‹ Légendes du Moyen âge. Par Gaston ParisChapitre 36 sur 51 · Aucassin et Nicolelle, VI · texte numérisé non relu

Aucassin et Nicolelle, VI

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ti(llic. lli''S (le tll.lIlU. lll.lIllclll-rllSCIlKMll perdus

dans Ifiir tnniir |ircini('i'(', (|iii' <li's iniisiciciis venus du [lavs de (iallcs cl de la llri'IaL^nc IVanraisc répandircid an \ii' sii'(di' dans lonics les cuurs (rAnulclcri'c et de l"i-ancc. IJicnhM li' sens primitif (lu mol se pcrdil <»u du moins s élargit, cl on donna le nom de lai à Itcaiiconp de récils en vers, dun caraclère sentimi-nlal on t,q'afieux, qui n'avaient rien d'oi-ip-inaiiTmenl |)i-ct(jn. Cest ainsi (pi'on cul le lai d'» M'plii'e. le lai de \arcisse, le lai d Arislole, le lai de r(''per\ier. d'autres encore. La plnpai'l des lais \ raimenl ln'elons pîU"laieiil d'amom-, ef, à ce lilre, noire j)elil poème, au moins par le caraclère (pie l'auteur y a introduit, mérilail une place dans celle aimable compag-nie. H la m(''rilai! (raulaiil plus (pidii aimai! à designer comme (l(\s hds les cliaiisons des oiseaux des bois, sans doiile pai'ce (pie. comme les lais celtiques (pie clianlaienl les bardes ambulants, elles remplissent le cd'ur d'une émotion tendre, douce (d mélancoli(pi(\ bi(Mi (pie I esj)rit n'en per(;oive |)as le sens précis.

I>e Lai de f oiselet a été composé dans la première pai'lie du Mil" si(''cle. lîieil ne llollS p(M'me[ d (Ml désigner ou d Cn sonpijoiiiier rauleiir ; la langue indicpie (pi il de\ail ("'Ire du pays inlermédiaire entre 1 lle-de-l'i'ancc et la Picardie. Il a\ail

LE LAI DR L OISELET 26o

un heureux g-cnie, et, s'il n'a ])as toujours eu le courage d'éviter les écueils que ne redoutaient pas assez les rimeurs du moyen àg-e, la j)rolixitc inutile, l'emploi des formules banales, les rimes de pur remplissage, il a su en général revêtir sa pensée d'expressions précices et gracieuses. Son petit oiseau nous charme autant que son lourd vilain nous amuse, et ce petit poème peut être regardé comme un des joyaux les plus finement taillés de notre vieille poésie.

Il a dû avoir du succès ; sa présence dans cinq manuscrits nous l'atteste déjà. On n'en a cependant pas signalé d'imitation ancienne dans les langues étrangères, qui adoptaient si volontiers ce qui avait été composé en français, et en France même on a reproduit d'habitude le récit du Barlaam ou celui de Pierre Alpiionse, qui ne mêlaient pas à la piquante morale du conte les éléments étrangers ajoutés par notre lai. On doit cependant, suivant toute vraisemblance, reconnaître l'inHuence de ce dernier dans un joli récit dont le lai n'est sans doute pas la source unique, mais auquel il a fourni quelques traits.

Ce récit se trouve dans un des ouvrages les plus attrayants du moyen âge, ouvrage d'un caractère prétendu historique, et qui contient en effet de l'histoire, mais de l'histoire telle qu'elle

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coiirail (liiiis 1(^ j)('ii])lc cl (jiic la raconlaicnt les jongleurs quaiul lours .•iiidilcurs élaicMil rassasiés (le chansons li('n)ï([ii(>s. de romans avinltirciix dii (le joyeux fablcaiix. Il s airit <l"' la Chronique de Reims, ou, comnic I appcllo son (Imiicrol savant édileur, des Récila d'un ménestrel de Reims au A'///" sièc/e. Lauleur a écrit ol sans douti- dahord parlé son livr*' à Reims en 1:200. comme la jjarl'ailemcul établi M. Nalalis <!(> Wailly. C'est en cette même année que, daprès lui, le conte de l'oiseau servit à consoler dans sa tristesse le bon roi Louis IX. Le roi venait de perdr(\ à seize ans, son fds aîné, Louis, qui (bnail lui suecédei-; il était plonf;-é dans son deuil, et « on ne pouvait en tirer un mot. »

Atant es vous l'arcevesque Rigaut de Rouen <|iii le vint veoir et conforter, et mont lui disoit de bons mes de lescriture et de la patience saint Job, et li conta un cssemple d'une niascnge* qui fu prise en une niascngierc ou jardin d'un paisant. (Juant li paisans la tint, si li dist i[uil la niangcroil, et la masenge respondi au païsant : « Se tu, »dist elle, « me manjues, tu ne sej-as gaires saoulés, car je sui une petite chosete; mais si tu me vouloies laissier alcr, je t'apenroie trois sens- (jui lavroient grant

1. Ce nom (Iniiiié à l"ois(';ni poiirniit ("■Ire une réminiscence du V. 374 du lai.

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