‹ Légendes du Nord-Ouest [microforme]Chapitre 12 sur 17 · PAR UN MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

PAR UN MISSIONNAIRE

Dans les guerres que se faisaient jadis entre elles les tribus sauvages du Nord-Ouest, parmi les prisonniers qui tombaient aux mains des vaiuqueurs, tous n'étaient pas voués au même soit. Les hommes étaient réservés pour être livrés aux tortures raffinées, que seuls ces barbares savaient inventer pour réjouir leurs féroces instincts. Les femmes étaient conduites au camp pour être don: ées aux principaux chefs qui les gardaient pour épouses, ou bien

comme esclaves, Si les chets ne les réclamaient

pas pour eux, elles restent la propriété de

celui qui les avait fait prisonnières, et il por:vait en disposer à son gré.

La tribu des Cris, voisine de celle des Pieds- Noirs, vécut rarement en bons termes avec & He-ci, Quand une campagne ne ur avait pis 6.6 favorable, elles se juraient amitié, mais c'était plutôt pour avoir le temps de réparer leurs forces et de se tendre de nouveaux pièges, que par amour de la paix. A la première occasion qui leur paraissait fivorable, le serment était oublié et les hostilités recom- Mmençaient comme de plus belle,

En vain les missionnaires usaient-ils de toute leur influence pour les détouri:er de ces guerres injustes et cruelles, jamais ils n’arriaient à assurer une paix solide entre cvs dif. férentes tribus dont la euerre tait comme l'élément naturel; il à fallu attendr, pour obtenir ce résultat, que le christianisme oût fait couler un sang iouveau de ces natures sauvages.

Le R. P. .acombe, qui à passé quarante

années de sa vie au milieu de leurs CANPS, suivant tintôt une tribu, tantôt une autre, à rec'eilli, dans sa longue carrière apostolique, une foule d'épisodes toutes palpitantes d’intérêt sur les mœurs et les coutumes desiudiens du Nord-Ouest, En voici une qe nous lui avons entendu raconter : ous-même.

Un jour, ilie trouv.i: dans un camp de la tribu des Cris etil y avait li des uéophytes qu'il venait instruire ; c'était à l'époque de l’année vù les jeunes guerriers faisaient leurs exploits en allant sur les terres de leurs ennemis voler les chevaux, faire des prisonniers et enlever des chevelures. La plupart des Jeunes gens étaient absents du cump, les vieillards les attendaient à la porte de leur tente en fumant le calumet.

Tout à coup, quelqu'uu du camp les aperçoit au loin sur la prairie, ils reviennent au galop de leurs chevaux, et à leur mine, ils paraissent avoir rempoité quelque butin sur

feurs ennemis. ‘Fou. le mode du camp se lève

pour Îles recevoir avec des cr's de joie et chanter avec eux Ja victoire. Cependant ils n'ont pas fait de prisonniers, une jeune femme seulement est tombée entre leurs mains, elle est la captive d’un jeune guerrier qui s’est en:paré d'elle après avoir tué sun mari; il latient avec lui sur son cheval.

Aussitôt que la troupe a mis pied à terre, on donne la liberté aux chevaux qui vont paître autour du camp et chacun se prépare à raconter les traits de bravoure de cette attaque. La prisonnière, elle aussi, est laissée ex liberté avec les autres femmes, en attendant qu'on dispose d'elle. Mais, à peine a-t-elle aperçu le missionnaire, qu'elle accourt auprès de lui, se Jette À ses pieds, saisit sa soutane ct lui dit en pleurant: “ Mon Lêre, prends-mot cn pihé. Les guerriers Cris ont tué mon mari et m'ont faite prisonnière. Prends ma défense.”

Le missionnaire, tout ému de la confiance que Jui témoigne cette malheureuse captive

infidèle, comprend qu'elle lui demande de la

tien en ne esse +

racheter pour la rendre à sa tribu : il sait que,

| S'il pouvait réussir à la délivrer des mains de Fes einemis, pour la reconduire à ses parents chez les Pieds-Noirs, ce serait un moyen de

| sy rendre très populaire et d'arriver à leur

fure accepter Îa religion catholique.

“ Combien demandes-tu pour cette femme ditl au guerrier qui l'a faite prisonnière? Je voudrais l'acheter, si tu veux me la céder. Je n'ai pas l'intention de la vendre, dit le sauvage

avec Un air assez hautain; je veux la garder pour en fure ma femme ; elle m'a coûté trop cher pour la donner ; j'ai exposé ma vie pour m'emparer delle,

— C'est bien, dit le missionnaire, garde-la,

mais vous viendrez encore me supplier pour

aller délivrer les vôtres chez les PiedsNoirs.

avez été bien aise de recourir à moi pour racheter vos prisonniers. Tu te souviens l’année dernière ce que j'ai fait pour vous autres:

| et Je vous refuxerai, Jusqu'à aujourd'hui vous vous L'étiez pas si fiers alors, Quand l'occasion

Le F

s'en représentera, je te rappellerai a ciiconse tance d'avjourd'hui et je ne vous écouterui plus,

Les sauvages se regardaient les uns les autres. Les raisons données par le Père les frappaient. Ils se souvenaient des services quil leur avait rendus en pareil cas, Les vieillards, plus sages que les jeunes, se mirent à délibérer ensemble, “ Le Père a raison, se dirent-ils; nous n'avons pas d'esprit en lui refusant ce qu'il demande. Quand nous fusons pitié, 11 nous aide; il est toujours notre ami. Si nous lui refusons cette femme, il n'ira plus demander nos enfants aux Pieds- Noirs quand ils no'< les enlèveront, ”

Chez les indiens r'sst le conseil des anciens qui l'emporte, et, là-dessus, ils sont plus sages que Lx plupart des peuples civilisés.

