GENRE DE VIE DU SAUVAGE
En dédiant ces petites léwendes aux jeuncs entants des écoles, j'ai exprimé le vœu d'ei voir quelques-uns, parmi eux, devenir un jout missionnaires au Nord-Ouest,
Quoique ce grand territoire soit ouvert à l:
civilisation chrétienne, depuis soixante el quinze ans déjà, et que les missionnaires l’aient parcouru en tous sons, il reste encore, hélas ! un grand nombre d'iudiens qui n'ont pas voulu recevoir le bienfait de lévangile ; et dont les yeux sont toujours obstinément fermés aux lumières de la foi. Ts ont gardé
leurs superstitions païennes, et à côté de tri-
bus chrétienne: ils vivent et meurent dans Vinfidélité. Il faut donc des missionnaires pour faire rentrer au bercail du père de f1mille ces brebis retardataires et vagibondes. C’est à faire connaître le misérable état di pauvre sauvage que je consacre ce derniet chapitre. Pursse cette description éveiller daris le cœur de mon jeune lecteur un sentiment de piété et lui inspirer le désir d'aider le missionnaire de ses prières et de ses auinônes en attendant que Dieu l'appelle lui-même à la
sublime vocation d’apôtre !
J'ai dit que la vie du sauvage était une vie misérable et tout homme civilisé qui vit quel-
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que temps auprès de lui Tavoi ra comme moi. Les écrivains qui ont voulu peindre l'indien avec des couleurs brillantes et, poétiques, nous prouvent qu'ils ne l'ont jamais “onnu et surtout qu'ils ne l'ont jamais fré-
quenté. Chez le sauvage, tout est répugnant
pour Phomme civilisé. Ilest vrai que le sauvase né au désert, ne sent pas comme nous tout ce que son genre de vie a de pénible.
Habitué dès son enfance aux misères et aux fatigues de cette vie nomade ; élevé dans la malpropreté des loges € des camps; n'ayant aucune connaissance au confort de la vie civilisée, il reste sans point de comparaison pour mesurer le malheur de sa triste existence ; aussi, il ne déplore pas trop le sort que lui a fait la nature. Mais il en est autrement pour le missionnaire. Pour lui la vie sauvage sera toujours un martyre ; ilne se fera jamais à l’étroite tente sous laquelle il s’abrite quand i] s'arrête le soir ; il aura toujours de la répulsion pour les guenilles sales dont le sauvage se couvre, pour la vermine qui le dévore et pour la nourriture nauséabonde dont il sert ses repas. S'il s'est rencontré parfois des êtres abrutis par la débauche, qui se sont faits sauvages pour donner libre carrière à leurs pas-
sions, ils font exception ; l'homme qui garde
le sentiment de sa noblesse ne se fera jamais sauvage, et sil embrasse ce genre de vie, @ ne sera que comme le missionnaire, par vertu et par héroïsme, pour gagner des âmes à Jésuschrist.
Les indiens du Nord-Ouest, depuis les bords du grand lac Supérieur jusqu’au pied des montagnes Rocheuses, se rattachent à six tribus principales qui sont, les Sauteux, les Cris, les Assiniboines, les Pieds-Noirs, les Montagnais c: les Esquimaux. Les Sauteux et les Cris ont des branches détachées de la grande fa mille des Algonquins qui habitaient autrefoi: les bords du Saint-Laurent ; on en trouve le preuve dans l’affinité de langage qui existe entre ces tribus. Le Sauteux diffère très pet de l'Algonquin; les mots dans Îles deux Jan sues ont presque invariablement les même:
racines et les mêmes terminaisons; en sorte
qu'un missionnaire qui possède l'Algonquin
LÉGENDES DU NORD<OUEST. 103 comprend assez facilement le sauteux. Ce.
sont ces deux tribus des Cris et des Sauteux qui ont été évingélisées les premières quand les missionnaires ont pénétré dans le Nord- Ouest. En l’année 1832, Mgr Provencher commença à établir des missions sauvages pour les Sauteux. Un prêtre canadien, M. G. Belcourt, fut exclusivement chargé de ce genre de ministère. Une mission sauvage fut fondée sur l'Assiniboine à la Baie St-Paul; l’autre sur la rivière Winnipeg à l'endroit appelé Wabassimong. Cependant, malgré le zèle déployé par Monseigneur Provencher et ses missionnaires, les Sauteux ne prrfiièrent guère des soins qu'on ieur prodigua. Peu à peu ils s’éloignèrent de Îa mission où l'en avait bâti une chapelle, et reprirent Île chemin du désert. Leurs rapports avec les blancs, coureurs des prairies et des bois, produistient sur eux un mauvais effet, que toutes les leçons des missionnaires ne pouvalent pas
détruire, Ces sauvages, rebelles à a grûce, des
vinrent ivrognes et débauchés, et vers 1846 la mission de Wabassimong tombait complè.
tement.
