‹ Légendes du Moyen âge. Par Gaston ParisChapitre 30 sur 51 · Voir Liebrecht. l. c · texte numérisé non relu

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2"2 l,l';(ir..M»KS Itl MnVKN viiK

inrmc [iroltuMr (jiic c csl la rrlrhiilt'' allailiôf à son iKuii (|iii l'iio'aiLrcii. au \iii" sirclc, un avenlurici" à se donner à son lour [lour I rcnvcr non plus (le Cliai'Icniaunc . mais dOlivicr, a])|)i'l('' lîiclianl. cl à jouer ce rôle avec succès, nolaininenl à la cour de l'r(''(|i''nC il '. ju^(|u'à sa niorl.

ari'ivi' Il ]i^t-. Mais le iioiii de Jean Dévol-à-

J)ieu, ([tie lui diume noire n'iiide de Terro-Sainic lie se renconlre pas ailleurs (pn* dans le dialogue espagnol du XV' siècle, où il ir(\sl accoiii|)agné d aucun Irail caracli'risiicpie. el. jiisipià ce qu'il

1. Voir le passage impayal)!»- de Tuinmaso Tusco. chroiii(|iieiir (lu Mil'- siècle, cilc par .M. A. (i'Aiiroiia dans les lipui/icoiili (le rAcadt'iiiie des l.incei ist^'aïu'o du 17 mars 1889). Tiisco avait vu Uiclianl en \i'S\ et avait pieusement cru toutes ses histoires : 1:1 in liis- omnibus (lii'inarn iinhis esl ullendere inajesldlcin, (/i/ani in (imnifjuti el e.v omniliiis ciillinnletiiiis. i/ini' /'ncil iiKif/ii/i el inscriiphthilia f/uu)'inii non esl ninnmis. Li' nH'iiie (iuido Bonatli (|ui parle de Huttadeo avait vu Hicliaid. 7///' ilicebtil se /'iiisxe in ciirid Ctividi Mdtjni el ri.risse i/iKitlrtii/enlis annis. .. Vidi Hicardunt haienne era Clirisli miflesima ditcenlesinut ngesinia terlia. (Cité dans Ncubauer. p. 111.) C'est à cause de cela (pion a souvent allt'f,nie » (iuy honiilus » comme ayant \ii ce sui\i\aiil de I ép()(|ni' de Cliailemai^ne. iVoii' Liebreclil. /. v.). Il est i-i'niar(|iial)le iliie dans ce ipie le bon Tiisco nous rapporte des n'-eits de Iticliaid, il n'y a rien (jui se ratlaelir ;i Irimpre fram.'aisc.

::.*. Je ne doute |)as en elTi-l (pie ee ne soit di- lui ipi'il s'agisse dans un |)assage d'Albc-ric des Trois-Fontaines (pie j'ai cité jadis (Hisl. puél. de riiarlenuKjne. p. ;i:î:i) en roirigeant. (•(iiniiie il l'aiil le l'aire (et eoniine ne l'a pas fait le dcrniei- rdileui), tiuidonitts en (ittidoniiis : //( Apiilid niiirldus esl hoc dnno (1234) (fuidain sene.r diernm. t/ni dicelidl se /'disse drniif/eriiin llollundi 'J'Iieodricnin. tfiii dii.r

se jM'oduise de nouveaux éclaircisscniciils, je suis ])orté à regarder ce nom soit comme altéré de celui de Buttadeo, soit au moins comme en étant j)arfaitement indépendant.

Quoi qu'il en soit de ce petit problème, M. Morpurgo a récemment découvert' et publié sur l'histoire de Jean Boutedieu en Italie des documents tout à l'ait nouveaux et fort curieux, d'abord en co qu'ils éclairent l'histoire même de la légende, et ensuite en ce qu'ils jettent sur l'état des esprits au xv'' siècle, sur les croyances, les mœurs, les façons de vivre des Italiens et particulièrement des Toscans de cette époque, une très vive et amusante lumière -.

