Un peu à Test du Port de Cise
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lYHat aclucl, de ce i\ur pouvait ôlre au temps d(! Gharlemagne la lloro des montagnes (jui entourent Runeevaux : les bois ])euvent avoir j)éri et avoir été renouvelés deux ou trois fois depuis le moyen àgc... Au xni" siècle, d"a])rès le poème latin en l'honneur de lliospice, le terrain y était absolument stérile ; mais il pcul I)irn avoir été boisé au viii'' siècle, et, s il l'était, la série ascendante Roncevaux — IbaAeta — Altabiscar — Château-Pignon devait comporter : hêtres et genévriers avec quelques pins — pins et sapins — sapins. Le pin des Pyrénées est un très bel arbre, qui élève son dùme fort au-dessus des hêtres : il devait attirer l'attention de qui le voyait en passant. Les pins sont rares aujourd'hui dans toute cette région; cependant j'en ai vu aux alentours du pic d'Anie, et il a pu y en avoir quelques-uns au sommet d'ibaùeta, qui est à peu près à la même altitude '. »
Rien ne nous empêche donc de croire (pi il y ail eu des pins, lors tle la bataille, au moins au
1. Quand Cliarlcmagiic arrive à Uonrovaux. il Iidiivo, (lit la Channon.u dans la prairio les fleurs de laiil d'Iierbes f|ui .suiil roujLjes du sang de nos baions! » Roncexiiux est encore, sauf les bois, une grande |)rairie couverte de fleurs dans la belle saison; mais un liait de ce genre |)eut bien, avouons-le, avoir élt- imaginé. — Les |H'lcriiis du xu'siè'cle voyaient à Koncevaux des aubépines et des noisetiers : ces deux arbustes croissent encore dans la plaine de Roncevaux.
col d'Ibafieta, et que ce soit sous un pin que les Francs aient trouvé le corps du comte de la INIarclie de Bretagne. Rien n'empêche, d'autre part, qu'un des auteurs qui ont travaillé à notre poème, ou un pèlerin qui lui aura conté son voyage, ait vu et remarqué, en franchissant le col, un pin près de la chapelle de Charlemagne. Mais, à vrai dire, rien n'empêche non plus que le pin de la chanson soit tout bonnement un « arbre poétique », et nait déployé son dôme de sombre verdure que dans l'imagination d'un poète inconnu.
La connaissance du nom de Roncevaux ne peut guère, nous l'avons vu, s'expliquer, dans la Chanson du w" siècle, que par la conservation, à travers les âges, d'un souvenir direct ; ce nom est corroboré dune façon tout à fait indépendante, comme nom du lieu de la bataille, par l'existence à Ibaneta de la chapelle de Charlemagne. C'est donc bien à Roncevaux qu'il nous faut situer le combat du 15 août 778 et la destruction de l'arrière-garde franque. Si nous rapprochons ce résultat des renseignements donnés sur le désastre par les historiens contemporains.
;j2 I.Kf.KNDKS lU MoYKN Ar.F.
