couvents étaient au voyageur un sûr asile. Aujourd'hui, l'Église vous donne encore le peu qu'elle a pu reconquérir, l'appel nocturne de ses cloches, qui remettent dans sa voie le pauvre homme égaré.
On a comparé l'hiver à la vieillesse. Voyons plulôt