‹ Légendes du Nord-Ouest [microforme]Chapitre 11 sur 17 · LE DOIGT DE D'EU · texte numérisé non relu

LE DOIGT DE D'EU

Aux environs de la ville de Calgary, dans In province d'Alberta, au pied des montages Rocheuses, vivait, il y à quelques années, un colon irlandais, possesseur d'une jolie ferme qu'il exploitait avec succès. Ses affaires marchaient bien, et la fortune dans ce pays no:

veau lui souriait déjà.

Né catholique et marié à une femme catholique, 1 s'acquitiait assez exactement de ses devoirs religieux depuis son arrivée au Nord- Ouest,quand,un jour,ileut le malheur d'avoir une difficulté à démêler avec un missionN-

naire.

+ Q / è , ‘ RS Cr 1S LÉGENDES DU NORD-OUEST,

Prompt de caractère (comme le sont d’ailleurs presque tous ses ccmpatriotes), tête de feu et cœur bouillant, toujours prêt à se blesser sur un simple soupçon, ce colon devint l'ennemi juré du missionnaire après en avoir cté le plus intime ami. (1)

Pour comble de malheur, il voulut rendre la religion catholique solidaire des fautes qu'il reprochait à son ancien ami. C’est ordinairement ce qui arrive avec ceux qui n'ont pas un jugement bien équilibré. Ils se vengent sur la relision des insultes qu'ils prétendent avoir reçues des hommes, comme si la religion était responsable des fautes que commettent les chrétiens.

À partir de ee moment, notre colon irlandais jura qu'il ne pratiquerait plus ses devoirs relivieux, et qu'à l'avenir 1l ne donnerait plus un sou pour les œuvres catholiques. Sur ec point. il tint parole; il eessa de paraître à

l'éel:se et mit de côté toute pratique religieuse,

(1) Ce missionnaire se trouvait à être son compatriote

A quelque temps de là,un missionnaire Canadien, qui travaillait à recueillir des aumônes pour l'aider à le construction d'une église à Calgary, se présenta chez ce colon irlandais et lui demanda bien humblement et bien poliment quelques piastres pour l'œuvre à laquelle il travaillait. “Vous êtes catholique, lui dit-il, et comme tel vous ne me refuserez pis une légère aumôûne.

—Mon père, lui répondit-il, jetiens à vous déclarer, une fois pour toutes, que je ne veux plus désormais avoir rien à faire ni avec l'Église ni avec ses ministres; cependant, voici vingt piastres que vous remettrez à un tel de vos pères, c’est un don que je fais à lui parce que je le regarde comme un homme.

Le missionnaire prit les vingt piastres et revint À Ja mission.

Quand il remit cet argent au Père pour «| il était destiné, celui-ei fut d'abord tenté de renvoyer le don au donateur, tout en lui fai-

sant dire qu'il n'en avait uul besoin pour lui ;

que de plus, le motif pour lequel cet argent lui était donné, devenait une insulte pour ses confrères.

Cependant, après avoir réfléchiun moment, il se dit à lui-même, qu’en agissant de la sorte, il se fermerait peut-être la dernière porte pour arriver à ce cœur si mal disposé; il garda l'argent, et attendit un moment favorable,

Quinze jours s'étaient écoulés depuis cet incident. Le Père qui avait reçu la somme de vingt piastres, se disposait à partir pour Montréal ; mais, auparavant, il voulut aller sonder les dispositions de son colon irlandais, et voir si, avec de bonnes paroles, il n’y aurait pas moyen de le ramener à des sentiments plus chiétiens.

Un ben matin,i! se rendit à sa demeure où

ile trouva en compagnie de quelques personnes avec lesquelles 11 avait à régler des contes.

Quant elles ei furent parties, le Père aborda

au, a 0t lt question religieuxe. Ils conversè-

rentassez longtemps tous les deux sans s'émou voir. Le colon persistait toujours à dire qu'il était détermiaé à ne plus pratiquer aucun religion.

“Vous parlez bien ainsi, dit le missionnaire pendant que vous êtes en bonne santé, mais si vous vous voyiez en face de la mort, vou:

raisonneriez probablement mieux que cela Reluseriez-vous le secours d’un prêtre qui viendrait au moment de votre mort vous of:

frir son ministère ?

—Mon Pere, dit le colon, il faut en finir ; à l'heure de ma mort, il peut bien se faire que Je sois privé de connaïissunee; alors vous ne pourrez pas juger de mes dispositions: imais aujourd'hui, pendant que je suis en pleine possession de toutes mes facultés, je vous déelare que si, à Pheurc de ma mort, je suis privé de mu connaissance, Vous pourrez interpréter ma volonté dans le sens que je lexprime ici devant vous; je refuse de vous voir.