nous coiijecUirorons avec vraisomMance (juc les ennemis, ([ui éfaiciit enibiiscjiiés dans les forùls avoisinanlcs, occupèrent le col (ribaflela. ciilbutèrenl rarrière-jîarde, qui gravissait péniblement la pente, dans la vallée ou j)laine de lloncevaux, puis l'y entourèrent de toutes parts et la massacrèrent. Cela concorde j)arfaitement avec les expressions d'Einhard : « Comme larmée s'avançait en longue iilc, ainsi ([ue l'exigeait la nature du lieu et des étroits passages, les Basques, ayant disposé une embuscade sur le sommet de la montagne (car cet endroit s"y prête à merveille à cause de l'épaisseur des forêts dont il est couvert), se jetèrent d en haut sur la dernière division de l'armée, chargée de garder les bagages et de protéger ceux qui marchaient en avant, la refoulèrent dans la vallée située au-dessous, l'y attaquèrent et tuèrent tous les hommes jusqu'au dernier; puis, ayant pillé les bagages, à la faveur de la nuit (jui tombait, ils se dispersèrent dans tous les sens avec une extrême célérité. Les Basques avai(Mit pour eux, en cette circonstance, et la légèreté de leur armement et la situation du lieu où se livrait le combat, tandis (|ue la lourdeur de leurs armures et la dispositii>n défavorable des lieux constituaient pour les Francs une grande infériorité. » Cela, nous lavons vu, paraît
écrit Pli partie pour atténuer l'effet moral qui dut être produit en France par le fait que Cliarles n'avait pas essayé de tirer vengeance du guetapens de Roncevaux. On de rejeta uniquement sur les Basques, et on expliqua comment ils avaient pu échapper au châtiment qu'ils méritaient. Les traits dont les peint Einhard sont d'ailleurs exacts. Les Basques, dont l'agilité est encore proverbiale, étaient en effet chaussés à la légère (de ces lavarcas en cuir non corroyé, laissant le talon découvert, que décrit le Guide du xn" siècle) ; ils n'avaient guère d'autres armes que leurs javelots [auconas dans le même texte), qu'ils lançaient avec une incomparable adresse. Les Francs, au contraire, pesamment armés, embarrassés de leurs charrois, refoulés le longdès pentes escarpées, puis enveloppés dans la plaine par les ennemis qui fondaient sur eux de toutes les hauteurs, ne pouvaient résister avec succès. Il est probable que les musulmans employèrent les Basques pour la première attaque, et ne parurent, pour achever la déroute, que quand ceux-ci avaient déjà mis le désordre dans l'arrièrc-garde, repoussée jusqu'au milieu de la plaine.
De cette image du combat telle que nous pouvons nous la former, il ne reste pas grand'chose
•■>4 LKfîENDFS 1)1' MoVl \ \(;r.
dans nos pocmos. Aticiiii ih> [);\v\o dos l)aga,Q:os, ni ne nionlro l'ennomi posté sur un i)oint culminant, cl, do là, inloiroplant la roiifo et rojctant les Francs dans la valléo. Ni la dinV-ronco darmpmcnt, ni !<• (irsavanlatrc de la siltialidii no sont mentionnes. Le réeit du faux r(M-j)iu, (|uoi(|u'il présente des confusions, es! encore relui ([ui conserve le plus dr I rails (|u'oii peut rci^arder comme apparteiianl à la réalilé. Les Sarrasins, au nombre do eiiupianle mille, — les Français sont vingt mille, — se sont cachés « dans les bois et les collines » qui entourent Roncevaux : à l'aube, un premier corps de vinp^l mille hommes sort de l'embuscade el attaque les chrétiens « dans le dos » ; il est tout cntie^" exterminé avant la troisième heure ; mais alors le second corps, de trente mille hommc^s, attaque les l'^rançais, i'atig-ués par \c premier combat', les lue tous, excepté Rolaud, — qui seul ti(Mit lèle, — v[ une centaine d'autres qui se sont cachés dans les bois, puis, — on ne sait trop pourquoi. — recule d'une lieue. Roland rallie, en sonnant son cor d'ivoire, les Français épars et attaque à son tour les enne-
1. On peut voir là un vaguo souvenir de ce qui seiiii)ie s'être réellenieiil passé : attaque de l'arrière-garde par une |)reniièM-c force (les Basques), puis par une seconde (les Musulmans).
mis ; tous SOS compagnons sont tués, mais les Sarrasins, ayant perdu leur chef, s'éloignent : Roland reste maître du champ de bataille et meurt victorieux.