Le plus important de beaucoup de ces documents est la relation qu'un certain Antonio di Francesco di Andréa a laissée de ses rapports avec Jean Bouledieu. Antonio et ses deux frères,

(jiiu/onli/n (/ic/iis est. el. imperrilor miilla a/i l'u d'idicil. [Monum.. (icrm., .SS., t. XXIÎI, p. 9o6j. La tradition orale, qui avait amené cette notice à Al])éric, avait naturellement substitué le célèbre écuyer de Roland à l'écuyer inconnu d'Olivier.

1. C'est proprement M. A. Gherardi (pii a trouvé dans les liasses Strozzi, à VArchioio di Stalo de l-'lorence. la relation d'Antonio di Francesco di Andréa.

-2. Mentionnons aussi les vers de Cecco .Vngiolieri, cites par M. Morpurgo d'après un manuscrit, el cpii nous montrent la même locution familière qu'emploie Philippe de ?{ovare. On sait la haine féroce (jue ce poète bizarre, con-

204 LKciKNDKs i»r Movr.N v.y.

Amiroa fl lî.ii-loldmco, liahil.iinil an lîortro a San Lort'ii/.ii ci ;i\;ii(iil on (uilic iiiic maison à Florence mt'-nie ; M. .MoriMirjip li< a idrouvés dans (les aeles, aiii>i i|ni' |ii(-;(|ii(' Ions les personnaufes (|iie iiienliiiniir Aiilnniu. Il n y a pas l'onihic (I nn diMile sur raullienlicilé du doennienl. non |tlu> t|iie Mir la complèle l)onne loi (le 1 aiilcni'. Le savaiil l'ililcnr el eommentaleur a setiJeiniMil coiislaié d assez, forles erreurs ou rontradiclious dans les dales, mais on sait combien il s'en remontre fré(|nemmenl de telles dans les écrits du moyen âge ^et mt'-me de lemj)S plus proches), el Anlonio parait avoir rédige ses souvenirs assez longtemps après les événements. 11 la fail dans un(> forme» simple el dénuée d'art, mais (|ui n'en es! (pic pins piipiante dans sa iKiïvetc cl (pu sent encore, en plein xv'' siècle, comme le rtMiiar(pie M. .Moipnrgo, « la seliiettcv/.a Irccenlista ». On lira ccriainemeni avec |)laisir les extraits cpie je vais donnei* de son récit, bien que la traduction lein- enlève loi'cémenl uiu.' bonne partie de leur grâce :

(c'inpiiraiii cl ciiiii'iiii ilc Daiili". iiuiirrissail cunlrc sdii pcif, el qu'il a exprimée dans i\v ii(»ml)rcii.\ s()ini('l>, ipii miiiI assiii'r-nKMit au nomliri' ties prodiiclious les plus cxlraor- (linairi's de la ]t(i('>ii'. Dans l'un dfu.x il s'écrie : " La iiainc cruelle et violente i\uv je porte avec juste raison à mon père le fera, j'en ai peur, vivre autant (|ue Hotadeo. » Le nianuscrit nc/te (Hocaiini liodidca, et celte f:;lose prou\ e

A l'honneur et gloire de Dieu tout-puisscuit en Trinité, Père, Fils et Esprit-Saint, et de Marie toujours vierge et de toute la cour céleste de Paradis, moi, pauvre pécheur ou pour mieux dire grand et hahituel et large pécheur, je ferai ici record dans ce mien volume dune des choses les plus merveilleuses que peut-être par aventure la plus grande partie de ceux qui vivent aujourd'hui aient jamais entendues. Et c'est avec grande peur que j'ai pris la plume pour écrire et faire record de ces choses si merveilleuses, craignant que les gens n'y prêtent pas foi, et c'est très craintivement que je m'y applique. Mais je prends courage, et j'invoque pour mes vrais témoins Dieu et les autres habitants du ciel, et ensuite les quelques personnes qui vivent encore et qui ont vu une partie de ces choses que je vais raconter, et leurs noms se feront connaître au fur et à mesure que, en poursuivant cette œuvre, il y aura lieu de les nommer.