— Mon cher unit, lui dit le Père, sivez-vous

bien ce que vous dites à? C'estun blasphôme “pouvanteble. Vous signez en ee moment votre dumnation.—-N'in porte, mon Père, je ‘aintiens ce que je dis.”

Voyant Pinutilité de ses instances, le mismaire, le cœur navré, revint à la mission t'raconta à ses confrères Te triste entretien qu'il venait d'avoir avec son colon irlandais.

Environ un mois plus tard, où apprit un matin à la mission qu'un homme venait d’être “amassé à demi-mort sur le chemin, au bas

l'une côte non loin de la ville de Calgarv

‘et homme, c'était Le coloûu irlandais Tomb

ï: voiture pendant la nuit, il était resté là

au caatie sans pouvoir se remuer, Son

hevol qui trainait une lourde charge, lui

avait passé sur le corss et lui avait infligé de

sraves blessures, Ds idiens, en passant par

ce cheunn Favar co tiun et porté daus une

IAISOÏ)T VOISIN

| Le médecin appelé promplement, ur donna |

ses soins et lui dit quil ne lui découvrait pas

de blessures mortelles, quoiqu'il fût très souffrant Au bout de quelques jours, le malade reprit

assez de forces pour retourner éhez lui; ilcrut

: qu tout danger était passé, Pendant deux ou trois semaines cependant, il resta languissant : } il sentait des couleurs internes contre lesquel- ,. les il se raidissait en vain. Peu à peu il purh dit ses forces, et enfin il fut obligé de prendre TC le lit, Quoiqu'il sentit fort bien la gravité de F son mal et que 11 pensée de la mort Feffrayat F un peu, comme nous allons le voir, cependant ) l'orgueil Pempêchait de revenir sur ce qu'il ù avait déclaré au missionnaire, et il attendait T que tout fût désespéré, avant de fure aucune ui démarche pour avoir les secours de la relision. le Sur ces entrefaites, un Père de la mission ar vint à passer auprès de là; il venait de visi- 1e ter d’autres malades, et il profita dé locvasjon

pour arrêter à lt maison du colon irlandais na JL étoit tard. était à la nuit tombante. La

auvre fenmm. du colon, qui gémissait de L'en- ] [ui

tôtement de son mari, fut heureuse de voir arriver un prêtre dans un moment aussi eriti que. Elle se hâta de le conduire à la chambre du malade qui ne parut pas fâché de le voir “Je suis arrêté pour &vinformer de Pétat de votresanté, dit le missionnaire; j'ai appris que vousétiez plussouffrant. Je ne voulais pas passe: sans vous voir, Je vais me rendre à la mission, mais Vous Savez que si vous avez besoin de moi, Je serai toujours prêt à venir.

—Je vous remercie bien, mon Père, dit le mu-

lade., Mais pour ce soir,comme il est déjà tard,

vous feriez mieux de coucher ici, et demain

vous vous rendrez chez vous.”

Le Père n'avait garde de refuser l'invita-

tion ; il comprit que le malheureux avait peur

d la mort et qu’il voulait avoir Je prêtre sous

sa main, si le mal faisait des progrès. C'était

une dernière chance qui se présentait de le

ramener à Dieu. Le Père prit son souper et

se retira dans une chambre qu'on lui avait

préparée.

Sur les dix heures du soir, le malade res seutit de fortes douleurs intérieures, appel sa femme et lui dit: * Va donc voir si le Père veille encore et demande-lui pour venir 1er. ; voudrais le voir.”

Malheureusement, le Père était au Hit et dormait ; la femme frappa; mais n'entenduit aucune réponse, elle revint à la chambre de son mari lui annoncer que le Père reposait et qu'elle n’osait pas Le déranger, “C'est Lien, dit le malade; il n'y a rien qui presse d'ailleurs; si je deviens plus mul, tu retourneras avertir. Elle s'ussit auprès du lit de sou mari, ain d'être prête à courir éveiller le Père, dès qu'elle verrait quelque dunger.

Tout à coup, sur Les onze heures, elle entend un râle dans la gorge du malade; effrayée, elle court à la chambre du Pè.c et frappe à coups redoublés : * Vite, vite, dit-elle, mon mari se meurt.”

En un instant le Père fat debout et habillé:

il vole à la chambre du malade, lui preud li

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