La Chanson est encore plus éloignée àv, la réalité. La surprise consiste simplement en ce que les Sarrasins attaquent les Francs auxquels ils avaient fait leur soumission ; la bataille est une bataille rangée ordinaire. Les Francs, qui campent dans la vallée de Roncevaux, entendent du côté de l'Espagne les mille cors que sonnent les Sarrasins ^ : bientôt Olivier, qui est monté sur une éminence, voit s'avancer leurimmense armée, qui couvre « toutes les montagnes, les plaines et les landes ». Les Français leur font face, et, après beaucoup d'exploits, sont écrasés par la supériorité du nombre, exagéré ici au delà de toute vraisemblance : les Sarrasins mettent successivement en ligne quatre cent mille hommes, que les Français, — ils sont vingt mille comme dans Turpin, — tuent presque tous avant de périr. Roland en met en fuite les derniers débris, après avoir blessé — et non tué — leur chef, et
1. On trouve probablement une trace d'une forme plus ancienne, analogue à celle de Turpin. au v. 714, où il est dit que les païens se sont arrêtés dans un bois au sommet des montagnes, attendant le jour.
50 l.l.i,IMM.> IM M'iVr.N \i.r.
nicurl vaiii<|ii(Mir, mailrc du clianij), le visage loiinu'- v»M"s le pays ciiiiciiii.
Le désaslri' (!•• Ildiu-evaux di'vail, à rorii^'ine, rire représenté hcaiicniij) plus HdMoiiioiil. L'auleiir (11- la proinièrt' cliansoii su.- ff sujel, — <1(; celle (jui a été le noyau autour dmiuel toutes les aildilions successives sont venues se grouper, — étail-il liii-iiii'iiic (hiiis I ai'iiM'c de (iliarle.s, ou composa-l-il son poème d aj)rt'S les récils des guerriers revenus en France .' Nous ne pouvons le savoir. En tous cas, ilavai.t mis dans son (euvre quelques souvenirs précis, d(tnt «m retrouve encore la trace à travers les transformations quelle a subies en passant, pendant trois siècles, par les mains de remanieurs (jtii l'ont rendue méconnaissable.
Le trail le plus imporlanl. à ce point de vue, c'est que les poèmes alliiburnl lagression au.x Sarrasins de Saragosse. On a vu là, jusqu'à présent, une déformation do l'bisloire j)ar la poésie; mais, comme je 1 ai indiqué au début de cette étude, réjiopée, au contraire, est en cela plus lidèlc à l'bisloire (pu' les annalistes ofliciels. 11 est vrai iju en revancbe elle omet les Basques : il n'est pas étonnant (pie le i(»le de ces montagnards, inconnus au n(»rd de la l'Yance, ait été oublié dans le cours des siècles, (le (pii est du
plus haut intérêt, c'est de voir confirmer par un témoignage arabe, à coup sur indépendant et de nos histoires et de nos poèmes/ l'accord de ceuxci contre celles-là, sur un point capital, avec la réalité des faits.
J'ai déjà parlé du nom de Roncevaux, inconnu à toutes les sources historiques, et de l'idée assez juste qui parait subsister, dans les poèmes, de la configuration et de l'aspect du lieu. Un autre détail géographique exact est le nom de Port de Gise donné au chemin par lequel Charles retourne en France. On j)ourrait encore signaler plusieurs dénominations topographiques qui se trouvent dans la Chanson : les ports d'Aspe (à lest de Roncevaux), Saragosse, l'Ebre (appelée dans la chanson Sebre, forme difficile à expliquer) , la liune, ancien nom de la rivière qui coule à Pampelune (mentionnée dans une strophe très ancienne qu'a conservée un seul manuscrit), et plusieurs villes du nord de l'Espagne prises par Charlcmagne avant son retour en France. jNIais ces noms peuvent bien avoir été ajoutés après coup et provenir des récits des pèlerins, d'autant plus que plusieurs d'entre eux ou ne se laissent pas identifier ou ne se trouvent pas dans la région où opéra réellement l'armée franque en 778. Je ne veux pas discuter ici ces questions difficiles ; je
S8 i.K(;r:Ni)r.s uv moykn acf.
(lirai spulonioiil, pnur liM'iiiiiicr, un nu»! il(^ quoiqucs-uns des i)rrsoiinagos qui llp^urouf dans les j)Oî'mcsct (!(' ccrtaiuos circoiistaiicos du récit.