Après cette solennelle protestation de bonne foi , Antonio rappelle qu'un homme « appelé « Giovanni Bottadio '■, autrement Giovanni sei'vo di Dio (et c'est ainsi qu'il se fait nommer), fut dans ces contrées d'Italie et les parcourut toutes w vers les années 4310 à 13^0, « et, ajoute-t-il,

que le scribe cumiaissail l;i Idciition avec le nom entier,, réduit pîif le poète ])our le besoin de son vers.

I. Antonio écrit Vollndio ou liotladio, mais c'est une simple variante graphique, qui ne prouve rien pour un rapprochement avec Giovanni de Volo-a-Dio.

206 LKGENDKS DU MOYKN AC.K

beaiicou|) (raiiciciis ;i (lui j'ai pailr ni'onl dil l'avoir vu et avoir parlé avec lui dans co temps... Et dej)uis ce I(mii])s ou ne l'a plus vu cl on n'a plus cnicndii p.ii'lri- (le lui en Halic ; cl il va ainsi parcourani louli- la Icrre ; cl je trouve iju il reste environ ccnl ans à revenir dans nn pays. » C'est en elTel en lill d'aiJi'ès SPS souvenirs, mais en 1416 d'a])rès les synclironisnies (pi il l'oni'nil, tinc })(»nr la ]»reniière fois, non pas Antonio Ini-nicme, mais son frère Andréa vil l'clernel voyau'euf. Le cadre dans lc(|nel il le renc«jnlra el le r(')le (|u'il lui vit jouer conviennent admirablement à la figure tourmentée de ce grand pécheur j)nni pour sa dureté de c(ein', mais repentant et devenu secourable et pitoyable à tous, en même temps qu'ils nous présentent une scène comnK^ il s'en passait souvent à cette époque. Aux environs de Noël, nn liahilanl de Bologne, Ciiano di Duccio, qui s'était réfuLiié en Toscane an Borgo a San Lorenzo, « parce que les exiles de Bologne, surtout les Guidotti, l'avaient menacé de lui faire manger ses enfants par force dr faim, comme étant l'anu' de Lnigi da Pralo, gouverneur de Bolou'ue >i , ce Giano donc voulut retourner à Bologne, pensant que les exilés n'avaient plus aucune chanct> d'y rentrer. 11 sc^ mil en route. acconip;igné d Aiulreji. ïvin' du narraleiu' :

I,P. JUIF KUHANT 207

Ils |);u-lircuL du iîorgo avec un cheval [jorlaul deux paniers et dans les paniers les deux lïls de Giano, l'un appelé Duccio, âgé de douze ans, et l'autre Giovanni, âgé de huit ans, et Andréa guidait ce cheval chargé desdits enfants, et derrière allait Giano sur un gros cheval. Et arrivé sur l'Alpc, laquelle était chargée de neige, il survint unv fortune de temps avec chasse-neige, si bien (pic les chevaux se faisaient avec la neige des brodequins aux pieds, et ils choppaient et même tombaient souvent, et les enfants étaient en grand péril... Et comme on se reposait ain moment, survint ledit Giovanni Bottadio, et il passait marchant 1res fort; pour quoi ledit Andréa l'appela et lui dit : « Frère, plaise-vous nous faire un peu de compagnie pour l'amour de Dieu, afin que ces enfants ne périssent pas! » Et il était en habit de pinzochero du tiers ordre de saint François, mais il n'avait pas de manteau, et il n'avait qu'un soulier. Il répondit : 'I Oui bien, pour l'amour de Dieu! » Et il partit avec eux, tenant les mains aux paniers, et Andréa menait le cheval à la main, et derrière Giano sur son dit cheval. Et allant ainsi, (et pourtant le péril était grand), ledit Giovanni serviteur de Dieu se tourna vers Giano et lui dit : « Veux-tu que je mette ces enfants en sûreté? » Giano dit : « Oui, par Dieu! » Giovanni dit: « Où voulons-nous arriver ce soir?» Giano dit : « A Scaricalasino. » Giovanni dit : « Or sus, au nom de Dieu! » Et il prit les enfants à son cou, un sur chaque épaule, et leur dit : « Prenezmoi au.x cheveux, et tenez-vous bien. » Il avait abaissé son chaperon, et, ayant ainsi fait, il se mit

i.Kcr.NDKS nr movkn ai;i:

