‹ Légendes du Moyen âge. Par Gaston ParisChapitre 13 sur 51 · PREMIÈRE ÉTUDE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ÉTUDE

On croit généralement que la légende du Juif Errant a été répandue en Europe pendant tout le moyen âge, et c'est à cause de l'antiquité qu'on lui attribue qu'on est porté à lui chercher un sens mystique et profond. Il n'en est rien toutefois : on ne trouve aucune trace du Juif éternel ni dans le vaste amas des apocryphes grecs et slaves, ni dans les traditions du christianisme oriental, ni dans les légendes pourtant si abondantes du moyen âge latin. La popularité du Juif Errant est restreinte à quelques contrées du nord-ouest de l'Europe, l'Allemagne, la Scandinavie, les Pays- Bas et la France ^ ; elle y est de date récente, et

1. Graisse, die Sage vom ewigen Juden, l"* éd., Stuttgart. 1845, t'' éd., 1861, p. 94, cite une légende espagnole, mais

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(>ll(vsv ('sl |)r(>|),i'^r'r. non |).ii" l.i Ir.'idilioii orale, mais |)ar iiiir voie loiilc lilli'Taii'c

Avant (le i'imIhtcIh'pI»' poini de (l(''|»ail (K- ceUc lilléi'atiirc. iiousdironstiiiclciufs niotsdi' Iriu'-ondcs plus aini<Mini'S, (}ui onl avec (•cllf <|ni nous occupe un rapport certain ou |)i()l)al)lf. ou (pii du moins nous présonlcnl une idt'c analogue. Le ])remier Juif Errant, eoninieon la iVnl bien remarqué', c est Caïn. Il m' met en roule ajU'ès son crime, «vagabond et tuL^itil' sur la terre, » et il |)orte sur le front un si^iie ([ni le ]iréserve au moins de la mort violente. > il ne le soustrait |)as à la mort naturelle.

Une légende arabe, (|ui probablement, comme tant d'autres recueillies dans le Coran, a sa source dans les récits populaires des .Inifs d'Arabie, nous monti'e nn autre voyageur sans Irèvt-, plus rapproché tie luitre héros : Samiri, celui ipii avait fabriqué le veau d'or, fut maudit par Moïse ; il s'éloigna aussitôt des tentes d Israël. « l)(>i)uis ce temps il erre, comme une bète sauvage, d un bout du monde à l'autre. Chacun le fuit et i)urilie le sol que ses pieds ont foulé, et lui-même, dès

nous n'avons |ju la vcrilior; \v livro espagnol di- Ducos. Historia ciel Jiictio errante, montioiuié dans la liitilioff rapide

liiofjrapliifjiie d'Œ\\\u<^rv. n'est sans donic (|n'niu' U'ailnclion du livret populaire français.

I. Si-ii(i'iicl. /,(( Ir/jeiiilc <lit .lui/' llnaiil . l'iiii-. IS7T.

LE JUIF EHRANÏ 151

qu'il approche d'un homme, il crie sans rehlche : « Ne me touchez pas ! » S'il avertit ainsi ses semblables de s'éloigner de lui, c'est, d'après des légendes postérieures, que son contact donne la fièvre ^ Son mouvement perpétuel lui a fait donner le nom de al Kharaïli, « le Tourneur. » Les marins arabes ont transformé cette légende : ils font (lu « vieux Juif » un monstre marin à face humaine, à barbe blanche, qui apparaît parfois, au crépuscule, à la surface des flots 2.

11 n'y a aucun lien direct, bien qu'il y ait peutêtre plus qu'une ressemblance fortuite, entre ces vieux récits et les légendes qui se groupèrent autour du souvenir de la passion de Jésus. L'imagination populaire, comme on sait, ne se contenta pas de ce que rapportent les évangiles. Elle développa longuement l'histoire antérieure ou subséquente de plusieurs des personnages qui apparaissent dans ce drame, de Judas par exemple, de Pilate, des deux larrons, de Joseph d'Arimathic ; elle créa les merveilleux épisodes de Bérénice O'éronique), qui recueillit sur un linge l'empreinte de la face divine ; de Longin, l'aveugle-né, qui, ayant percé de sa lance le flanc du Sauveur,

1. Voyez Coran, sur. \X, v. 81) s.s. ; Giwsse. p. 94; Schœbel, p. 57.

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