Depuis lors, ces sauvages ont été visités dans leurs camps par des missionnaires qui, chaque année, ont réussi à en baptiser quelques-uns.
Les missionnaires qui se sont le plus occupés des Sauteux après M. Belcourt, sont les RR PP. Lestang, Allard et Marcoux.
En 1842, Monseigneur Provencher, voyant le peu de succès qu'obtenaient ses mission:
naires auprès des Sauteux, résolut de porter le flambeau de la foi chez d’autres tribus qui
seraient plus dociles.
M. J-Bte Thibault, jeune prêtre, qui venait de se dévouer pour les missions, se mit en route pour un voyage de 900 milles du côté des montagnes Rocheuses. Partout sur son passage, les sauvages de la tribu des Cris le reçurent comme un envoyé du ciel. Il baptisa
chez eux un grand nombre de petits enfants,
et annonça aux adultes la parole de l'évangile. Les bonnes dispositions qu'il rencontra partout lui firent prendre la détermination d'aller, l'année suivante, établir une mission permanente chez ces tribus de l’ouest. C’est à partir de cette époque que la religion a été prêchée aux Cris et aux Montagnais. De ces deux tribus, c’est la dernière qui a le imieux correspondu à la grâce; elle est toute chrétienne tandis qu’il reste encore un grand nombre de Cris dans l’infidélité. La tribu des Pieds-Noirs a été la plus rebelle de toutes à la parole des missionnaires; néanmoins,depuis vingt-six ans, on a baptisé chez eux en moyenne 200 sauvages, soit enfants soit adultes. Les Esquimaux n’ont encore reçu que quelques visites, imals ils paraissent peu disposés À écouter la parole de Dieu.
De tous les sauvages du Nord-Ouest, les Esquimaux sont les plus sales et les plus dégoûtants. Il faut plus qu'un dévouement or-
dinaire pour se faire missionnaire chez eux ;
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il faut de l’héroïsme et des forces physique peu communes. Il est très difficile à un euro péen de se faire à leur nourriture qui consistt en poisson et en huile de phoque. D'un autrt côté, leur logement sous des tentes de glace e’ la rigueur du climat en hiver ne sont sup portables que pour ceux qui sont nés sous ce: latitudes. Les Montagnais vivent exclusive ment de chasse et de pêche. Leurs terres situées au nord du 55° degré de latitude, son: fréquentées par d'immenses troupeaux de rennes, dont la chair est excellente. C’est aussi le pays des belles fourrures, mais il est
impropre à la culture Le missionnaire, qui
near rantnrnetiiiennee
accompagne les Montagnais dans leurs marches doit se résigner.à ne manger que du poisson.
ou de la viande de renne séchée sans aucun assaisonnement. Quant au pain, il est inutile d’en parler; c’est un luxe inconnu des Mon: | tuwnaïs.
Avant que les blancs se fussent emparés du
pays des sauvages au «\vrd-Ouest, ceux-ci me
marrante
naient tous la vie nomade, Vivant tous du produit de la chasse, ils suivaient le gibier et les animaux sauvages. Chaque tribu avait ses terres de chasse sur lesquelles une tribu voisine ne devait pas mettre le pied. Un tel empiètement était regard/ comme un casus bell.
Tout sauvages et barbares qu'ils étaient, ils reconnaissaient sur ce point les mêmes droits
que les peuples civilisés.
Les mœurs de ces sauvages se sont considérablement modifiées depuis plus d’un demisiècle ; aussi ils ont complètement perdu cette humeur guerrière qui les caractérisait autrefois.
Aux temps passés, deux choses remplissaient la vie de l’indien, la guerre et la chasse. On pourrait dire que jamais une paix solide ne régnait d’une tribu à une autre. Certaines tribus en particulier se portaient l’une à l'autre
une haine implacable, Les Sauteux et les
Sioux emportaient cette haine en naissan'.et, jusqu'à ces derniers temps, ils ont toujours l cherché à se faire le plus de mal possible. | Leurs terres de chasse étaient limitroplies, Ce voisinage occasionna une multitude de crimes entre ces deux tribus. Dieu sait con bien de chevelures ils se sont enlevées les un: aux autres. Enfin leur rage allait si loin qu'il: mangraient quelquefois les prisonniers qu’ils capturaient dans une canjiigne. En l’anné:
1866, les Fauteux à St-Bouiface dévoraient à belles dents les membres d’un Sioux qu'ils
avaient pris à Fort-Garry,
Malgré les ténèbres dans lesquels ces peuples étaient plongés, tous cependant reconnaissaient un bon et un mauvais esprit; mais
leur culte s'adressait plutôt au mauvais qu'au
bon. Le bon n’ayant aucune malice ne pou-
vait songer à leur nuire; ils en coneiti.ient
qu’il suflisait de le laisser à son penchant pour
euon-