‹ Légendes du calendrierChapitre 14 sur 95 · M L'ÉTÉ · texte numérisé non relu

M L'ÉTÉ

rappelle Ja Providence qui prépare à ses enfants le surcroît promis aux fidèles lorsqu'ils ont cherché avant tout le règne de Dieu et de sa justice.

C'est aux beaux jours de l'été que la Fête-Dieu par excellence, la Fête du Saint -Sacrement, la Fête du Corpus Domini, comme dit si bien l'Église romaine, la plus splendide des fêtes et la plus chère aux populations saines, vient étaler ses magnificences parmi les fleurs et la lumière. Le mois de Marie, avec ses parfums, ses guirlandes, ses chants joyeux et sa grâce, a ouvert aussi la brillante carrière de l'été, de ces jours agrandis où l'Église célèbre avec enthousiasme l'Assomption et le couronnement de la Vierge très-sainte. Les deux fêtes de saint Michel et des saints Anges, les deux fêtes de saint Jean le Précurseur, les deux fêtes de la sainte Croix, les deux fêtes de saint Pierre, la transfiguration de Notre-Seigneur, le sacré Cœur de Jésus, le Cœur immaculé de Marie, le saint Rosaire, Notre-Dame du Carmel, Notre-Dame des Neiges, Notre-Dame de la Rédemption , saint Joachim , sainte Anne , sainte Marie- Madeleine, une foule d'autres bonnes fêtes et de doux souvenirs, une phalange de grands saints, embellissent l'été; et à travers ces joies de l'âme viennent donc les fleurs, les moissons et les fruits-, les jours radieux, les nuits odorantes, les rosées fécondes, les chaleurs vivaces, les bains qui raniment, les promenades riantes, toutes les saveurs, toutes les jouissances pures, tous les parfums, toutes les harmonies que la bonté de Dieu répand sur nous avec une si vaste profusion.

Devant les charmes de l'été, saluons l'avant-goût des splendeurs éternelles, et disons avec un grand 'saint : — Puisque cette terre, quoique maudite, est si belle encore , que sera donc la céleste patrie , où le bonheur sera tel , qu'aucune langue ne peut l'exprimer et que nos intelligences ne suffisent pas à le concevoir?

Le soleil dont la rlolence Nous a fait languir si longtemps , Arme de feux moius éclatants Les rayons que son char nous lance ; Et , plus paisible dans son cours , Laisse la céleate balauee Arbitre des nuits et des jours.

J. B. Rousseau.

Ou appelle l'automne la saison des fruits, comme ou a nommé le printemps la saison des Heurs. Mais, de môme que le printemps n'est que le passage de l'hiver à l'été, l'automne n'est que la transition de l'été à l'hiver. De môme que la plupart des fleurs et des plus belles décorent l'été, pareillement l'été récolte à peu près tous les fruits. L'automme n'a véritablement que les vendanges et la chasse, crépuscule de l'été; — plus la chute des feuilles> triste aurore de l'hiver; et, comme on l'a dit déjà, nous n'avons réellement que deux saisons. L'été s'en va tout vieilli à la fête de tous les Saints; l'hiver entre le lendemain avec la fête des Trépassés.

Mais l'Église, notre bonuo et tendre mère, adou-

cit ces mois sévères par des fêtes plus fréquentes, où les douces réunions égay en t et consolent. Toutes les églises célèbrent leurs dédicaces; presque tous les États fêtent leurs patronages. Les médecins, le 27 septembre, dans les premiers jours de l'automne, ont leurs patrons, saint Côme et saint Damien, qu'on négligeait autrefois moins qu'aujourd'hui. Deux jours après se lève la fête du saint archange Michel , l'un des protecteurs de l'empire français, et le 2 octobre on invoque les saints anges gardiens, pour se préparer à la fête du saint Rosaire et aux autres belles fêtes de la sainte Vierge qpi émaillent ce mois dans le rite romain.

La veille des Anges gardiens on a fêté saint Remi, l'une des splendeurs de la vieille France. Paris, le 9 octobre, honore avec éclat ses premiers apôtres Denis, Éleuthère et Rustique, envoyés à nous par saint Pierre, dussent s'en vexer encore les dénicheurs de saints que nous avait vomis le jansénisme (1).

Le 1 8 de ce même mois, les artistes se souviennent de saint Luc; et, dans le dernier jour de son octave, les utiles travailleurs qui s'occupent de nos chaussures n'oublient pas, s'ils ont le cœur chrétien, leurs modèles augustes saint Grépin et saint Crépinien, toujours si vénérés à Soissons.

(1) On ne comprend pas que les Parisiens aient laissé faire, lorsque des hommes à idées creuses leur enlevaient l'honneur d'avoir eu pour premier éveque l'illustre disciple de saint Paul , envoyé chez eux par saint Pierre. Heureusement la sainte Église romaine , chez qui est la science certaine , leur a conservé cette auréole.

Puis vient, Je 1,r novembre, la fête immense de tous les Saints. C'est notre fête à tous, car nous sommes tous recommandés à quelques-uns des triomphateurs de la cour céleste.

La commémoration des morts qui suit immédiatement est une grave station du cœur, pour ceux qui en ont. Tous, pour peu que nous ayons vécu, nous avons vu la mort enlever une part de nos affections.

Le 3 novembre est la féte de saint Hubert ; le 1 1 saint Martin, si cher aux vieilles Gaules. Le 21 célèbre la présentation de la sainte Vierge au temple où, petite enfant, elle se donne à Dieu.

Le lendemain, sainte Cécile, reine des saintes harmonies. Trois jours après, sainte Catherine reçoit les vœux des jeunes filles et des philosophes; singulière alliance. Saint Éloi, le 1,r décembre, patron de l'habile artisan; saint François -Xavier le suit de près et bénit les missionnaires dévoués qui s'immolent comme lui à la recherche des âmes. SaintNicolas, que les enfants bénissent partout, précède de deux • jours la fête auguste et consolante de la Conception Immaculée, et saint Thomas vient clore l'automne des almanachs.

Et à ceux qui s'ennuient en hiver et en d'autres temps, nous citerons le vieux proverbe :

Lire , prier et travailler

Font passer le temps sans bailler.

La lune faisait les mois , Mais on l'a découronnée, Et «la trône de l'année Le soleil a tous les droits.

Les livres d'Heures, chez nos pères, ne contenaient pas seulement des prières. Au seizième siècle, ils servaient aussi en quelque sorte d'almanach perpétuel. Ils contenaient les pronostics du temps et des règles d'hygiène, d'horticulture et de ménage pour certains jours bien fixés. C'est à ces sources que les almanachs boiteux et liégeois et le calendrier des bergers ont puisé depuis trois cents ans.

Nous retirons de ces livres oubliés deux séries de vers sur les mois; l'une poursuit une comparaison assez curieuse sur la vie de l'homme et le cours de Tannée; l'autre décrit les douze mois.

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