LÉGENDE DES ÉTRENNES
remontent aux Romains des premiers temps. Mais on trouve chez tous les peuples, dans les âges les plus reculés, cet usage des congratulations mutuelles à l'aurore d'une nouvelle période dans la vie. Les meilleurs compliments étant ceux qui laissent trace, on a généralement uni aux paroles affectueuses et aux embrassements quelques petits cadeaux qui en sont le souvenir (1).
Les mysanthropes, chez les peuples raisonneurs, se sont toujours élevés contre la sincérité des témoignages affectueux prodigués au jour de l'an. Mais on a remarqué que ces critiques sont pour l'ordinaire des gens qui ont peu d'affections, ou qui ne savent pas eux-mêmes produire des paroles gracieuses. Les souhaits du jour de l'an, ne fussent-ils que de l'air battu , ils n'en ont pas moins leur charme. Les raccommodements de ce jour-là ne fussent-ils que des raccommodages, ils réparent cependant une déchirure; et, quoi qu'en disent les esprits moroses, les cœurs avares et les âmes étroites, les félicitations, les vœux et les étrennes font, pour la
(1) Les plus agréables étrennes sont souvent celles qui sont accompagnées de surprise. 11 y a quelques années , un petit cultivateur des environs d'Yvetot se mettait à table , quand on lui apporta une boite venant de Paris, moyennant 5 fr. 90 cent, pour le port. « Tiens! dit-il à sa femme , voilà , pour nos étrennes , un cadeau de ton oncle ! c'est le premier qu'il nous ait fait ! » Et il paye , en faisant la grimace , les 5 fr. 90 cent, demandés. Cependant le dîner est suspendu, car les époux veulent savoir si le cadeau répond aux frais d'envoi. Qu'on juge de leur mécontentement quand ils n'aperçurent qu'un pâté, dont le mari soutenait avoir payé plus que la valeur. « Allons , dit-il , n'y pensons plus, il faut l'attaquer. » On se mit à l'œuvre.... O surprise! Au lieu de foies gras , le pâté contient cent pièces de vingt francs , à titre d'avance sur la succession de l'oncle.