Doux dos porsonnaii^os .sont incoiiloslal)lomcnl auliioiilicjiioR, Cliarlos cl Holauil. Dos douxautros ^n-auds soij»'ncurs nicnlionnrs |)ar Eiiiliard, il n'est roslô aucun souvoin'r; Roland, qu il ne nomme qu'on Iroisiômo lig'no, ost dovonu le héros central du i){)('in(\ Comme il était comte do la Marche de Brotat^no, il ost probable — et d'autres indices appuient celte opinion — que la chanson primitive a été comj)osée dans la Bretas^ne française. Sur la fiçon dont Roland était mort, on ne pouvait rien savoir, puisqu'aucun des témoins du combat no parait avoir survécu. Mais peut-être avait-on trouvé son corps étendu à l'écart dos autres (sous un pin ?) et son épée auprès de lui : limaaination pouvait facilement lii'(M' (le là I(> boau récit (pii le représonti> survivant 11' dernier, faisant, seul, liiii- les ennemis, et mourant sans élro vaincu. Poul-élro mémo une entaille accidentelle dans un roc lier voisin suggéra-t-olle dès lors l'idée qui! avait voulu briser sa bonne épée, j)oni' (piollo n(^ lombàl pas aux mains de rcMinemi, et n'avait réussi qu'à entamer la pierre.
Quant aux autres guerriers que les poèmes
font périr avec Roland, et, notamment, à son « compagnon » Olivier de Genève, nous ne savons s'ils ont réellement existé. Un seul est attesté comme personnage historique : c'est l'archevêque de Reims, Turpin. Mais ce prélat — dont on ne connaît d'ailleurs guère que le nom — mourut longtemps après 778 : nous ignorons les raisons qui ont amené les poètes à le faire figurer parmi les combattants et les morts de Roncevaux ; on peut croire toutefois qu'il faisait partie de l'expédition franque en Espagne.
Trois circonstances, dans le récit môme, sont notables, en dehors de celles que j'ai déjà signalées. C'est l'arrière-garde de Charlemagne, commandée par des personnages de haut rang, qui est massacrée dans le passage des Pyrénées ; — l'armée de Charles, avertie, revient sur le lieu du combat, mais n'y trouve plus les ennemis ; — elle y arrive au moment oii le soleil va se coucher. Ces trois traits si précis, communs à l'histoire et à l'épopée, ne peuvent venir à celle-ci que de l'impression directe des faits. Le dernier est particulièrement intéressant en ce qu'il nous montre à la fois le lien étroit de la chanson avec les faits historiques, et les altérations qu'elle a, en se renouvelant sans cesse, fait subira la réalité. Le poème primitif racontait certainement, comme
60 I.l'lCI'NDKS lie MMYKN A(;K
Einliard, quo raj)j)r()cli(' do la iiiiil avait ciiipùché qu'on essayai ni(^iiio do j)oursui\Te les ennemis; plus tard, ou u admit pas (pu' Dieu rù! j)u laisser le désastre d<> lîoucevaux sans vengeance, et un poêle, s insjMraut du miracle de Josué, feignit (pic le Toul-Puissaiit avait susiicndu la marche du so1(mI. [)our permettre à Charles de joindre et d'exteiiniiier les Sarrasins higilifs. Ce poHc counaissail \aL;in'ni(iil la iréoq-rnphie de l'Espiàq-ne : il fait marcher l-U'Uiéc h-aii(|ue d'une traite jus- (pià I l'^hre, distant au moins de trois j(»urs <le mai'clie. Le rédarlenr tlu taux 'J'ur])in. cpii avait, lui, (lu pays une connaissance personnelle, a corrigé la faute, assez j)eu heureusement, en racontant que Dieu arrêta le soleil pendant trois jours ! La surprise dont rarri('re-garde fut victime eut ])Our cause sansdoute un certain manf[ue de ])récautions : elle était restée trop éloignée du corps principal. Les poètes ont vu dans la snrj)ris(^ le résidlat d'une trahison, et ils rimput(Mil à un très haut personnage franc, f|u'ils app(Mleiil Ciaiielon. A vrai dire, on ne voit ])as hienen (pioi la trahison consiste iCauelon, envové à l^'inir de Saray-osse ctgagnépar (le riches présents (dans \ii Chanson, poussé aussi |)ar sa hain(^ conti-e lioland), lui conseille simplement de simuler la soumission el d'attafpuM' rarri('u'e-gar(li^ (|M,nMl larmée de
Charles passera les monts. Dans Turpin, il lui donne en outre l'idée — dont l'émir aurait pu s'aviser tout seul — de cacher ses troupes dans les bois et les montagnes qui entourent Roncevaux ; dans la Chanson, il ne lui suggère même pas ce facile stratagème : il se contente de lui promettre qu'il fera placer Roland à la tète de l'arrière-garde. C'est qu'en effet il n'y avait guère déplace, dans l'affaire de Roncevaux, pour la trahison d'un Français^; mais l'imagination populaire veut à toute force, on le sait, expliquer la défaite par la trahison.
