Zotenberg et Meyer. l. c. p
7. Cette version juive, intitulée le Prince et le Derviche. comme le roman arabe dont elle dérive, a été souvent imprimée : vov. le mémoire cité de Dorn.
230 l.l'.iiKNDI-S 1)1 MOYI-.N A(;F.
se l)i)ni;iii'iil ;i roprodilin' l<'l (|iicl le cfnilc de l'oiseau ; mais il n Vu est pas lniil à lail ainsi, el c'est pourquoi je dois pailci- di- eelles <los versions d<' ce conli'. insérées dans le roman, ((ni ont pu venir ti ma connaissance.
Le Barlaam juif ajipcjr- jimi llammelek va- Ilannazir lie Prince et le Derviche) (\\\\ a r\r liail ni I en alliMiiaiMl ', l'acdiil.c ainsi 1 liisi dii'i' (|iii nuiis inléi'essc -. .le ne doiMircc tcxlc Ini'l |ii'nli\L' (piu ilans un résiuné.
Un honinic avait un Ixn'iu j.ii'diii et s'apercevait qiriiii oiseau y veiiail chaciue Jour el en nianireait les plus beaux fruits. 11 lui tendit un piège el le prit. Loiseau lui dit : « lîends-nioi la liberté et je le donnerai trois avis que je tiens de nies ancêtres'. — Donne-les moi, » lui dil riMiiiiii(\ « el je le relà- «liei'ai. » Loiseau lui dit : « Se t'af/Hyc jiafi de ce que ta auras perdu; n'essaie pas d'avoir ce que lu ne peux atteindre ; ne crois pas des choses impossibles. » I/lionime
1. 11)11 Cliisdai. l'ritiz iiiid hi'ririsrii. i'iberselzf \<in \V.-.\. Meisel (i'« iHI.. l'est. 18(i0). iJl" porte. Je n'ai pas eu le livre sous les yeux; je dois à M. Israël L-'-vi l'ahiv,i,'é (jiuje donne.
2. Dans un livi'e juif inipriiiié pour la |)r(Mnière fois en 1534 à Ferrare « d'après un ancien manuscrit », le IHbhotir Maasiot [Hecueil d'Iiisloires), notre conte est au contraire tout semblable à celui du BarUiam jj:rec : j'en dois la traduction à l'oblii^eance de .M. Israël b'-vi : le livre est indiqua' par M. lirunbaum, Jintisch-deulsclie Chresloinalhie, p. îiST.
3. Le li\ l'e juif intercale iri un passage diiul je parle plus loin. p. 244, n. 3.
le laissa aller, et l'oiseau s'étant posé sur une branche, lui dit : « Si tu m'avais ouvert le corps, tu y aurais trouvé une perle grosse comme un œuf d'autruche, qui t'aurait permis de passer toute ta vie sans rien faire. » L'homme consterné se laissa tomber à terre de douleur, puis il lui dit : « Reviens ; je te traiterai comme la prunelle de mes yeux. — Fou que tu es » répondit l'oiseau, « tu as bien vite oublié mes préceptes. Tu t'affliges de ce que tu as perdu; tu veux m'avoir quand tu ne peux m'atteindre; et tu crois que j'ai un œuf d'autruche dans le corps quand mon corps tout entier n'est pas si gros^ ».
Si nous comparons ce conte à celui du Barlaam, nous y remarquons quelques différences. Il ne sag-it plus simplement d'un chasseur, mais du maître d'un jardin, qui tend un piège à l'oiseau parce qu'il dévaste ce jardin. En outre, l'oiseau n'est pas nommé. Y)' oh provient cette différence, puisque le conte fait partie dune traduction du roman grec ? Il est malaisé de le dire-. Quoi qu'il
1. Un livre d'histoires édifiantes imprimé en « juif allemand » au xvui" siècle, le Simchas ha-Nefesch [Joie de l'cUne) contient la même histoire, sous une forme à peu près aussi concise que le résumé qu'on vient de lire. Le passage indiqué dans la note 3 de la page 23C ne s'y trouve pas. L'œuf d'autruche devient un œuf d'oie ( Voy. Grûnbaum, Jiidltch-deulsche Chrestomathie (Leipzig, 1882), p. 249.
2. Si on admettait (voy. ci-dessus, p. 229, n. 1) que le roman grec, au lieu d'être la source du syriaque (d'où provient l'arabe et par lui l'hébreu), est au contraire lui-
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on soit, c'oslcottc vorsion (|iii ciictila siirloul dans la litUM'aluro aral)(\ coinnio le iiiontriMit d'abord une imitation j)orsaiio dû nous irlroiivoiis les traits qui la distincfuciil di* oollo du liarlaam grec \ et, encore plus clairement, la version latine de Pierre Alphonse, dont nous devons nous occuper un jxni plus lonij^uemenl, j)arc<' (piCllc est la source du pormc français qui est l'ohjet principal de celte étude.