(Ml roule, cl. |);irc(> (jur smi soiilirr I (Miil)iiiTass;iil. il Icjt'la, cl il j)arlil. i-t en pni de lrm|)s ils le pci'- (liiciil (le vue. Il arriva [à Scaricalasinoj à l'aiibcrji-t* (I iiii liùtf (|iii a Moin (lapocciiio, cl il posa les ciifanls (Icvaiil le l'eu, cl il se mil à l'aise, lui cl les cnfaiils. cl il lil hier une couple de Ixms cliapoiis, cl ils élaicnl déjà nus au feu cl le pot houillail. quand arriva (liaiin. (jiii crnyail sùrcuicnl avoir |h idii .ses lils. cl ([iii lil Irlande i'ctc. cl iiii Ikhi ImuiI de Icmps après arriva Amlrca. Kl le tciiips venu. siHant nus à lahlo cl ayant soupe, revemis pic> du feu. cuisant des châtaignes et discourant avec urand |)laisir. Ciiaiio se tourna vers ledit liol»-, et lui dit : « Coninicnl vont les affaires? » Il répondit : « PelilcnuMil ; cl j'ai ces lilles (il en avait deux grandes), et je n'ai pas le moyeu de les doter et de les marier. » Sur (|uoi ledit (iiovaiini serviteur <lc Dieu se mita rire ', cl (iiano demanda : « De (pioi licz-vous '.' » Il dit : (i .le lis parce (\ur cchii-là vous conte des bourdes; il dit (|iril fait peu d affaires, quand de Hologne à l'Iorciicc il n'y a jias d auberii'c mieux achalandée cl ({iii fasse plus (pie celle-ci : il dit (pi'il n'a ])as de ipiiii marier nu doter ses filles, et je dis (|u'il a mur('' dans un Irnii de celle maison 24(1 llorins d'or, en soi'lc (|u il les |)cul très bien marier, cl il ne le fait

1. M. Morpin-fïn icinarquc à projios de ro trait (pic liio- \aniii >se coiiiporlc ici aiitrciiicnt (pic le .Iiiif llrraiit ordinaire. (|iii ne rit jamais (non plus (pic (;arlai>liiliis). Il rapproilic le rire ir()iii(pie de (!iii\amii de celui de Vitomo aelvaçifiio dans un ivcil |iii|HiUnn' ilalieii : mais I anecdote ici racontée rai>pclle sintniil le rii-c de Merlin (autre iKamiie >au\aLr('i.à |)ro|)(is des conlradiclioiis (pi'ij est seul à \(iir riilic li'> :i iiparriiccs cl |;i ii'.ilitc.

pas par avarice et mauvais(> iiu-linalion. et il .s'eii repentira. » Capecchio, i'hùte, répondit : « Je crois que j'ai logé des bateleurs. » Et on échangea'lieaucoup de paroles, l'un niant, l'autre affirh1a'nt','puis on alla reposer. Et (!iano étant déjà au lit: avec ses fils [mais (iiovanni non, car il ne dormait jamais dans un lit '■], (liano dit à Giovanni : « Est-ce vrai ce que vous dites, qu'il a ces deniers dans le mur ? » Giovanni dit : « Tu les as près de ta tète à moins de lieux brasses, et si tu veux les voir je te les ferai voir. » Giano dit qu'il le croyait sans le voir. La nuit passée, on se mit en point de partir, et Capecchio prit pai- la main ledit Giovanni et le tirant à part lui dit : a Donnez-moi conseil pour ma conduite. » Et il lui dit : « Marie tes filles, autrement je t'annonce qu'elles tourneront mal. » Et il promit de le faire, et il le lit par la suite. — Et j'ai dit tout cela jusqu'à présent afin que vous entendiez comment les choses secrètes sont pour lui manifestes; et maintenant nous parlerons d'affaires plus importantes.