II résulte de toutes ces remarques, — dont je demande qu'on veuille bien excuser la longueur et la minutie, — (\\ic\si Chanson de Roland repose certainement, à l'origine, sur une connaissance directe des faits, des hommes et des lieux, et présente même en certains points une concordance tout à fait remarquable avec les renseignements fournis par l'histoire ; mais que la forme où elle nous est arrivée, postérieure de trois siècles à la forme première, est extrêmement éloignée de celle-ci et est due en très grande partie aux inventions successives d'amplificateurs
1. On aurait pu faire intervenir un chef navarrais, joignant ses troupes à celles de Charles, puis passant, au moment du combat, du cAté de l'ennemi prévenu par lui.
02 lÉ(;e.M)i:s i>i muvk.n a(.i;
et remanieiirs (lui se souciaienl iiiii(jU(Miiont de l'eflet poéli(iiK\ cl (|ui (railleurs, en tleliors delà Chanson même, ii'avaieiilaucmi moyen — ni par les livres, qu'ils ne lisaicMilpas, ni parla Iradilioii orale, qui n'exislail pas, — de se procurer des renseignements sur les faits célébrés dans le poème.
A travers toutes les obscurités de l'histoire et toutes les déformations de la poésie, un jjoint, sombre et lumineux à la fois, se dégage avec certitude : dans la plaine de Roncevaux et sur les hauteurs (jui la dominent, des Francs, — des Français déjà, — victimes dune embûche qu ils ne pouvaient prévoir, sont morts héro'iquemcnt il v a douze cents ans. Du haut du col d Ibaneta, le roi Charles — ({ui devait être plus lard l'empereur Charlemagne — a contemplé, des pleurs dans les yeux, le champ de bataille jonché de morts ; parmi eux était Roland, l'un de ses meilleurs chefs, comte de la Marche de Bretagne : un poète inconnu, pour consoler les compagnons de Roland, parmi lesquels il était peut-être luimême, a célébré son courage et déploré sa mort dans un chant qui s est transmis de génération à
génération et de peuple à peuple, qui a porté dans l'Europe entière, pendant des siècles, la gloire du nom français, qui est devenu le point de départ d'an immense mouvement poétique, et qui, sous la forme très remaniée où il nous est parvenu, fait encore vibrer les cordes les plus profondes du patriotisme et de l'honneur.
Quand, près des ruines de la pauvre chapelle qui a remplacé celle que Charles lui-même avait construite, on regarde à ses pieds la plaine où jadis tant de braves soldats sont morts en songeant à la « douce France » qu'ils ne devaient pas revoir, on croit entendre à ses côtés les premiers frémissements du thrène immortel, né de leur sang et des pleurs de leurs frères; on sent, à travers les âges, le lien vivant qui rattache nos âmes à l'àme de ces lointains aïeux qui, tant de siècles avant nous, ont aimé notre patrie, dont les uns ont donné leur vie pour elle, dont les autres, déjà dans notre langue, ont chanté ses gloires et ses douleurs... Ce lieu mérite d'être un but de pèlei'inage. Il est pour nous doublement sacré.