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« ayant des paroles rares et circonspectes, répondant aux questions qu'on lui pose, » Ahasvérus « est tranquille et réservé, il ne parle que pour répondre aux questions qu'on lui fait ; » — Cartaphilus c( se contente d'un vêtement et d'une nourrit urf> simple, » Ahasvérus « mange peu et sobrement; » — Cartaphilus « nA'uso tous les présents qu'on lui offre, » Ahasvérus « ne prend pas plus de deux escalins et les distribue aux pauvres ; » — Cartaphilus « espère son salut parce qu'il a péché par ignorance, » Ahasvérus « pense que Dieu lui a pardonné ce qu'il a fait par ignorance ; » — Cartaphilus est conservé « comme argument pour notre foi, » Ahasvérus dit que « Dieu a voulu le garder comme un témoin contre les Juifs. » Certaines indications ont été développées avec une exagération naturelle : ainsi Cartaphilus raconte les histoires antiques « sans risée : » quant à Ahasvérus, « on ne l'a jamais vu rire. »
Voilà ce qui atteste la dépendance où le second récit est du premier, mais le nouvelliste allemand a pratiqué plusieurs changements à son modèle. Comme il voulait faire du Romain un Juif, il lui a donné un autre nom, tiré, assez mal à propos, de la Bible, oi^i Ahasvérus est un nom perse, — une autre profession, car le portier de Pilate ne pou-
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vait être Juif (mais pouniuoi Ahasvérus est-il cordonnier?), — cl par 1.1 ini'iiic il ;i dii quelque peu modifier son crime. Il a supjjrimi'' le coup porté au Seigneur, i-esle de l'anlique légende de Maie, et il a changé les paroles fatales du Christ. Au lii'u de dire à l'inhumain : « El toi, lu attendras que je vieim<\ « Jésus lui dit : a Je vais me reposer, cl loi tu marcheras jusqu'à la fin du monde. » Ce changement a sans doute été suggéré à notre auteur par la donnée mémo qu'il voulait introduire dans son récit. Il prétendait faire croire que son héros avait élé vu récemment en Allemagne, et signaler des lieux où on l'avait rencontré ; il ne pouvait rendre cette histoire admissible qu'en ajoutant qu'il n'avait fait que passer dans chacun de ces lieu.x : il était donc indiqué de substituer à la vie paisible et retirée de Cartapliilus la vie agitée et vagabonde d'Ahasvérus. Remarquons d'ailleurs que cette circonstance, qui, en saccentuant davantage, devait être la grande cause de la popularité de la légende, n'est pas encore très accusée dans ce premier récit : Ahasvérus est inquiet, pressé, mais non condamné à marcher toujours; il peut très bien s'entretenir lon<^uement avec Paul d'Eilzen et autres, et s'asseoir à la table de ceux qui l'invitent ; il paraît faire à Hambourg et
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à Dantzig un assez long séjour. Cartaphilus est baptise ; on ne nous dit pas expressément qu'Ahasvérus leùt été ; mais cette circonstance fut ajoutée, comme nous le verrons, dans les remaniements postérieurs. La crise séculaire de Cartaphilus est inconnue à Ahasvérus : en effet elle se concilierait mal avec ses perpétuels voyages. Un reste de l'ancien récit se retrouve dans ce fait qu'Ahasvérus sait à fond ce qui est arrivé depuis la passion en Orient : c'est qu'il avait habité l'Arménie sous le nom de Cartaphilus. — Enfin les derniers traits nouveaux imaginés par le copiste sont d'avoir doté le Juif d'une famille, de lui avoir fjiit parler toutes les langues (ce qui était indispensable à son nouveau genre de vie), et de lui avoir attribué cette horreur profonde pour les blasphémateurs, que l'auteur avait sans doute la louable intention de faire ainsi renoncer à leur mauvaise habitude.
Les modifications faites par Dudulœus, que ce nom soit réel ou fictif, au récit de Matthieu Paris, rendaient Ahasvérus si différent de Cartaphilus, au moins en apparence, que des « critiques » en firent expressément deux personnages : une brochure parue en 1645, sous le titre de Relalio oder Kurtzer Bericht von zioeien Zeugen der Leyden Jesu Christi, s'efforce doctement de prouver qu'il
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existe encore dans le iiioiulr dos vivaids deux témoins de l.i passif)!), un .lui!' d un Uoniain.
1j'oj)uscuI(> dont nous avons rapporir Ir titre fait suivre, dans la n>produrtion qu'en a donnée Graisse. la Iclli-c en tiucslion du récit d autres aj)j)arilions du .luit" eu l.'iTo, l.'iltO (>t 1(101 ; mais (dles no sont mentionné<»s nulle pari en dtdiors diidil ()|MiS(iilt'. Il n'en est pas do mémo d(> celles (pli on snivii'onl la pnhlicalidu ol la dilTiisioii. évidoninionl très considérahlos dos lOrinino. Pendant tout le conui)onc(Mii(Mit du xvn'" siècle, on ne parle que du .luif inunortcl en Allemap^nc d'abord, puis en Franco, en Belgique, en Danemarck, en Suède. L'opinion j)uhlique en fut émue. L avocat })arisien Bout hrays (Botercius), cpii i)uhliait en ]Ci()'t uno histoire de son temps, parle au livre \I (l. Il, p. \ld) d(' ci' .luit contemporain du ('hi'isl dont s"(Mifrotion1 toulo rF>uroj)o. Il craint, il est vrai, (ludn no lui i'o|)r(iclio dt^ s'arrêtera des contes do vioillo. mais il so )uslili(^ on disant : a Bien n'est plus réj)andu que ce récit, et notre histoire en lani^ue vulgaire {noMratiumvernacula hisloria) n'a pas rougi de le rai)porter. .lai donc les anciens autours d(> nos annales pour garants qu'on Ta vu, dans |ilus d'un siècle, en Espagne, en Italie, on Alloniague, ol ([u'on coiti^ année ('1G02?) on la reconnu poni' Ir iiiènio (pii avait été
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VU à Hambourg en l'an 1564. Le vulgaire, })rom[)l à forger des bruits, en raconte beaucoup de choses ; je n'en parle que pour ne rien omettre. » Les témoignages écrits allégués par Bouthrays sont sans doute purement imaginaires ; la date de io64 est celle de la prétendue lettre de l'ami de l'aul d'Eitzen. Cependant par historia vernacula il entend peut-être le livret traduit de l'allemand, qui aurait alors été imprimé avant 1004, tandis qu'on attribue d'ordinaire la première édition à 1609. M. de Douhet cite une édition faite à Turin à la lin du seizième siècle, d'autres de Leide et de Bruges, vers 1600, mais ce sont des assertions sans preuves. Un contemporain de Bouthrays, Boulenger, en rapportant ce })assage, déclare qu'il n'y ajoute nullement foi '.
Un autre historien un peu postérieur, Louvet, aurait pu nous donner sur le fameux Juif des renseignements bien plus précis. « Plusieurs personnes, di(-il, le virent avec l'autheur, au mois d'octobre (1604), en la ville de Beauvais, lequel, un jour de dimanche, à l'issue de la messe parochiale de l'église de Nostre-Dame de la Basse- Œuvre, estoit auprès des tours de l'evesché environné de plusieurs petits enfants , auxquels il faisoit des remonstrances, parlant de la Passion