Ces i^randes affaires, oi^i Giovaniii montra mieux encore son omniscience, sont les affaires de Bologne. Giano di Duccio, comme on l'a vu, y rentrait sans crainte, croyant le parti des Guidotti dépourvu de toutes chances de revanche : Giovanni lui annonça que dans dix jours les

1. Ce trait ne se retrouve pas textuellement ailleurs, mais il est impliqué dans celles des versions de la légende qui condamnent le Juif au mouvement perpétuel, ce qui n'est pas le cas pour le nùtre.

2Ht i,i,i.i;m>i> m mmm.n m.k

(■.\il<''> s» -rail 'I il i-cdcx niii.-- luaihcs ilc la ville ; mais cil inriiii' l('iii])s il lui (Iniiiia (h's conseils cl un « bref» LTi'àcc aii.\i|iiel> il ii aurai! rien à ci-aindrc <rcn\. cl liinl se passa cuninie il lavail pr('-(lil.

Anldllin ne linli-- i\\\ |i,i-- (j.ili- l<Hll eelaiMini-

meiil Amlrea ci Ciiaiii) a\aieiil recoiinn leur mystérieux cniii|)aL:ii(iii. (|u il dcsinne (reiiihice (Mimnie (iiontuiii liiilltidift. cl ne iKMis a|i|)reii(l pas s'il s'iMail l'ail cnnnailre à eux ; mais Andréa lavail iiiNili'' à \enii' le voir à l'hireiice nti an Borg'O. (] Cst ce (|n"il II! l'aniK'-t^ siiivaiilc. a|)rcs avoir clé à \ iceiiee loi'i on \iiiilnl le pendre comme espion, mais on les plus gTosscs cordes cassèi'cnl. si l)ieii i(ne le cnpilano le relâcha), visité la Marche Tri'\ isaiie, \'eiii<e e| la Marche d Ancinie. Il ne lil (pu' passer au lîoryo, non sans a\'oir l'ail une pr^'ililecl ion ^nrprenanle cl (pii se réalisa daii< le mois ', mais il l'csla plus loilglemps à l'Ioreiice.

il \ inl a l'Idi'cnce (l,iii> ma inaiseii. dans le <piartier (le<iU Alhcili (la Sun li'Diieo, eu (en! le iiioiuic acconrail piMir le \uir. el eiil n' aul re-. \ vin! niesser iaoïiai'do (1 Ai'c/.Zd-, chancelier de la Seigneurie, et

1. Il est (lit ici ({III'. i{ii,'iiiil l;i |iii{iiihili(>n du ISorgo sut (lur Giorainii liotladio ctiiit lii. cllf ;icciainil en foiilc : il >'ctait clone iu)riiini'. ou Aiidira ((|iii n'es! pas inciitioniiiici) l'avait désigné •?

'1. (Test le ci'ichn' Léonard iîiuni. dil Lrunurd An-lin. liomnic véi itai)li'iiiciil doclc cl dmit l'admiialioii pour le

il resta avec lui tlans ma pauvre maison trois heures ou plus à discourir. Et en descemlant, mcsser Lioiiardo fut interrog-é par plusieurs citoyens sur ce quil pensait de ccl homme, et il répondit : « Ou cesl un an;.i'e de Dieu, ou c'esl le diable, car il a toutes les sciences du monde, il connaît toutes les langues et les mots les plus l'ai'es de toutes les provinces. >) VA il n'en di( rien d'anire.

Voilà tout ce (pi'on nous raconte de la première visite de Cliovanni à l'ioi-euce, ([ui ne paraît avoir été (pie d'un .joui- ; il rc^viid une autre année au mois de mai, cl loujours chez notre narrateur.