Le jeune guerrier, maître de la prisonnière, n'attentit pas un ordre des chefs pour proposer au missionnaire d'entrer en négociation.

‘ Combien nr'offres-tu pour cette femme, dit:

ns

cr

LÉGENDES DU NORD-OUEST, 93 il au Père; je vais te la céder, puisque tu tiens tant à l'avoir.

—J'ai ici quatre beaux chevaux, dit l Père, choisis celui que tu voudras, et, de plus je te donne un habillement complet,

—C'est bon, j'accepte; ma prisonnière est à toi.”

La pauvre captive ne parlait pas la langu erise,et, par conséquent, ne comprenait encor. rien au marché qui venait de se conclure pau “apport à elle,

Elle osait à peine croire à son honheur,quand le Père lui dit en sa langue qu'elle était libre et qu'il allait maintenant prendre soin de son sort pour la rendre à sa famille, Après quelque temps passé dans le camn sauvage, le missionnaire retourna à Nt-Aïtbert, conduisant avec lui la femme Pied-Noir pour la placer chez les Révdes Sœurs de Charité, et la faire instraire de la religion catholique.

Conme elle était très inicilisente, elle eut

bientôt appris ses prières et son catéchisime.

Les religieuses la prépauièrent au baptême, et, quand au printemps le Père Lacombe fut prêt à partir pour aller chez les Picds-Noirs, sa captive rachetée des Cris était aussi rachetée par le sacrement de régénération: elle était l'aptisée et elle avait fait sa première communion.

Les bonnes sœurs avaient trouvé dans cette néophyte tant de docilité et de bonnes qualités qu'elles s'étaient attachées à elle, mais cet attachement était réciproque, et quand le moment de retourner vers sa tribu fut arrivé, la pauvre Pieu-Noir mêla ses lurmes à celles des religieuses.

De la mission de St-Albert pour arriver sur les terres des Pieds-Noirs il y avait plusieurs jours de marche à faire. On voyagent en petite caravane. Le Père avait une voiture sur laquelle il conduisait sa prisonnière qu'il

était fier de rendre à sa tribu.

At tre

ms

2 nf om 2 PET 5 2 tn

A tre a

am

+ enfant es ados 27

LÉGENDES OÙ NORD-OUEST g’,

Dansses pérégriuations fréquentes à travers les prairies le Père Lacombe portait ovdinar rement, dans sa voiture, un drapeun blanc qu'il hissait au bout d’une hamp afin de signaler son arrivée quand ii npprochait d’un camp sauvage. Dès que les indiens voyaient le drapeau blanc apparaître, ils savaient que le Père Lacombe arrivait, et, de q'elque tribu qu'ils fussent, ils allaient au devant de lui,

On avait déjà une longue distance de parcourue et la caravane entrait sur les terre:

des Pieds-Noirs, quand, un matin, sur les nent heures, le guide aperçut des tentes dans 11 prairie, Le Père aussitôt fit faire halte ct hissa son drapeau, puis, armé de sa longue-vue, il chercha à reconnaître de qui était ce camp. Après un moment 1} aperçut une bande de sauvages qui venaient à sa rencontre: c'étaient des Pieds-Noiïs.

Aussitôt il dit à ses gens qu'il allait attendre là les sauvages, et qu'ils pouvaient protiter

de cette halte pour fure paître les chevaux.

df LÉGENDES DU NORD OUKNI

Le Père avait donné à sa néophyte le nom de Marguerite, mais, par abréviation, il l'appe: iuit Poygv,

“Peggy, dit-il, voici des gens de ta tribu, tu vas sans doute revoir tes parents, mais il faut eur causer une grande surprise, Tu vas ti cacher sous la voiture; je jetterai une couverte sur toi, et tu ne te montreras que lorsque je L'appellerai.”

Le Père voulait questionner d’abord les parents de Pegey et jouir de la surprise qu'il allait leur causer.

Quand la bande des Pieds-Noirs fut arrivée et que chacun eut échangé des poignées de main avec le missionnaire, celui-ci remarqua parmi eux un homme et une femme mani:

festant d’un deuil profond. Tous deux s’ap prochèrent du Père en pleurant et lui dirent : “Mon Père, vous farsons bien pitié maintenant; Pété dernier un parti de Cris est venu nous surprendre dans un éamp et nous a tué besnu-

coup de monde Nous avions une fille mauiée ;

on mari a été tué par nos ennemis et elle a (té emmenée prisonnière ; nous ne CONNAISSONX rien sur son sort, mais nous la pleurons comme morte; nous ne la reverrons plus, Nous faisons pitié aujourd" hus.

—Croyez-vous, dit le Père, que le Grand:

Esprit est assez puissant pour vous rendre:

“il voulait, votre fille ?

--Nous savons que le Grand-Esprit est cu pable de faire cela, mais il ne le fera pas pou LUUS.

—Eh bien, vous allez voir comme le Grand.

Esprit est bon. Vous allez revoir votre fille. cest lui qui l’a conservée : Peggy, dit le Père viens ici.” En un instant, celle-ci était sortie de sa cachette pour se jeter dans les bras de ses parents. Ceux-ci, frappés par cette apparition subite de leur fille qu'ils croyaient morte, faillivent perdre connaissance Le missionnaire regrettait presque de leur avoir CAUSÉ Une 4 forte émotion. La scène était des plus tou-

chantes, tous Les assistants pleuratent de joie,

Le Père Lacombe était exalté aux nues pin

Les sauvages, 4 / A , Sa popularité, déjà grande auprès d'eux, ne fit que s'accroître davantage et augmente son

influence dans toute la tribu.

ee 0

NEÉUVIÈME LÉGENDE.

Page 1