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LA FÊTE DU LOUP-VERT

Dans YHisloire de Vabbaye royale de Jumiéges, Deshaies donne en détail l'historique et les circonstances d'une singulière fête qui se célébrait en Normandie avant la grande révolution, et qui, si elle n'est pas tombée en oubli , n'a certainement plus de nos jours l'éclat du bon temps d'autrefois. C'était surtout à Jumiéges que cette fête avait de l'entrain. Les spirituels écrivains de la Revue de l'Ouest en ont sommairement décrit les cérémonies dans leur vo- . lume de 1844-1845. Nous nous aiderons de leur travail pour faire connaître à nos lecteurs cette bizarrerie, dont notre époque ne comprend pas bien le sens.

Le 83 juin de chaque année, veille de la Saint- Jean, une confrérie, dite de Saint -Jean -Baptiste, s'assemblait, avec croix et bannière, chez un particulier qui avait reçu l'année précédente le titre de Loup-Vert. Tous les confrères portaient un chaperon qui avait pour insigne l'image du saint précurseur, dont ils allaient célébrer la fête. Le Loup-Vert, revêtu d'une vaste robe verte, coiffé d'un haut bonnet pointu, vert pareillement et chamarré de rubans, se mettait à la tête des frères, et la confrérie marchait vers l'abbaye de Jumiéges, aujourd'hui en ruines, en chantant l'hymne Ut queant Iaxis, avec accompagnement de deux sonnettes, qu'un jeune homme en surplis agitait sans relèche.

Des salves d'artillerie annonçaient la sortie du Loup -Vert, et quelques instants après l'arrivée du curé, qui venait au-devant de la troupe et la conduisait à l'église, où elle chantait avec convenance les premières vêpres de saint Jean.

Le soir venu, on allumait un feu de joie; la confrérie venait évolutionner autour de ce feu. Le Loup, en costume, et les confrères, en chaperon, se prenaient par la main et couraient, autour du feu, après celui qu'ils voulaient faire loup à son tour pour une année. De tous les coureurs, deux seulement avaient une main libre, celui qui faisait la tête de la bande et celui qui tenait la queue. Cependant il fallait saisir trois fois le futur loup , qui , jusqu'à ce que cette condition fût remplie, pouvait frapper de sa baguette le loup démissionnaire et tous ses compagnons. Enfin, quand le nouveau loup avait été pris trois fois, les confrères l'élevaient sur leurs épaules, et faisaient mine de le jeter dans le bûcher, au bruit des sonnettes et des chansons; ce qui réjouissait fort l'assistance.

Après le feu, on rentrait chez l'ancien loup, où l'on prenait part à un souper maigre, et où rien d'inconvenant ne pouvait se dire, sans que l'imprudent fût condamné par la sonnette du loup à réciter, à genoux et tête nue, le Pater noster.

Le lendemain, jour de la fête, la confrérie et les deux loups allaient en procession à la messe, où ils présentaient un pain bénit à plusieurs étages , couvert de bouquets. Après avoir quêté en costume, le loup démissionnaire déposait sur les marches de

l'autel ses insignes et ses clochettes, dont le nouveau loup s'emparait; et on allait encore chez l'ancien loup prendre part au festin d'adieu.

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