Tout le monde venail pour le voir, id Peruzzi, et Ricasoli, et Hnsini. et Morelli. et Aljjerti, et autres, proches ou lointains. .lavais peur que les planches de ma maison. (|ui rlail p(dil(> et vieille, ne rompissent, et je dis ma crainte à Ions, en ajoutant : « Ce soir il ira log-ei' ailleurs. » ils attendirent alors patienunent l'heui'c où il (hn'ait sortir, pour le voir, et il arriva une si grande mult^ilude de gens que toute la place des Albert! et toutes les rues se remplirent. E[ vers les deux heures du soir vint une grande troupe envoyée pour lui par la Seigneurie, entre autres Richard, commandeur, et Maso del Faute, massier, et quatre sergents, et nous sortîmes avec lui de ma maison, Bartolomeo mon frère et moi, avec beaucoup de torcdies, et nous traver-

savoir du pivtendii lîiittadeo esl assez étonnante. Mais était-elle l)ien sérieuse !

212 I.Kr.KNKKS lU Mmi.N \(.l

sàni(>s linilcccltc foiiN» si srrrrc(|m- innis poux ions à peine pjisscr. ri pdiiilanl nous m- fiiincs vus de porsitiiiic. <i Dieu vr.ii, comljien les (imivits sont ;i(lMiir;il)les !... I']| le iii;iliii l;i SciLTlnMi rie \iiiihil \c vnir.cl il (ni l'iindiiil ;iii l',il;iis. et ils tirerciil do

lui hcinrolip (I ilirn||ii,i| iolis '. I".l. ,i\;ilil plis culii;-!-.

il pjirlil (le riuicnce el alhi vers l.i iNniille et la Sirile.

C('|)(Mi(laiit les curieux (|iii iHaienl restés à allendre ius{[u'à niiiinil élaienl lurl désappoinlés, el ils eiireiil Li'raiide peine à croire le r('M'it f[U(> leur lil Anloniit. l/un (reiix, Ciidvanni Mi»relli, jura ipie, si Ciiovaiini se Inuivail eu lieu sui' le(pie| il efil jui'idicl ii m . il vei'rail bien s'il s eu ii'ail ainsi par lair. Mais I ann<''e suivaule ("liovauni vini en elïel au .Muncllo, dont Morelli était devenu lucario, el il déjoua tous les efforts (pie eejui-ei lil pour le forcer à venii' le li'oiM'er. 11 y alla eidin de son plein l;i'<'' : le soir venu, Morelli, sous prétexte de I honoi'cr. le lil nietlre « dans une lioiiiM~'le prison, (pii esl lun- hoinie chambre, laquelle esl dans le roc sous le fondement de la tour, el dans bnpndle sont deux

1. Il est probable que le prétendu Huttadeo, qui parcourait sans cesse l'Italie, observait pas mal de choses et savait en tirer parti à l'occasion, ce qui explique à la fois qu'on l'ait traité à Florence avec tant de ménagements et (ju'on ail voulu le pendre comme esj)ion à Viccnce,

LE JUIF KRIIANT 213

renèli-es loules petites, avec du ler Irès gros et si serré qu'un rat n'y passerait pas, et une porte basse de grosses planclies toutes bardées de gros fer avec une grande serrure » ; mais le lendemain il n'y avait plus personne, et Morelli retourna à Florence assez bumilié, mais consolé pai- la promesse que lui avait faite Cdovanni, et (pii se réalisa bientôt, que sa femme, jusque-là stérile, allait lui donner un fils.

Trois fois encore (îiovanni vint à Florence, étonnant toujours les gens par ses révélations sur ce qu'ils croyaient le plus secret. La seconde fois il se logea dans une auberge et fit demander Antonio, assurant qu'il était chez lui, bien que son frère Bartolomeo sût (pi'il était i)arti le matin pour un voyage de plusieurs jours ; mais le basard avait voulu qu'il fût i-evenu à limproviste, en sorte que Bartolomeo, qui avait perdu du coup toute confiance en Giovaimi, trc^uva son frère à la maison, à son grand émerveillement, et l'amena à son étrange ami.

J'allai chez lui, qui avait orduiuié un diner très large, avec beaucoup de poissons ^ et il était déjà à table quand j'arrivai. 11 me fil mettre à table, et nous mangeâmes de grand cœur, et quand je voulus payer, l'aubergiste ne le voulut en aucune façon -;

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