En IIOG, un ral)i>iu juif nommé Moïse, né à Iluesca, en Aragon, s'y faisait baptiser le jour de la fête de saint Pierre et prenait le nom de ce saint, auquel il joignait comme patronymique celui de son parrain, le roi Alphonse l""" d'Aragon, Pierre Alphonse était très versé dans la liltératurearabe,qui elle-même, généralement à travers le pehlvi d'abord (langue ))ersc du temps des Sasmême fait d'après un roman syriaiiuo (qui viendrait directement du sansrrit ]niv i'inlcrnicdiaire du peidvii, les choses s'expliqueraient mieux : ce serait le traducteur grec qui aurait altéré la forme oritîinale.
1. Voy. Amiisinf) Sfories. translaled from the Persian by Kdward Reliatsejt iBombay, 1871). n» XXVIII. p. 1;J4. Ge's histoires sont tirées du Cluimsa/i vd-Qtihtfiiluih de Mirza Berkhordàr Turknuin. qui a revêtu ses récits de toutes les formes bizarres et recherchées du style ])ersan le plus fleuri. Le fond est d'ailleurs tout semblable à celui i\u livre hébreu, sauf que l'oiseau est appelé « élourncau, » el que l'œuf tr;iulrucii(> est devenu un (euf de cane. Un des préceptes, le ])render. s'est d'ailleurs perdu. Il a été remjjlacé par celui-ci. (pii est ici fort déplacé : a Se donne pas ta cou fiance (ides personnes d'un caractère méprisalde. »
sanides), puis le syriaque, avait emprunté à rinde cette masse de contes qui ont si long-temps passé pour le produit de l'imagination arabe et que la science moderne rend aujourd'hui à leur vraie patrie. Sous le titre d'Enseignement des clercs (Disciplina clericalis), il composa en latin un ouvrage fort incohérent, mélange de préceptes, de proverbes et de récits, dans lequel un père est censé instruire son fils sur la meilleure façon de se conduire dans le monde. Parmi les contes indiens que Pierre Alphonse a connus sous forme arabe se trouvait aussi le nôtre, qu'il rapporte comme suit :
Un homme avait un verger où des ruisseaux d'eau courante entretenaient une herbe toujours verte, et où les oiseaux, attirés par l'agrément du lieu, se réunissaient en grand nombre et faisaient entendre leurs chants. Un jour que, fatigué, il se reposait dans ce verger, un petit oiseau vint se poser sur un arbre et se mit à chanter délicieusement. L'homme, qui l'avait vu et entendu chanter, tendit un filet et le prit. L'oiseau lui dit : « Pourquoi t'es-tu donné tant de peine pour me prendre, et quel profit espères-tu de cette prise ? — Je ne veux », dit-il, « qu'entendre tes chants. — Vain espoir ! je ne chanterai ni pour prix ni pour prière! — Si tu ne chantes pas, je te mangerai. — ICt comment me mangeras-tu? Bouilli, que donnera un si petit oiseau? la chair même en sera dure.
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Itùti. jf loiiriiii.ii moins encrtrc. Mnis si tu me laisses aller, tu y aiii;is un LTiaïKl j)rnlit. — l^equel? — Je te (lomieiai trois rejjles de sagesse' tjiie tu esliineras plus (|ue la chair de trois veaux. » l/homme, confiant dans la promesse di- l'oiseau, le laissa partir. L'oiseau lui dit: <■ L un îles conseils que je t'ai promis est : Ne croh pas tout ce qu'on te cUt : le second : Garde toujours ce qui est à toi- ; le troisième : Ne te fais pas de vhn(/rin de ce que tu auras perdu. » Ayaiil ainsi pari.-, l'oiseau se posa sur iiii .irlircct se mit à dire dans son doux clKint : « IJéni soit iJieu, qui a éteint la pénétration de les yeux et la enlevé la sagesse! Si tu avais fouillé les replis de mes entrailles, tu y aurais trouvé une hyacinthe du poids d'une once. » En entendant ces mots, l'homme se mit a pleurer et se frapper la poitrine pour s'être laissé tromper par l'oiseau. Mais l'oiseau lui dit : « Tu as vite oublié les avis que je t'ai donnés. .Ne l'aijepas recommandé de ne pas croire tout ce qu'on te dit ? Et comment peux-tu croire (|iril y ait dans mon corps une pierre précieuse du poids d'une once, quand tout entier je ne pèse pas autant ? Ne t'ai-je pas dit aussi : Ne te fais pas de chagrin de ce que tu auras perdu ? Comment donc te désoles-tu pour celte hyacinthe '? » .\près s'être ainsi moqué (lu vilain, l'oiseau s'envola dans les profondeurs de la forêt'.